Quand l’horizon s’éclaircit après les mois d’insultes
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Christiane Taubira défendant le projet de loi sur le mariage pour tous à l'Assemblée Nationale

“Je m’appelle Nicolas, j’ai 29 ans depuis quelques jours, et je vis à Paris. J’ai grandi en banlieue, élevé par des parents originaires du sud de la France et ayant eux-mêmes longtemps vécu au Brésil avec les leurs. Nous avions une maison, un jardin, un chien qui s’appelait Jazz et une nourrice qui s’appelait Dany, même si je doute aujourd’hui de l’orthographe exacte de son prénom. Mes parents, Votre-Dieu merci, sont hétérosexuels, ce qui semble aujourd’hui pour beaucoup la condition sine qua none pour s’unir et élever un enfant «sain». Malgré cela, pour je ne sais quelle raison que vous trouverez sans doute bien avant moi, j’ai toujours eu la certitude d’être gay, «malade» selon ces mêmes maîtres de la perfection familiale. Comme quoi.

Alors que mes amis se voyaient déjà mariés, parents, grands-parents, j’ai grandi sans schéma dans lequel me projeter. Sans projet de couple, d’enfant ou de pérennité de mon patronyme, aspirant toujours au seul accomplissement possible pour les «détraqués» de mon espèce: rencontrer quelqu’un, trouver ma place à ses côtés, en gardant à l’esprit que je devrais toujours éviter de trop en faire état, laisser passer quelques semaines avant de le dire à mes amis, quelques mois avant d’en parler à mes collègues et quelques années avant de l’avouer à mes parents.

Pourquoi cet homme me dit pédophile?
J’ai grandi en acceptant, sans même envisager de m’en plaindre, l’idée de cocher «célibataire» et «sans enfant» sur tous les formulaires que la vie voudrait bien laisser glisser sous mes doigts. Et voilà que depuis quelques mois, de nouvelles cases m’apparaissent accessibles.

Pourtant… Lire le reste de cet article »

Fille d’un couple de même sexe, je ne suis pas une demi-enfant
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Bannière brandie par les manifestants de Civitas le 18 novembre 2012 à Paris

Eileen, 16 ans, vit dans une famille homoparentale. Se sentant concernée par le débat actuel sur le mariage pour tous, elle supporte difficilement être jugée par des personnes pointant du doigt sa situation d’enfant d’homos. Très en colère par les propos tenus par les opposants au projet de loi, elle a décidé de nous faire part de son ressenti, dans un témoignage très mature.

«Le mariage pour tous et l’adoption pour les couples homosexuels, ces sujets dont tout le monde parle ces temps-ci. Tout le monde en parle, tout le monde débat, tout le monde donne son avis, vient exposer ses idées, qu’elles soient argumentées, ou non. J’en entends tellement parler, que je ne crois pas qu’il y ait un jour où je ne tombe pas sur un sujet à la télévision ou un article sur internet. Et je dois dire que cela commence à me taper sur les nerfs, que j’en ai ras le bol d’entendre des tergiversations, des faux-débats, des faux-arguments donnés par des personnes qui croient connaître le sujet, sont certains de ce qu’ils avancent et qui, parfois, ne semblent pas se rendre compte de la bêtise qui rythme leurs propos.

Je me suis beaucoup demandé s’il fallait que j’écrive quelque chose là-dessus, si je devais contribuer au débat et donner mon avis. Parce que, c’est vrai je n’ai que seize ans, après tout. Et qui écouterait, lirait ce qu’une adolescente a à dire? Mais le fait est, que je suis directement touchée par ce débat, et que celui-ci m’affecte énormément. Et à force d’en entendre parler tous les jours, de voir que ça occupe l’actualité nationale, j’ai fini par décider qu’il fallait que je fasse quelque chose, que je parle de mes sentiments à ce propos dans un texte, comme l’ont sans doute déjà fait d’autres personnes, célèbres ou non. Je n’ai pas la prétention de penser pouvoir faire changer les choses avec des mots, parce que je pense que s’il était possible de le faire, quelqu’un y serait parvenu avant moi. Je voudrais simplement faire passer un message, faire entendre la voix de ceux que l’on entend pas ou peu, et qui eux aussi ont quelque chose à dire et jouent un rôle dans cette histoire: les enfants des couples homosexuels. Ce que je suis, en quelque sorte puisque mon cas est particulier, cependant je compte aussi. Mais je ne raconterai pas ma vie, ce n’est pas mon but. Je veux seulement me faire porte-parole des oubliés de ce débat.

