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	<title>Sur le chemin de l\&#039;égalité</title>
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	<description>Blog débat TÊTU</description>
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		<title>Quand l&#8217;horizon s&#8217;éclaircit après les mois d&#8217;insultes</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Feb 2013 15:01:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Amour]]></category>
		<category><![CDATA[Fierté]]></category>
		<category><![CDATA[billet d'humeur]]></category>
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		<category><![CDATA[mariage pour tous]]></category>

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		<description><![CDATA[&#8220;Je m’appelle Nicolas, j’ai 29 ans depuis quelques jours, et je vis à Paris. J’ai grandi en banlieue, élevé par des parents originaires du sud de la France et ayant eux-mêmes longtemps vécu au Brésil avec les leurs. Nous avions une maison, un jardin, un chien qui s’appelait Jazz et une nourrice qui s’appelait Dany, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_246" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-full wp-image-246" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/02/300chtaubira.jpg" alt="300chtaubira" width="300" height="195" /><p class="wp-caption-text">Christiane Taubira défendant le projet de loi sur le mariage pour tous à l&#39;Assemblée Nationale</p></div>
<p>&#8220;Je m’appelle Nicolas, j’ai 29 ans depuis quelques jours, et je vis à Paris. J’ai grandi en banlieue, élevé par des parents originaires du sud de la France et ayant eux-mêmes longtemps vécu au Brésil avec les leurs. Nous avions une maison, un jardin, un chien qui s’appelait Jazz et une nourrice qui s’appelait Dany, même si je doute aujourd’hui de l’orthographe exacte de son prénom. Mes parents, Votre-Dieu merci, sont hétérosexuels, ce qui semble aujourd’hui pour beaucoup la condition <em>sine qua none</em> pour s’unir et élever un enfant «sain». Malgré cela, pour je ne sais quelle raison que vous trouverez sans doute bien avant moi, j’ai toujours eu la certitude d’être gay, «malade» selon ces mêmes maîtres de la perfection familiale. Comme quoi.</p>
<p>Alors que mes amis se voyaient déjà mariés, parents, grands-parents, j’ai grandi sans schéma dans lequel me projeter. Sans projet de couple, d’enfant ou de pérennité de mon patronyme, aspirant toujours au seul accomplissement possible pour les «détraqués» de mon espèce: rencontrer quelqu’un, trouver ma place à ses côtés, en gardant à l’esprit que je devrais toujours éviter de trop en faire état, laisser passer quelques semaines avant de le dire à mes amis, quelques mois avant d’en parler à mes collègues et quelques années avant de l’avouer à mes parents.</p>
<p><strong>Pourquoi cet homme me dit pédophile?</strong><br />
J’ai grandi en acceptant, sans même envisager de m’en plaindre, l’idée de cocher «célibataire» et «sans enfant» sur tous les formulaires que la vie voudrait bien laisser glisser sous mes doigts. Et voilà que depuis quelques mois, de nouvelles cases m’apparaissent accessibles.</p>
<p>Pourtant&#8230;<span id="more-245"></span></p>
<p>Quand je rentre le soir, que j’allume ma télévision en réchauffant les mêmes plats de pâtes que mes voisins «normaux», je me demande pourquoi cette femme veut me voir enfermé, pourquoi cet homme me dit pédophile, pourquoi celui-ci encore réduit mes sentiments à des jeux sexuels.</p>
<p>Je me demande pourquoi la redevance que je paie chaque année, comme lui, comme elle, comme eux, finance des reportages qui suivent Frigide Barjot et me susurrent à l’oreille, entre deux bouchées, que le Diable n’est jamais bien loin et qu’il porte à cet instant précis une fourche pleine de coquillettes à sa bouche.</p>
<p>Je me demande pourquoi cette vieille dame a le droit de m’interdire des droits quand jamais je n’ai refusé de payer sa retraite. Je me demande pourquoi cette mère de 15 enfants parle avec tant de certitude d’une sexualité que l’un d’entre eux pourrait bien encore cacher.</p>
<p>Quand je rentre le soir, je me demande si l’homosexualité a créé le divorce, l’avortement, la contraception, ou si la mémoire de ces manifestants leur fait cruellement défaut. Je me demande si ma seule orientation sexuelle a réveillé des idéaux archaïques, qui auraient alors sauté plusieurs générations les yeux bandés pour venir s’ancrer dans la tête de quelques imbéciles malheureux.</p>
<p>Je me demande si finalement les couples d’invertis ne sont pas aussi responsables des siècles d’incestes, de mariages consanguins, d’adultère, d’alcoolisme domestique, de violences faites aux épouses et à leurs enfants, ou si ces horreurs qui nous menacent aujourd’hui sont dorénavant tolérées dans l’union entre un homme et une femme.</p>
<p><strong>Remettre en question mon mode de vie</strong><br />
Enfin, je me demande pourquoi on a tant ri des survivalistes qui redoutaient la fin du monde du fond de leur bunker, avant d’écouter attentivement les arguments de ceux qui prédisent l’extinction de l’espèce humaine pour cause de mariage.</p>
<p>Chaque jour, chaque heure, chaque minute, je vois des gens se permettre de remettre en question mon mode de vie, mes aspirations, mes idéaux, mes valeurs, parlant fort dans un micro à ma place. Et quelques jours plus tard je me rends compte que le dégoût est là, que les poings me démangent et que la nausée me guète, mais qu’elle n’a rien à voir avec ce plat surgelé.</p>
<p>Nous pensons à tort que le passé est derrière nous, et que nous avançons vers l’avenir. En réalité nous marchons à reculons, l’avant que nous avons connu encore là sous nos yeux, et l’après, invisible, qui se rapproche. Alors je vous laisse filer vers le Moyen Âge, et chasser les sorcières. Je vous tourne le dos, m’éloigne petit à petit pour ne plus entendre ce que vous avez à médire.</p>
<p>Je m’appelle Nicolas, j’ai 29 ans, et mes parents, si légaux, ont fini par se séparer. Ca n’a pas été facile, mais j’ai grandi dans l’amour des miens, qui m’ont appris qu’on ne jugeait pas ce que l’on ne vivait pas, que l’on respectait ce que l’on n’était pas en pleine mesure de comprendre.</p>
<p>Il était une loi. Ces slogans abominables me rappellent simplement combien la famille a changé depuis les contes de notre enfance, et comme la bêtise franchit facilement le seuil des maisons. Alors peu importe la merde que vous avez étalée sur mes nouvelles cases, je compte bien marcher dedans et m’essuyer les semelles quelques mètres plus loin. Parce que je sais désormais, pour m’être confronté à vos odieux discours, que j’ai assez d’amour en moi pour le transmettre et faire que mon enfant ne fasse jamais l’amalgame entre son papa et Satan.</p>
<p>Ils et elles se marièrent, et eurent beaucoup d’enfants.&#8221;</p>
<p>Nicolas Jouanneau Dario</p>
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		<title>Fille d&#8217;un couple de même sexe, je ne suis pas une demi-enfant</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Feb 2013 17:14:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[billet d'humeur]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[homoparentalité]]></category>
		<category><![CDATA[témoignage]]></category>

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		<description><![CDATA[Eileen, 16 ans, vit dans une famille homoparentale. Se sentant concernée par le débat actuel sur le mariage pour tous, elle supporte difficilement être jugée par des personnes pointant du doigt sa situation d&#8217;enfant d&#8217;homos. Très en colère par les propos tenus par les opposants au projet de loi, elle a décidé de nous faire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_238" class="wp-caption alignleft" style="width: 330px"><img class="size-full wp-image-238" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/02/manifcivitas1.jpg" alt="manifcivitas" width="320" height="214"><p class="wp-caption-text">Bannière brandie par les manifestants de Civitas le 18 novembre 2012 à Paris</p></div>
<p><strong>Eileen, 16 ans, vit dans une famille homoparentale. Se sentant concernée par le débat actuel sur le mariage pour tous, elle supporte difficilement être jugée par des personnes pointant du doigt sa situation d&#8217;enfant d&#8217;homos. Très en colère par les propos tenus par les opposants au projet de loi, elle a décidé de nous faire part de son ressenti, dans un témoignage très mature.</strong></p>
<p>«Le mariage pour tous et l&#8217;adoption pour les couples homosexuels, ces sujets dont tout le monde parle ces temps-ci. Tout le monde en parle, tout le monde débat, tout le monde donne son avis, vient exposer ses idées, qu&#8217;elles soient argumentées, ou non. J&#8217;en entends tellement parler, que je ne crois pas qu&#8217;il y ait un jour où je ne tombe pas sur un sujet à la télévision ou un article sur internet. Et je dois dire que cela commence à me taper sur les nerfs, que j&#8217;en ai ras le bol d&#8217;entendre des tergiversations, des faux-débats, des faux-arguments donnés par des personnes qui croient connaître le sujet, sont certains de ce qu&#8217;ils avancent et qui, parfois, ne semblent pas se rendre compte de la bêtise qui rythme leurs propos.</p>
<p>Je me suis beaucoup demandé s&#8217;il fallait que j&#8217;écrive quelque chose là-dessus, si je devais contribuer au débat et donner mon avis. Parce que, c&#8217;est vrai je n&#8217;ai que seize ans, après tout. Et qui écouterait, lirait ce qu&#8217;une adolescente a à dire? Mais le fait est, que je suis directement touchée par ce débat, et que celui-ci m&#8217;affecte énormément. Et à force d&#8217;en entendre parler tous les jours, de voir que ça occupe l&#8217;actualité nationale, j&#8217;ai fini par décider qu&#8217;il fallait que je fasse quelque chose, que je parle de mes sentiments à ce propos dans un texte, comme l&#8217;ont sans doute déjà fait d&#8217;autres personnes, célèbres ou non. Je n&#8217;ai pas la prétention de penser pouvoir faire changer les choses avec des mots, parce que je pense que s&#8217;il était possible de le faire, quelqu&#8217;un y serait parvenu avant moi. Je voudrais simplement faire passer un message, faire entendre la voix de ceux que l&#8217;on entend pas ou peu, et qui eux aussi ont quelque chose à dire et jouent un rôle dans cette histoire: les enfants des couples homosexuels. Ce que je suis, en quelque sorte puisque mon cas est particulier, cependant je compte aussi. Mais je ne raconterai pas ma vie, ce n&#8217;est pas mon but. Je veux seulement me faire porte-parole des oubliés de ce débat.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-225" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/02/1.jpg" alt="1" width="200" height="300" />D&#8217;après une récente étude, nous sommes plus de 40 000 enfants en France, à vivre ou à avoir vécu et grandi dans une famille homoparentale. C&#8217;est beaucoup, n&#8217;est-ce pas? Et c&#8217;est surprenant aussi. C&#8217;est surprenant parce que personne ne mentionne jamais ces gens, personne ne se dit jamais qu&#8217;il faudrait peut-être aller voir ce qu&#8217;ils ont à dire, ce qu&#8217;ils ressentent. Mais nous sommes là! Oui, nous existons. Et nous suivons tous ces débats, nous entendons tous vos propos, toutes vos phrases souvent blessantes et totalement fausses. Mais celles-ci sont toujours dites sans homophobie, aucune. Évidemment, qui dirait le contraire? C&#8217;est sans homophobie, sans discrimination, que l&#8217;on attaque nos familles, que l&#8217;on nous attaque, nous. Que l&#8217;on remet en cause notre construction, les murs de nos vies. Mais, bien sûr, on ne doit pas les prendre comme des attaques, ce n&#8217;en sont pas, pourquoi penser cela? Vous essayez juste de démontrer que ce que vous pensez est la vérité, que vous avez raison d&#8217;énoncer votre façon de penser et d&#8217;essayer d&#8217;y faire adhérer la population. Mais, avant de parler, avant d&#8217;oser vous forger une opinion à ce sujet, vous y êtes-vous réellement intéressé? Avez-vous lu des témoignages, regardé autour de vous, discuté avec les principaux concernés? Je suppose, sans penser me tromper, que non. En même temps, qui se soucie de savoir ce que des enfants d&#8217;homos ont à dire? On préfère parler de nous, de nos familles, de nos vies, sans même nous connaître.</p>
<p>Vous savez ce que nous ressentons, ce que nous pensons de tout cela? Lorsque nous vous entendons, vous politiciens et psychologues, surtout psychologues, parler de nous, comme si vous étiez dans nos têtes, logiez dans nos corps, viviez ce que nous vivons, ce sont des attaques personnelles que nous ressentons. On a l&#8217;impression que vous nous connaissez, que vous savez tout de nous. Mais de quel droit? Et puis, sur quoi vous basez-vous? Des études scientifiques? Des déductions fortement liées à vos convictions? Il faut que vous sachiez, que tout ne se résume pas à la science, que tout ne tient pas du psychologique. Il y a l&#8217;amour aussi, les liens que l&#8217;on crée avec les personnes avec qui nous vivons, que ça soit depuis la naissance, ou après des événements venus bousculer notre vie. Et ceci est vrai dans plusieurs situations, pas seulement dans celle-ci. Cependant, vous êtes bien trop imbus de votre personne, certains de vos idées, pour penser, une seule seconde, vous remettre en question. Mais croyez-moi, vous devriez fortement y songer.<span id="more-224"></span></p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-226" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/02/2.jpg" alt="2" width="200" height="337" /></p>
<p>Vous devriez fortement y songer, car vous ne vous rendez pas compte du mal que vous pouvez faire. Vous ne vous rendez pas compte de l&#8217;impression que vous donnez aux personnes que vous attaquez, directement ou non. Parce que, même si je suppose que la plupart d&#8217;entre nous essayent de faire abstraction, de ne pas écouter et se laisser atteindre par tout cela, après l&#8217;ignorance, vient quand même la colère et l&#8217;indignation. Et ceci est exactement ce que je ressens aujourd&#8217;hui.</p>
<p>Au moment où j&#8217;écris, c&#8217;est la colère qui me dicte ce que je dois dire, et contrôle mes doigts qui tapent sur le clavier. C&#8217;est la colère qui tient mon esprit, empli mes pensées et me répète sans cesse que tout cela est injuste.</p>
