Opposants au mariage: les 10 familles d’homophobes
Xavier Bongibault et Frigide Barjot en tête de la "Manif pour tous" le 13 janvier dernier

Xavier Bongibault et Frigide Barjot en tête de la "Manif pour tous" le 13 janvier dernier

En ce dimanche 13 janvier ont défilé dans les rues du Royaume de France un improbable cortège, composé de prélats, de politiciens réactionnaires, d’extrémistes de droite et de fanatiques religieux, accompagnés de «braves citoyens» inféodés à une vision obtuse du mariage et de la famille, tous ensemble mobilisés contre une réforme législative proposant de mettre fin à une discrimination de fait entre citoyens adultes et responsables, censés être égaux en droits. Les grands médias, qui n’ont accordé que des entrefilets à la grande manifestation du 16 décembre en faveur du mariage pour tous, ont convié avec bien plus d’attention et de complaisance celle du 13 janvier regroupant les opposants au projet de loi. La vie médiatico-démocratique est ainsi faite: les messages d’intolérance et de mépris ont toujours été plus «vendeurs» (car plus conflictuels) que ceux mettant en valeur le respect de l’autre et l’égalité. À la faveur des manifestations de rues comme des sempiternelles foires d’empoigne entre pro- et anti- sur Internet, un rapport de force s’installe, de fait, entre une «communauté de l’égalité» et une «communauté de la haine». Si ce rapport peut menacer de tourner à l’avantage de la seconde (on a déjà vu notre gauche de gouvernement reculer sur des points importants, cf. la PMA ou l’épisode désastreux de la «liberté de conscience» des maires…), ce n’est certes pas en fonction de la force intrinsèque de ses arguments. Prenez n’importe quel discours d’un opposant au mariage pour tous, il entrera (au moins) dans une des dix catégories suivantes:

- 1. Les insultes ouvertes, propos de comptoir et autres ricanements de corps de garde sur fond de clichés associés à l’homosexualité, célébrant en creux le profond satisfecit de leurs auteurs, qui se réconfortent ainsi, implicitement, de leur appartenance à une norme dominante (on a les satisfactions que l’on peut).

- 2. Les comparaisons avilissantes (le rapport homosexuel apparenté à la pédophilie ou la zoophilie par exemple) qui, associées aux prospectives dégradantes sur les effets d’une évolution législative vers le mariage entre personnes de même sexe («et si demain j’ai envie de me marier avec mon téléphone?», etc.), en disent beaucoup plus long, hélas, sur l’univers psycho-sexuel propre à leurs auteurs (cette incapacité apparente à saisir le concept d’une relation affective entre adultes consentants est le signe d’une immaturité sexuelle inquiétante, au fond) que sur les conséquences effectives qu’entraînerait une telle évolution sur les mœurs contemporaines.

1- 3. La hiérarchisation décomplexée des identités sexuelles, associée à l’emphase millénariste de la menace du «chaos» civilisationnel («à quand la légalisation de l’inceste ou de la polygamie?»): au nom de visions simplistes et délirantes de l’histoire de notre «civilisation» et de son possible effondrement, plusieurs députés FN et UMP ont, par exemple, fait publiquement mention d’une supposée infériorité morale de l’homosexualité sur l’hétérosexualité. (Ce n’est évidemment pas le seul domaine, aujourd’hui, où la parenté idéologique entre ces deux partis apparaît clairement.)

- 4. La convocation rassurante de la «tradition», grand classique du conservatisme, doublée de la référence désespérée à une supposée «essence» de la famille («un papa et une maman»), que tout contredit par ailleurs: l’anthropologie historique des structures de parenté, l’observation sociologique des évolutions contemporaines de la famille (divorces, systèmes monoparentaux), etc.

- 5. L’expression naïve et arbitraire d’un système de valeurs fondé sur la base de textes religieux (autrement dit, dans une République laïque, sur rien), qui a d’ailleurs amené les représentants de certaines minorités (juive, musulmane) à prendre une position, sans doute évaluée par eux comme «stratégique», dans la grande vague de l’Ordre moral qui investira les rues ce dimanche.

