Quand l’horizon s’éclaircit après les mois d’insultes
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Christiane Taubira défendant le projet de loi sur le mariage pour tous à l'Assemblée Nationale

“Je m’appelle Nicolas, j’ai 29 ans depuis quelques jours, et je vis à Paris. J’ai grandi en banlieue, élevé par des parents originaires du sud de la France et ayant eux-mêmes longtemps vécu au Brésil avec les leurs. Nous avions une maison, un jardin, un chien qui s’appelait Jazz et une nourrice qui s’appelait Dany, même si je doute aujourd’hui de l’orthographe exacte de son prénom. Mes parents, Votre-Dieu merci, sont hétérosexuels, ce qui semble aujourd’hui pour beaucoup la condition sine qua none pour s’unir et élever un enfant «sain». Malgré cela, pour je ne sais quelle raison que vous trouverez sans doute bien avant moi, j’ai toujours eu la certitude d’être gay, «malade» selon ces mêmes maîtres de la perfection familiale. Comme quoi.

Alors que mes amis se voyaient déjà mariés, parents, grands-parents, j’ai grandi sans schéma dans lequel me projeter. Sans projet de couple, d’enfant ou de pérennité de mon patronyme, aspirant toujours au seul accomplissement possible pour les «détraqués» de mon espèce: rencontrer quelqu’un, trouver ma place à ses côtés, en gardant à l’esprit que je devrais toujours éviter de trop en faire état, laisser passer quelques semaines avant de le dire à mes amis, quelques mois avant d’en parler à mes collègues et quelques années avant de l’avouer à mes parents.

Pourquoi cet homme me dit pédophile?
J’ai grandi en acceptant, sans même envisager de m’en plaindre, l’idée de cocher «célibataire» et «sans enfant» sur tous les formulaires que la vie voudrait bien laisser glisser sous mes doigts. Et voilà que depuis quelques mois, de nouvelles cases m’apparaissent accessibles.

Pourtant…

Quand je rentre le soir, que j’allume ma télévision en réchauffant les mêmes plats de pâtes que mes voisins «normaux», je me demande pourquoi cette femme veut me voir enfermé, pourquoi cet homme me dit pédophile, pourquoi celui-ci encore réduit mes sentiments à des jeux sexuels.

Je me demande pourquoi la redevance que je paie chaque année, comme lui, comme elle, comme eux, finance des reportages qui suivent Frigide Barjot et me susurrent à l’oreille, entre deux bouchées, que le Diable n’est jamais bien loin et qu’il porte à cet instant précis une fourche pleine de coquillettes à sa bouche.

Je me demande pourquoi cette vieille dame a le droit de m’interdire des droits quand jamais je n’ai refusé de payer sa retraite. Je me demande pourquoi cette mère de 15 enfants parle avec tant de certitude d’une sexualité que l’un d’entre eux pourrait bien encore cacher.

Quand je rentre le soir, je me demande si l’homosexualité a créé le divorce, l’avortement, la contraception, ou si la mémoire de ces manifestants leur fait cruellement défaut. Je me demande si ma seule orientation sexuelle a réveillé des idéaux archaïques, qui auraient alors sauté plusieurs générations les yeux bandés pour venir s’ancrer dans la tête de quelques imbéciles malheureux.

Je me demande si finalement les couples d’invertis ne sont pas aussi responsables des siècles d’incestes, de mariages consanguins, d’adultère, d’alcoolisme domestique, de violences faites aux épouses et à leurs enfants, ou si ces horreurs qui nous menacent aujourd’hui sont dorénavant tolérées dans l’union entre un homme et une femme.

Remettre en question mon mode de vie
Enfin, je me demande pourquoi on a tant ri des survivalistes qui redoutaient la fin du monde du fond de leur bunker, avant d’écouter attentivement les arguments de ceux qui prédisent l’extinction de l’espèce humaine pour cause de mariage.

Chaque jour, chaque heure, chaque minute, je vois des gens se permettre de remettre en question mon mode de vie, mes aspirations, mes idéaux, mes valeurs, parlant fort dans un micro à ma place. Et quelques jours plus tard je me rends compte que le dégoût est là, que les poings me démangent et que la nausée me guète, mais qu’elle n’a rien à voir avec ce plat surgelé.

Nous pensons à tort que le passé est derrière nous, et que nous avançons vers l’avenir. En réalité nous marchons à reculons, l’avant que nous avons connu encore là sous nos yeux, et l’après, invisible, qui se rapproche. Alors je vous laisse filer vers le Moyen Âge, et chasser les sorcières. Je vous tourne le dos, m’éloigne petit à petit pour ne plus entendre ce que vous avez à médire.

Je m’appelle Nicolas, j’ai 29 ans, et mes parents, si légaux, ont fini par se séparer. Ca n’a pas été facile, mais j’ai grandi dans l’amour des miens, qui m’ont appris qu’on ne jugeait pas ce que l’on ne vivait pas, que l’on respectait ce que l’on n’était pas en pleine mesure de comprendre.

Il était une loi. Ces slogans abominables me rappellent simplement combien la famille a changé depuis les contes de notre enfance, et comme la bêtise franchit facilement le seuil des maisons. Alors peu importe la merde que vous avez étalée sur mes nouvelles cases, je compte bien marcher dedans et m’essuyer les semelles quelques mètres plus loin. Parce que je sais désormais, pour m’être confronté à vos odieux discours, que j’ai assez d’amour en moi pour le transmettre et faire que mon enfant ne fasse jamais l’amalgame entre son papa et Satan.

Ils et elles se marièrent, et eurent beaucoup d’enfants.”

Nicolas Jouanneau Dario

6 commentaires

Je suis tout a fait d’accord avec Nicolas. Je suis dans le meme cad que lui a la difference pret que j’ai été marie avec une femme pour laquelle je ne ressentais rien afin d’avoir un enfant……
Maintenant je vais enfin pouvoir me marier avec la personne que J’AIME…
Un HOMME et pouvoir le vivre pleinement …

Écrit par Robert le 13 février 2013 à 18:15

Bravo à l’auteur. J’aime particulièrement qu’il remarque qu’on se moque des survivalistes… pour dire aussitôt après que le mariage entre personnes du même sexe serait la fin du monde !
Je crois qu’il vaut mieux ne pas trop regarder les informations télévisées quand on est sensible… De toute manière on y apprend moins que par d’autres médias.

Et au moins, sur Internet, certains homosexuels répondent à leurs opposants.
Comme vous avez remonté de plusieus personnes, c’est sûr.

Écrit par Noblejoué le 13 février 2013 à 19:03

Très bien dit Nicolas!!!

Écrit par alex le 13 février 2013 à 19:44

Excellent billet qui sonne très juste et qui a lé mérite de dénoncer le sensationnalisme qui pourrit de plus en plus la télévision française.
Le seul objectif étant de faire de l’audimat, les chaines d’info sont prêtes à diffuser n’importe quoi et à donner la parole à n’importe qui pour cela, démontrant que l’injure et la diffamation sont plus vendeuses que l’analyse et la réflexion. Mais le plus triste dans tout cela est que les autres chaines leur emboitent le pas…

Écrit par moonworld le 13 février 2013 à 22:21

Bravo… tout est résumé en quelques lignes!!!

Écrit par philibertny le 14 février 2013 à 12:31

Magnifique et surtout réaliste . Bravo et merci pour avoir rendu nos valeurs à leurs place bien mérité avec votre lettre.

Écrit par nebraska le 16 février 2013 à 1:35

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