1D’après une récente étude, nous sommes plus de 40 000 enfants en France, à vivre ou à avoir vécu et grandi dans une famille homoparentale. C’est beaucoup, n’est-ce pas? Et c’est surprenant aussi. C’est surprenant parce que personne ne mentionne jamais ces gens, personne ne se dit jamais qu’il faudrait peut-être aller voir ce qu’ils ont à dire, ce qu’ils ressentent. Mais nous sommes là! Oui, nous existons. Et nous suivons tous ces débats, nous entendons tous vos propos, toutes vos phrases souvent blessantes et totalement fausses. Mais celles-ci sont toujours dites sans homophobie, aucune. Évidemment, qui dirait le contraire? C’est sans homophobie, sans discrimination, que l’on attaque nos familles, que l’on nous attaque, nous. Que l’on remet en cause notre construction, les murs de nos vies. Mais, bien sûr, on ne doit pas les prendre comme des attaques, ce n’en sont pas, pourquoi penser cela? Vous essayez juste de démontrer que ce que vous pensez est la vérité, que vous avez raison d’énoncer votre façon de penser et d’essayer d’y faire adhérer la population. Mais, avant de parler, avant d’oser vous forger une opinion à ce sujet, vous y êtes-vous réellement intéressé? Avez-vous lu des témoignages, regardé autour de vous, discuté avec les principaux concernés? Je suppose, sans penser me tromper, que non. En même temps, qui se soucie de savoir ce que des enfants d’homos ont à dire? On préfère parler de nous, de nos familles, de nos vies, sans même nous connaître.

Vous savez ce que nous ressentons, ce que nous pensons de tout cela? Lorsque nous vous entendons, vous politiciens et psychologues, surtout psychologues, parler de nous, comme si vous étiez dans nos têtes, logiez dans nos corps, viviez ce que nous vivons, ce sont des attaques personnelles que nous ressentons. On a l’impression que vous nous connaissez, que vous savez tout de nous. Mais de quel droit? Et puis, sur quoi vous basez-vous? Des études scientifiques? Des déductions fortement liées à vos convictions? Il faut que vous sachiez, que tout ne se résume pas à la science, que tout ne tient pas du psychologique. Il y a l’amour aussi, les liens que l’on crée avec les personnes avec qui nous vivons, que ça soit depuis la naissance, ou après des événements venus bousculer notre vie. Et ceci est vrai dans plusieurs situations, pas seulement dans celle-ci. Cependant, vous êtes bien trop imbus de votre personne, certains de vos idées, pour penser, une seule seconde, vous remettre en question. Mais croyez-moi, vous devriez fortement y songer. Lire le reste de cet article »

Construction de l’enfant en famille homoparentale: l’avis des psychanalystes

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Élodie Dussac et Laurie Carle sont deux étudiantes en Master psychologie qui ont effectué leurs recherches sur le sujets de l’homoparentalité. Estimant que les professionnels du secteurs ne sont pas assez sollicités, elles souhaitent aujourd’hui donner leur avis et ont écrit un essai, appuyé de références scientifiques et psychanalytiques dans le but de proposer des pistes de réflexions objectives.

Pour commencer, une pincée d’anthropologie…
Quand on entend dire que le mariage est une «donnée naturelle» (Vergely, philosophe et ethnologue), nous nous demandons sur quoi repose cette affirmation. Peut être pourrions nous émettre un petit bémol quant à cette idée. Le mariage, en tant que concept est universel, mais les modalités de ce dernier varient en fonction des époques, des contextes historiques et culturels (Lévi-Strauss). Dans certaines sociétés Africaines par exemple, comme les Nuer, les femmes stériles peuvent épouser une autre femme, qui elle peut avoir un enfant d’un domestique qui sera par la suite considéré comme descendant des deux épouses. Le mariage semble donc être davantage une construction qui permet la reconnaissance sociale d’une union. Dans son œuvre Les unions du même sexe dans l’Europe antique et médiévale, John Boswell livre un passionnant travail de recherche destiné à la reconnaissance officielle des unions du même sexe. Il a pu démontrer que dans l’antiquité et au début du Moyen-Âge, deux modèles comparables d’unions permanentes et exclusives étaient reconnus : le mariage hétérosexuel, pour la famille et pour la patrie, et l’union homosexuelle fondée sur la réciprocité des sentiments (Claudine Leduc 1998). Comme quoi, c’est possible…

