Lettre du chanteur Baltazar au Président Hollande

baltazarLes propos de François Hollande accordant aux maires une liberté de conscience à ceux ne souhaitant pas célébrer d’union entre personnes de même sexe ont provoqué un tollé chez les LGBT. Le chanteur Baltazar, connu pour son engagement contre l’homophobie, a pris l’initiative d’écrire une lettre au Président pour exprimer son point de vue. Une lettre que TÊTU a choisi de publier en ouverture de ce nouveau blog débat.

Monsieur le Président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être…

J’ai passé mon enfance à raser les murs de l’école, pour éviter les insultes, pour éviter ceux qui me les répétaient jour après jour, mois après mois, année après année, pour éviter les enseignants, qui entendaient mais qui ne disaient rien. De l’école primaire à la terminale, j’ai enduré chaque jour le rôle du pédé qu’on singe, qu’on ridiculise, qu’on cherche à dominer, qu’on méprise. Tout le monde savait. À la honte d’être insulté par certains, s’ajoutait celle d’être celui qui ne se défend pas, celui qui ne se bat pas pour laver son « honneur » aux yeux des autres.

Pourquoi ai-je enduré tout ça ? Je me suis beaucoup posé la question. Aujourd’hui encore, je ne suis pas sûr d’avoir toutes les réponses. Mais, la première c’est certainement ma propre homophobie intériorisée. Bien sûr je n’avais pas de sexualité à l’âge où les insultes ont commencé, mais je n’étais pas un petit garçon assez viril, je n’aimais pas me battre, je préférais la complicité des filles et n’en trouvais pas, le plus souvent, avec les autres garçons. Puisqu’ils disaient que j’étais une tapette, et que je sentais bien que j’étais plus sensible qu’eux, ils devaient avoir raison. Ca doit être ça une tapette ! L’homophobie ambiante est partout, même dans la tête des homos, même quand on pense qu’on a dépassé ça.

En terminale, j’ai compris. Lorsque j’ai décidé d’assumer qui j’étais, de dire « Oui, je suis homo, et alors ? », les insultes n’avaient plus de prise sur moi, d’ailleurs progressivement elles ont disparu. Les années suivantes, j’ai vécu en protégeant cette liberté d’être moi-même comme un loup, m’imposant la transparence pour être accepté tel que j’étais. J’étais homo, ma famille, mes amis, tout le monde autour de moi le savait, l’acceptait ou passait son chemin. Pouvez-vous seulement imaginer comment vous vivriez d’avoir à lutter pour faire accepter votre hétérosexualité ?

Depuis quinze ans, je vis à Paris, je suis chanteur, j’évolue dans un milieu plutôt ouvert. Depuis dix ans, j’ai le bonheur de vivre avec un homme que j’aime et qui m’aime. Je suis un privilégié. J’ai presque l’impression d’être un citoyen comme les autres. Pourtant, depuis quelques semaines, chaque fois que j’entends les détracteurs du mariage pour tous, leur mauvaise foi, leurs arguments homophobes parfois sans qu’ils en aient conscience, chaque fois que je les entends j’ai mal. C’est comme une entaille, comme une blessure qu’on creuse. Chaque fois que je les entends, j’ai 6 ans dans la cour de l’école et j’ai mal.

Depuis des mois, des années même, au regard des avancées dans les pays voisins, j’attends l’égalité des droits dans notre pays. Depuis mai dernier, c’est un espoir, un espoir immense. Notamment, celui de voir l’état français reconnaître que je suis un citoyen comme les autres, que j’ai bien sûr les mêmes devoirs, mais aussi les mêmes droits.

Aujourd’hui, Monsieur le président, vous dites aux maires de France qu’ils ont la liberté de conscience de pouvoir déléguer les mariages qu’ils ne voudraient pas célébrer. Ce n’est plus une entaille, c’est un coup de poignard. J’avais eu la faiblesse de croire qu’à la tête de l’état, un homme avait la conviction et l’honnêteté de dire qu’il faut mettre fin à la discrimination et à l’homophobie.

Aujourd’hui, Monsieur le président, vous dites aux maires de France et à toute la France, la loi est la loi, mais si vous ne voulez pas la faire appliquer vous même, faites vous remplacer. Si demain un maire veut déléguer le mariage d’un couple noir, juif, musulman, d’un couple laid, d’un couple de gros pour soulager sa liberté de conscience, que lui direz-vous ?

Aujoud’hui, Monsieur le président, cet espoir immense est un espoir déçu, piétiné. Même si la loi passe, et j’espère bien qu’elle va passer, vous venez de dire au monde entier qu’être maire et homophobe, c’est pas si grave, que la République peut bien s’arranger avec ça. Vous êtes la voix de la France, vous devez être un exemple.

Aujourd’hui, Monsieur le président, j’ai mal.
Baltazar

Baltazar avait notamment réalisé le clip de sa chanson Les beaux jours en partenariat avec l’association SOS homophobie (voir notre article)

4 commentaires

Bravo, tu parles d’égalité !! Je suis homo de parents hétéros ! Et pourtant…

Écrit par ninodavid le 21 novembre 2012 à 19:19

enfance qui a du être un peut triste

Écrit par david le 21 novembre 2012 à 19:57

Bravo Monsieur, vous avez exprimé tout ce que je ressens actuellement.
Dans le Tétu de Décembre, Patrick Thévenin a également écrit un très bon article sur le sujet.
Si vous étiez considéré comme une “tapette” étant jeune, aujourd’hui vos “couilles” vous honorent.
Félicitations.
Mais pourquoi donc, vos propos, ceux de P. Thévenin, ceux également de Roselyne Bachelot, ne sont-ils jamais repris dans la presse non spécialisée ? Ce serait tellement utile que les hétéros moyens sachent enfin ce que sont et ce que peuvent ressentir ces “sous-citoyens” que sont les homosexuels.
En attendant, j’admire vos propos.
Dan

Écrit par Dan le 23 novembre 2012 à 12:39

Et que dirait Hollande si un maire qui est CONTRE LE MARIAGE EN GENERAL, refusait de marier un couple hétérosexuel ?

Écrit par Aronoff le 28 novembre 2012 à 11:55

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