- 6. L’homophobie chrétienne-compassionnelle (avec en figure de proue l’inoxydable passionaria anti-PACS Christine Boutin), qui, sous couvert d’une hypocrite et condescendante bienveillance (la soi-disant «souffrance» des personnes homosexuelles, vues comme des brebis égarées), répand une vision idéologico-normative extrêmement violente des rapports entre les êtres et des structures de filiation. Cette idéologie s’oppose ainsi, de façon virulente, à tout (égalité des droits, sensibilisation à l’homophobie dans les milieux scolaires, etc.) ce qui pourrait, dans les faits, atténuer la dite-souffrance possiblement ressentie par les homosexuels en raison des phénomènes d’exclusion dont ils sont victimes. Ce n’est pas la moindre des contradictions d’une pensée très étroitement religieuse (la foi est ici vidée de toute spiritualité, réduite à un petit vade-mecum moral) qui met en avant, théoriquement, les notions d’amour et de tolérance à l’égard des «déviants», pour mieux les piétiner au nom du respect de textes «sacrés».

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- 7. La sociologie sauvage et intuitive d’un «monde homosexuel» fantasmé (associé, en vrac, à la luxure, à l’individualisme décadent post-mai 68, à la consommation de stupéfiants, etc.) et/ou réduit à une poignée de témoignages tirés de l’expérience personnelle et haussés à valeur de loi générale («j’ai croisé un gay lors d’une soirée, et il m’a dit qu’il ne souhaitait pas se marier», etc.).

- 8. La camaraderie de sortie de boîte, qui entend reléguer le rôle social des personnes homosexuelles à celui de gentils transgressifs nocturnes, sympathiques, drôles, originaux et décoratifs, en assurant (à leur place) qu’ils ont bien de la chance d’être «différents», et qu’ils ne souhaitent pas vraiment s’embarrasser de cette «institution bourgeoise» qu’est le mariage. Notons que cette dernière posture manque ainsi gravement le fond du problème, qui n’est pas le mariage lui-même, mais l’égalité des droits.

- 9. L’«homophobie de l’agacement» (dont le fameux «Messieurs les homosexuels, laissez-nous tranquille!» du député UMP Jacques Myard pourrait constituer le parangon) , qui s’indigne de constater que les Français homosexuels d’aujourd’hui (pourtant beaucoup mieux tolérés que leurs «ancêtres» des périodes passées ou leurs «congénères» d’autres aires géographico-culturelles), loin d’être reconnaissants envers la société qui ne les emprisonne pas et ne les classe plus dans la catégorie des malades mentaux, ont l’outrecuidance de réclamer encore et toujours plus de droits – un peu comme s’ils étaient pressés d’être reconnus comme des citoyens à part entière. Reposant souvent sur l’idée que l’homosexualité relève d’un «comportement» choisi (et non d’une donnée naturelle de l’individu, comme la couleur de peau par exemple), cette «homophobie de l’agacement» s’incarne souvent dans des phrases-type telles que: «L’État n’a pas à valider les caprices d’une minorité», et s’accompagne en général de jugements dépréciateurs à l’égard des homosexuels lorsque ces derniers outrepassent le caveau underground que la norme hétéro-tolérante leur avait alloué (on dit alors, parce qu’ils exposent leurs vies de couple ou qu’ils s’embrassent dans la rue, qu’ils «s’affichent», et que cela est «obscène»).

