Lesbienne et parent: son parcours et ses embûches

enfants-d'arc-en-celJe vous parlerai d’Elle…

1999, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le PACS…

Elle a fait son coming-out et la passion lui a brûlé les ailes.

Elle va déposer un dernier baiser sur le front de ses neveux avant de mettre fin à ses jours.

Elle avale médicaments et alcool et ses yeux se ferment sur ces mots “Je n’verrai plus comme j’ai mal…”

Oui l’homophobie tue… en France aussi.

Dans l’ambulance, elle voit le visage de celui aux côtés duquel elle essaye depuis plusieurs mois de se convaincre qu’elle peut rentrer dans la norme, celle brandie par les homophobes, celle d’un couple supérieur aux autres…

Aux urgences, le premier visage qu’elle reconnait est celui de son frère, qui lorsqu’elle lui a annoncé son homosexualité, lui a répondu que ce qui l’inquiétait c’était l’homophobie qu’elle aurait à subir.

Ensuite, elle rencontre à plusieurs reprises un psychiatre qui à chaque consultation la reçoit dans une pièce quasi vide : un bureau, deux chaises et un grand miroir. Ce praticien tente de lui faire comprendre que son reflet est celui d’une femme et qu’elle ne peut donc construire sa vie qu’avec un homme, que son homosexualité n’est qu’un passage…

L’introspection comme outil, elle chemine au fil de ces rendez-vous et comprend que l’on ne choisit pas l’homosexualité, on choisit de vivre et de se donner la possibilité de tenter d’être heureux.

Un jour elle décide de ne plus aller à ces rendez-vous, depuis elle porte sa différence sur la peau…

La différence devient un emblème, elle n’a pas lieu de l’être et pourtant, quand les autres vous assènent la honte, elle peut le devenir… La fierté devient indispensable pour contrer la haine…

Elle rencontre une femme, la femme de sa vie. Celle auprès de laquelle elle va vivre les plus beaux comme les pires moments.

Elle construit sa vie entourée de sa famille qui l’a toujours soutenue.

Un jour, elle reconnait ce regard lorsqu’une collègue demande à quitter son poste précipitamment, elle reconnait cette détresse… Elle se rend donc chez elle pour lui tenir la main, l’empêcher de commettre l’irréparable, lui permettre d’exprimer sa colère par les mots et non par les actes… Cette collègue deviendra son amie et elles partageront le secret de cette douloureuse expérience.

Elle se pacse… Et le fête avec ses proches qui ont tous compris la force de cet amour, de cet engagement réciproque. Une cérémonie a lieu, une cérémonie privée puisque sa République ne lui permet pas la Mairie. Même si ce jour fut merveilleux, elle garde en elle le souvenir du Tribunal dans lequel elle reviendra…

Un jour, son palier est tagué… Elle découvre le message «Bienvenue chez les gouines». L’homophobie est toujours là, tapie dans l’ombre…

Elle construit sa famille malgré tous les obstacles, elle se rend à l’étranger parce que sa République ne lui reconnait pas les mêmes droits qu’aux autres.

Elle est accueillie par un pays bienveillant, son projet parental y est banal, elle respire enfin.

Portée par son amour, son trésor arrive et illumine sa vie. Dans ses yeux, nul doute qu’elle sera à jamais sa maman…

Alors qu’elle est âgée de 2 mois et demi, son trésor doit être hospitalisée d’urgence. La fièvre, l’état de santé sont inquiétants. Les médecins évoquent une possible malformation… Alors qu’elle s’apprête à entrer dans la salle d’échographie après son amour et sa fille, un membre du personnel de l’hôpital lui barre le chemin. Elle se met devant elle et lui dit : « il n’y a que les parents qui entrent » alors elle lui répond que cela tombe bien puisqu’elle est sa maman. Le ton monte et le médecin arrive… Le médecin comprend rapidement ce qui se passe et l’autorise à entrer en indiquant qu’elle a besoin de deux personnes pour maintenir l’enfant…

A cet instant, elle pense que la nounou a plus de droits qu’elle car lors de la signature de son contrat de travail, certaines autorisations lui ont été accordées afin de prendre en charge l’enfant en l’absence de ses parents.

Elles débutent une démarche de demande de Délégation d’Autorité Parentale. Elle doit faire appel à son entourage pour obtenir des témoignages justifiant qu’elle s’occupe de son trésor, qu’elle s’en occupe bien… elle doit rechercher tous les documents qui pourraient appuyer cette thèse… elle devra le prouver à des magistrats…

Elle rencontre un médecin si généreux qu’il la soutiendra tant qu’il le faudra, elle en rencontre d’autres qui refusent de lui tendre la main.

Elle court, s’inquiète, attend, pleure à chaque essai… Elle subit les injections quotidiennes, les prélèvements sanguins, les échographies… Les allers-retours sont éprouvants, le protocole pour la tentative suivante tendu alors que l’insémination est à peine terminée aussi…

Enfin, elle est enceinte et la famille va s’agrandir.