<p>Lorsque nous sommes élevés dans une famille homoparentale, ce n&#8217;est pas toujours facile avec les autres, surtout quand on est enfant. Souvent, nos camarades de classe se demandent qui est la personne qui vient de temps en temps nous chercher à l&#8217;école quand ce n&#8217;est pas notre mère ou notre père. Et comme nous sommes des enfants, que l&#8217;on ne sait pas que dire la vérité peut nous mener à être malheureux, on la dit. Nos copains se posent donc des questions, questions qu&#8217;ils nous posent, posent à leurs parents et à je ne sais qui d&#8217;autre. Viennent alors les regards inquisiteurs, les moqueries, les insultes. On finit forcément par regretter d&#8217;avoir dit la vérité, victime de notre innocence. En grandissant, on apprend à se protéger et à ne plus rien dire qui puisse nous nuire. On pense aussi, on espère, que les adultes sont moins idiots, que ce genre de comportements ne sont plus dans le monde des adultes et que nous serons alors tranquilles. À entendre certains de vos propos, il semblerait que ça ne soit pas vrai et qu&#8217;au final, la bêtise continue d&#8217;opérer durant toute la vie humaine. Peut-être qu&#8217;elle empire avec l&#8217;âge, à bien y réfléchir. Comme c&#8217;est désolant.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-227" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/02/3.jpg" alt="3" width="200" height="297" /></p>
<p>Après les politiques et les psychologues/médecins, viennent les religieux. Excusez-moi mais, de quoi se mêlent-ils au juste? Comment osent-ils se permettre de parler de sexualité, de famille, alors que de toute façon, ils ont renoncé aux deux en entrant dans les ordres? Laissez-moi rire. Il me semble que le mariage homosexuel ne sera en aucun cas célébré à l&#8217;Eglise, mais à la mairie. Ces couples ne demandent pas le mariage religieux, mais le mariage civil. Encore une fois, il me semble que l’Église et l’État sont séparés depuis 1905. Mais apparemment l’Église essaye encore de venir mettre son grain de sel dans les affaires de société qui ne la regardent pas.</p>
<p>La religion ne veut pas d&#8217;homosexuels ou d&#8217;enfants d&#8217;homosexuels parmi ses fidèles? C&#8217;est plutôt paradoxale. Je pensais que l’Église prônait l&#8217;égalité, que Dieu acceptait tout le monde et pardonnait. Aurions-nous été trompés? Qu&#8217;est-ce qui dérange vraiment les religieux là-dedans? Je veux dire, en quoi est-ce que la loi autorisant le mariage et l&#8217;adoption des homosexuels va changer leur vie? Je ne comprends pas, et pourtant j&#8217;essaie. La reconnaissance religieuse grâce au mariage, n&#8217;est pas ce que cherchent ces personnes. La seule chose qu&#8217;ils veulent, c&#8217;est une reconnaissance sociale grâce au mariage civil. Ils veulent simplement pouvoir dire «nous sommes mariés», comme les couples hétérosexuels le font. Même si, lorsque l&#8217;on y pense bien, ils veulent surtout bénéficier des mêmes droits que les autres. Savoir que la personne avec qui ils partagent leur vie ne serait pas laisser sans rien si il leur arrivait quelque chose, savoir que ce qu&#8217;ils partagent avec une personne est reconnu et compte officiellement.</p>
<p>Ils ne veulent pas qu&#8217;on leur lance du riz à la sortie de l&#8217;Église, qu&#8217;on leur offre de la vaisselle en cadeau de mariage. Tout cela n&#8217;est qu&#8217;une demande de droits similaires à ceux des autres. Demande qui est tout à fait légitime, je crois.</p>
<p>Quant à leurs enfants, raison principale pour laquelle j&#8217;écris ceci, nous souhaitons simplement une reconnaissance de notre famille. Nous voulons pouvoir dire que nos parents sont mariés, avoir la certitude que notre famille existe aux yeux de la loi, et que nos deux parents ont les mêmes droits sur nous. Ce qui, à l&#8217;heure actuelle, est bien loin d&#8217;être le cas. Aujourd&#8217;hui, si dans un couple homosexuel, une des personnes à un enfant, l&#8217;autre personne ne sera pas reconnu comme responsable légal de celui-ci.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-228" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/02/4.jpg" alt="4" width="200" height="314" /></p>
<p>Quel enfant devrait supporter le fait de savoir que sa famille n&#8217;est pas reconnue, qu&#8217;il n&#8217;est pas officiellement l&#8217;enfant des deux personnes qui l&#8217;élèvent et le rendent heureux? La Déclaration des Droits de l&#8217;Homme et du Citoyen dit que «tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits»&#8217;. Vraiment? Ce n&#8217;est pas l&#8217;impression que j&#8217;ai.</p>
<p>Finalement, si on creuse jusqu&#8217;au bout, on peut même apercevoir la question de dignité humaine. Dans notre société, le mariage et la reconnaissance sociale par des contrats de ce genre sont tellement importants, que je ne pense pas me fourvoyer en disant que les gens portent un regard différent sur nous en fonction de notre statut familial. Comme ils le font concernant l&#8217;argent.</p>
<p>On veut l&#8217;égalité pour tous, on veut que tout le monde soit logé à la même enseigne, que tout le monde ait les mêmes droits, et on pose des milliers de problèmes pour une question aussi simple que le mariage et l&#8217;adoption pour tous?</p>
<p>On ne doit pas tous avoir la même définition du mot «égalité». Je pense, que l&#8217;égalité, soit elle est totale, soit il n&#8217;y en a pas. Puis, il faut savoir ce que l&#8217;on veut, n&#8217;est-ce pas?</p>
<p>En fait, je pense que tous ces débats ne sont que <em>panem et circences</em>, histoire de distraire les foules. Parce que pendant que l&#8217;on parle de cela, on repousse l&#8217;échéance, puis les politiques ont le temps de concocter de bons petits coups foireux. Et un jour on apprendra que le projet de loi à été abandonné, pour une raison ou pour une autre, valable ou non, acceptée par la population, ou non. C&#8217;est tellement simple de faire cela, de profiter de son pouvoir et de croire que celui-ci nous permet de décider qui est assez humain pour avoir des droits, et qui ne l&#8217;est pas.</p>
<p>Finalement, je pense que tout ceci n&#8217;a pas de sens, qu&#8217;il n&#8217;y a pas de questions à se poser. Je connais des enfants de couples homosexuels, j&#8217;en suis une moi-même, et je connais aussi des homosexuels, et ils sont tout à fait normaux, il n&#8217;y a pas de différence avec les autres. La seule différence qu&#8217;il y ait, c&#8217;est vous qui la créez. Avec vos débats inutiles, vos questions ridicules, vos préjugés dépassés, vous faites sentir aux gens qu&#8217;ils sont différents et qu&#8217;ils ne sont pas assez humains pour pouvoir accéder aux mêmes droits que les autres. Et ce n&#8217;est pas acceptable.</p>
<p>Je ne pense pas que ce texte bien insignifiant fera changer quelque chose, je ne pense pas qu&#8217;il aura un quelconque poids dans les débats actuels. Cependant, je me devais de l&#8217;écrire, et le fait que des gens le lisent est bien assez valorisant pour moi. J&#8217;espère simplement que j&#8217;aurais réussi à faire changer des points de vue, ou au moins à faire réfléchir.»</p>
<p>Eileen</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Construction de l&#8217;enfant en famille homoparentale: l&#8217;avis des psychanalystes</title>
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		<pubDate>Thu, 31 Jan 2013 15:58:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[homoparentalité]]></category>
		<category><![CDATA[psy]]></category>

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		<description><![CDATA[
Élodie Dussac et Laurie Carle sont deux étudiantes en Master  psychologie qui ont effectué leurs recherches sur le sujets de l’homoparentalité. Estimant que les professionnels du secteurs ne sont pas assez sollicités, elles souhaitent aujourd&#8217;hui donner leur avis et ont écrit un essai, appuyé de références scientifiques et psychanalytiques dans le but de proposer [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="size-full wp-image-213 alignleft" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/ardoise.jpg" alt="ardoise" width="329" height="234" /></p>
<p><strong>Élodie Dussac et Laurie Carle sont deux étudiantes en Master  psychologie qui ont effectué leurs recherches sur le sujets de l’homoparentalité. Estimant que les professionnels du secteurs ne sont pas assez sollicités, elles souhaitent aujourd&#8217;hui donner leur avis et ont écrit un essai, appuyé de références scientifiques et psychanalytiques dans le but de proposer des pistes de réflexions objectives. </strong></p>
<p><strong>Pour commencer, une pincée d’anthropologie…</strong><br />
Quand on entend dire que le mariage est une «donnée naturelle» (Vergely, philosophe et ethnologue), nous nous demandons sur quoi repose cette affirmation. Peut être pourrions nous émettre un petit bémol quant à cette idée. Le mariage, en tant que concept est universel, mais les modalités de ce dernier varient en fonction des époques, des contextes historiques et culturels (Lévi-Strauss). Dans certaines sociétés Africaines par exemple, comme les Nuer, les femmes stériles peuvent épouser une autre femme, qui elle peut avoir un enfant d’un domestique qui sera par la suite considéré comme descendant des deux épouses. Le mariage semble donc être davantage une construction qui permet la reconnaissance sociale d’une union. Dans son œuvre <em>Les unions du même sexe dans l’Europe antique et médiévale</em>, John Boswell livre un passionnant travail de recherche destiné à la reconnaissance officielle des unions du même sexe. Il a pu démontrer que dans l’antiquité et au début du Moyen-Âge, deux modèles comparables d’unions permanentes et exclusives étaient reconnus : le mariage hétérosexuel, pour la famille et pour la patrie, et l’union homosexuelle fondée sur la réciprocité des sentiments (Claudine Leduc 1998). Comme quoi, c’est possible…</p>
<p>Selon Vergely, le mariage assure la protection de la procréation. Il se réduit donc à donner la vie à partir d’un homme et d’une femme. Mais finalement, se marier, n’est-ce que procréer ? Ne pourrait-il pas aussi être la reconnaissance concrète d’un amour partagé ? En ce sens, Françoise Héritier (anthropologue), explique qu’en effet, dans la majorité des cas, les conjoints deviennent parents, mais le mariage permet aussi un épanouissement à deux n’ayant pas forcément pour but de fonder une famille. D’ailleurs, c’est de plus en plus cet aspect qui est au premier plan aujourd’hui, les personnes qui se marient ne le font pas forcément en vue de procréer mais pour «célébrer» leur amour. Dans cette optique, le mariage devrait être un droit pour tous. Les couples qu’ils soient hétéro ou homo unissent avant tout deux êtres humains.</p>
<p><strong>Poursuivons avec une once de psychanalyse…</strong><br />
Mais avant toute «psychanalysation», il est primordial de rappeler que l’orientation sexuelle pour un homme ou une femme n’est en aucun cas pathologique dans la mesure ou celle-ci ne porte pas atteinte à autrui. Ce qui peut l’être, en revanche, c’est la manière dont l’individu vit et éprouve sa sexualité. Cette dernière étant souvent corrélée avec la société dans laquelle il évolue, au travers du fait d’être jugé, rejeté ou au contraire adulé.</p>
<p>L’homophobie qui éclate actuellement nous a fatalement renvoyées au texte de Freud notamment, sur la notion d’inquiétante étrangeté, et le lien qui peut être fait quant au racisme. C’est cette «particularité de l’effrayant, qui remonte au depuis longtemps connu, depuis longtemps familier». Elle concerne cette part de nous même qui devrait rester dans l’ombre, cachée mais qui ressurgit comme par effraction. Ce qui fait peur dans le «mariage gay» finalement, c’est à la fois l’inconnu et le profondément familier. En d’autres termes, chacun projette sur l’autre ce qu’il ne veut pas voir de lui-même ou ce qu’il perçoit comme dangereux ou déplaisant en lui-même (Kristeva).<span id="more-209"></span></p>
<p>Cette idée fait émerger la question de la bisexualité psychique qui réside en chacun d’entre nous, question d’ailleurs qui a été très largement travaillée par de nombreux psychanalystes, psychologues et autres chercheurs. L’éducation réside donc en un apprentissage social de rôles sexués. Mais au-delà de ce dernier, nous gardons une part de féminité et de  masculinité en chacun d’entre nous. Cette notion de bisexualité psychique nous permet d’aborder la question de l’adoption…</p>
<p>Ces dernières semaines particulièrement, on a beaucoup entendu «Un enfant a besoin d’un père et d’une mère». Cela semble d’ailleurs être l’argument d’autorité que posent les opposants au projet de loi.  Ce slogan, de nouveau, est tout à fait culturel. Effectivement, pour procréer, il faut un homme et une femme, mais pour élever un enfant? La compréhension que nous avons d’une partie de la théorie psychanalytique, en tant qu’étudiantes en psychologie, nous amène à dire que l’enfant n’a pas besoin d’un père et d’une mère mais plutôt d’imagos parentales. Ce concept s’inscrit dans une dimension symbolique. Dans Vocabulaire de la psychanalyse de Laplanche et Pontalis, l’imago est défini comme étant «une représentation inconsciente» qui permet à l’enfant d’appréhender autrui. Il s’élabore dans les relations précoces entre l’enfant et son entourage. Il ne s’agit pas «d’un reflet du réel, même plus ou moins déformé» mais d’un schéma imaginaire que l’enfant construit. Finalement, ce dernier s’imprègne du «maternel» tant en sa mère qu’en son père. Et inversement, la figure d’autorité ne revient pas qu’au père. Ainsi, l’enfant peut tout à fait se construire en s’étayant sur deux papas ou deux mamans.</p>
<p>En ce sens, M. Douville explique très justement dans le magazine <em>Psychologies</em> du mois de janvier 2013, que «sur le terrain comme dans les études, nous avons pu observer que les parents homosexuels ne “fabriquent” pas plus d’homosexuels ni de psychoses que les parents hétérosexuels». Si l’on veut parler en termes d’équilibre et de continuité qui sont primordiaux dans l’établissement des liens précoces avec l’enfant, on pourrait se poser la question de savoir si justement un enfant ne serait-il pas plus épanoui affectivement et intellectuellement dans un milieu homosexuel sain que dans un milieu hétérosexuel négligeant. Nous prenons volontairement cet exemple extrême dans le but d’expliquer que ce qui importe dans l’accompagnement du développement d’un enfant, c’est surtout la relation triangulaire qui va pouvoir être mise en place avec ses deux parents, quel que soit leur sexe.</p>
<p>Le débat est loin d’être fermé, mais au plus profond de nous même, nous sommes choquées de voir qu’en 2013, il existe encore des individus qui se battent pour que d’autres n’aient pas accès aux droits fondamentaux dont eux-mêmes bénéficient. Nous espérons surtout que les enfants de ces individus en question, seront suffisamment armés pour se construire et vivre sereinement s’il s’avère qu’un jour ils se rendent compte que leur cœur balance plutôt pour un alter-ego de même sexe. Pour ces personnes concernées, sachez, avec humour et empathie que des psychologues seront toujours là pour vous écouter… À bons entendeurs!</p>
<p style="text-align: right">Dussac Elodie et Carle Laurie, deux hétéros-psycho-solidaires</p>
<p style="text-align: center">- &#8211; -</p>
<p>Bibliographie pour aller plus loin :</p>