Selon Vergely, le mariage assure la protection de la procréation. Il se réduit donc à donner la vie à partir d’un homme et d’une femme. Mais finalement, se marier, n’est-ce que procréer ? Ne pourrait-il pas aussi être la reconnaissance concrète d’un amour partagé ? En ce sens, Françoise Héritier (anthropologue), explique qu’en effet, dans la majorité des cas, les conjoints deviennent parents, mais le mariage permet aussi un épanouissement à deux n’ayant pas forcément pour but de fonder une famille. D’ailleurs, c’est de plus en plus cet aspect qui est au premier plan aujourd’hui, les personnes qui se marient ne le font pas forcément en vue de procréer mais pour «célébrer» leur amour. Dans cette optique, le mariage devrait être un droit pour tous. Les couples qu’ils soient hétéro ou homo unissent avant tout deux êtres humains.

Poursuivons avec une once de psychanalyse…
Mais avant toute «psychanalysation», il est primordial de rappeler que l’orientation sexuelle pour un homme ou une femme n’est en aucun cas pathologique dans la mesure ou celle-ci ne porte pas atteinte à autrui. Ce qui peut l’être, en revanche, c’est la manière dont l’individu vit et éprouve sa sexualité. Cette dernière étant souvent corrélée avec la société dans laquelle il évolue, au travers du fait d’être jugé, rejeté ou au contraire adulé.

L’homophobie qui éclate actuellement nous a fatalement renvoyées au texte de Freud notamment, sur la notion d’inquiétante étrangeté, et le lien qui peut être fait quant au racisme. C’est cette «particularité de l’effrayant, qui remonte au depuis longtemps connu, depuis longtemps familier». Elle concerne cette part de nous même qui devrait rester dans l’ombre, cachée mais qui ressurgit comme par effraction. Ce qui fait peur dans le «mariage gay» finalement, c’est à la fois l’inconnu et le profondément familier. En d’autres termes, chacun projette sur l’autre ce qu’il ne veut pas voir de lui-même ou ce qu’il perçoit comme dangereux ou déplaisant en lui-même (Kristeva). Lire le reste de cet article »

La présidente d’Argentine Cristina Kirchner soutient le mariage pour tous en France

KirchnerLa présidente d’Argentine Cristina Kirchner soutient dans une lettre à l’attention du gouvernement français le projet de loi sur le mariage pour tous. Cette lettre a été lue dimanche par le ministre de l’intérieur Manuel Valls, sur la scène du théâtre du Rond-Point lors de la soirée en faveur du mariage organisée par Pierre Bergé et Jean-Michel Ribes. Cristina Kirchner applique depuis sa première investiture en 2007 une politique en faveur des droits LGBT, faisant de l’Argentine le premier pays d’Amérique Latine à autoriser le mariage pour tous en juillet 2010 et le choix de l’identité de genre en mai 2012.

lettre-originale

Message de la présidente d’Argentine (Cristina F. de Kirchner)


Buenos Aires, le 25 janvier 2013

Objet : Mariage pour tous

Paris, République Française

À travers ces mots je souhaite vous accompagner en cette occasion, pour appuyer le ” mariage pour tous ” en France.