L’audience au tribunal a lieu entre deux essais, elle se dit que le second est peut être en route… 1 procureur, 3 juges et 1 greffier face à deux parents et leur accord… afin de décider si la Justice pouvait valider cet accord… Puis l’attente, interminable, jusqu’au jugement…

Le recommandé arrive et elle se dit qu’enfin elle est un tiers doté d’une délégation d’autorité parentale, ce n’est pas ce qu’elle est mais c’est uniquement ce que sa République lui permet d’espérer.

La famille est au complet, ses enfants illuminent sa vie.

2011, il faut tout recommencer, un autre dossier, dans l’autre sens…

Demander à un tribunal d’accepter qu’elle délègue son autorité parentale à un tiers, un tiers qui veille sur son fils depuis son premier souffle… Le parcours est plus difficile et elle va vivre une des journées les plus stressantes de sa vie. Le jour de l’audience alors qu’elle ne s’attend pas à la facilité mais pas non plus à cette épreuve, le greffier lui annonce que le Procureur s’oppose à sa demande. L’année d’après le premier jugement favorable, dans le même tribunal, alors qu’elle va être entendue par le même juge… le Procureur s’est opposé à sa demande. Il s’agit de la même famille, des mêmes conditions de vie, du second enfant… Et pourtant on lui annonce qu’elle va «droit dans le mur» à l’audience.

Elle et son amour se préparent, rédigent une plaidoirie sur une feuille de papier assises sur un banc dans les couloirs du tribunal… Elle voit passer des personnes menottées et a l’impression que sa liberté l’est aussi… L’audience est théâtrale, l’argumentation lui donne le dessus, le Procureur renonce à s’opposer… Et pourtant elle devra attendre mai 2012 pour obtenir un jugement favorable.

Pourtant au quotidien sa vie de famille est ordinaire, deux parents qui travaillent et qui courent après le temps, deux enfants qui jouent et rêvent…

Des professionnels de santé, des professionnels de l’enfance, des voisins, des professeurs et des parents d’élèves, des commerçants, au regard bienveillant car ils le constatent au quotidien : sa famille est une famille comme les autres ; ses enfants sont des enfants comme les autres…

2012, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le mariage…

Elle s’est engagée activement, elle milite pour l’Égalité, pour elle et pour sa famille.

«On ne naît pas homophobe, on le devient» selon Elio di Rupo.

Elle est persuadée que l’orientation sexuelle des parents ne nuit pas au développement des enfants, l’altérité n’est pas liée au sexe, des référents des deux sexes entourent ses enfants, cependant, elle s’inquiète pour eux. Ses enfants méritent un monde plus sûr, un monde où l’homophobie sera réellement condamnée.

Elle est convaincue que pour lutter contre l’homophobie, il faut cesser l’inégalité entre les sexes, entre les personnes, entre les familles, entre les enfants et entre les termes.

L’ouverture du mariage, de l’adoption, de la filiation et de la PMA aux couples de même sexe est une nécessité pour crier au monde que sa République refuse l’inégalité ; pour que ses enfants puissent le crier au monde!

Ses enfants doivent être protégés par sa République, qui est maintenant la leur.

Lors d’une de ses actions militantes, elle rencontre un jeune homme qui lui dit son incompréhension devant ces propos haineux relayés par la presse et qui ne sont pas condamnés, il lui dit qu’avant ses camarades de classe ne se souciaient pas de son homosexualité mais que maintenant il subit un relent d’homophobie dans son établissement scolaire…

Elle est très éprouvée par cet échange, elle pense à 1999 et elle se décide à vous parler d’Elle…

«L’ignorance mène à la peur, la peur à la haine, et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation» selon Michael Moore.

Elle veut que s’arrête ce cercle vicieux, il est temps que les personnes LGBT ne soient plus victimes de la violence des autres.

Il est temps que leurs enfants soient protégés par leur République.

Il est temps que les hétérosexuels comprennent qu’elle ne les menace pas, qu’elle veut simplement avoir le droit de vivre et non de survivre…

Nathalie

- – -

Le témoignage de Nathalie a été publié également sur le blog ouvert par l’association Enfants d’arc-en-ciel. Le but du blog est de faire connaître la réalité des familles homoparentales, que ce soit à travers la parole de parents, d’enfants, de grands-parents ou de proches. Tous vos témoignages sont les bienvenus: blog (at) enfants-arcenciel.org

2 commentaires

Que dire après un témoignage aussi fort… Si seulement ce billet pouvait être lu par nos détracteurs et leur faire prendre conscience de la réalité de notre société, de la vie au XXIe siècle mais je crains que, malheureusement, ils soient irrécupérables…

Écrit par Alice le 18 décembre 2012 à 18:03

ce témoignage me laisse sans voix…le parcours du combattant pour les droits, c’est juste incompréhensible qu’on en est encore à douter qu’une famille homoparentale ne pourra pas élever leurs enfants aussi bien qu’une famille hétéro, je suis une femme, en couple avec une femme, on a élevé 4 enfants pendant maintenant 11 ans qu’on avait eu de nos précédents mariages, je rassure les septiques, ils vont bien, sont heureux de vivre, on attend une seule chose, qu’on puisse se marier pour avoir enfin des droits, quoi de plus normal ??…bon courage à toutes les familles identiques à la mienne

Écrit par lauren17 le 6 janvier 2013 à 21:47

Réagissez