<p>J. Boswell, 1996, <em>Les unions du même sexe dans l’Europe antique et médiévale</em> Fayard</p>
<p>Lévi-Strauss, 1949, Les structures élémentaires de la parenté., Paris, PUF</p>
<p>F. Héritier, 2009, Une pensée en mouvement, Odile Jacod</p>
<p>F. Héritier, « Quel sens donner aux notions de couple et de mariage ? » ,Informations sociales 2/2005 (n°122), p6-15</p>
<p>S. Freud, 1919, l’inquiétante étrangeté et autres essais, Folio Poche</p>
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		<title>La présidente d&#8217;Argentine Cristina Kirchner soutient le mariage pour tous en France</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Jan 2013 16:50:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[La présidente d&#8217;Argentine Cristina Kirchner soutient dans une lettre à l&#8217;attention du gouvernement français le projet de loi sur le mariage pour tous. Cette lettre a été lue dimanche par le ministre de l&#8217;intérieur Manuel Valls, sur la scène du théâtre du Rond-Point lors de la soirée en faveur du mariage organisée par Pierre Bergé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left"><img class="alignleft size-full wp-image-195" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/Kirchner.jpg" alt="Kirchner" width="240" height="268" /><strong>La présidente d&#8217;Argentine Cristina Kirchner soutient dans une lettre à l&#8217;attention du gouvernement français le projet de loi sur le mariage pour tous. Cette lettre a été lue dimanche par le ministre de l&#8217;intérieur Manuel Valls, sur la scène du théâtre du Rond-Point lors de la soirée en faveur du mariage organisée par Pierre Bergé et Jean-Michel Ribes. Cristina Kirchner applique depuis sa première investiture en 2007 une politique en faveur des droits LGBT, faisant de l&#8217;Argentine le premier pays d&#8217;Amérique Latine à autoriser le mariage pour tous en juillet 2010 et le choix de l&#8217;identité de genre en mai 2012.</strong></p>
<p style="text-align: center"><img class="alignnone size-full wp-image-196" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/lettre-originale.jpg" alt="lettre-originale" width="470" height="650" /></p>
<p style="text-align: center"><strong>Message de la présidente d’Argentine (Cristina F. de Kirchner)</strong></p>
<p style="text-align: center"><strong><br />
</strong></p>
<p style="text-align: right">Buenos Aires, le 25 janvier 2013</p>
<p><strong>Objet</strong> : Mariage pour tous</p>
<p>Paris, République Française</p>
<p>À travers ces mots je souhaite vous accompagner en cette occasion, pour appuyer le &#8221; mariage pour tous &#8221; en France.</p>
<p>Je suis convaincue  qu’en adoptant les lois sur le mariage pour tous et sur l’identité de genre, l’Argentine est devenue une société moins discriminante et plus juste. Étendre les droits c’est intégrer, c’est élargir la citoyenneté, c’est réparer les inégalités.<span id="more-194"></span></p>
<p>La conquête de ces droits n’aurait pas été possible sans le combat, mené durant de nombreuses années par des individus et des organisations engagés dans cette cause. Comme vous, ils ont eu à surmonter de fortes résistances et de grandes tensions.</p>
<p>Je désire fermement que la France, berceau de la Liberté et de l’Égalité, rejoigne bientôt les pays ayant déjà adopté ces droits afin de devenir une société plus ouverte et moins discriminante, plus égalitaire et plus libre.</p>
<p>Il n’est pas question ici de retirer des droits à quiconque, mais au contraire, il s’agit de permettre aux minorités d’obtenir les mêmes droits que ceux détenus par la majorité.</p>
<p>Le jour suivant l’adoption du mariage pour tous, personne ne se réveillera avec moins de droits, au contraire, certains auront obtenu ceux que d’autres avaient déjà.</p>
<p style="text-align: right">
<p style="text-align: right">Cristina Kirchner</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Opposants au mariage: les 10 familles d&#8217;homophobes</title>
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		<pubDate>Wed, 23 Jan 2013 11:28:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Manif pour tous]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[homophobie]]></category>

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		<description><![CDATA[En ce dimanche 13 janvier ont défilé dans les rues du Royaume de France un improbable cortège, composé de prélats, de politiciens réactionnaires, d’extrémistes de droite et de fanatiques religieux, accompagnés de «braves citoyens» inféodés à une vision obtuse du mariage et de la famille, tous ensemble mobilisés contre une réforme législative proposant de mettre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_184" class="wp-caption alignnone" style="width: 450px"><img class="size-full wp-image-184" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/bongibaultbarjot.jpg" alt="Xavier Bongibault et Frigide Barjot en tête de la &quot;Manif pour tous&quot; le 13 janvier dernier" width="440" height="260" /><p class="wp-caption-text">Xavier Bongibault et Frigide Barjot en tête de la &quot;Manif pour tous&quot; le 13 janvier dernier</p></div>
<p>En ce dimanche 13 janvier ont défilé dans les rues du Royaume de France un improbable cortège, composé de prélats, de politiciens réactionnaires, d’extrémistes de droite et de fanatiques religieux, accompagnés de «braves citoyens» inféodés à une vision obtuse du mariage et de la famille, tous ensemble mobilisés contre une réforme législative proposant de mettre fin à une discrimination de fait entre citoyens adultes et responsables, censés être égaux en droits. Les grands médias, qui n’ont accordé que des entrefilets à la grande manifestation du 16 décembre en faveur du mariage pour tous, ont convié avec bien plus d’attention et de complaisance celle du 13 janvier regroupant les opposants au projet de loi. La vie médiatico-démocratique est ainsi faite: les messages d’intolérance et de mépris ont toujours été plus «vendeurs» (car plus conflictuels) que ceux mettant en valeur le respect de l’autre et l’égalité. À la faveur des manifestations de rues comme des sempiternelles foires d’empoigne entre pro- et anti- sur Internet, un rapport de force s’installe, de fait, entre une «communauté de l’égalité» et une «communauté de la haine». Si ce rapport peut menacer de tourner à l’avantage de la seconde (on a déjà vu notre gauche de gouvernement reculer sur des points importants, cf. la PMA ou l’épisode désastreux de la «liberté de conscience» des maires…), ce n’est certes pas en fonction de la force intrinsèque de ses arguments. Prenez n’importe quel discours d’un opposant au mariage pour tous, il entrera (au moins) dans une des dix catégories suivantes:</p>
<p>- 1. Les insultes ouvertes, propos de comptoir et autres ricanements de corps de garde sur fond de clichés associés à l’homosexualité, célébrant en creux le profond satisfecit de leurs auteurs, qui se réconfortent ainsi, implicitement, de leur appartenance à une norme dominante (on a les satisfactions que l’on peut).</p>
<p>- 2. Les comparaisons avilissantes (le rapport homosexuel apparenté à la pédophilie ou la zoophilie par exemple) qui, associées aux prospectives dégradantes sur les effets d’une évolution législative vers le mariage entre personnes de même sexe («et si demain j’ai envie de me marier avec mon téléphone?», etc.), en disent beaucoup plus long, hélas, sur l’univers psycho-sexuel propre à leurs auteurs (cette incapacité apparente à saisir le concept d’une relation affective entre adultes consentants est le signe d’une immaturité sexuelle inquiétante, au fond) que sur les conséquences effectives qu’entraînerait une telle évolution sur les mœurs contemporaines.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-176" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/11.jpg" alt="1" width="200" height="199" />- 3. La hiérarchisation décomplexée des identités sexuelles, associée à l’emphase millénariste de la menace du «chaos» civilisationnel («à quand la légalisation de l’inceste ou de la polygamie?»): au nom de visions simplistes et délirantes de l’histoire de notre «civilisation» et de son possible effondrement, plusieurs députés FN et UMP ont, par exemple, fait publiquement mention d’une supposée infériorité morale de l’homosexualité sur l’hétérosexualité. (Ce n’est évidemment pas le seul domaine, aujourd’hui, où la parenté idéologique entre ces deux partis apparaît clairement.)</p>
<p>- 4. La convocation rassurante de la «tradition», grand classique du conservatisme, doublée de la référence désespérée à une supposée «essence» de la famille («un papa et une maman»), que tout contredit par ailleurs: l’anthropologie historique des structures de parenté, l’observation sociologique des évolutions contemporaines de la famille (divorces, systèmes monoparentaux), etc.<span id="more-172"></span></p>
<p>- 5. L’expression naïve et arbitraire d’un système de valeurs fondé sur la base de textes religieux (autrement dit, dans une République laïque, sur rien), qui a d’ailleurs amené les représentants de certaines minorités (juive, musulmane) à prendre une position, sans doute évaluée par eux comme «stratégique», dans la grande vague de l’Ordre moral qui investira les rues ce dimanche.</p>
<p>- 6. L’homophobie chrétienne-compassionnelle (avec en figure de proue l’inoxydable passionaria anti-PACS Christine Boutin), qui, sous couvert d’une hypocrite et condescendante bienveillance (la soi-disant «souffrance» des personnes homosexuelles, vues comme des brebis égarées), répand une vision idéologico-normative extrêmement violente des rapports entre les êtres et des structures de filiation. Cette idéologie s’oppose ainsi, de façon virulente, à tout (égalité des droits, sensibilisation à l’homophobie dans les milieux scolaires, etc.) ce qui pourrait, dans les faits, atténuer la dite-souffrance possiblement ressentie par les homosexuels en raison des phénomènes d’exclusion dont ils sont victimes. Ce n’est pas la moindre des contradictions d’une pensée très étroitement religieuse (la foi est ici vidée de toute spiritualité, réduite à un petit vade-mecum moral) qui met en avant, théoriquement, les notions d’amour et de tolérance à l’égard des «déviants», pour mieux les piétiner au nom du respect de textes «sacrés».</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-177" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/21.jpg" alt="2" width="200" height="256" /></p>
<p>- 7. La sociologie sauvage et intuitive d’un «monde homosexuel» fantasmé (associé, en vrac, à la luxure, à l’individualisme décadent post-mai 68, à la consommation de stupéfiants, etc.) et/ou réduit à une poignée de témoignages tirés de l’expérience personnelle et haussés à valeur de loi générale («j’ai croisé un gay lors d’une soirée, et il m’a dit qu’il ne souhaitait pas se marier», etc.).</p>
<p>- 8. La camaraderie de sortie de boîte, qui entend reléguer le rôle social des personnes homosexuelles à celui de gentils transgressifs nocturnes, sympathiques, drôles, originaux et décoratifs, en assurant (à leur place) qu’ils ont bien de la chance d’être «différents», et qu’ils ne souhaitent pas vraiment s’embarrasser de cette «institution bourgeoise» qu’est le mariage. Notons que cette dernière posture manque ainsi gravement le fond du problème, qui n’est pas le mariage lui-même, mais l’égalité des droits.</p>
<p>- 9. L’«homophobie de l’agacement» (dont le fameux «Messieurs les homosexuels, laissez-nous tranquille!» du député UMP Jacques Myard pourrait constituer le parangon) , qui s’indigne de constater que les Français homosexuels d’aujourd’hui (pourtant beaucoup mieux tolérés que leurs «ancêtres» des périodes passées ou leurs «congénères» d’autres aires géographico-culturelles), loin d’être reconnaissants envers la société qui ne les emprisonne pas et ne les classe plus dans la catégorie des malades mentaux, ont l’outrecuidance de réclamer encore et toujours plus de droits – un peu comme s’ils étaient pressés d’être reconnus comme des citoyens à part entière. Reposant souvent sur l’idée que l’homosexualité relève d’un «comportement» choisi (et non d’une donnée naturelle de l’individu, comme la couleur de peau par exemple), cette «homophobie de l’agacement» s’incarne souvent dans des phrases-type telles que: «L’État n’a pas à valider les caprices d’une minorité», et s’accompagne en général de jugements dépréciateurs à l’égard des homosexuels lorsque ces derniers outrepassent le caveau underground que la norme hétéro-tolérante leur avait alloué (on dit alors, parce qu’ils exposent leurs vies de couple ou qu’ils s’embrassent dans la rue, qu’ils «s’affichent», et que cela est «obscène»).</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-178" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/31.jpg" alt="3" width="227" height="284" /></p>
<p>- 10. La manifestation d’une inquiétude pour la condition psychique et morale des enfants élevés par des couples de même sexe. On touche ici à l’un des arguments les plus volontiers avancés par les discours des anti- (notamment par tous ceux qui débutent avec l’expression «Je ne suis pas homophobe, mais&#8230;»): l’invocation d’un «principe de précaution» visant à la protection de nos chères têtes blondes est sans nul doute ce que les opposants au projet de loi considèrent comme leur argument le plus efficient, et surtout comme le plus «présentable». Le fait que leur sollicitude envers les enfants s’arrête bien souvent au seuil des foyers hétérosexuels dysfonctionnels, qu’elle repose sur une vision caricaturale à souhait de l’archétype oedipien et des fonctions sexuées au sein du couple, et qu’elle choisit d’ignorer le nombre important des études sérieuses menées dans les pays qui nous devancent sur la question de l’homoparentalité (et dont les conclusions rassureront tous ceux qui se posent réellement la question du bien-être des enfants), empêche cependant d’accorder un crédit suffisant à leurs préoccupations. Dans l’écrasante majorité des cas, ces dernières dissimulent assez mal le lien direct entre «l’inquiétude pour les enfants» et le préjugé dégradant à l’égard des homosexuels. Le rapport de couple homosexuel, souvent appréhendé sous l’angle du seul génital, est alors considéré comme une forme «impure» d’existence, un mode «d’être-ensemble» inférieur au rapport hétérosexuel. Certains discours de sollicitude contournent cet écueil en affirmant regretter l’existence d’un préjugé dévalorisant à l’égard des couples homosexuels, tout en faisant de l’existence regrettable de ce préjugé un argument pour combattre l’éventualité de l’adoption: les enfants élevés par des homosexuels risqueraient de souffrir, pendant leur développement, de l’homophobie ambiante de la société française. Il s’agit alors d’un renversement spectaculaire des priorités: l’urgence n’est plus de faire reculer l’homophobie en donnant aux homosexuels les mêmes droits qu’aux autres citoyens, mais de protéger les enfants qu’ils pourraient avoir de cette homophobie justement entretenue par l’absence de reconnaissance légale de leur structure familiale. On touche ici à un cas de pure aberration rhétorique, une constante dans les arguments des opposants au projet de loi; un autre de leurs arguments, consistant à démontrer l’inexistence d’une discrimination au motif que «les homosexuels ont, comme les autres, le droit de se marier… avec une personne de sexe opposé», en représente sans doute l’exemple le plus «abouti».</p>