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- 10. La manifestation d’une inquiétude pour la condition psychique et morale des enfants élevés par des couples de même sexe. On touche ici à l’un des arguments les plus volontiers avancés par les discours des anti- (notamment par tous ceux qui débutent avec l’expression «Je ne suis pas homophobe, mais…»): l’invocation d’un «principe de précaution» visant à la protection de nos chères têtes blondes est sans nul doute ce que les opposants au projet de loi considèrent comme leur argument le plus efficient, et surtout comme le plus «présentable». Le fait que leur sollicitude envers les enfants s’arrête bien souvent au seuil des foyers hétérosexuels dysfonctionnels, qu’elle repose sur une vision caricaturale à souhait de l’archétype oedipien et des fonctions sexuées au sein du couple, et qu’elle choisit d’ignorer le nombre important des études sérieuses menées dans les pays qui nous devancent sur la question de l’homoparentalité (et dont les conclusions rassureront tous ceux qui se posent réellement la question du bien-être des enfants), empêche cependant d’accorder un crédit suffisant à leurs préoccupations. Dans l’écrasante majorité des cas, ces dernières dissimulent assez mal le lien direct entre «l’inquiétude pour les enfants» et le préjugé dégradant à l’égard des homosexuels. Le rapport de couple homosexuel, souvent appréhendé sous l’angle du seul génital, est alors considéré comme une forme «impure» d’existence, un mode «d’être-ensemble» inférieur au rapport hétérosexuel. Certains discours de sollicitude contournent cet écueil en affirmant regretter l’existence d’un préjugé dévalorisant à l’égard des couples homosexuels, tout en faisant de l’existence regrettable de ce préjugé un argument pour combattre l’éventualité de l’adoption: les enfants élevés par des homosexuels risqueraient de souffrir, pendant leur développement, de l’homophobie ambiante de la société française. Il s’agit alors d’un renversement spectaculaire des priorités: l’urgence n’est plus de faire reculer l’homophobie en donnant aux homosexuels les mêmes droits qu’aux autres citoyens, mais de protéger les enfants qu’ils pourraient avoir de cette homophobie justement entretenue par l’absence de reconnaissance légale de leur structure familiale. On touche ici à un cas de pure aberration rhétorique, une constante dans les arguments des opposants au projet de loi; un autre de leurs arguments, consistant à démontrer l’inexistence d’une discrimination au motif que «les homosexuels ont, comme les autres, le droit de se marier… avec une personne de sexe opposé», en représente sans doute l’exemple le plus «abouti».

Le grotesque échevelé de telles déclarations, comme de la petite poignée de postures dont on vient de proposer une typologie en dix points (non-exhaustifs), pourrait prêter à rire, bien entendu. Et on peut être certain qu’elles amuseront beaucoup les historiens-sociologues-anthropologues du futur qui se poseront, plus tard, la question de l’univers de discours et de pratiques propres aux opposants du « mariage pour tous ». Mais pour nous qui, aujourd’hui, en sommes les témoins quotidiens, ces dix points résument ce que la communauté de la haine crie tous les jours, avec le plus grand sérieux, sur tous les supports, par l’intermédiaire de ses représentants officiels dans les médias de masse, comme de ses petits exécutants anonymes crachant leur bile sur les forums des sites d’actualité.

Cela n’empêche pas la communauté de la haine de hurler au scandale en regrettant l’absence, selon elle, d’un «vrai débat». C’est un mythe très répandu chez les réactionnaires de tout poil: se fantasmer comme une minorité de «libres-penseurs», de résistants, opprimés par une grande Pensée unique progressiste et totalisante (alors même qu’ils participent, dans les faits, d’un ordre dominant parmi les plus oppressifs qui soient). Il pourrait évidemment être considéré comme obscène de «débattre» d’une question touchant au rétablissement de droits de personnes discriminées par la loi, sans qu’en résulte aucun préjudice pour les autres (ne parlons même pas de l’éventualité de soumettre une telle question à un référendum…); mais que dire, sinon que ce débat a pourtant bien lieu, en continu et jusqu’à l’indigestion, qu’il a tendance à ressembler à une «controverse de Valladolid» du pauvre, qu’il ne mène nulle part (comment débattre avec quelqu’un qui avance que la famille, «c’est (par essence) un père et une mère», que Dieu l’a voulu ainsi, etc.?), et qu’il nous en apprend finalement beaucoup plus sur les opposants au projet de loi que sur les personnes effectivement concernées par ce dernier.

