
Derrière des yeux brûlants d’Andalousie, Rafael Amargo se dévoile danseur, chorégraphe, metteur en scène. Il y a quelques jours, il m’a invité dans son sillage à Barcelone, la ville où il a choisi de vivre. Je l’ai suivi au Liceo pour voir son nouveau spectacle, Rosso. Je me suis retrouvé dans une salle remplie de ceux qui le suivent aveuglément, de ceux qui comme moi n’ont pu qu’accourir en entendant le chant du sang.
Rosso lui a été commandé à Caserta, dans la région de Naples, afin qu’il marque la tarentelle de son empreinte. Le but était de produire le même effet que pour le Tango et le Flamenco, pouvoir transcender les frontières pour convertir la danse en patrimoine de l’humanité. Le mariage de la Tarentelle et du Flamenco ? L’histoire aurait pu s’en charger depuis longtemps, par les hommes, les courants, les mélodies qui de tout temps ont traversé la Méditerranée de part en part. Alors, pourquoi maintenant ? Derrière ce tour de force, c’est Rafael Amargo qui a hissé ses voiles, dirigé par Mario Gas, timonier catalan à la renommée méritée.
Rafael est le vent irascible de ce spectacle, comme de ceux qui l’ont précédé. Il transforme ce qu’il croise en girouette, puis poursuit son chemin. Et l’on voudrait le happer au passage, juste à la seconde où il semble s’arrêter, s’agiter dans les vivats de son présent, puis voyager dans le temps avec lui, revivre ses années d’études, ses professeurs, les techniques apprises et recomposées en des codes nouveaux dans le flamenco de sa vie.
En fait, j’ai rencontré Rafael il y a très longtemps, quand notre chère soirée Salvation a fêté ses huit ans. La fête a eu lieu au Ritz, de Barcelone bien sûr. Il est arrivé, invité d’honneur du groupe Matinée, au bras d’une autre de nos égéries, Bibiana Fernandez.
Depuis ce soir-là, comme beaucoup d’autres en silence j’ai consommé son art, sa façon de voir la vie, sa manière éclectique de déplacer les choses, de les défaire pour les réinventer.
Amargo se boit d’un trait lorsqu’il apparaît et tout d’un coup t’enveloppe de son envie d’embrasser le monde. Le vent est comme ça aussi. Je le sais, je viens de Patagonie. Et en le voyant je comprends que cet Amargo est bien amer à boire lorsqu’il te fait sentir un des siens puis soudain t’abandonne pour en embrasser un autre, puis un autre, puis un autre… Rafael, nom de peintre par essence, nous emporte aussi par sa palette. Il crée des couleurs dans toute les langues, peint des chorégraphies au pinceau fin, un flamenco unique au courage gitan, à l’impertinence suée sur les scènes les plus exigeantes.
Après le spectacle, nous allons tous chez lui, danseurs, amis, famille, comme en procession, et nous discutons allègrement tandis que Barcelone, habillée pour la nuit, offre une douce brise à nos visages bienheureux. Tu sais, je suis ici pour en savoir plus sur les tables et leurs questions. J’aime aller loin, et si j’y vais avec quelqu’un qui m’inspire c’est encore mieux. Je te disais que nous marchions tous sur la Ronda San Antoni, laissant derrière nous un Liceo plein de reconnaissance, mais en fait Rafael n’était déjà plus là. Tout ce qu’il voulait c’était atteindre son nid, manger les pizzas qu’on avait achetées en chemin, et boire au travail accompli. Et on a bu.
Comment ça va Oscar, tout va bien ? M’a-t-il dit, puis il m’a présenté quelques amis qui venaient d’arriver. Et là je vois le vent qui se calme un instant, et mes questions qui s’envolent, et cette fois viennent se poser sur lui…
Où trouves-tu les thèmes pour tes spectacles ? Quelle est ta source ?
Mes danseurs me donnent beaucoup de matière première. Ils m’inspirent. Comme tout le monde, on a des jours avec et des jours sans, et la joie comme la tristesse alimentent notre danse. C’est ma signature : travailler à la fois avec ce que je ressens et ce qui se passe autour de moi
Tu aimes danser le silence ?
J’aime beaucoup le silence, l’écouter et me mettre en lui. Si tu ne sais pas danser le silence, tu ne sais ni écouter ni danser la musique.