Je suis convaincue qu’en adoptant les lois sur le mariage pour tous et sur l’identité de genre, l’Argentine est devenue une société moins discriminante et plus juste. Étendre les droits c’est intégrer, c’est élargir la citoyenneté, c’est réparer les inégalités. Lire le reste de cet article »

Opposants au mariage: les 10 familles d’homophobes
Xavier Bongibault et Frigide Barjot en tête de la "Manif pour tous" le 13 janvier dernier

Xavier Bongibault et Frigide Barjot en tête de la "Manif pour tous" le 13 janvier dernier

En ce dimanche 13 janvier ont défilé dans les rues du Royaume de France un improbable cortège, composé de prélats, de politiciens réactionnaires, d’extrémistes de droite et de fanatiques religieux, accompagnés de «braves citoyens» inféodés à une vision obtuse du mariage et de la famille, tous ensemble mobilisés contre une réforme législative proposant de mettre fin à une discrimination de fait entre citoyens adultes et responsables, censés être égaux en droits. Les grands médias, qui n’ont accordé que des entrefilets à la grande manifestation du 16 décembre en faveur du mariage pour tous, ont convié avec bien plus d’attention et de complaisance celle du 13 janvier regroupant les opposants au projet de loi. La vie médiatico-démocratique est ainsi faite: les messages d’intolérance et de mépris ont toujours été plus «vendeurs» (car plus conflictuels) que ceux mettant en valeur le respect de l’autre et l’égalité. À la faveur des manifestations de rues comme des sempiternelles foires d’empoigne entre pro- et anti- sur Internet, un rapport de force s’installe, de fait, entre une «communauté de l’égalité» et une «communauté de la haine». Si ce rapport peut menacer de tourner à l’avantage de la seconde (on a déjà vu notre gauche de gouvernement reculer sur des points importants, cf. la PMA ou l’épisode désastreux de la «liberté de conscience» des maires…), ce n’est certes pas en fonction de la force intrinsèque de ses arguments. Prenez n’importe quel discours d’un opposant au mariage pour tous, il entrera (au moins) dans une des dix catégories suivantes:

- 1. Les insultes ouvertes, propos de comptoir et autres ricanements de corps de garde sur fond de clichés associés à l’homosexualité, célébrant en creux le profond satisfecit de leurs auteurs, qui se réconfortent ainsi, implicitement, de leur appartenance à une norme dominante (on a les satisfactions que l’on peut).

- 2. Les comparaisons avilissantes (le rapport homosexuel apparenté à la pédophilie ou la zoophilie par exemple) qui, associées aux prospectives dégradantes sur les effets d’une évolution législative vers le mariage entre personnes de même sexe («et si demain j’ai envie de me marier avec mon téléphone?», etc.), en disent beaucoup plus long, hélas, sur l’univers psycho-sexuel propre à leurs auteurs (cette incapacité apparente à saisir le concept d’une relation affective entre adultes consentants est le signe d’une immaturité sexuelle inquiétante, au fond) que sur les conséquences effectives qu’entraînerait une telle évolution sur les mœurs contemporaines.

1- 3. La hiérarchisation décomplexée des identités sexuelles, associée à l’emphase millénariste de la menace du «chaos» civilisationnel («à quand la légalisation de l’inceste ou de la polygamie?»): au nom de visions simplistes et délirantes de l’histoire de notre «civilisation» et de son possible effondrement, plusieurs députés FN et UMP ont, par exemple, fait publiquement mention d’une supposée infériorité morale de l’homosexualité sur l’hétérosexualité. (Ce n’est évidemment pas le seul domaine, aujourd’hui, où la parenté idéologique entre ces deux partis apparaît clairement.)

- 4. La convocation rassurante de la «tradition», grand classique du conservatisme, doublée de la référence désespérée à une supposée «essence» de la famille («un papa et une maman»), que tout contredit par ailleurs: l’anthropologie historique des structures de parenté, l’observation sociologique des évolutions contemporaines de la famille (divorces, systèmes monoparentaux), etc. Lire le reste de cet article »

Moi lesbienne, j’ai affronté le cortège de la «manif pour tous»

manifpourtousIrina est allée voir de plus prêt à quoi ressemblait la «manif pour tous» du 13 janvier dernier. Avec pour motivation un mélange de colère et de curiosité, elle subit très vite regards de défiance et agressivité passive mais tente malgré tout le dialogue pour comprendre ce qui peut motiver une telle violence. Elle a souhaité nous faire part de son ressenti dans un témoignage de révolte face aux démonstrations de haine.

