Aujourd’hui en France, plusieurs millions de nos concitoyens n’ont pas le droit de se marier. Les couples homosexuels vivent dans notre pays avec le sentiment que leur amour n’est pas reconnu à l’égal de celui des autres couples puisqu’il ne leur permet pas de sceller leur union comme les autres, à la mairie, en bénéficiant d’un mariage à la fois public, engageant et protecteur.
Comment supporter plus longtemps cette discrimination, cette injustice et cette humiliation qui en font des citoyens de seconde zone ? Cette différence de traitement à l’encontre des couples homosexuels les infériorise et les stigmatise tout en introduisant l’idée que l’amour d’un couple homosexuel est moins digne de considération et de protection que celui d’un couple hétérosexuel. Elle permet de justifier des comportements homophobes qui dégénèrent souvent en agressions physiques, verbales ou sociales.
L’ouverture du mariage civil aux couples gays et lesbiens est devenue une réalité au Canada, en Afrique du Sud, en Argentine et plus près de nous dans de nombreux pays européens, de l’Espagne à la Suède en passant par la Belgique, sans que cela ne déstabilise ces sociétés et sans que cela n’enlève quoi que ce soit aux couples hétéros mariés. Pourquoi la France, Patrie des Droits de l’Homme, ferait-elle moins bien que ces pays ? De quoi aurions-nous peur ?
Les élus auraient-ils peur de leurs électeurs ? 58 % des Français et 74 % des moins de 35 ans sont favorables à l’ouverture du mariage (Source : enquête TNS Sofres du 26 janvier 2011).
Des considérations religieuses pèseraient-elles sur une initiative politique ? Nous ne pouvons imaginer que des groupes de pression religieux puissent influencer les élus de la Nation afin de les inciter à imposer à l’ensemble de la population les dogmes qui relèvent de convictions personnelles et qui ne peuvent être opposables à une réalité sociale. Ce serait là bien étranger à notre conception républicaine de la laïcité qui a été réaffirmée à plusieurs reprises ces derniers temps.
Alors que l’ouverture du mariage civil était déjà dans le programme de la candidate socialiste en 2007 et que la mise en œuvre d’une union civile pour tous, équivalente en droits et en devoirs avec le mariage, avait été proposée par l’actuel Président de la République dans son projet présidentiel de 2007, il ne s’est depuis strictement rien passé. On voudrait nous faire croire que le débat doit encore être reporté à de futures échéances électorales. Ce n’est pas admissible et ce n‘est pas digne. Ni le Président de la République pourtant remarié en 2008, ni son Premier ministre qui se rend régulièrement au Vatican depuis 2007 n’ont voulu considérer cette question comme prioritaire alors même que le Parlement Européen ne cesse de recommander cette évolution depuis 1994.
Dans sa décision rendue le 28 janvier dernier, le Conseil Constitutionnel a estimé que la Constitution n’imposait pas d’ouvrir le mariage à tous les couples mais qu’elle ne l’interdisait pas non plus. Les Sages de la rue de Montpensier ont estimé que l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe est une question qui relève de la compétence du législateur. Au travers de la proposition de loi déposée par le Groupe SRC et qui sera inscrite à l’ordre du jour de la séance du 9 juin prochain, ce sera donc à l’Assemblée Nationale de prendre ses responsabilités pour trancher un débat qui n’a plus lieu d’être et qui consiste essentiellement à jeter l’opprobre sur une partie des citoyens français sous prétexte de considérations déplacées sur la stabilité des couples (sic) ou sur l’intérêt des enfants.
Les couples homosexuels ne sont ni plus ni moins stables que les couples hétérosexuels. L’accès au mariage ne fera d’ailleurs  que renforcer cette stabilité.
Certains instrumentalisent l’intérêt de l’enfant pour retarder l’ouverture du mariage. Dans notre pays, près d’un enfant sur deux naît hors mariage. Les couples hétéros ont volontiers des enfants hors mariage et les couples homos ont de plus en plus d’enfants (près de 200 000 aujourd’hui) sans pour autant avoir accès au mariage. Aussi, prétendre interdire l’ouverture du mariage civil au motif que cela ouvrirait la porte de l’adoption est franchement dilatoire. Les familles homoparentales et leurs enfants existent déjà . Ces familles ne demandent simplement qu’à être pleinement reconnues et respectées comme toutes les autres familles.
L’amour homosexuel ne doit plus être un enjeu électoral. C’est une réalité humaine, naturelle et sociale. Dès lors que l’on reconnaît que l’amour homosexuel n’est pas inférieur à l’amour hétérosexuel, que tous nos concitoyens sont égaux en droits et en devoirs et que le mariage est le cadre privilégié dans lequel il est possible de se projeter à deux dans un engagement à vie, pourquoi ne le réserver qu’à une partie de la population ?
