
En 1990, Paris is Burning de Jennie Livingston sort sur les écrans américains. Le documentaire retrace la vie de plusieurs personnalités du monde des “Balls”, lieux où des Drag Queens concourent pour des prix de beauté, de 1987 à 1989 à New-York.
Comment survivre dans cette Amérique des années 80 obnubilée par la richesse, la gloire et le culte de la beauté quand on est un homme noir ou latino, gay, pauvre, et souvent sans domicile fixe ? Cette question est clairement posée au début du film. Les Drag Queens sont souvent associées à la fête et au divertissement. Mais au-delà de la légèreté, le documentaire dépeint les stratégies de survie de ces hommes en marge de la société américaine. Les Drag Queens du documentaire se regroupent en House, traduction du mot Maison utilisé par les marques de Haute-Couture. La House sert souvent de refuge pour des jeunes gays chassés de chez eux et forcés de vivre dans les rues inhospitalières de New-York. En 2012, une grande partie des adolescents SDF des grandes villes américaines sont homosexuels. Chassés de chez eux, ils doivent survivre dans la rue. Les questions posées par ce documentaire restent malheureusement toujours d’actualité.
Documentaire aigre-doux, Paris is Burning se conclut par l’ascension de Willi Ninja, chorégraphe issu du monde des Balls qui devient célèbre grâce au Voguing, une danse immortalisée par Madonna dans son clip Vogue et par l’annonce de la mort de Venus Xtravanganza.

Venus Xtravaganza
Venus était un jeune homosexuel qui se prostituait afin de payer son opération de réattibution sexuelle. Recueilli par Angie Xtravaganza, la Drag Mother de la House of Xtravangaza, Venus raconte dans le documentaire son désir de partir loin de New-York et de commencer une nouvelle vie en tant que femme. On le retrouva étranglé dans un hôtel en 1988, le documentaire était toujours en cours de tournage.
Trois ans après la sortie du documentaire le New-York Times publiait un article intitulé Paris has burned (Paris a brûlé). L’auteur de l’article annonçait la mort d‘Angie Xtravaganza, la Drag Mother de Vénus, atteinte du SIDA. Plusieurs participants du documentaire étaient déjà morts du SIDA ou étaient condamnés. En outre, le mouvement Drag-Queen commençait à devenir très populaire avec l’arrivée de personnalités comme RuPaul. Les Balls n’étaient plus les lieux exclusifs de la culture Drag, ils devenaient obsolètes. Les Drag Queens étaient devenues mainstream, les Balls étaient voués à disparaitre.

Dorian Corey
L’hécatombe se poursuivit parmi les participants du documentaire. Dorian Corey, atteint du SIDA, mourut également en 1993. Et dans un rebondissement digne d’un film hollywoodien, on découvrit un cadavre vieux de 20 ans dissimulé dans son appartement (l’article en anglais). Pepper Labeija, Willi Ninja et Octavia St. Laurent étaient également atteints du SIDA. Ils moururent respectivement en 2003, 2006 et 2009. Paris avait brulé.
Pourtant, contrairement à ce qu’avait annoncé le New York Times, les Balls ne disparurent pas complètement. Le mouvement fut repris dans d’autres villes des USA et des Houses furent créés au quatre coins du pays. Paris renaissait.
Demain, lundi 22 octobre, RuPaul lancera la 5eme saison de son populaire Drag Race. Une émission de télé-réalité où s’affrontent douze Drag-queens qui veulent obtenir le titre de “Next Drag Superstar”. Certaines de ces Drag-Queens viennent directement du monde des Balls, appartiennent à des Houses et ont des Drag Mothers. Plus de 20 ans après Paris is Burning, les expressions et les pratiques issus des Balls sont toujours présentes dans la culture gay américaine. Récemment, les Scissor Sisters ont remis au goût du jour le “Kiki“. Les candidats de Drag Race travaillent leur “realness” (mimer parfaitement), s’essayent souvent au “reading” (dire des méchancetés sur ses adversaires) ou encore s’envoient des “shades” (un regard de mépris). Ces expressions ont été popularisées par Paris is Burning.

RuPaul Drag Race
La plupart des participants de Paris is Burning n’ont pas connu la fortune inhérente aux maisons de Haute-Couture qu’ils mimaient dans les Balls. Pourtant, ils ont laissé une trace. Lors de l’enterrement d’Angie Xtravaganza, un homme cria:”Ne l’oubliez pas! Nous sommes des légendes.” Il avait raison. Le feu de Paris brûle encore et la culture gay risque d’inspirer encore longtemps.
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