“En ce dimanche de Janvier, je me réveille à quatorze heures trente avec un drôle de bourdonnement dans les oreilles. Serait-ce l’alcool bu la veille qui vivrait mal sa stagnation dans mes veines ? En ouvrant les yeux je réalise qu’il s’agit de cris, de «boom boom», de sifflets, en gros d’une manif qui passerait presque dans ma rue. Le combien sommes nous? Le 13, les anti-mariage (pour tous) manifestent, et ils sont suffisamment gênés par nous autres «polygames» et «violeurs d’enfants» pour venir me réveiller jusque dans mon lit.

Je jette un œil sur mon portable qui vient de sonner, ma voisine est énervée, ils l’ont réveillée elle aussi. Dans les deux secondes qui suivent je lis successivement un texto d’une amie qui râle également contre le bruit dans son quartier, et un pseudo Facebook d’une connaissance qui affirme que surtout il ne faut pas aller casser de l’homophobe sinon on aurait le mauvais rôle. Là ç’en est trop mon seuil de tolérance est franchi, je ne peux pas à la fois ignorer le bruit, l’écran d’ordinateur et le portable. Je fais le café et saute sous la douche, j’enfile un tee-shirt provoc’ «GAY OK» que je m’empresse de recouvrir d’un pull puis d’un manteau. Sous le couvert du froid je resterai intelligente, je n’ai pas envie de me faire fracasser à peine réveillée, et finalement, peut-être pas besoin de me faire fracasser tout court.

«T’es une gouine toi, t’as rien à foutre là» Lire le reste de cet article »

Rétro: comment l’Espagne a imposé son mariage pour tous
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Marche des fiertés 2012 à Madrid

En Espagne, la loi 13/2012 qui modifie le Code Civil en matière de droit au mariage permet aujourd’hui à tous les citoyens et citoyennes d’avoir accès à cette institution. Que les conjoints soient de même sexe ou de sexes différents, le mariage est le même pour tous et la loi n’est plus réservée uniquement à une partie de la société. Nous avons aujourd’hui une loi d’égalité, au sens authentique du terme. Le mariage pour tous (ou «mariage égalitaire») fut le résultat d’une longue lutte menée par l’une des organisations les plus actives ces trentes dernières années: le mouvement LGBT, dirigé par la Fédération Nationale des Lesbiennes, Gais, Transsexuelles et Bisexuelles, FELGBT.

Ce long chemin a amené à un certain progrès de la société espagnole sur sa perception de l’homosexualité et sur l’intégration des différents modes de vie en son sein. La loi passée en 2005 assure ainsi la reconnaissance des couples homosexuels, de même qu’une croissante acceptation sociale de ceux-ci. Les statistiques fournissent des données claires sur la perception des Espagnols sur la question homosexuelle ces trente dernières années. En 1975, année de la mort du dictateur Franco, 83% de la population affirmait que l’homosexualité devait disparaître. Un peu plus de dix ans plus tard, en 1988, 50% des citoyens voyaient l’homosexualité comme une chose condamnable. En 1997, 57% des espagnols pensaient que les couples homosexuelles devaient avoir les mêmes droits et devoirs que les couples mariés. Finalement, en 2005, 70% de la population se montrait favorable au mariage pour tous. Sur une période de 30 ans, on est donc passé en Espagne d’une condamnation sans appel de l’homosexualité par une grande majorité de la population à une claire acceptation de l’idée qu’un couple homosexuel puisse accéder au mariage sur les mêmes conditions d’égalité que les hétérosexuels.