Que penses-tu de la technique ? Par exemple la danse contemporaine est très présente dans tes créations…
Je suis persuadé qu’il faut énormément étudier, rencontrer les grands professeurs, voir les autres spectacles. La meilleure technique est celle que l’on peut projeter naturellement de tout son corps, mais pour cela il faut beaucoup étudier, pour ensuite comprendre ce que l’on souhaite vraiment. Par exemple, j’aime beaucoup tout ce qui est très théâtral : ce qui est bien enraciné et fort, un bon tango, un bon boléro. J’aime le théâtre de Lorca. Je suis amoureux de ce Lorca profond et fort. En fait, je choisis toujours ce qu’il y a de plus intense.
Ce goût pour l’intense, c’est culturel ? Ca vient de ta famille ?
Je suis théâtral dans ma vie de tous les jours, à travers mes passions, dans ma façon d’être. J’ai hérité ça de mes parents, qui sont artistes eux aussi. tout ce que nous faisons est théâtral, nous vivons tout avec énormément de passion.

Je t’ai toujours vu très entouré. Comment sont tes moments de solitude ?
Je suis très lâche, je n’aime pas être seul. Je suis toujours avec les gens que j’aime.
Tu conçois la Compagnie comme une famille ?
Complètement, parce que c’est l’énergie que j’ai envie de transmettre. J’ai grandi dans une famille qui m’a toujours accompagné et qui m’accompagne encore. Mon père et mon frère sont producteurs, ma mère est notre costumière, mon oncle product manager, la mère de mes enfant est danseuse. Et c’est précisément ce que je veux sur scène : un groupe énergique, uni, qui produit le même effet qu’une bouteille de champagne quand tu l’ouvres et que le champagne jaillit avec une énergie incroyable.
En danse classique, les carrières des danseurs s’arrêtent alors qu’ils sont encore très jeunes. Penses-tu que ce soit la même chose dans le style que tu développes ?
En ce qui me concerne, j’ose de plus en plus. Mon flamenco, qui intègre d’autres techniques telles que la danse classique et la danse contemporaine, se prête facilement à une recherche continue, à une découverte perpétuelle. Je ne me vois pas encore prendre ma retraite, j’ai encore beaucoup à donner, et à apprendre. Je me suis toujours entouré d’intellectuels, de personnes qui avaient beaucoup à m’apprendre, et j’ai beaucoup appris en silence. Ils m’ont aidé à devenir meilleur. Moi je veux mourir en apprenant encore.
Quel type de danseur aimes-tu avoir dans tes spectacles ?
J’aime les gens courageux, les danseurs qui osent tout, et qui maîtrisent plusieurs langages. Quand les gens viennent voir un spectacle d’Amargo, ils voient une compagnie totalement malléable, où par exemple les danseurs évoluent avec la même aisance qu’ils soient en chaussons de danse, pieds nus ou en chaussures.
Et en ce qui concerne tes projets, qu’est-ce qui te plaît le plus, les mettre au point, où les voir finalisés ?
Le soir de la première d’un spectacle, j’ai déjà envie de commencer le suivant. C’est de créer qui me fascine, plus que de danser cette création, ou de la répéter des dizaines de fois. Le processus même de la création me donne énormément de plaisir, je me considère plus comme un créateur que comme un danseur.
Tu me disais que tu aimes ce qui est théâtral, voire tragique, mais est-ce que tu parviens à relativiser les mauvais coups de la vie ?
Il faut bien, sinon qu’est-ce que tu veux faire ? Je suis un peu clown, dans le bon sens du terme. J’essaye de tout voir avec humour. Dans ma carrière, j’ai eu des moments difficiles qui très tôt m’ont fait prendre conscience de la réalité. A 13 ans j’ai signé mon premier contrat professionnel. Depuis je ne me suis jamais arrêté, je vis tout avec cette même passion, ce qui veut dire jouir de la vie, mais aussi souffrir quand c’est difficile.
Tu arrives à jouir vraiment de ce que tu fais ?
Par moments oui. Mais je pense souvent que quelque chose d’encore mieux va arriver. Parfois je me force à me dire “c’est bon, détends-toi, profite de cet instant !”
Et tu te reposes de temps en temps ?
Jamais. Beaucoup de gens dépendent personnellement de ma carrière. Si je ne génère pas de projets, la roue s’arrête. Donc il n’y a pas le choix, il faut que je bouge.
Et avec autant de boulot, tu as de la place pour ta vie privée ?