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Il nous en dit long, en effet, ce «débat», sur l’état généralisé de l’homophobie dans le pays. À cet égard, les cris d’orfraie des opposants au mariage et à l’adoption pour tous, s’exprimant publiquement pour le maintien de la discrimination à l’égard des gays mais refusant qu’on les traite «d’homophobes», a de quoi intriguer: elle est sans doute le signe que l’homophobie a cessé d’être une étiquette «tendance» dont on pourrait se revendiquer fièrement (c’est déjà ça), quand bien même les comportements qu’elle recouvre demeurent, à l’identique, sous le vernis flatteur de la revendication d’une liberté d’expression que personne n’a jamais contestée. En démocratie chacun a le droit de s’exprimer, mais s’exprimer c’est aussi s’exposer, et il faut ensuite pouvoir assumer les propos que l’on a tenus.

Or il se trouve que les tenants des dix postures répertoriées en début d’article – qui trouvent tout naturel d’énoncer publiquement, et avec toute la certitude de leur «bon sens» primaire, leurs prénotions sur les homosexuels – se scandalisent lorsqu’ils se trouvent, à leur tour, pris pour sujet d’observation et catégorisés. Au fond, ce qui paraît insupportable aux membres de la communauté de la haine, c’est bien qu’on analyse leurs discours, et que l’on révèle, sous les arguments irrationnels ou bouffons dont ils ont usé jusqu’ici, la nature véritable de leur positionnement; c’est qu’on leur retourne, comme un miroir trop fidèle, cette haine de l’Autre dont leurs propos sont truffés jusqu’à la moelle, et qu’ils refusent (pour la plupart) de reconnaître pour ce qu’elle est.

On peut entendre, sous le terme «homophobie», des phénomènes différents : la «peur» des homosexuels (l’idée d’une société dévirilisée qui inquiète tant les tenants d’un patriarcat hiératique); le dégoût pur et simple à leur encontre; le mépris de bon ton qui voudrait les maintenir à tout prix dans le ghetto des comportements déviants; les jugements définitifs énoncés sur eux en tant que groupe, en prenant appui sur une espèce de sociologie sauvage et intuitive faisant fi de la grande diversité des êtres et des situations (les gays sont ainsi, les gays veulent ceci, etc.); le doute sur leur capacité à fournir un cadre éducatif sain pour des enfants; leur «infériorité» entérinée par un soi-disant commandement divin; etc. Tous ces comportements renvoient aujourd’hui à la même démarche: ils prétendent justifier le maintien des personnes homosexuelles dans une position dégradée devant la loi, dans un état de sous-citoyen. Cela s’appelle naturaliser ses propres préjugés, et faire de son propre rejet conditionné (par une éducation fermée, favorisant l’ignorance, la peur, le dégoût de l’Autre) l’argument d’une vision inégalitaire de la société. Une société au sein de laquelle les personnes LGBT devraient, au mépris de leurs droits fondamentaux, continuer de payer le prix social de leur orientation sexuelle, sous prétexte que cette dernière heurterait la «vision du monde» de la frange la plus pathologiquement rétrograde de la population.

Nous avons été les témoins, ébahis, de la manifestation du 13 janvier, comment ne nous interrogerions-nous pas sur la persistance, en France, d’une communauté de la haine arque-boutée sur une conception aussi régressive de la hiérarchie entre les êtres? Comment ne pas se poser de question, en particulier lorsqu’on constate la profonde faillite morale et intellectuelle des différentes «églises» instituées, de constater que leurs discours se trouvent encore, dans le contexte d’une République laïque, relayés avec un tel empressement, comme s’ils émanaient d’interlocuteurs valables et/ou compétents? Comment ne pas voir que ce sinistre cortège a été essentiellement mené par des porte-paroles opportunistes, en mal d’existence médiatique, propulsés pour un temps sous les projecteurs de l’actualité, à un prix moral qu’il vaut mieux éviter d’évaluer? (Cela vaut aussi pour les quelques «homos honteux» de service, «recrutés» pour les besoins de la cause, et qui échangent une petite gloriole passagère contre leur propre dignité, en faisant passer leurs propres névroses pour des caractéristiques inhérentes à l’homosexualité…)