<p>Le grotesque échevelé de telles déclarations, comme de la petite poignée de postures dont on vient de proposer une typologie en dix points (non-exhaustifs), pourrait prêter à rire, bien entendu. Et on peut être certain qu’elles amuseront beaucoup les historiens-sociologues-anthropologues du futur qui se poseront, plus tard, la question de l’univers de discours et de pratiques propres aux opposants du « mariage pour tous ». Mais pour nous qui, aujourd’hui, en sommes les témoins quotidiens, ces dix points résument ce que la communauté de la haine crie tous les jours, avec le plus grand sérieux, sur tous les supports, par l’intermédiaire de ses représentants officiels dans les médias de masse, comme de ses petits exécutants anonymes crachant leur bile sur les forums des sites d’actualité.</p>
<p>Cela n’empêche pas la communauté de la haine de hurler au scandale en regrettant l’absence, selon elle, d’un «vrai débat». C’est un mythe très répandu chez les réactionnaires de tout poil: se fantasmer comme une minorité de «libres-penseurs», de résistants, opprimés par une grande Pensée unique progressiste et totalisante (alors même qu’ils participent, dans les faits, d’un ordre dominant parmi les plus oppressifs qui soient). Il pourrait évidemment être considéré comme obscène de «débattre» d’une question touchant au rétablissement de droits de personnes discriminées par la loi, sans qu’en résulte aucun préjudice pour les autres (ne parlons même pas de l’éventualité de soumettre une telle question à un référendum…); mais que dire, sinon que ce débat a pourtant bien lieu, en continu et jusqu’à l’indigestion,  qu’il a tendance à ressembler à une «controverse de Valladolid» du pauvre, qu’il ne mène nulle part (comment débattre avec quelqu’un qui avance que la famille, «c’est (par essence) un père et une mère», que Dieu l’a voulu ainsi, etc.?), et qu’il nous en apprend finalement beaucoup plus sur les opposants au projet de loi que sur les personnes effectivement concernées par ce dernier.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-179" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/41.jpg" alt="4" width="210" height="298" /></p>
<p>Il nous en dit long, en effet, ce «débat», sur l’état généralisé de l’homophobie dans le pays. À cet égard, les cris d’orfraie des opposants au mariage et à l’adoption pour tous, s’exprimant publiquement pour le maintien de la discrimination à l’égard des gays mais refusant qu’on les traite «d’homophobes», a de quoi intriguer: elle est sans doute le signe que l’homophobie a cessé d’être une étiquette «tendance» dont on pourrait se revendiquer fièrement (c’est déjà ça), quand bien même les comportements qu’elle recouvre demeurent, à l’identique, sous le vernis flatteur de la revendication d’une liberté d’expression que personne n’a jamais contestée. En démocratie chacun a le droit de s’exprimer, mais s’exprimer c’est aussi s’exposer, et il faut ensuite pouvoir assumer les propos que l’on a tenus.</p>
<p>Or il se trouve que les tenants des dix postures répertoriées en début d’article – qui trouvent tout naturel d’énoncer publiquement, et avec toute la certitude de leur «bon sens» primaire, leurs prénotions sur les homosexuels – se scandalisent lorsqu’ils se trouvent, à leur tour, pris pour sujet d’observation et catégorisés. Au fond, ce qui paraît insupportable aux membres de la communauté de la haine, c’est bien qu’on analyse leurs discours, et que l’on révèle, sous les arguments irrationnels ou bouffons dont ils ont usé jusqu’ici, la nature véritable de leur positionnement; c’est qu’on leur retourne, comme un miroir trop fidèle, cette haine de l’Autre dont leurs propos sont truffés jusqu’à la moelle, et qu’ils refusent (pour la plupart) de reconnaître pour ce qu’elle est.</p>
<p>On peut entendre, sous le terme «homophobie», des phénomènes différents : la «peur» des homosexuels (l’idée d’une société dévirilisée qui inquiète tant les tenants d’un patriarcat hiératique); le dégoût pur et simple à leur encontre; le mépris de bon ton qui voudrait les maintenir à tout prix dans le ghetto des comportements déviants; les jugements définitifs énoncés sur eux en tant que groupe, en prenant appui sur une espèce de sociologie sauvage et intuitive faisant fi de la grande diversité des êtres et des situations (les gays sont ainsi, les gays veulent ceci, etc.); le doute sur leur capacité à fournir un cadre éducatif sain pour des enfants; leur «infériorité» entérinée par un soi-disant commandement divin; etc. Tous ces comportements renvoient aujourd’hui à la même démarche: ils prétendent justifier le maintien des personnes homosexuelles dans une position dégradée devant la loi, dans un état de sous-citoyen. Cela s’appelle naturaliser ses propres préjugés, et faire de son propre rejet conditionné (par une éducation fermée, favorisant l’ignorance, la peur, le dégoût de l’Autre) l’argument d’une vision inégalitaire de la société. Une société au sein de laquelle les personnes LGBT devraient, au mépris de leurs droits fondamentaux, continuer de payer le prix social de leur orientation sexuelle, sous prétexte que cette dernière heurterait la «vision du monde» de la frange la plus pathologiquement rétrograde de la population.</p>
<p>Nous avons été les témoins, ébahis, de la manifestation du 13 janvier, comment ne nous interrogerions-nous pas sur la persistance, en France, d’une communauté de la haine arque-boutée sur une conception aussi régressive de la hiérarchie entre les êtres? Comment ne pas se poser de question, en particulier lorsqu’on constate la profonde faillite morale et intellectuelle des différentes «églises» instituées, de constater que leurs discours se trouvent encore, dans le contexte d’une République laïque, relayés avec un tel empressement, comme s’ils émanaient d’interlocuteurs valables et/ou compétents? Comment ne pas voir que ce sinistre cortège a été essentiellement mené par des porte-paroles opportunistes, en mal d’existence médiatique, propulsés pour un temps sous les projecteurs de l’actualité, à un prix moral qu’il vaut mieux éviter d’évaluer? (Cela vaut aussi pour les quelques «homos honteux» de service, «recrutés» pour les besoins de la cause, et qui échangent une petite gloriole passagère contre leur propre dignité, en faisant passer leurs propres névroses pour des caractéristiques inhérentes à l’homosexualité…)</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-180" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/51.jpg" alt="5" width="200" height="341" /></p>
<p>Quant aux individus anonymes qui garnissaient le cortège, eux aussi, à leur corps défendant, nous interrogent… Comment faut-il se sentir, intimement et socialement, pour porter jusque dans la rue une conception aussi néandertalienne des rôles sociaux que celle des kitchissimes chorégraphies «Papa! Maman!» aperçues dans nos rues à l’automne? Quel assemblage de refoulement personnel, de malaise à l’égard de la sexualité, d’authentique répulsion à l’égard de la différence, de réaction morale et de fanatisme religieux, faut-il réunir pour passer ce cap? Pourquoi cette urgence à vouloir à tout prix maintenir d’autres êtres humains dans un état d’infériorité manifeste, en s’opposant à une loi égalitaire qui ne modifiera rien à sa propre condition? Jusqu’à quel point faut-il avoir intériorisé la «norme» d’un temps et d’un lieu, en en faisant d’office la garante du bien, pour vouloir l’imposer aux autres (après se l’être peut-être parfois imposée à soi-même) avec une telle vigueur? Il serait quand même bon que des études sérieuses viennent nous informer un peu mieux sur le profil psychologique des manifestants anti-mariage gay, tant leurs comportements et leurs propos nous intriguent et nous semblent pathologiques, voire criminels.</p>
<p>Oui, car quelles que soient les préoccupations iréniques qu’ils mettent en avant (voir début de l’article), il faut quand même que ces manifestants l’assument, leur positionnement, dans un pays où les personnes homosexuelles sont encore agressées verbalement et physiquement du fait de leur orientation, et où les adolescents homosexuels font entre cinq et dix fois plus de tentatives de suicide que les adolescents hétérosexuels. Comment ne pas comprendre que la «croissance harmonieuse de chaque jeune» (pour reprendre les termes du courrier crapuleux du Secrétaire général de l’enseignement catholique), hétéro, bi ou homo, est beaucoup mieux assurée dans une société qui fait reculer l’homophobie et garantit à chacun un respect identique de sa nature et des orientations (ce que l’instauration du droit au mariage pour tous favorisera significativement), que dans une société qui stigmatise les homosexuels et présente l’homoparentalité comme une tare ou un risque? On ne doute pas que les manifestants du 13 janvier se sont fabriqués un petit système moral qui leur permettra de continuer, après coup, à se regarder dans une glace. Mais on est tout aussi certain de l’effroi qu’ils inspireront aux générations futures, lorsqu’elles les découvriront dans les livres d’histoire, aux côtés des manifestants anti-PACS, anti-IVG, anti-droits civiques, etc., bref, aux côtés des hordes réactionnaires qui, de tous temps, et sous couvert de «traditions» supposément ancestrales, ont mobilisé leur temps et leur énergie pour empiéter sur les libertés fondamentales de certains de leurs concitoyens, en vociférant l’indignité fantasmée qu’elles leur prêtaient.</p>
<p>Du point de vue de la communauté de l’égalité, déjà entrée dans un monde où la discrimination d’état est une absurdité à éradiquer au plus vite, la communauté de la haine n’est déjà plus qu’un fascinant objet d’étude anthropologique et psychanalytique. Nous qui, hétéros, homos ou bis, comptons dans notre entourage familial, amical, professionnel des personnes hétéros, homos ou bis, nous qui sommes déjà passés naturellement, au quotidien et dans tous les aspects de notre vie, à ce monde de demain où l’orientation sexuelle de chacun – un phénomène finalement aussi aléatoire que le fait de naître droitier, gaucher ou ambidextre – n’induit plus de jugement a priori sur les gens, à ce monde de demain dans lequel il paraît totalement absurde et médiéval que tous ne disposent pas de droits égaux devant la loi d’un pays démocratique moderne, nous devons encore, pour un temps, subir le monde d’hier, celui des préjugés, des hiérarchisations arbitraires, des haines (plus ou moins bien) rentrées. Nous devons encore contempler ce monde d’hier et entendre ses représentants aboyer leurs absurdes rengaines, et quand bien même l’improbable composition de leur cortège finirait par nous les rendre plus aimablement grotesques qu’autre chose (un peu comme ce grand-oncle sénile « qu’on ne changera plus » et dont on tolère avec un haussement d’épaules les poussées de fièvres coloniales pendant les repas de famille), nous devons encore nous méfier de leur pouvoir de nuisance. Car ce monde d’hier à l’agonie, s’il n’a plus rien de pertinent à proposer au monde de demain, peut encore, pour un temps, nous le rendre parfaitement insupportable.</p>
<p>Antoine</p>
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		<title>Moi lesbienne, j&#8217;ai affronté le cortège de la «manif pour tous»</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Jan 2013 15:24:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Manif pour tous]]></category>
		<category><![CDATA[homophobie]]></category>
		<category><![CDATA[témoignage]]></category>

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		<description><![CDATA[Irina est allée voir de plus prêt à quoi ressemblait la «manif pour tous» du 13 janvier dernier. Avec pour motivation un mélange de colère et de curiosité, elle subit très vite regards de défiance et agressivité passive mais tente malgré tout le dialogue pour comprendre ce qui peut motiver une telle violence. Elle a [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/manifpourtous.jpg" alt="manifpourtous" width="300" height="202" class="alignleft size-full wp-image-160"><strong>Irina est allée voir de plus prêt à quoi ressemblait la «manif pour tous» du 13 janvier dernier. Avec pour motivation un mélange de colère et de curiosité, elle subit très vite regards de défiance et agressivité passive mais tente malgré tout le dialogue pour comprendre ce qui peut motiver une telle violence. Elle a souhaité nous faire part de son ressenti dans un témoignage de révolte face aux démonstrations de haine.</strong></p>
<p>&#8220;En ce dimanche de Janvier, je me réveille à quatorze heures trente avec un drôle de bourdonnement dans les oreilles. Serait-ce l’alcool bu la veille qui vivrait mal sa stagnation dans mes veines ? En ouvrant les yeux je réalise qu’il s’agit de cris, de «boom boom», de sifflets, en gros d’une manif qui passerait presque dans ma rue. Le combien sommes nous? Le 13, les anti-mariage (pour tous) manifestent, et ils sont suffisamment gênés par nous autres «polygames» et «violeurs d’enfants» pour venir me réveiller jusque dans mon lit.</p>
<p>Je jette un œil sur mon portable qui vient de sonner, ma voisine est énervée, ils l’ont réveillée elle aussi. Dans les deux secondes qui suivent je lis successivement un texto d’une amie qui râle également contre le bruit dans son quartier, et un pseudo Facebook d’une connaissance qui affirme que surtout il ne faut pas aller casser de l’homophobe sinon on aurait le mauvais rôle. Là ç’en est trop mon seuil de tolérance est franchi, je ne peux pas à la fois ignorer le bruit, l’écran d’ordinateur et le portable. Je fais le café et saute sous la douche, j’enfile un tee-shirt provoc’ «GAY OK» que je m’empresse de recouvrir d’un pull puis d’un manteau. Sous le couvert du froid je resterai intelligente, je n’ai pas envie de me faire fracasser à peine réveillée, et finalement, peut-être pas besoin de me faire fracasser tout court.</p>
<p><strong>«T’es une gouine toi, t’as rien à foutre là»<span id="more-159"></span></strong><br />
Je descends dans ma rue, premier signe qu’il se passe quelque chose tout près, les gens se scrutent avec interrogation. «Vous y allez vous?» «Vous en venez peut-être?» «Vous détestez les manifestations?» «Vous sentez-vous concerné?»…</p>
<p>Des CRS droits comme des i postés sur le boulevard Blanqui, ils sont trois, je cherche les autres et je ne les trouve pas. Je les trouve bien peu nombreux en replongeant dans mes souvenirs de marcheuse. Pour nous ils sont toujours des centaines me dis-je tout bas.</p>