Boti-G.Rodrigo,-Presidente-de-la-FELGTBPour comprendre la naissance de ce projet de loi il est important de rappeler l’histoire de la mouvance LGBT dans le pays. En 1977 les premières élections démocratiques ont lieu, mais il n’existe pas encore d’organisation gay légale. Un premier mouvement – initialement seulement gay – se forme dans la clandestinité, au début à Barcelone, puis très vite à Madrid, ayant pour objectif fondamental la dépénalisation de l’homosexualité et la légalisation des associations homosexuelles. Il faudra attendre 1980 pour que s’obtienne une reconnaissance légale des organisations et associations homosexuelles, ce sera alors une première victoire pour le mouvement LGBT espagnol. Lire le reste de cet article »

Mariage pour tous: une question de droits fondamentaux

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Janvier 2013, un constat s’impose: nous n’avons peut-être pas eu la fin du monde, mais nous l’avons, ce débat, cher à l’Église notamment, qu’elle a vertement réclamé depuis le 15 août dernier. En effet, sur la question du «mariage pour tous», débat il y a. Dans les journaux, à la télévision, sur le pavé, de-ci, de-là, à tort et à raison. Et l’on sent parfois une étrange odeur, assez nauséabonde du reste…

Pour sûr, les tenants de ce débat, très conscients pourtant de leur liberté (fondamentale) d’expression, ne connaissent pas la dureté des luttes pour l’égalité, ni la profonde colère de celles des populations dont les droits fondamentaux sont niés. Au nom du débat démocratique, ils espèrent avoir le temps de réfléchir si, finalement, dans leur royale bonté, ils accepteront de les leur octroyer. Un petit séjour dans la peau d’un esclave américain des années 1850, sur la liberté duquel la Cour Suprême faisait primer le droit de propriété de l’humble citoyen à qui il appartenait (1), leur permettrait sûrement de gagner en lucidité. Accepteraient-ils si volontairement de laisser le bon peuple débattre de leurs droits fondamentaux?

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Rassurons-les: les démocraties occidentales contemporaines ne permettent plus à quiconque de nier les droits fondamentaux. Et oui… Car la voici, la si terrifiante, et non moins rassurante, information de ce billet: à l’heure actuelle, la démocratie ne signifie plus que le peuple est absolument souverain. Elle n’est plus fonction du seul suffrage universel. Elle est tenue, définie et garantie par ces droits fondamentaux, ces valeurs qui transcendent le vote des citoyens, autant qu’elles s’imposent à lui. Que sont-ils? Pour faire court, ils sont consacrés dans notre Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen (DDHC) de 1789, que votre professeur d’histoire vous aura sans grande conviction fait lire dans vos jeunes années collégiennes. Mais ça, c’est vraiment pour faire court.

Non sans déception, il faut l’admettre: ce n’est pas à la France que la démocratie doit d’avoir été renforcée. Elle n’avait en effet jamais été qu’esclavagiste et collabo, rien de très catalysant donc. En revanche, en 1933, l’Allemagne a réussi le pari inouï de mettre en place démocratiquement le régime génocidaire le plus mécanisé de l’Histoire humaine. De quoi, au sortir de la Seconde (par souci d’optimisme) Guerre Mondiale, repenser très profondément le système démocratique tel qu’il était jusqu’alors conçu.

1La conclusion primordiale, glorieusement appliquée dans la Grundgesetz allemande de 1949, a été que le pouvoir donné au peuple ne peut être totalement délié. Le peuple doit être tenu par des obligations intangibles, que notre Assemblée Nationale de 1789 a qualifiées de droits naturels et sacrés. Ainsi la loi ne peut-elle tout décider. Elle n’est qu’une norme inférieure, soumise aux droits et libertés que consacre la Constitution de l’Etat, quand ce ne sont pas les traités internationaux. A ces droits, comme en Allemagne, doit être adossé un puissant juge de la constitutionnalité de la loi. Nos amis d’outre-Rhin possèdent le très écouté Tribunal Fédéral constitutionnel de Karlsruhe, là où nous revendiquons un apathique conseil, 2-en-un constitutionnel, un peu juridiction, un peu retraite pour présidents en mal de traitement (2).

Il faut donc s’y résoudre: aujourd’hui la loi peut être censurée par le juge constitutionnel au motif qu’elle est contraire aux droits et libertés que garantit notre Constitution. Elle peut aussi l’être par le juge ordinaire, sur la base des textes internationaux. Mais, quoique les textes se répondent et que les juges s’interpellent, réservons-nous pour la seule Constitution. Il y a déjà fort à faire.

Le lecteur aura, à ce stade, saisi le sens du propos de ce billet: la question du mariage pour tous est plus affaire de droits fondamentaux que de loi. Le mariage pour tous est donc tout, sauf une réforme d’opinion. Il est un impératif démocratique.