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Quant aux individus anonymes qui garnissaient le cortège, eux aussi, à leur corps défendant, nous interrogent… Comment faut-il se sentir, intimement et socialement, pour porter jusque dans la rue une conception aussi néandertalienne des rôles sociaux que celle des kitchissimes chorégraphies «Papa! Maman!» aperçues dans nos rues à l’automne? Quel assemblage de refoulement personnel, de malaise à l’égard de la sexualité, d’authentique répulsion à l’égard de la différence, de réaction morale et de fanatisme religieux, faut-il réunir pour passer ce cap? Pourquoi cette urgence à vouloir à tout prix maintenir d’autres êtres humains dans un état d’infériorité manifeste, en s’opposant à une loi égalitaire qui ne modifiera rien à sa propre condition? Jusqu’à quel point faut-il avoir intériorisé la «norme» d’un temps et d’un lieu, en en faisant d’office la garante du bien, pour vouloir l’imposer aux autres (après se l’être peut-être parfois imposée à soi-même) avec une telle vigueur? Il serait quand même bon que des études sérieuses viennent nous informer un peu mieux sur le profil psychologique des manifestants anti-mariage gay, tant leurs comportements et leurs propos nous intriguent et nous semblent pathologiques, voire criminels.

Oui, car quelles que soient les préoccupations iréniques qu’ils mettent en avant (voir début de l’article), il faut quand même que ces manifestants l’assument, leur positionnement, dans un pays où les personnes homosexuelles sont encore agressées verbalement et physiquement du fait de leur orientation, et où les adolescents homosexuels font entre cinq et dix fois plus de tentatives de suicide que les adolescents hétérosexuels. Comment ne pas comprendre que la «croissance harmonieuse de chaque jeune» (pour reprendre les termes du courrier crapuleux du Secrétaire général de l’enseignement catholique), hétéro, bi ou homo, est beaucoup mieux assurée dans une société qui fait reculer l’homophobie et garantit à chacun un respect identique de sa nature et des orientations (ce que l’instauration du droit au mariage pour tous favorisera significativement), que dans une société qui stigmatise les homosexuels et présente l’homoparentalité comme une tare ou un risque? On ne doute pas que les manifestants du 13 janvier se sont fabriqués un petit système moral qui leur permettra de continuer, après coup, à se regarder dans une glace. Mais on est tout aussi certain de l’effroi qu’ils inspireront aux générations futures, lorsqu’elles les découvriront dans les livres d’histoire, aux côtés des manifestants anti-PACS, anti-IVG, anti-droits civiques, etc., bref, aux côtés des hordes réactionnaires qui, de tous temps, et sous couvert de «traditions» supposément ancestrales, ont mobilisé leur temps et leur énergie pour empiéter sur les libertés fondamentales de certains de leurs concitoyens, en vociférant l’indignité fantasmée qu’elles leur prêtaient.