<p>En déboulant sur la place, mes sentiments se bousculent, pourquoi vais-je voir ça? Serait-il possible que je tire du plaisir à me retrouver ainsi au milieu des gens qui veulent que je disparaisse? Et j’entends «t’es une gouine toi, t’as rien à foutre là.» Je comprends à ce moment-là que oui j’y ai ma place, peut-être même à plus juste titre que tous les autres, que j’y vais par dignité, par curiosité, par soucis de compréhension, parce que je veux un monde meilleur et que ça passe par l’écoute aussi des fascistes sans âmes.</p>
<p><strong>Bourgeoisie, moyenne d&#8217;âge de 50 ans&#8230;</strong><br />
Je ne réponds pas, je ne regarde pas, je marche avec conviction vers la foule d’ennemis hurlants, et il faut le dire plutôt âgés comme ennemis. J’imagine à l’instant que s’il faut se battre, s’il faut prendre les armes dans ce monde de l’extrême, notre camp est sans aucun doute le plus efficace en terme de masse musculaire. Moyenne d’âge de la manif des homophobes, à première vue je dirais cinquante ans. Il faut dire que ces valeurs sont vieilles, très vieilles.</p>
<p>Et puis j’aperçois des jeunes gens sur les côtés, bardés des mêmes couleurs et d’immenses drapeaux presque scintillants de par leurs tailles et leurs nombres. Ils sont en groupe, prodigieusement organisés et surtout très bien coiffés. Ce n’est rien d’autre qu’un impressionnant défilé de moyens aux mains d’une jeunesse toujours prête.</p>
<p>Il n’y a aucun doute ils ont de l’argent. Ca pue l’UMP et la bourgeoisie mal placée, ça pue le riche protégé de tout, ça pue la connerie humaine et cette odeur-là que je me prends de plein fouet à ce instant précis je me rends compte que c’est aussi, à dilution plus modérée l’odeur de la France dans son entier, l’odeur du quartier, l’odeur des voisins, l’odeur des croissants que j’irais acheter un matin après avoir fait l’amour toute la nuit avec une fille splendide. C’est la France paradoxale qui sait ce qu’elle veut (la paix non ?) en réclamant le contraire.</p>
<p><strong>Reconnaître une honte et la porter à bras le corps</strong><br />
J’avale ma salive, je tiens, je suis là et je suis gay, je reste au milieu de cette foule parce que je veux comprendre, je veux tout voir, et surtout les visages de celles et ceux qui préféraient  me voir crever plutôt que de me marier. Je cherche mais je ne comprends toujours pas, j’ai l’impression de m’être trompée d’époque.</p>
<p>Au fur et à mesure que je marche à quelques mètres du cortège, je remonte le temps, et un sentiment de danger me prend à la gorge. Ceux qui marchent me voient, et me reconnaissent. Je n’ai ni drapeau flamboyant, ni pancarte, ni tee-shirt apparent et mes yeux doivent bien malgré moi trahir le fond de ma pensée. On me donne un tract, puis un autre, et encore en dépit de mon refus certain, la même jeune fille continue de me le tendre tout le long de l’avenue des Gobelins. Comme si on pouvait me convaincre de les rejoindre, comme si je devais reconnaître une honte et la porter à bras le corps en criant que je ne suis pas normale et qu’ils ont raison. La même jeune fille qui pour la cinquième fois vient me proposer un tract se fige deux petites secondes sur mon expression de dégoût «Vous n’en faites pas partie vous». Je fais non de la tête, et m’accroche à son bras quand elle est sur le point de s’en aller. Je lui demande pourquoi. Elle me répond qu’une famille c’est depuis bien longtemps l’union d’un homme et d’une femme. Ses amis la rejoignent parce qu’il faut la protéger puisqu’elle a le courage d’énoncer ses idées face à une opposante aux allures des plus douteuses. Il m’observent mais ne m’adressent pas la parole, ils savent comme tous les autres, ils m’ont décortiquée en entier pour confirmer leurs appréhensions. J’ai à cet instant un profond sentiment d’appartenance à l’espèce humaine, peut-être parce que ces circonstances de l’extrême ne font que souligner chez moi un désir de partage et de paix qui transcenderait tous ces débats inutiles et meurtriers, mais peut-être aussi parce que je cherche le sentiment de sécurité où je pourrai le trouver. Quand on est dans un panier de crabes on se découvre souvent de nouveaux moyens.</p>
<p>Je sais qu’il ne faut pas que je reste là trop longtemps, parce qu’ils veulent ma peau. Ils veulent un autre président, une Église forte et brave, des lois en accord avec «Dieu», en d’autres termes, cela va de soi: protéger la famille.</p>
<p><strong>Mode de pensée liberticide</strong><br />
Cette jeunesse n’a jamais manifesté. Pour beaucoup d’entre eux c’est la première fois qu’ils marchent. Et certains sont perdus, d’autres y trouvent l’ivresse attenante à la réclamation haute, forte, et française que constitue la manifestation. Ils ont envie de crier, de hurler leur désaccord, et je ne peux pas m’empêcher de penser que ce qu’ils hurlent n’a rien à voir avec l’homosexualité, mais que eux gosses de riches, ont aussi simplement leur mot à dire car ils ont peur pour leur avenir, tout autant que nous. Ils ne savent pas. Et ne veulent pas savoir, ils ont ce qu&#8217;ils ont appris et c&#8217;est tout. Leur mode de pensée n&#8217;est pas libre mais liberticide. Le plus grave, c&#8217;est qu&#8217;ils ont l&#8217;air d&#8217;aimer ça et de vouloir passer le mot à leurs enfants. Alors ils brandissent leur haine pour une peur mal placée en ce jour de Janvier.</p>
<p>Je m’éloigne du groupe qui me fait mal au cœur, et me retrouve de nouveau à longer le cortège sans en faire partie. On me regarde mal, c’est fou ce qu’on me regarde mal. Leurs slogans sonnent si faux que mon cœur se serre. Ils se trompent de bataille et personne n’est là pour leur dire.<br />
«Zéro papa ça l’fait pas», quand je vois cette pancarte je suis d’accord. Je n’ai pas eu de père et je continue de me persuader que si j’en avais eu un, ma vie se serait déroulée avec plus d’aisance. Mais ce n’est pas le père qui manque fondamentalement, c’est plutôt l’autre personne, l’autre parent que ces marcheurs veulent effacer, celui qui n’est pas du même avis, qui a d’autres choses à dire, qui a grandi ailleurs dans une autre famille.  Cette diversité d’idées, de cultures transmise aux enfants qui leur permet de se construire solidement, ne serait-ce pas ça plutôt la famille?</p>
<p>J’ai tout à coup envie de hurler que si mon père avait été présent je serais probablement dans un état bien pire que celui d’aujourd’hui. Ma seule mère m’a suffit mais l’absence m’a creusée.</p>
<p>Aujourd’hui je sais que je ne veux pas d’un seul parent pour mes enfants, que là où il y de l’amour il y a la famille, et que tous ces gens qui marchent contre les droits des autres, ne font que brimer leur propre liberté par peur de leur propre existence. Parce que ces gens sont aussi nos frères, qu’on le veuille ou non.</p>
<p>Je baisse la tête, le temps de reprendre mon souffle, de me retrouver, de décider des mes prochains pas. Il faut que je rentre chez moi, je crois. Ce n’est pas le 13 Janvier que je les convaincrai tous que pour vivre il ne faut que de l’amour et de l’eau fraîche.</p>
<p>Quand je prends cette décision une passante me sourit d’un air chaleureux et confiant, elle aussi marche en retrait. N’oublions pas que nous nous aimons.</p>
<p>Alors doucement je retourne sur mes pas, sans jugement, sans hâte, je sais quand même quelque part que le monde se réveille, et que tous, aussi maladroits que nous sommes ne voulons nous battre que pour un monde meilleur.&#8221;</p>
<p>Irina</p>
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		<title>Rétro: comment l&#8217;Espagne a imposé son mariage pour tous</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jan 2013 16:05:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Espagne]]></category>
		<category><![CDATA[FELGTB]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[mariage pour tous]]></category>

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		<description><![CDATA[En Espagne, la loi 13/2012 qui modifie le Code Civil en matière de droit au mariage permet aujourd&#8217;hui à tous les citoyens et citoyennes d&#8217;avoir accès à cette institution. Que les conjoints soient de même sexe ou de sexes différents, le mariage est le même pour tous et la loi n&#8217;est plus réservée uniquement à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_104" class="wp-caption alignnone" style="width: 460px"><img class="size-full wp-image-104" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/marche-Madrid-2012.jpg" alt="marche-Madrid-2012" width="450" height="296" /><p class="wp-caption-text">Marche des fiertés 2012 à Madrid</p></div>
<p style="text-align: left">En Espagne, la loi 13/2012 qui modifie le Code Civil en matière de droit au mariage permet aujourd&#8217;hui à tous les citoyens et citoyennes d&#8217;avoir accès à cette institution. Que les conjoints soient de même sexe ou de sexes différents, le mariage est le même pour tous et la loi n&#8217;est plus réservée uniquement à une partie de la société. Nous avons aujourd&#8217;hui une loi d&#8217;égalité, au sens authentique du terme. Le mariage pour tous (ou «mariage égalitaire») fut le résultat d’une longue lutte menée par l&#8217;une des organisations les plus actives ces trentes dernières années: le mouvement LGBT, dirigé par la Fédération Nationale des Lesbiennes, Gais, Transsexuelles et Bisexuelles, FELGBT.</p>
<p>Ce long chemin a amené à un certain progrès de la société espagnole sur sa perception de l’homosexualité et sur l&#8217;intégration des différents modes de vie en son sein. La loi passée en 2005 assure ainsi la reconnaissance des couples homosexuels, de même qu&#8217;une croissante acceptation sociale de ceux-ci. Les statistiques fournissent des données claires sur la perception des Espagnols sur la question homosexuelle ces trente dernières années. En 1975, année de la mort du dictateur Franco, 83% de la population affirmait que l’homosexualité devait disparaître. Un peu plus de dix ans plus tard, en 1988, 50% des citoyens voyaient l’homosexualité comme une chose condamnable.  En 1997, 57% des espagnols pensaient que les couples homosexuelles devaient avoir les mêmes droits et devoirs que les couples mariés. Finalement, en 2005, 70% de la population se montrait favorable au mariage pour tous. Sur une période de 30 ans, on est donc passé en Espagne d’une condamnation sans appel de l’homosexualité par une grande majorité de la population à une claire acceptation de l&#8217;idée qu&#8217;un couple homosexuel puisse accéder au mariage sur les mêmes conditions d’égalité que les hétérosexuels.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-103" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/Boti-G.Rodrigo-Presidente-de-la-FELGTB.jpg" alt="Boti-G.Rodrigo,-Presidente-de-la-FELGTB" width="215" height="330" />Pour comprendre la naissance de ce projet de loi il est important de rappeler l&#8217;histoire de la mouvance LGBT dans le pays. En 1977 les premières élections démocratiques ont lieu, mais il n’existe pas encore d&#8217;organisation gay légale. Un premier mouvement &#8211; initialement seulement gay &#8211; se forme dans la clandestinité, au début à Barcelone, puis très vite à Madrid, ayant pour objectif fondamental la dépénalisation de l’homosexualité et la légalisation des associations homosexuelles. Il faudra attendre 1980 pour que s’obtienne une reconnaissance légale des organisations et associations homosexuelles, ce sera alors une première victoire pour le mouvement LGBT espagnol.<span id="more-101"></span></p>
<p>Pendant les années 90, les associations LGBT luttent pour une loi nationale de concubinage (l&#8217;équivalent du Pacs français), une loi universelle qui comprend aussi bien hétérosexuels qu&#8217;homosexuels. Avec cette stratégie la volonté est d&#8217;arriver progressivement à modifier la perception de la société et, en même temps, de trouver des solutions légales pour les personnes homosexuelles. Jusque là étaient approuvées des lois régionales de concubinage dans les différentes Communautés Autonomes espagnoles qui, plus que résoudre, divisaient en traçant des frontières de droits civils entre ces différentes Communautés Autonomes. Mais en 1996, le parti conservateur Partido Popular (Parti Populaire) arrive au pouvoir et commence une politique sociale qui n&#8217;intègre pas la loi d’État revendiquée par les associations. Ce revers amène à la fin des années 90 quelques structures, comme le COGAM &#8211; le collectif LGBT de Madrid dont j’ai été la présidente &#8211; à changer de revendication et à porter un discours radicalement nouveau sur l’exigence de l&#8217;égalité totale des droits  en réclamant le droit au mariage pour tous. Désormais le débat est prêt et les partis de gauche, à l’opposition, acceptent d’accompagner le mouvement dans cette revendication en l’incorporant à leurs programmes politiques.</p>
<p>Depuis 2000 la FELGBT structure les revendications du mouvement LGBT espagnol et s&#8217;est  peu à peu mué en interlocuteur politique. Cette fédération d’associations s&#8217;exprime d&#8217;une seule voix et reflète l&#8217;opinion de l’immense majorité des groupes LGBT en Espagne. Cette mue du tissus associatif s&#8217;est révélée décisive, en préservant l&#8217;unité du mouvement, évitant ainsi la situation d&#8217;autres pays dans lesquels les politiciens n&#8217;ont pas hésité à opposer aux revendications les divisions internes aux mouvements LGBT dans le but d&#8217;appliquer des politiques toujours moins progressistes. La FELGBT, qui actuellement représente plus de 50 groupes et associations espagnoles, tient aujourd&#8217;hui un discours de droit et de citoyenneté et se réfère à la Constitution. Elle défend le droit au mariage pour tous, comme on fit pour le droit de vote aux femmes il y a cent ans, en exigeant la liberté de chacun de pouvoir jouir de son droit, ainsi que de pouvoir ne pas l’exercer. Le mouvement LGBT n’accepte plus de lois différentes destinées à des «citoyens de seconde zone», et revendique la pleine égalité, en affirmant que cette égalité ne peut avoir qu&#8217;un nom, celui du mariage, le même mariage pour toute la société.</p>
<p>Mars 2004 voit l&#8217;addition de deux phénomènes majeurs: un mouvement militant uni, représenté par la Fédération, qui a su garder un discours clair et univoque, et l&#8217;alternance politique à la sortie des urnes, qui a donné à la gauche la responsabilité du gouvernement. La nouvelle loi de modification du Code Civil, qui dispose désormais l’égalité de droit pour les personnes homosexuelles est considérée comme émanante du mouvement LGBT, précisement de la FELGBT, qui a rendu possible par sa longue lutte un changement de société majeur, finalement pris en compte par le programme politique de la gauche.</p>