Pas vraiment. En fait tout se mélange, avec toujours cette même voracité. Je n’ai pas d’espace pour freiner et pouvoir séparer mon travail de ma vie privée. C’est pour ça que je dis que tout est mélangé. Je vis tout avec la même intensité, et la même fugacité. Mais bon en même temps, oui, c’est vrai, j’ai envie qu’il se passe quelque chose, j’ai envie de rencontrer quelqu’un qui m’arrête et me dise “Voilà maintenant c’est bon. Ne bouge plus”


RAFAEL AMARGO: VIENTO DEL SUR
Detrás de estos ojos brillantes, está andaluzmente, Rafael Amargo, bailador, coreógrafo y director. Hace dos semanas me invitó al Liceo, a ver su espectáculo, “Rosso”. Allí estuve, en una platea colmada de gente que lo sigue, que vino a verlo porque la sangre de las orillas llamó y no había que defraudarla.
“Rosso”, es un espectáculo que le encargaron desde Caserta, Nápoles, para que le infundiera su sello a la tarantela. La intención es que suceda lo mismo que con el tango y el flamenco: que trascienda sus fronteras para convertirse en patrimonio de la humanidad. ¿Tarantela y flamenco? La historia hizo lo suyo con los hombres y sus corrientes marinas, con sus melodías que siempre fueron y vinieron por el Mediterráneo. ¿Por qué no hacerlo ahora? Para tal atrevimiento, está Rafael Amargo, echando velas, dirigido por Mario Gas, timón catalán de merecido reconocimiento.
Rafael es el viento iracundo de este y de todos sus espectáculos. Remolinea lo que encuentra, y sigue su camino. Y uno quisiera atraparlo en ese segundo en que se detiene; hurgar entre su presente aplaudidamente real, viajar en el tiempo y ver su paso tras paso en los estudios, con sus maestros, sus técnicas aprendidas y que suman nuevos códigos y rasgos al flamenco de toda su vida.
Me topé con Rafael Amargo hace mucho, cuando la recordada disco Salvation cumplía sus ocho años. La celebración tuvo lugar en el hotel Ritz, de Barcelona, claro. Llegó, como invitado de honor por el grupo Matinée, junto a otra querida, Bibiana Fernández.
A partir de allí, en silencio, y como a muchos les sucede, consumí su arte, su manera de ver la vida, su ecléctico sistema de mover las cosas, de deshacerlas para volver a reinventarlas.
Todo Amargo es un trago que uno se bebe de un tirón cuando él aparece y te vuelve parte de sus ganas de abrazar al mundo. Todo Amargo, es otro trago cuando te hace sentir uno de los suyos, y al rato te abandona para saltar a otro abrazo y a otro y a otro…
Rafael, nombre de pintor si lo hay, también lleva su paleta a cuesta. Crea colores en todos los idiomas, pincela coreografías con sello y fina estampa, un flamenco único y de coraje gitano, de impertinencia sudada en los tablados más exigentes.
Después de la función, camino a su casa, junto a bailarines, amigos, y familia, todos como en procesión, vamos charlando, mientras Barcelona, vestida de noche nos regala airecito en nuestras caras, felices.
Confirmo que estoy aquí para saber más allá de las tablas y sus cuestiones. Me gusta ir lejos, y si encima lo hago con gente que me inspira, pues allí voy. Te decía que caminamos hablando, dejando atrás un teatro pleno de reconocimiento, pero Rafael ya no está. Ahora, el artista, sólo quiere llegar a su ático, comer unas pizzas que encontramos por el camino, y brindar por el buen trabajo. Y brindamos.
¿Cómo estás Oscar, la estás pasando bien? me dice, y enseguida me presenta más amigos que siguen llegando. Y en eso, veo que el viento se detiene y las preguntas igual se me vuelan, esta vez hacia él…
¿Los temas para los espectáculos, de dónde los tomas, cuál es la fuente?
“Mis bailarines me dan mucho material, me inspiran. Tenemos como todos los que trabajamos, días buenos y días malos, y cuando hay alegría o tristeza, todo es para volcarlo a la escena. Ese es mi sello, trabajar con lo que me pasa y con lo que sucede a mi alrededor”.
¿Te gusta bailar el silencio?
“Me gusta mucho el silencio, escucharlo y meterme en él. Sino sabes bailar el silencio no sabes escuchar ni bailar la música”.