Du point de vue de la communauté de l’égalité, déjà entrée dans un monde où la discrimination d’état est une absurdité à éradiquer au plus vite, la communauté de la haine n’est déjà plus qu’un fascinant objet d’étude anthropologique et psychanalytique. Nous qui, hétéros, homos ou bis, comptons dans notre entourage familial, amical, professionnel des personnes hétéros, homos ou bis, nous qui sommes déjà passés naturellement, au quotidien et dans tous les aspects de notre vie, à ce monde de demain où l’orientation sexuelle de chacun – un phénomène finalement aussi aléatoire que le fait de naître droitier, gaucher ou ambidextre – n’induit plus de jugement a priori sur les gens, à ce monde de demain dans lequel il paraît totalement absurde et médiéval que tous ne disposent pas de droits égaux devant la loi d’un pays démocratique moderne, nous devons encore, pour un temps, subir le monde d’hier, celui des préjugés, des hiérarchisations arbitraires, des haines (plus ou moins bien) rentrées. Nous devons encore contempler ce monde d’hier et entendre ses représentants aboyer leurs absurdes rengaines, et quand bien même l’improbable composition de leur cortège finirait par nous les rendre plus aimablement grotesques qu’autre chose (un peu comme ce grand-oncle sénile « qu’on ne changera plus » et dont on tolère avec un haussement d’épaules les poussées de fièvres coloniales pendant les repas de famille), nous devons encore nous méfier de leur pouvoir de nuisance. Car ce monde d’hier à l’agonie, s’il n’a plus rien de pertinent à proposer au monde de demain, peut encore, pour un temps, nous le rendre parfaitement insupportable.

Antoine

22 commentaires

Merci pour ce texte si pertinent ! Vivement ces dix familles empoussiérées par l’oubli.

Écrit par Kech le 23 janvier 2013 à 14:00

” une relation affective entre adultes consentants” merci à vous pour cette précision qui explique le cadre du mariage tel que les contre le réfutent. C’est en effet cela qu’ils n’arrivent pas à admettre, en effet que des personnes responsables, adultes puissent choisir de faire leur vie amoureuse telle qu’ils l’entendent.
Ils pensent que cette définition peut conduire soit au mariage incestueux ou au mariage multiple il faudrait leur expliquer comment on fera pour ne pas franchir ce tabou sachant que le tabou homo était lui aussi très fort et qu’il a été franchi. Il faut expliquer à ceux qui ont peur comment l’égalité de deux hommes qui s’aiment sera diférente de l’égalité de trois hommes qui s’aiment ou de deux membres d’une même famille. Une fois cela expliqué je pense que beaucoup comprendront quelle est le bon choix à faire pour ce débat .

Écrit par guyoon le 23 janvier 2013 à 14:27

Merci. Une des meilleures analyses et un très beau texte.

Écrit par Seb_Brz le 23 janvier 2013 à 14:58

Magnifique texte. J’aimerais entendre des journalistes le lire au 20h, mais faut pas rêver! Ils préfèrent inviter Marine Lepen…

Écrit par azel56 le 23 janvier 2013 à 15:42

Antoine comment ?

Écrit par Trouba door le 23 janvier 2013 à 15:42

Très bon ! Dans une partie de ton texte, tu t’interroges sur le pourquoi… Je pense que tu oublies l’effet fédérateur du anti-hollandisme… Cette élection présidentielle a laissé environ 1 français sur 2 insatisfait (comme toujours hein…), ils viennent de s’exprimer bêtement pour la première fois dans une manifestation, certes, indigne, mais ce n’est que la première. Moi qui n’ai sûrement pas voté Hollande ni au premier, ni au deuxième tour, je comprends qu’on ait envie de descendre dans la rue pour dire comme on est déçu de l’état de la France. Cette manifestation stupide est regrettable, insultante et bouffonne, mais elle traduit un certain mal-être français avec lequel l’immonde corps politique qui est le nôtre devra de plus en plus composer. Bravo pour ton texte.

Écrit par antoine le 23 janvier 2013 à 15:45

Une des plus fines analyses qu’il m’ait été donné de lire. Standing ovation !

Écrit par Tymaou le 23 janvier 2013 à 16:04

Tout simplement la meilleure analyse qu’il m’ait été donnée de lire jusqu’à maintenant. Extrêmement pertinente et bien argumentée. Si seulement elle pouvait remettre quelques idées en place, notamment chez les journalistes…

Écrit par moonworld le 23 janvier 2013 à 17:38

@moonworld : les journalistes ne sont pas que dans le poste de télévision, tu sais… “faut lire public, faut lire…” Comme disait un célèbre comique du millénaire précédent.