<p>Pendant toutes ces années, le mouvement a revendiqué le mariage comme une question d&#8217;égalité et de dignité pour les lesbiennes et les gays. Nous avons lutté pour jouir du même dispositif légal que le reste des citoyens. Rester en dehors signifiait inégalité et inégalité signifiait exclusion. Le nom est primordial, il a cet aspect symbolique très important puisque le terme mariage évoque de fait l’égalité. Un autre nom sous-entendrait l’inégalité. Les réactions alors virulentes des homophobes les plus intransigeants du Partido Popular, alliés aux lobbys les plus conservateurs de la société et de la hiérarchie catholique, nous ont donné la mesure de l’importance de cette loi. Le débat sur la propriété du terme «mariage» était en jeu: ils considéraient le terme comme leur et ont vu avec horreur que ce droit s’étendait à une minorité jusqu&#8217;ici marginale.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-105" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/homofobia-es-machismo.jpg" alt="homofobia-es-machismo" width="300" height="199" />Le mariage donne la pleine égalité aux personnes homosexuelles et, en même temps, montre au grand jour notre réalité et nos familles. La stratégie du mouvement LGBT a été et est toujours de brandir l’égalité et la visibilité comme arme contre l’homophobie, comme façon de nous situer au centre de la société. Notre égalité, c’est notre lieu visible dans la société. Cette loi, pour laquelle nous nous sommes battus est un bienfait pour la société entière, rendant cette dernière plus juste et plus égalitaire. Il faut souligner l’importance de l&#8217;évènement: en 2005 l’Espagne est le troisième pays au monde à consacrer la pleine égalité pour les personnes homosexuelles, après les Pays-Bas et la Belgique. L’importance géopolitique de notre pays représente une espérance et un modèle pour l’Amérique latine et le Maghreb. Dans ces pays on se bat toujours pour les libertés des personnes homosexuelles et transsexuelles. Après l’Espagne, des lois sur le mariage pour tous ont été approuvées dans d’autres pays avec une poussée imparable vers l’égalité et la dignité du mouvement LGBT.</p>
<p>Pourtant, l&#8217;année de cette victoire, le Partido Popular a opposé un appel d’inconstitutionnalité. Pendant sept ans, la FELGBT a exigé le retrait de cet appel honteux. Pendant sept longues années nos familles légalement constituées, ont vécu avec l’incertitude de l&#8217;avenir. Finalement, en octobre dernier, le Tribunal Constitucional (Conseil Constitutionnel), organe judiciaire suprême, a rendu la décision historique qui ne déclare pas seulement la pleine constitutionnalité de la loi 13/2005, mais aussi signale l&#8217;inconstitutionnalité du retrait du droit au mariage pour les couples de même sexe, en garantissant aussi les droits des personnes LGBT. Le Tribunal Constitucional admet ainsi implicitement que l&#8217;Espagne connait une entière acceptation du mariage pour tous et que l’image que la société a de l&#8217;institution matrimonial ne se dénature nullement. Il signale en plus que le mariage s’est consolidé pendant les dernières années dans plusieurs systèmes juridiques occidentaux, en montrant une nouvelle image de mariage plus évoluée. En Espagne l’égalité, que la loi 13/2013 a consacré il y a sept ans, est donc aujourd&#8217;hui assurée par la décision du Tribunal Constitucional. Mais il faut encore lutter pour la reconnaissance de nos droits à l&#8217;étranger. Pour que dans les forums internationaux puissent être défendus les droits obtenus par nos familles en Espagne afin qu&#8217;ils restent les mêmes force que celles-ci voyagent dans d’autres pays.</p>
<p>Dans l’Union Européenne sept pays reconnaissent le droit au mariage pour les couples de même sexe et bientôt le Royaume Uni et la France seront amenés à rejoindre la liste. Nous sommes convaincus que le mariage est un droit pour tous les citoyens. Selon les mots du maire de Paris Bertrand Delanöe, toute discrimination est une forme de violence et il est indispensable de mettre fin à l’ancienne discrimination que l’homophobie représente et faire en sorte que les pouvoirs publics agissent avec détermination, en collaboration avec les associations, en soulignant que la diversité est une source d&#8217;enrichissement collectif. Ainsi en Espagne la FELGBT a travaillé, travaille et continuera de travailler, en luttant activement pour l’obtention de la pleine égalité de notre collectif. L’égalité.</p>
<p>Madrid, décembre 2012</p>
<p>Boti G.Rodrigo, Presidente de la FELGTB,<br />
Federación Estatal de Lesbianas, Gais, Transexuales y Bisexuales.<br />
www.felgtb.org</p>
<p>Traduit par: Riccardo Peloso<br />
Crédit photos: Marina Liotta</p>
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		<title>Mariage pour tous: une question de droits fondamentaux</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Jan 2013 12:40:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Plaidoirie]]></category>
		<category><![CDATA[droits fondamentaux]]></category>
		<category><![CDATA[mariage pour tous]]></category>

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Janvier 2013, un constat s’impose: nous n’avons peut-être pas eu la fin du monde, mais nous l’avons, ce débat, cher à l’Église notamment, qu’elle a vertement réclamé depuis le 15 août dernier. En effet, sur la question du «mariage pour tous», débat il y a. Dans les journaux, à la télévision, sur le pavé, de-ci, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center"><img class="size-full wp-image-86 aligncenter" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/ddhc3.jpg" alt="ddhc3" width="456" height="198" /></p>
<p>Janvier 2013, un constat s’impose: nous n’avons peut-être pas eu la fin du monde, mais nous l’avons, ce débat, cher à l’Église notamment, qu’elle a vertement réclamé depuis le 15 août dernier. En effet, sur la question du «<em>mariage pour tous</em>», débat il y a. Dans les journaux, à la télévision, sur le pavé, de-ci, de-là, à tort et à raison. Et l’on sent  parfois une étrange odeur, assez nauséabonde du reste…</p>
<p>Pour sûr, les tenants de ce débat, très conscients pourtant de leur liberté (fondamentale) d’expression, ne connaissent pas la dureté des luttes pour l’égalité, ni la profonde colère de celles des populations dont les droits fondamentaux sont niés. Au nom du débat démocratique, ils espèrent avoir le temps de réfléchir si, finalement, dans leur royale bonté, ils accepteront de les leur octroyer. Un petit séjour dans la peau d’un esclave américain des années 1850, sur la liberté duquel la Cour Suprême faisait primer le droit de propriété de l’humble citoyen à qui il appartenait (1), leur permettrait sûrement de gagner en lucidité. Accepteraient-ils si volontairement de laisser le bon peuple débattre de leurs droits fondamentaux?</p>
<p style="text-align: center">**</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>Rassurons-les: les démocraties occidentales contemporaines ne permettent plus à quiconque de nier les droits fondamentaux. Et oui… Car la voici, la si terrifiante, et non moins rassurante, information de ce billet: à l’heure actuelle, la démocratie ne signifie plus  que le peuple est absolument souverain. Elle n’est plus fonction du seul suffrage universel. Elle est tenue, définie et garantie par ces droits fondamentaux, ces valeurs qui transcendent le vote des citoyens, autant qu’elles s’imposent à lui. Que sont-ils? Pour faire court, ils sont consacrés dans notre Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) de 1789, que votre professeur d’histoire vous aura sans grande conviction fait lire dans vos jeunes années collégiennes. Mais ça, c’est vraiment pour faire court.</p>
<p>Non sans déception, il faut l’admettre: ce n’est pas à la France que la démocratie doit d’avoir été renforcée. Elle n’avait en effet jamais été qu’esclavagiste et collabo, rien de très catalysant donc. En revanche, en 1933, l’Allemagne a réussi le pari inouï de mettre en place démocratiquement le régime génocidaire le plus mécanisé de l’Histoire humaine. De quoi, au sortir de la Seconde (par souci d’optimisme) Guerre Mondiale, repenser très profondément le système démocratique tel qu’il était jusqu’alors conçu.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-78" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/1.jpg" alt="1" width="199" height="242" />La conclusion primordiale, glorieusement appliquée dans la Grundgesetz allemande de 1949, a été que le pouvoir donné au peuple ne peut être totalement délié. Le peuple doit être tenu par des obligations intangibles, que notre Assemblée Nationale de 1789 a qualifiées de droits naturels et sacrés. Ainsi la loi ne peut-elle tout décider. Elle n’est qu’une norme inférieure, soumise aux droits et libertés que consacre la Constitution de l’Etat, quand ce ne sont pas les traités internationaux. A ces droits, comme en Allemagne, doit être adossé un puissant juge de la constitutionnalité de la loi. Nos amis d’outre-Rhin possèdent le très écouté Tribunal Fédéral constitutionnel de Karlsruhe, là où nous revendiquons un apathique conseil, 2-en-un constitutionnel, un peu juridiction, un peu retraite pour présidents en mal de traitement (2).</p>
<p>Il faut donc s’y résoudre: aujourd’hui la loi peut être censurée par le juge constitutionnel au motif qu’elle est contraire aux droits et libertés que garantit notre Constitution. Elle peut aussi l’être par le juge ordinaire, sur la base des textes internationaux. Mais, quoique les textes se répondent et que les juges s’interpellent, réservons-nous pour la seule Constitution. Il y a déjà fort à faire.</p>
<p>Le lecteur aura, à ce stade, saisi le sens du propos de ce billet: la question du mariage pour tous est plus affaire de droits fondamentaux que de loi. Le mariage pour tous est donc tout, sauf une réforme d’opinion. Il est un impératif démocratique. </p>
<p style="text-align: center">**</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>«<em>Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit</em>» (3).</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-79" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/2.jpg" alt="2" width="199" height="250" /></p>
<p>Cet axiome, qui constitue la clé de voûte du mythe républicain, a rayonné au-delà de nos frontières, trouvant aujourd’hui écho dans les textes internationaux (4). Car l’égalité, avant tout autre acception, c’est d’abord cela: l’égalité en droit. Elle implique que tous les citoyens bénéficient, sans distinction, ou alors juste celles fondées sur l’ «<em>utilité commune</em>», des mêmes droits fondamentaux, et, particulièrement, pour ce qui nous intéresse directement, de la même liberté. </p>
<p>L’exercice, par chacun, de sa liberté peut certes être aménagée, parce qu’il ne doit jamais nuire à autrui (5), mais l’existence même de cette liberté ne doit en aucun cas pouvoir être remise en cause, sauf à nier l’humanité de certains des citoyens – puisque l’<em>Homme naît égal</em>. </p>
<p>Gageons, sans l’ombre d’une hésitation, que le Conseil constitutionnel, saisi d’un tel moyen, tout pétri qu’il est de la théorie de l’effet utile, mais jalousant surtout l’enthousiasme interprétatifs des cours européennes, donnera toute son ampleur à l’égalité en droit (ou pas…).</p>
<p>Quant à la liberté… La liberté, en tant que droit fondamental, est protéiforme, tantôt comprise <em>lato sensu</em> (6), tantôt entendue dans l’une de ses dimensions, parmi lesquelles compte la liberté d’expression, ou encore la «<em>liberté du mariage</em>» (7) – plus explicitement, par souci d’effet utile, la liberté de se marier avec le partenaire de son choix (8). </p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-80" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/3.jpg" alt="3" width="199" height="250" /></p>
<p>«<em>De son choix?? Diantre!!</em>», piaffera d’effroi le jusqu’au-bout(in)iste, «<em>Mais la théorie des droits fondamentaux est donc une porte ouverte à l’inceste, la bigamie, et la zoophilie!</em>». Qu’il se rassure, cependant: il est déjà admis que si les lois peuvent réglementer la liberté de se marier en prévoyant des «<em>dispositions de fond reposant sur des considérations généralement reconnues d’intérêt public, en particulier en matière de capacité, de consentement, de degrés de parenté ou de prévention de la bigamie</em>» (9) , elles ne peuvent, en revanche, à lire toujours la Cour Européenne des Droits de l’Homme, «<em>autrement priver une personne ou une catégorie de personnes jouissant de la capacité juridique d’exercer leur droit au mariage avec le ou la partenaire de leur choix</em>» (10). Pas toujours avares de contradictions, les juges de Strasbourg n’ont cependant jamais consacré un droit au mariage pour les couples homosexuels (11).</p>
<p>«<em>And so what? Au diable la Cour Européenne! En France, la loi peut faire des distinctions à raison de l’identité de sexe!</em>», s’étranglera un terne ami du jusqu’au-bout(in)iste qui passait par là, «<em>Le Conseil constitutionnel a jugé le 28 janvier 2011 que le code civil, en l’état, ne se heurtait pas au principe d’égalité. Et toc</em>». «<em>Frêle esquisse que ce radeau noyé dans les eaux sombres du droit constitutionnel</em>» penserai-je alors. Le Conseil constitutionnel s’est en effet prononcé sur la compatibilité du code civil avec l’article 6 de la DDHC, qui consacre l’égalité devant la loi, et non avec l’article 1er précité de celle-ci, qui consacre l’égalité en droit.</p>
<p>L’égalité en droit ne doit en effet pas, à mon sens, être confondue avec l’égalité devant la loi, interprétation que le juge constitutionnel n’a, du reste, sauf erreur, jamais expressément rejetée (12). <span id="more-72"></span></p>
<p>La première concerne la mise en œuvre de la compétence législative du Parlement. La loi doit être la même pour tous, à ceci près que le juge constitutionnel, et le juge administratif avant lui, autorise le législateur à établir des différences de traitement dans la mesure où ces différences sont justifiées soit par une différence de situation, soit par l’intérêt général, «<em> pourvu que, dans l&#8217;un comme dans l&#8217;autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l&#8217;objet de la norme qui l&#8217;établit</em>» (13). </p>
<p>La seconde, l’égalité en droit, concerne plutôt le domaine de compétence du législateur. L’égalité en droit, droit fondamental, se situe par nature hors de son domaine de compétence. Le législateur demeure en effet tenu par les droits fondamentaux garantis par la Constitution. Sauf à ce que le Constituant apporte certaines dérogations proportionnées à l’exercice des droits fondamentaux, notamment en période exceptionnelle, ou à ce qu’il consacre des distinctions fondées sur l’ «<em>utilité commune</em>», jamais le législateur ne sera fondé à affecter un droit fondamental au point de le réduire à peau de chagrin (14). Or, en France, puisque le mariage républicain n’est pas ouvert aux couples homosexuels, et que la liberté de se marier s’exerce, en général, à deux, les citoyens qui forment ces couples sont tout bonnement privés, dans son intégralité, de leur liberté fondamentale du mariage. Ils ne sont pas égaux en droit à ceux de leurs citoyens qui ont eu l’heur d’être hétérosexuels.</p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-81" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/4.jpg" alt="4" width="199" height="142" /></p>