¿Qué hay de las técnicas aprendidas, por ejemplo, la danza contemporánea está muy presente en tus obras…
“Soy de la idea que hay que estudiar todo lo que se pueda, conocer maestros, ver otros espectáculos…La mejor técnica es la que uno con todo su cuerpo puede proyectar, pero para eso primero hay que aprender, para luego saber lo que se quiere y lo que no.
A mí me gusta mucho el melodrama: las cosas que son como bien arraigadas y fuertes, un buen tango, un buen bolero. Me gusta el drama lorquiano. Soy un apasionado de ese Lorca profundo y fuerte. Siempre me quedo con lo más intenso”.
¿Este gusto por lo “intenso”, tiene que ver con una cuestión cultural, que viene de tu familia?
“Yo soy muy dramático en la vida real, por mis pasiones, por mi forma de ser. Lo heredé de mis padres, que también son artistas. Todo lo que hacemos es un drama, lo vivimos con mucha pasión”.
Veo que siempre vas arropado por gente ¿Cómo son tus momentos de soledad?
“Soy muy cobarde, no me gusta estar solo. Siempre estoy con la gente que quiero”.
¿Concibes a la compañía como una familia?
“Totalmente, porque esa es la energía que me gusta transmitir. Crecí en una familia y es la que me sigue acompañando en todo. Mi padre y mi hermano son productores, mi madre es la vestuarista, mi tío es un product-manager, la madre de mis hijos es bailarina. Y en la escena pretendo eso, un grupo enérgico, unido, y que logre el mismo efecto que el de una botella de champagne cuando la descorchas y sale con toda su fuerza”.
A diferencia de la danza clásica, donde el bailarín tiene un ocaso profesional siendo aún joven, sientes que dentro de tu género sucede lo mismo?
En mi caso, me atrevo con mucho más todavía. El flamenco que hago, que combina otras técnicas como puede ser la clásica, la contemporánea, se presta para seguir investigando, descubrir aún más cosas. No me veo aún retirándome, tengo mucho por dar, por seguir aprendiendo. Siempre me rodeé de intelectuales, de gente que tenía para enseñarme cosas, y de los que aprendí estando callado. Me ayudaron a ser mejor. Yo me quiero morir aprendiendo”.
¿Cuál es el perfil de bailarín con el que te gusta contar para tus obras?
“Me gusta la gente audaz, los bailarines que se atreven con todo, que pueden controlar varios códigos. El morbo que la gente encuentra al ver un espectáculo de Amargo, es que ve una compañía de flamenco totalmente dúctil, es decir, que los bailarines actúan con zapatillas de baile, descalzos o con zapatos”.
¿En relación a los proyectos, te gusta más el camino por concretarlos o verlos ya hechos realidad?
“Cuando estreno un espectáculo ya quiero hacer otro. Me fascina la creación, más que bailarla y repetirla. Me da mucho placer el proceso de la creación, será por eso que me considero más un creador que un bailarín”.
¿Decías que te gusta lo trágico, pero, logras relativizarlo cuando la vida golpea?
“Debemos hacerlo porque sino, qué nos queda! Soy un poco payaso, en el buen sentido de la palabra. Trato siempre de ver las cosas con humor. En esta carrera he tenido momentos difíciles que me han hecho despabilar desde muy temprano. A los 13 años firmé mi primer contrato profesional. Desde entonces no he parado, vivo las cosas con esta pasión, y eso incluye disfrutarlas y también sufrirlas”.
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¿Logras, verdaderamente, disfrutar lo qué haces?
“De a ratos. Siempre estoy pensando que algo mejor llegará. A veces yo mismo me digo: “chico, relájate, disfruta esto”.
¿Y Cuándo descansas?
“Nunca. De mi carrera depende mucha gente, todos en nómina. Sino genero los proyectos la rueda se para, por lo que sí o sí debo moverme”.
¿Entre tanto trabajo, qué espacio le das a tu vida personal?
“Poco, y nada. Todo está muy mezclado, va con la misma vorágine. No hay un espacio que me ayude a frenar y distinguir el trabajo de la vida personal. Por eso digo que está muy mezclado. Vivo todo en la vida con la misma intensidad y fugacidad. Pero, sí. Es verdad que tengo ganas de que me pase algo, de encontrar a alguien me ate en corto, que me diga “bueno, hasta acá !”

plus Rafael Amargo:
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les photos: Rafael Amargo par Joao Novaes. www.joaonovaes.com