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«Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit» (3).

2

Cet axiome, qui constitue la clé de voûte du mythe républicain, a rayonné au-delà de nos frontières, trouvant aujourd’hui écho dans les textes internationaux (4). Car l’égalité, avant tout autre acception, c’est d’abord cela: l’égalité en droit. Elle implique que tous les citoyens bénéficient, sans distinction, ou alors juste celles fondées sur l’ «utilité commune», des mêmes droits fondamentaux, et, particulièrement, pour ce qui nous intéresse directement, de la même liberté.

L’exercice, par chacun, de sa liberté peut certes être aménagée, parce qu’il ne doit jamais nuire à autrui (5), mais l’existence même de cette liberté ne doit en aucun cas pouvoir être remise en cause, sauf à nier l’humanité de certains des citoyens – puisque l’Homme naît égal.

Gageons, sans l’ombre d’une hésitation, que le Conseil constitutionnel, saisi d’un tel moyen, tout pétri qu’il est de la théorie de l’effet utile, mais jalousant surtout l’enthousiasme interprétatifs des cours européennes, donnera toute son ampleur à l’égalité en droit (ou pas…).

Quant à la liberté… La liberté, en tant que droit fondamental, est protéiforme, tantôt comprise lato sensu (6), tantôt entendue dans l’une de ses dimensions, parmi lesquelles compte la liberté d’expression, ou encore la «liberté du mariage» (7) – plus explicitement, par souci d’effet utile, la liberté de se marier avec le partenaire de son choix (8).

3

«De son choix?? Diantre!!», piaffera d’effroi le jusqu’au-bout(in)iste, «Mais la théorie des droits fondamentaux est donc une porte ouverte à l’inceste, la bigamie, et la zoophilie!». Qu’il se rassure, cependant: il est déjà admis que si les lois peuvent réglementer la liberté de se marier en prévoyant des «dispositions de fond reposant sur des considérations généralement reconnues d’intérêt public, en particulier en matière de capacité, de consentement, de degrés de parenté ou de prévention de la bigamie» (9) , elles ne peuvent, en revanche, à lire toujours la Cour Européenne des Droits de l’Homme, «autrement priver une personne ou une catégorie de personnes jouissant de la capacité juridique d’exercer leur droit au mariage avec le ou la partenaire de leur choix» (10). Pas toujours avares de contradictions, les juges de Strasbourg n’ont cependant jamais consacré un droit au mariage pour les couples homosexuels (11).

«And so what? Au diable la Cour Européenne! En France, la loi peut faire des distinctions à raison de l’identité de sexe!», s’étranglera un terne ami du jusqu’au-bout(in)iste qui passait par là, «Le Conseil constitutionnel a jugé le 28 janvier 2011 que le code civil, en l’état, ne se heurtait pas au principe d’égalité. Et toc». «Frêle esquisse que ce radeau noyé dans les eaux sombres du droit constitutionnel» penserai-je alors. Le Conseil constitutionnel s’est en effet prononcé sur la compatibilité du code civil avec l’article 6 de la DDHC, qui consacre l’égalité devant la loi, et non avec l’article 1er précité de celle-ci, qui consacre l’égalité en droit.

L’égalité en droit ne doit en effet pas, à mon sens, être confondue avec l’égalité devant la loi, interprétation que le juge constitutionnel n’a, du reste, sauf erreur, jamais expressément rejetée (12). Lire le reste de cet article »

Lesbienne et parent: son parcours et ses embûches

enfants-d'arc-en-celJe vous parlerai d’Elle…

1999, l’homophobie et la haine se déchaînent dans le cadre des débats sur le PACS…

Elle a fait son coming-out et la passion lui a brûlé les ailes.

Elle va déposer un dernier baiser sur le front de ses neveux avant de mettre fin à ses jours.

Elle avale médicaments et alcool et ses yeux se ferment sur ces mots “Je n’verrai plus comme j’ai mal…”

Oui l’homophobie tue… en France aussi.