<p>Il n’y a donc, pour l’heure, aucune justification, sinon l’identité de sexe des deux partenaires, à refuser à deux homosexuels le droit de se marier ensemble. Je ne sache pas que l’exercice de leur liberté de mariage par les homosexuels nuirait soit à la liberté de se marier d’autrui, soit à l’utilité commune.</p>
<p style="text-align: center">**</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>C’est en effet bien parce que les couples homosexuels sont de même sexe (l’évidence est toujours si attrayante!), et non pas parce que chacun des partenaires est homosexuel, que le Conseil constitutionnel estime la différence de traitement justifiée. A priori, dans ce raisonnement, point d’homophobie. Sauf que seuls les homosexuels ont intérêt à contracter un mariage – qui se conclut rarement seul, vous pardonnerez la redondance – avec une personne de même sexe que le leur. La différence de traitement validée par le juge constitutionnel a donc bien pour effet d’établir en sus, certes indirectement, une distinction à raison de l’orientation sexuelle.</p>
<p>Comment justifier une telle distinction? Composante irrésistible de l’identité de l’individu, au même titre que le nom (15), l’orientation sexuelle ne peut être niée sans que l’individu ne soit atteint dans ce qui le détermine. Comment pourrait-elle rationnellement justifier une différence de traitement au regard de l’objet-même du mariage républicain? L’intérêt général le pourrait-il plus?</p>
<p>Le mariage républicain est, pour le juriste, une «<em>association génératrice de solidarité juridique</em>» (16). Pour le romantique, c’est l’union de deux personnes qui s’aiment. La famille n’est qu’une issue potentielle du mariage. Prétendre le contraire nécessiterait, si le raisonnement était poussé dans ces plus lointains retranchements, d’annuler les mariages dans lesquels les époux n’auraient pas accueilli d’enfants. Le juge a, quoiqu’il en soit, acté le découplage entre le mariage et la famille (17).</p>
<p>On voit mal, dans cette mesure, pour quelles raisons l’identité de sexe, ou l’orientation sexuelle, permettraient de distinguer entre les citoyens qui peuvent bénéficier de ce droit et ceux qui ne le pourraient pas. Deux personnes du même sexe, deux homosexuels, ne pourraient pas, pour ces deux motifs, associer dans la forme républicaine la plus solennelle, ouverte à tout couple hétérosexuel, leurs cœurs et leurs patrimoines? Refuser à ces citoyens l’officialisation et la sécurisation de leur amour, ce n’est rien de moins que refuser que l’Etat, et la société, les reconnaissent et les acceptent pour ce qu’ils sont. Peut-il y avoir, dans notre démocratie, pareil hiérarchisation des amours, pareille négation identitaire?</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-82" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/5.jpg" alt="5" width="200" height="213" /></p>
<p>À cela, il est impossible d’opposer toute conception religieuse du mariage. Car c’est seulement sous les auspices de Dieu que l’identité de sexe importe. Avec ses «<em>gros mots</em>», le juriste rétorquera que la religion, encore plus sûrement lorsqu’elle est conçue comme devant limiter l’égalité en droit, n’a aucune autorité dans la pyramide des normes de notre Etat. </p>
<p>Stentor, le jusqu’au-bout(in)iste convaincu tonnera alors un «<em>Et l’intérêt général, mon p’tit Môssieur, dont vous avez dit qu’il pouvait justifier une différence de traitement?</em>». Volubile, tout perclus de son conservatisme, il enchaînera: «<em>Le mariage pour tous ne constitue-t-il pas, au pire du pire, la fin de l’Etat – c’est la messie qui l’a dit  (18)–, et, au mieux du pire, une perte létale de nos repères sociétaux?</em>». Je lui concéderai que prévenir le délitement de la société relève certainement de l’intérêt général. J’objecterai, cependant, qu’en accuser les homosexuels traduirait peut-être une très légère haine de la différence, dont on ne cherchera pas à savoir si elle provient plus de préceptes religieux que d’une stupidité criminelle.</p>
<p>Pour clore ce chapitre, il sera rappelé que, depuis 1999, les homosexuels peuvent lier leurs patrimoines et leurs cœurs dans le cadre d’un pacte civil de solidarité (PACS) (19). Si notre société a été, et est toujours, capable de supporter de telles unions lorsqu’elles sont formalisées par un PACS, pourquoi ne le pourrait-elle pas si la voie du mariage républicain était ouverte? Les peurs atomiques de délitement de la société ne se sont pas, du reste, concrétisées depuis 1999… Non, l’égalité n’est pas (encore) ce terroriste qui sapera les fondements de notre société</p>
<p style="text-align: center">**</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>Vient, après le mariage, la question de l’adoption (20) par les couples de même sexe, avec laquelle doivent être résolues celles de la procréation médicalement assistée (21) et de l’établissement de la filiation, ainsi que celle de l’exercice de l’autorité parentale au sein de ces couples. En deux mots, doivent être abordées toutes les questions relevant de la parentalité et de la famille. </p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-83" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2013/01/6.jpg" alt="6" width="200" height="300" />Ces questions se confrontent essentiellement, dans l’esprit des pourfendeurs de l’ordre social ancien, à l’intérêt supérieur de l’enfant. Cependant, une fois écarté l’ensemble des arguments qui sourdent directement ou non l’homophobie, tels que la capacité des homosexuels à élever des enfants, la peur de perte des repères sociétaux, ou encore celle de confronter les enfants de parents homosexuels au regard acerbe d’un autrui à la tolérance diminuée, la réponse ne semble pas se heurter à de véritables difficultés. Notamment, ces craintes traduisent chez ceux qui les ressentent un refus d’intégrer l’homosexualité dans les référentiels de notre société, alors même que le droit l’y a ancré de plein pied, d’une part, en la dépénalisant et, d’autre part, en réprimant les comportements homophobes (22). </p>
<p>Car, sauf à contester une réalité, il faut bien admettre que la «<em>parentalité homosexuelle</em>» &#8211; les dents des sociologues grincent, je les entends, et m’en excuse bien platement – dans le cadre de couples homosexuels qui accueillent déjà en leur sein un enfant, existe aujourd’hui en fait. C’est le droit seul – ou plus exactement le législateur – qui tarde à lui donner une consistance juridique, un statut, qui constituerait pour les couples concernés, plus qu’une reconnaissance, le moyen de vivre pleinement, au quotidien, leur parentalité. Or, parce que nos textes en vigueur ne permettent pas à la «<em>parentalité homosexuelle</em>», réalité en fait, d’être exercée dans son entier, ces couples – mieux, ces familles – ne seraient-ils pas fondés à faire valoir que ceux-ci violent le droit fondamental de mener une vie familiale normale (23), ou, à tout le moins, l’«<em>obligation positive</em>» (24) qui incombe à l’Etat de mettre en œuvre les dispositions propres à assurer l’effectivité des droits fondamentaux? C’est d’abord pour sécuriser les familles homoparentales qui existent à ce jour en fait qu’une réforme de notre droit est nécessaire. Il faudrait être, en outre, «<em>Barjot</em>» pour ne pas concéder que l’intérêt supérieur de l’enfant  implique une telle sécurisation.</p>
<p>Comment, la «<em>parentalité homosexuelle</em>» reconnue pour ces familles, ne pas admettre par souci d’égalité que tous les couples homosexuels puissent adopter, ou encore, pour des modes de filiation plus biologiques, recourir à la procréation médicalement assistée? Sur ce dernier point, le principe de la PMA pour les couples mariés ne fait plus débat depuis la loi n° 94-684 du 29 juillet 1994. L’ouvrir aux couples homosexuels n’est pas une question de bioéthique, c’est une question d’égalité. La gestation pour autrui, par contre… Le juriste se doit d’être très ferme: la GPA heurte frontalement le principe de dignité de la personne humaine (25). Et, mère de tous les droits, la dignité ne doit jamais pouvoir être remise en cause.</p>
<p>Quoiqu’il en soit, car c’est bien là la question véritable, comment ne pas admettre que les couples homosexuels, à l’instar des couples hétérosexuels, puissent être valablement parents, pères ou mères de famille? Le législateur a-t-il, à ce titre également, une véritable marge de manœuvre? Je soutiens que non. </p>
<p>Pierre</p>
<p style="text-align: center">- &#8211; -</p>
<p>(1) Cour suprême des Etats-Unis d’Amérique, Dred Scott v. Sandford, N° 60 US 393 (1857).<br />
(2) Le statut de membre du Conseil constitutionnel a été attribué aux anciens présidents d’abord pour justifier le versement d’un honorable traitement.<br />
(3) Article premier de la DDHC 1789.<br />
(4) Article premier de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et article 20 de la Charte des Droits Fondamentaux de l’UE.<br />
(5) Article 4 de la DDHC 1789.<br />
￼(6) Article 4 de la DDHC 1789.<br />
(7) CConst., 22 juin 2012, M. Thierry B., N° 2012-261 QPC.<br />
(8) C’est là une analyse que la Cour européenne des droits de l’Homme a développé dans un arrêt Frasik c/ Pologne, bien qu’elle vise, elle, un «<em>droit au mariage</em>», et non une liberté (CEDH, 5 avril 2010, Frasik c/ Pologne, N° 22933/02, § 89).<br />
(9) CEDH, 5 avril 2010, Frasik c/ Pologne, N° 22933/02, § 89, précité.<br />
(10) CEDH, 5 avril 2010, Frasik c/ Pologne, N° 22933/02, § 89, précité.<br />
(11) La CEDH a encore récemment rappelé que la Convention n’impose à aucun titre aux Etats d’ouvrir le mariage aux couples homosexuels (CEDH, 15 juin 2012, Gas et Dubois c. France, N° 25951/07, § 66). Elle a profité de cette occasion pour valider le droit français de l’adoption, qui refuse ce mécanisme de filiation aux couples non-mariés. Il n’y aurait, selon elle, ni au titre du mariage, ni au titre de l’adoption, de dispositions nationales discriminatoires. La Cour, il faut bien l’avouer, reste sur ces questions fort mesurées, peu encline à imposer aux Etats d’obligations qui ne feraient pas l’objet d’un certain consensus au niveau européen, leur autorisant une large marge d’appréciation (CEDH, 21 octobre 2010, Alexeiev c. Russie, N° 4916/07, § 83).<br />
(12) L’égalité de l’article premier de la DDHC 1789 se distinguerait donc de l’égalité de traitement telle que mentionnée à son article 6. Le Conseil constitutionnel n’opère pas expressément, pour l’heure, cette distinction (CConst., 15 novembre 2007, Loi n° 2007-1631 du 20 novembre 2007 relative à la maîtrise de l&#8217;immigration, à l&#8217;intégration et à l&#8217;asile, n° 2007-557 DC), sans qu’il ne l’ait pour autant jamais explicitement refusée.<br />
￼(13) Voir Conseil d’Etat, Ass., 28 juin 2002, Villemain, N°220361 ; CConst., 28 janvier 2011, Mmes Corinne C. et Sophie H., n°2010-92 QPC précité. La CEDH analyse dans des termes similaires l’interdiction des discriminations prévue par l’article 14 et le protocole N° 12 (Voir notamment CEDH, 22 décembre 2009, Sejdic et Finci c. Bosnie Herzégovine, N°s 27996/06 et 34836/06, § 42).<br />
(14) Libre, ensuite, au Constituant de prévoir des dérogations – proportionnées – à l’application stricte des droits fondamentaux. L’article 15 de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des Libertés Fondamentales est une illustration d’un tel dispositif.<br />
(15) CEDH, 22 janvier 2008, E.B. c/ France, N° 43546/02, § 41.<br />
(16) Commission européenne des droits de l’Homme, rapport du 1er mars 1979, Van Oosterwijck c/ Belgique.<br />
(17) À raison donc, la CEDH déconnecte mariage et famille (Voir notamment, CEDH, 11 juillet 2002, Goodwin c/ Royaume-Uni, N° 28957/95, § 98).<br />
(18) Lors de l’émission les débats de la présidentielles, diffusée notamment sur France Inter le 6 janvier 2012, Christine Boutin estimait que le mariage homosexuel menaçait la «<em>pérennité de l’Etat</em>», impératif déduit de «<em>l’intérêt supérieur de [celui-ci]</em>». Elle étayait ce moyen d’un argument, au demeurant très délicatement exprimé, tiré de ce que «<em>l’accouplement des couples homosexuels</em>», «<em>contraire à la réalité biologique</em>», ne permettait pas de concevoir des enfants.<br />
(19) Articles 515-1 et suivants du code civil.<br />
(20) Articles 343 et suivants du code civil.<br />
(21) La gestation pour  autrui n’est pas à évoqué. La dignité humaine s’y oppose vertement. (art. 16-7 du code civil).<br />
(22) Voir notamment les articles 225-1 et suivants précités du code pénal concernant les discriminations, les articles 222-8 et suivants de ce code concernant les violences, et les articles 222-30 du même code concernant les agressions sexuelles.<br />
(23) Le droit à la vie familiale a d’abord été consacré par la CSDHLF (Art. 8). Le Conseil constitutionnel a considéré, plus tard, que notre Constitution le protégeait également (Cf CConst., 13 août 1993, N° 93-325 DC). Il l’a rattaché ensuite au dixième alinéa du préambule de la Constitution de 1946 (CConst. 20 novembre 2003, N° 2003-484 DC) qui compte, dans la Vème République, dans le corpus constitutionnel.<br />
(24) C’est la CEDH qui est à l’origine de cette notion d’obligation positive. Elle implique que l’Etat ne se contente pas de ne pas nuire à un droit fondamental. Il se doit d’apporter également des garanties à l’exercice effectif du droit. Par exemple, au chapitre du droit à la vie, consacré à l’article 2 de la CSDHLF, l’Etat a l’obligation positive d’établir des procédures judiciaires permettant de résoudre les meurtres, ainsi que de prévoir une réponse pénale (Cf, notamment, CEDH, 30 novembre 2004, Öneryildiz c/ Turquie, N° 48939/99, § 91).<br />
(25) Article 16-7 du code civil.</p>
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		<title>Lesbienne et parent: son parcours et ses embûches</title>
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		<pubDate>Tue, 18 Dec 2012 12:13:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Louis</dc:creator>
				<category><![CDATA[homoparentalité]]></category>
		<category><![CDATA[témoignage]]></category>

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		<description><![CDATA[Je vous parlerai d’Elle…
1999, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le PACS…
Elle a fait son coming-out et la passion lui a brûlé les ailes.
Elle va déposer un dernier baiser sur le front de ses neveux avant de mettre fin à ses jours.