Écrit par antoine le 23 janvier 2013 à 18:47

Afin de convaincre un ami de la catégorie 10, est-ce quelqu’un pourrait m’indiquer où trouver les “études sérieuses menées dans les pays qui nous devancent sur la question de l’homoparentalité”. Merci d’avance.

Écrit par Gégé le 23 janvier 2013 à 20:38

Homophobe, homophobe, homophobe, vous n’avez que ce mot à la bouche… La communauté de la haine n’est pas forcément celle que l’on croit…

Écrit par Maverick le 23 janvier 2013 à 21:50

Juste superbe analyse. Moi qui suis français et qui habite en Belgique depuis si longtemps je suis d’abord attristé de voir se déchirer la France pour un sujet qui n’a soulevé pour tout dire aucune réaction de la rue en Belgique. Cette Belgique que vous autres en métropole railler si souvent et qui pourtant est bien souvent loin en avance sur vous…

Écrit par barbouzze le 23 janvier 2013 à 23:28

Gégé, si c’est ton “ami” qui exprime son inquiétude pour la condition psychique et morale des enfants élevés par des couples de même sexe, c’est à lui de te prouver qu’il y a un réel danger, ce n’est pas à toi de prouver que ce danger n’existe pas. Si ton “ami” ne veut pas engager la discussion en prouvant ses affirmation, toute discussion avec lui ne peut être qu’une perte de temps… à toi de voir.

Écrit par tahiti le 24 janvier 2013 à 5:49

Je trouve ça dommage de verser dans la caricature et la stigmatisation alors que c’est ce que vous reprochez aux opposants au mariage pour tous. Vous savez parfaitement que ces portraits sont archi faux et qu’il y a des gens censés, mesurés et absolument pas homophobes qui étaient dans la rue le 13 janvier. Moi qui y étais je me sens blessés par votre façon de faire ! Dommage, vous n’encouragez pas l’écoute, le dialogue et le respect mutuel.

Écrit par Nico le 24 janvier 2013 à 22:08

Je suis navré, mais cette juxtaposition de termes littéraires compliqués et de cas particuliers piochés aux bons endroits aux bons moments ne constitue pas à mes yeux une “analyse”, qui plus est, n’est pas argumentée du tout. S’il vous plaît, des faits, des études, des arguments, pas de rhétorique. Le dialogue, par la dialectique, il n’y a que ça de bon. L’insulte n’est bonne qu’à enterrer aussi vite qu’on l’a dite, à moins que le but ne soit, comme je m’y attendais, que d’attiser la haine ANTI-homo (et non homophobe).

Écrit par Pas "homophobe" non plus le 25 janvier 2013 à 19:01

[...] qui démonte un par un les arguments contre le mariage pour tous! Ca fait du bien à lire! Aussi, un blog Têtu démontait lui aussi les arguments nauséabonds des anti-mariage et les classifiait. Sinon, ma [...]

Écrit par Mariage Pour Tous. | Le blog du Professeur Badger le 26 janvier 2013 à 7:02

1) Sur le mariage. Le mariage tel qu’il existe aujourd’hui, repose sur trois points: 2 personnes, de sexe différent, de familles différentes. Si l’on fait sauter l’un des trois verrous au nom de l’égalité et de l’amour, comment s’opposer a ceux (ils existent déjà) qui, avec les mêmes arguments, souhaiteraient faire sauter les deux autres verrous ? Le mariage n’est pas (d’abord) un contrat de reconnaissance du sentiment amoureux.

2) Sur la parenté. Contrairement a ce qu’on entend souvent, l’amour ne suffit pas pour élever des enfants. Il se passe dans l’éducation des mécanismes qui dépassent la volonté propre des parents : la référence qu’ils constituent pour leurs enfants. Un homme élevé par deux femmes a très bien résumé cela dans une récente interview : Je sais très bien que les deux femmes qui m’ont élevé l’ont fait avec un grand amour, et je leur en suis reconnaissant : mais il m’a cruellement manqué un père pour me construire !