Dans l’ambulance, elle voit le visage de celui aux côtés duquel elle essaye depuis plusieurs mois de se convaincre qu’elle peut rentrer dans la norme, celle brandie par les homophobes, celle d’un couple supérieur aux autres…

Aux urgences, le premier visage qu’elle reconnait est celui de son frère, qui lorsqu’elle lui a annoncé son homosexualité, lui a répondu que ce qui l’inquiétait c’était l’homophobie qu’elle aurait à subir.

Ensuite, elle rencontre à plusieurs reprises un psychiatre qui à chaque consultation la reçoit dans une pièce quasi vide : un bureau, deux chaises et un grand miroir. Ce praticien tente de lui faire comprendre que son reflet est celui d’une femme et qu’elle ne peut donc construire sa vie qu’avec un homme, que son homosexualité n’est qu’un passage…

L’introspection comme outil, elle chemine au fil de ces rendez-vous et comprend que l’on ne choisit pas l’homosexualité, on choisit de vivre et de se donner la possibilité de tenter d’être heureux.

Un jour elle décide de ne plus aller à ces rendez-vous, depuis elle porte sa différence sur la peau…

La différence devient un emblème, elle n’a pas lieu de l’être et pourtant, quand les autres vous assènent la honte, elle peut le devenir… La fierté devient indispensable pour contrer la haine…

Elle rencontre une femme, la femme de sa vie. Celle auprès de laquelle elle va vivre les plus beaux comme les pires moments.

Elle construit sa vie entourée de sa famille qui l’a toujours soutenue. Lire le reste de cet article »

Billet d’humeur de deux enfants d’homos

touche-pas-à-ma-mèreEn tant qu’enfants d’une mère homosexuelle et en réponse à tous ceux qui prennent la parole à notre place, nous demandons aujourd’hui à être entendus.

L’argument de la place de l’enfant semble être la principale raison du refus de l’ouverture au mariage pour tous.

Il est judicieux de se questionner sur la véracité de cet argument. Un enfant peut-il être éduqué correctement, avoir des principes et des valeurs justes et surtout peut-il être psychologiquement équilibré s’il ne grandit pas dans un modèle parental, dit classique, avec un père et une mère?

Cet argument, imparable pour les opposants au mariage homosexuel, n’est-il pas hypocrite et ne cache-t-il pas une forme d’homophobie?

Il n’est pas commode de s’assumer homophobe, c’est se révéler sectaire et non républicain. Utilisons donc ce que nous avons de plus cher pour justifier l’intolérance.

Il est sain de s’interroger et de soulever le problème de l’enfant. Ce qui est moins compréhensible est son silence et la place qu’on lui laisse dans le débat.

Il existe pourtant des personnes élevées par des couples homosexuels, enfants adoptés ou conçus au sein des ces couples, enfants de parents divorcés dont le père ou la mère est homo. Nous sommes là! Nous savons nous exprimer, nous pouvons partager notre expérience. nous avons notre propre avis.

Pourquoi ne nous entend donc pas? Pourquoi aucun acteur du débat (ou si peu) nous présente? Pourquoi quasiment aucun média n’a eu l’idée d’aller à notre rencontre? Sommes-nous placés hors du dialogue volontairement? Peut-être pourrions-nous montrer un visage heureux et sain? Ou peut-être sommes-nous instables et remplis de complexes?

Nous sommes un frère et une sœur, éduqués par une mère homosexuelle. Nous avons vécu avec un couple de femmes une grande partie de notre enfance et toute notre adolescence. Nos propres enfants grandiront avec un exemple de couple homosexuel dans la famille.

Nous n’avons aucune prétention à dire ce qui est bien ou non. Nous souhaitons juste faire savoir que l’utilisation de l’argument de l’enfant n’est pas recevable s’il est avancé par des personnes n’ayant pas eu cette expérience. Qui sont ces gens qui parlent à notre place? Qui nous représente réellement? Les pères de l’Église Catholique ? M. Copé ou M. Fillon? L’anonyme qui a un ami qui a un ami homosexuel? Les personnalités de gauche qui nous voient comme des électeurs potentiels?

Nous souhaitons faire entendre notre voix car nous nous sentons insultés, stigmatisés et marginalisés. Lire le reste de cet article »