Elle avale médicaments et alcool et ses yeux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-67" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2012/12/enfants-darc-en-cel.jpg" alt="enfants-d'arc-en-cel" width="240" height="160" />Je vous parlerai d’Elle…</p>
<p>1999, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le PACS…</p>
<p>Elle a fait son coming-out et la passion lui a brûlé les ailes.</p>
<p>Elle va déposer un dernier baiser sur le front de ses neveux avant de mettre fin à ses jours.</p>
<p>Elle avale médicaments et alcool et ses yeux se ferment sur ces mots &#8220;Je n’verrai plus comme j’ai mal…&#8221;</p>
<p>Oui l’homophobie tue… en France aussi.</p>
<p>Dans l’ambulance, elle voit le visage de celui aux côtés duquel elle essaye depuis plusieurs mois de se convaincre qu’elle peut rentrer dans la norme, celle brandie par les homophobes, celle d’un couple supérieur aux autres…</p>
<p>Aux urgences, le premier visage qu’elle reconnait est celui de son frère, qui lorsqu’elle lui a annoncé son homosexualité, lui a répondu que ce qui l’inquiétait c’était l’homophobie qu’elle aurait à subir.</p>
<p>Ensuite, elle rencontre à plusieurs reprises un psychiatre qui à chaque consultation la reçoit dans une pièce quasi vide : un bureau, deux chaises et un grand miroir. Ce praticien tente de lui faire comprendre que son reflet est celui d’une femme et qu’elle ne peut donc construire sa vie qu’avec un homme, que son homosexualité n’est qu’un passage…</p>
<p>L’introspection comme outil, elle chemine au fil de ces rendez-vous et comprend que l’on ne choisit pas l’homosexualité, on choisit de vivre et de se donner la possibilité de tenter d’être heureux.</p>
<p>Un jour elle décide de ne plus aller à ces rendez-vous, depuis elle porte sa différence sur la peau…</p>
<p>La différence devient un emblème, elle n’a pas lieu de l’être et pourtant, quand les autres vous assènent la honte, elle peut le devenir… La fierté devient indispensable pour contrer la haine…</p>
<p>Elle rencontre une femme, la femme de sa vie. Celle auprès de laquelle elle va vivre les plus beaux comme les pires moments.</p>
<p>Elle construit sa vie entourée de sa famille qui l’a toujours soutenue.<span id="more-66"></span></p>
<p>Un jour, elle reconnait ce regard lorsqu’une collègue demande à quitter son poste précipitamment, elle reconnait cette détresse… Elle se rend donc chez elle pour lui tenir la main, l’empêcher de commettre l’irréparable, lui permettre d’exprimer sa colère par les mots et non par les actes… Cette collègue deviendra son amie et elles partageront le secret de cette douloureuse expérience.</p>
<p>Elle se pacse… Et le fête avec ses proches qui ont tous compris la force de cet amour, de cet engagement réciproque. Une cérémonie a lieu, une cérémonie privée puisque sa République ne lui permet pas la Mairie. Même si ce jour fut merveilleux, elle garde en elle le souvenir du Tribunal dans lequel elle reviendra…</p>
<p>Un jour, son palier est tagué… Elle découvre le message «Bienvenue chez les gouines». L’homophobie est toujours là, tapie dans l’ombre…</p>
<p>Elle construit sa famille malgré tous les obstacles, elle se rend à l’étranger parce que sa République ne lui reconnait pas les mêmes droits qu’aux autres.</p>
<p>Elle est accueillie par un pays bienveillant, son projet parental y est banal, elle respire enfin.</p>
<p>Portée par son amour, son trésor arrive et illumine sa vie. Dans ses yeux, nul doute qu’elle sera à jamais sa maman…</p>
<p>Alors qu’elle est âgée de 2 mois et demi, son trésor doit être hospitalisée d’urgence. La fièvre, l’état de santé sont inquiétants. Les médecins évoquent une possible malformation… Alors qu’elle s’apprête à entrer dans la salle d’échographie après son amour et sa fille, un membre du personnel de l’hôpital lui barre le chemin. Elle se met devant elle et lui dit : « il n’y a que les parents qui entrent » alors elle lui répond que cela tombe bien puisqu’elle est sa maman. Le ton monte et le médecin arrive… Le médecin comprend rapidement ce qui se passe et l’autorise à entrer en indiquant qu’elle a besoin de deux personnes pour maintenir l’enfant…</p>
<p>A cet instant, elle pense que la nounou a plus de droits qu’elle car lors de la signature de son contrat de travail, certaines autorisations lui ont été accordées afin de prendre en charge l’enfant en l’absence de ses parents.</p>
<p>Elles débutent une démarche de demande de Délégation d’Autorité Parentale. Elle doit faire appel à son entourage pour obtenir des témoignages justifiant qu’elle s’occupe de son trésor, qu’elle s’en occupe bien… elle doit rechercher tous les documents qui pourraient appuyer cette thèse… elle devra le prouver à des magistrats…</p>
<p>Elle rencontre un médecin si généreux qu’il la soutiendra tant qu’il le faudra, elle en rencontre d’autres qui refusent de lui tendre la main.</p>
<p>Elle court, s’inquiète, attend, pleure à chaque essai… Elle subit les injections quotidiennes, les prélèvements sanguins, les échographies… Les allers-retours sont éprouvants, le protocole pour la tentative suivante tendu alors que l’insémination est à peine terminée aussi…</p>
<p>Enfin, elle est enceinte et la famille va s’agrandir.</p>
<p>L’audience au tribunal a lieu entre deux essais, elle se dit que le second est peut être en route… 1 procureur, 3 juges et 1 greffier face à deux parents et leur accord… afin de décider si la Justice pouvait valider cet accord… Puis l’attente, interminable, jusqu’au jugement…</p>
<p>Le recommandé arrive et elle se dit qu’enfin elle est un tiers doté d’une délégation d’autorité parentale, ce n’est pas ce qu’elle est mais c’est uniquement ce que sa République lui permet d’espérer.</p>
<p>La famille est au complet, ses enfants illuminent sa vie.</p>
<p>2011, il faut tout recommencer, un autre dossier, dans l’autre sens…</p>
<p>Demander à un tribunal d’accepter qu’elle délègue son autorité parentale à un tiers, un tiers qui veille sur son fils depuis son premier souffle… Le parcours est plus difficile et elle va vivre une des journées les plus stressantes de sa vie. Le jour de l’audience alors qu’elle ne s’attend pas à la facilité mais pas non plus à cette épreuve, le greffier lui annonce que le Procureur s’oppose à sa demande.  L’année d’après le premier jugement favorable, dans le même tribunal, alors qu’elle va être entendue par le même juge… le Procureur s’est opposé à sa demande. Il s’agit de la même famille, des mêmes conditions de vie, du second enfant… Et pourtant on lui annonce qu’elle va «droit dans le mur» à l’audience.</p>
<p>Elle et son amour se préparent, rédigent une plaidoirie sur une feuille de papier assises sur un banc dans les couloirs du tribunal… Elle voit passer des personnes menottées et a l’impression que sa liberté l’est aussi… L’audience est théâtrale, l’argumentation lui donne le dessus, le Procureur renonce à s’opposer… Et pourtant elle devra attendre mai 2012 pour obtenir un jugement favorable.</p>
<p>Pourtant au quotidien sa vie de famille est ordinaire, deux parents qui travaillent et qui courent après le temps, deux enfants qui jouent et rêvent…</p>
<p>Des professionnels de santé, des professionnels de l’enfance, des voisins, des professeurs et des parents d’élèves, des commerçants, au regard bienveillant car ils le constatent au quotidien : sa famille est une famille comme les autres ; ses enfants sont des enfants comme les autres…</p>
<p>2012, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le mariage…</p>
<p>Elle s’est engagée activement, elle milite pour l’Égalité, pour elle et pour sa famille.</p>
<p>«On ne naît pas homophobe, on le devient» selon Elio di Rupo.</p>
<p>Elle est persuadée que l’orientation sexuelle des parents ne nuit pas au développement des enfants, l’altérité n’est pas liée au sexe, des référents des deux sexes entourent ses enfants, cependant, elle s’inquiète pour eux. Ses enfants méritent un monde plus sûr, un monde où l’homophobie sera réellement condamnée.</p>
<p>Elle est convaincue que pour lutter contre l’homophobie, il faut cesser l’inégalité entre les sexes, entre les personnes, entre les familles, entre les enfants et entre les termes.</p>
<p>L’ouverture du mariage, de l’adoption, de la filiation et de la PMA aux couples de même sexe est une nécessité pour crier au monde que sa République refuse l’inégalité ; pour que ses enfants puissent le crier au monde!</p>
<p>Ses enfants doivent être protégés par sa République, qui est maintenant la leur.</p>
<p>Lors d’une de ses actions militantes, elle rencontre un jeune homme qui lui dit son incompréhension devant ces propos haineux relayés par la presse et qui ne sont pas condamnés, il lui dit qu’avant ses camarades de classe ne se souciaient pas de son homosexualité mais que maintenant il subit un relent d’homophobie dans son établissement scolaire…</p>
<p>Elle est très éprouvée par cet échange, elle pense à 1999 et elle se décide à vous parler d’Elle…</p>
<p>«L’ignorance mène à la peur, la peur à la haine, et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation» selon Michael Moore.</p>
<p>Elle veut que s’arrête ce cercle vicieux, il est temps que les personnes LGBT ne soient plus victimes de la violence des autres.</p>
<p>Il est temps que leurs enfants soient protégés par leur République.</p>
<p>Il est temps que les hétérosexuels comprennent qu’elle ne les menace pas, qu’elle veut simplement avoir le droit de vivre et non de survivre…</p>
<p>Nathalie</p>
<p>- &#8211; -</p>
<p>Le témoignage de Nathalie a été publié également sur <a href="http://lesenfantsarcenciel.wordpress.com" target="_blank">le blog ouvert par l&#8217;association Enfants d&#8217;arc-en-ciel</a>. Le but du blog est de faire connaître la réalité des familles homoparentales, que ce soit à travers la parole de parents, d&#8217;enfants, de grands-parents ou de proches. Tous vos témoignages sont les bienvenus: blog (at) enfants-arcenciel.org</p>
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		<title>Billet d&#8217;humeur de deux enfants d&#8217;homos</title>
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		<pubDate>Fri, 07 Dec 2012 15:40:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[billet d'humeur]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[homoparentalité]]></category>

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		<description><![CDATA[En tant qu’enfants d’une mère homosexuelle et en réponse à tous ceux qui prennent la parole à notre place, nous demandons aujourd’hui à être entendus.
L’argument de la place de l’enfant semble être la principale raison du refus de l’ouverture au mariage pour tous.
Il est judicieux de se questionner sur la véracité de cet argument. Un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-62" src="http://blogs.tetu.com/sur-le-chemin-de-l-egalite/files/2012/12/touche-pas-à-ma-mère.jpg" alt="touche-pas-à-ma-mère" width="200" height="310" />En tant qu’enfants d’une mère homosexuelle et en réponse à tous ceux qui prennent la parole à notre place, nous demandons aujourd’hui à être entendus.</p>
<p>L’argument de la place de l’enfant semble être la principale raison du refus de l’ouverture au mariage pour tous.</p>
<p>Il est judicieux de se questionner sur la véracité de cet argument. Un enfant peut-il être éduqué correctement, avoir des principes et des valeurs justes et surtout peut-il être psychologiquement équilibré s’il ne grandit pas dans un modèle parental, dit classique, avec un père et une mère?</p>
<p>Cet argument, imparable pour les opposants au mariage homosexuel, n’est-il pas hypocrite et ne cache-t-il pas une forme d’homophobie?</p>
<p>Il n’est pas commode de s’assumer homophobe, c’est se révéler sectaire et non républicain. Utilisons donc ce que nous avons de plus cher pour justifier l’intolérance.</p>
<p>Il est sain de s’interroger et de soulever le problème de l’enfant. Ce qui est moins compréhensible est son silence et la place qu’on lui laisse dans le débat.</p>
<p>Il existe pourtant des personnes élevées par des couples homosexuels, enfants adoptés ou conçus au sein des ces couples, enfants de parents divorcés dont le père ou la mère est homo. Nous sommes là! Nous savons nous exprimer, nous pouvons partager notre expérience. nous avons notre propre avis.</p>
<p>Pourquoi ne nous entend donc pas? Pourquoi aucun acteur du débat (ou si peu) nous présente? Pourquoi quasiment aucun média n’a eu l’idée d’aller à notre rencontre? Sommes-nous placés hors du dialogue volontairement? Peut-être pourrions-nous montrer un visage heureux et sain? Ou peut-être sommes-nous instables et remplis de complexes?</p>
<p>Nous sommes un frère et une sœur, éduqués par une mère homosexuelle. Nous avons vécu avec un couple de femmes une grande partie de notre enfance et toute notre adolescence. Nos propres enfants grandiront avec un exemple de couple homosexuel dans la famille.</p>
<p>Nous n’avons aucune prétention à dire ce qui est bien ou non. Nous souhaitons juste faire savoir que l’utilisation de l’argument de l’enfant n’est pas recevable s’il est avancé par des personnes n’ayant pas eu cette expérience. Qui sont ces gens qui parlent à notre place? Qui nous représente réellement? Les pères de l’Église Catholique ? M. Copé ou M. Fillon? L’anonyme qui a un ami qui a un ami homosexuel? Les personnalités de gauche qui nous voient comme des électeurs potentiels?</p>
<p>Nous souhaitons faire entendre notre voix car nous nous sentons insultés, stigmatisés et marginalisés.<span id="more-61"></span></p>
<p>Sommes-nous déséquilibrés? Avons-nous eu une enfance qui fait que nous ne serons jamais stables? Avons-nous été privés d’amour? Privés de la présence d’un père? Sommes-nous incapables de savoir ce qu’est une famille hétéroparentale, incapables de reproduire un environnement familial? Avons-nous souffert de problèmes d’identité liés à la sexualité de nos parents? Sommes-nous tout simplement normaux?</p>
<p>Nous nous sommes évidemment posé des questions, comme tout un chacun lors de notre construction personnelle. Nous ne pensons pas l’avoir fait plus que n’importe quel autre adolescent.</p>
<p>L’argument du modèle homme/femme ne tient plus non plus lorsqu’on lui oppose le fait que la famille n’est pas uniquement deux adultes et un enfant. la famille, c’est aussi des oncles, des tantes, des cousins, Des grand-parents, des frères, des sœurs, voire même des amis. le cadre familial n’est pas juste trois ou quatre individus vivant reclus entre eux.</p>
<p>L’enfant connait donc le schéma hétérosexuel. il a forcément des échanges avec des personnes qui ont une sexualité et un environnement plus “communément admis”.</p>
<p>Nous avons été aimés, et toutes les personnes qui nous entourent et nous ont entourés, n’ont souhaité que le meilleur pour nous. Cela ne suffit-il pas à faire de nous des personnes épanouies?</p>
<p>La seule chose qui aurait pu nous déséquilibrer, et c’est l’expérience qui parle, est le regard homophobe d’une société et d’une grande partie de ceux qui la compose.</p>
<p>Toutefois, il est vrai que quelque chose nous différencie de quelques uns: nous avons appris la générosité, la tolérance et l’altruisme, puisque nous avons évolué en plein cœur de ces principes. Et nous sommes fiers de cette éducation.</p>
<p>Le réel problème est qu’un tel débat existe. Il est impensable qu’aujourd’hui encore, des personnes puissent refuser à d’autres le droit de s’aimer, de se le dire, de le symboliser par le mariage. Il est impensable de leur interdire la possibilité de transmettre cet amour à des enfants qui n’ont personne. Ce sont ces enfants les véritables perdants.</p>
<p>Nous demandons donc aujourd’hui que les concernés se fassent entendre, qu’on leur ouvre le débat. Que les politiques ne parlent plus pour eux, que les médias transmettent leur paroles et que celle-ci soit prise en considération par tous.</p>
<p>Plus nous serons à nous exprimer et à partager, plus nous serons capables d’avoir un point de vue juste. Qu’ils soient pour ou contre le mariage gay et lesbien et, par conséquent l’adoption par des homosexuels (puisqu’il n’est même plus question de PMA), vous devez les entendre, eux seuls sont à même de partager ce qu’un enfant dans cette situation ressent.</p>
<p>Notre avis n’est pas celui de psychiatres, de psychologues ou autres psychanalystes, intermédiaires et sujets à l’interprétation.</p>
<p>Nous ne sommes pas des oiseaux boiteux et argentés avec des “papa” et “maman” tatoués sur les ailes.</p>
<p>Les institutions religieuses, même celles se sentant intimement liées à l’histoire de la France, n’ont pas à se poser défenseurs de la famille. L’enfant a avant tout le droit «à se construire en référence» à deux personnes qui le chérissent et lui inculquent les valeurs de partage, d’amour et de solidarité.</p>
<p>Arrêtons de débattre et d’argumenter avec des principes et des cas de conscience. Laissons s’exprimer l’expérience et la réalité.</p>
<p>Anne et Thomas</p>
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