Donc, non le mariage n’est pas un simple contrat de reconnaissance de l’amour, et oui les enfants ont besoin de l’altérité sexuelle de leurs parents.

Écrit par Olivier le 26 janvier 2013 à 14:10

@ Olivier. Il sera logique de refuser d’autres mariages, par exemple la polygamie. Pourquoi ? La liberté n’existe pas sans l’égalité, et actuellement la femme n’est pas assez reconnue (même ici et a fortiori dans d’autres aires culturelles notamment en pays d’Islam) comme égale à l’homme pour qu’un homme en épouse plusieurs et qu’on pense qu’elle le fait librement. D’ailleurs on ne parle pas du fait qu’une femme épouse plusieurs hommes, ce qui est révélateur.
Le mariage homosexuel est profondément égalitaire et libérateur. En décrispant les rôles des hommes et des femmes, il contribuera à leur libération et à l’égalité des sexes.
Les hétérosexuels devraient remercier les homosexuels pour leur désir d’égalité et de liberté qui devrait raviver les leurs et de rendre les comportements des sexes moins stéréotypés, ce que le mariage accuentuera.
Et l’éducation des enfants, me direz-vous?
Comme vous le savez sans doute, la famille nucléaire n’est qu’une forme familiale parmi d’autres.
On ne peut que déplorer qu’il y ait des échecs éducatifs chez les homosexuels comme chez les homosexuels…
Je crois que des enfants à qui la société affirme qu’ils ont absolument besoin d’un père peuvent, parfois, en sentir le manque par conformisme. Autrefois, les enfants de divorcés subissaient des pressions pire, à mon avis.

Écrit par Noblejoué le 26 janvier 2013 à 19:28
Écrit par Rex le 26 janvier 2013 à 19:41

Quel pavé pour dire qu’à partir du moment où l’on est pas D’ACCORD sur toute la ligne, alors on est homophobe. Par exemple, je pense bien que le mariage est une institution bourgeoise qui devrait être détruite. Mais je suis pour la PMA, les Meres Porteuses, l’adoption, la filiation, parce que c’est pour les couples solides, et donc pour les enfants. Alors là ouais, je veux bien être Mere Porteuse pour vous, y’a pas de souci. Et si on adaptait tout ce pavé aux noirs par exemple, genre “vous êtes tous racistes si vous n’êtes pas ok avec nous”. Dans ce cas je suis entourée de racistes? Dois-je m’en protéger? Dois-je avoir peur? est ce de la haine, ou de l’ignorance? De la bêtise ou un truc bien grave? Je sais pas comment vous dire que j’ai beau être bi, être pour tous les droits possibles pour que les gays soient égaux avec les hétéros, j’admet ne pas voir l’intérêt dans le mariage. Après vous faites ce que vous voulez, la loi passera non? C’est pas moi qu’on verra défiler avec Barjot ou Boutin. Moi, j’m'en fous. Mais ce n’est pas parce que j’suis pas d’accord sur un point que je suis homophobe. Vos procès d’intentions sont gros comme des pastèques. On a inventé le point godwin, il faudrait vous en trouver un aussi.

Écrit par Satan Lol le 28 janvier 2013 à 3:46

vous n’avez pas bien lu, il ne s’agit ni de caricature ni de stigmatisation, malheureusement. Antoine n’a fait que reprendre des faits et mots répétés et relevés de très nombreuses fois. Etes vous sourd ou aveugle pour ne pas vous en rendre compte ? quand on défend une position, en l’occurrence l’opposition au mariage gay, encore faut-il l’assumer. C’est très étrange cette position des antis qui n’assument pas leurs positions.

Écrit par iradie le 29 janvier 2013 à 11:37

très bien dit MERCIIII !! Lisez FREUD et vous comprendrez dans quel piège nous sommes en train de nous jeter de notre plein gré !
Soyez tolérant et respectueux, certes, mais soyez contre-nature,physique et psychique ?? NON

Écrit par Lulucycienne le 30 janvier 2013 à 12:30

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