Mesdames et Messieurs les Députés, l’égalité en droits mais aussi en devoirs n’est pas l’unique fondement de l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe. Cette ouverture sera aussi le symbole, tant attendu, de la dignité que vous voudrez bien reconnaître à chacun de nos concitoyens.
Mesdames et Messieurs les Députés, dès le 9 juin prochain vous avez le pouvoir d’ouvrir le mariage civil à tous les couples. Pour cela, comme lorsqu’il s’est agi de voter la loi Veil, il vous faudra vous affranchir des clivages partisans. Pour cela, il vous faudra vous inspirer uniquement de l’une des valeurs fondamentales de notre République : l’Egalité.
- Par Stéphane Dassé |
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4 commentaires
Dire que l’absence de mariage d’un couple de même sexe engendre des agressions envers les homosexuels est absurde. Les gens ont leurs propres idées et n’attendent pas que le code civil leur dicte ce qu’ils doivent penser.
En revanche, ces agressions ne sont pas la conséquence d’une homophobie mais bien d’un laxisme policier envers les présumées victimes qui s’approprient des lieux publics afin de se livrer à des exhibitions sexuelles interdites par la loi. Si ce problème avait été réglé, l’exaspération des passants sur la voie publique ne dégénèreraient pas en altercations avec ces hommes qui confondent bois, avenues, coins reclus et isolés avec lieux de rencontres. Les présumées victimes sont en réalité des délinquants impunis.
Heureux de voir que vous avez tourné la page du contrat d’union civil resté dans les petits papiers de Sarkozy. Ce projet communautariste est mort et enterré et je préfère attendre plus longtemps une égalité qui s’inscrira parfaitement dans le (prétendu) idéal républicain.
@babeil : et les femmes violées le sont parce qu’elles portent des jupes trop courtes et sont donc responsables de leurs viols ?
Ce sont surtout vos idées et vos réflexions qui me semblent bien courtes.
A titre de contre-exemple, il existe des lieux de rencontre extérieur plus que centenaires un peu partout en Europe (de l’Angleterre à l’Italie en passant par la France et la Suisse). Pour la majorité d’entre-eux la police est effectivement au courant. Dans certains cas la police réprime et tente de les faire disparaître (ce qui va généralement de paire avec une législation loin de l’égalité juridique pour les homos) dans d’autres cas elle laisse faire selon certaines conditions ce qui est légitime (ce qui va de paire avec une législation plus équitable vis-à -vis des homo). Dans le 1er cas, les agressions sont plus nombreuses que dans le 2nd.
Tout cela pour dire que votre argumentation est largement contre-dite par la réalité des faits.
Je ne m’étalerais pas sur l’aspect immorale de la culpabilisation des victimes de crimes et délits qui relève du dénis de justice et remet en cause les fondements de la vie en société.
PS. D’aucun demandent la censure pure et simple de tels postes. Pour ma part je préfère les laisser dire et en profiter pour les contre-dire. La censure poserait les auteurs en victimes et l’absence de réponse argumentée pourrait laisser entendre que le propos étaient peut-être justes mais qu’ils ne plaisaient pas à une minorité lobbyiste comploteuse… vous connaissez la suite.
@ Tazman,
Les femmes aux jupes courtes ne sont pas en infraction avec la loi. Elles sont victimes des pensées obscènes et perverses des hommes et n’ont absolument rien à voir avec ceux qui prennent les lieux publics pour des baisodromes. L’état n’a pas à réserver parcs, jardins, ruelles à des activités pratiquées généralement dans des chambres de motel. C’est tout de même avec nos impôts que les pouvoirs publics financent le nettoyage de sperme, urine, préservatifs et seringues étalés sur les pelouses au mépris des risques encourus par ceux qui pourraient circuler dans le coin le lendemain matin.
Nous exigeons la propreté, et voir des hommes pantalons aux chevilles se palucher, essuyer leur engin avec des mouchoirs puis les jeter par terre, après cela s’entendre dire que toute personne mécontente n’a qu’à circuler comme s’il s’agissait de zones de non droit qui nous seraient naturellement interdits met n’importe quel individu parfaitement équilibré hors de lui. J’ai moi même été témoin de ce genre de choses, donc je sais de quoi je parle. Que des guides gays indiquent des endroits précis réunissant régulièrement à certaines heures des habitués ne fait pas office de loi. Nous sommes en démocratie. Joggeuses et familles avec enfants n’ont pas à s’abstenir d’aller où bon leur semble, c’est à dire n’importe où sur le territoire français tant qu’il ne s’agit pas de propriété privée, sous prétexte que vous avez envie d’organiser des orgies en plein air. Légalement, les lieux publics de rencontre ne sont pas reconnus en tant que tels. La police ferme les yeux, vous privilégie mais la réaction violente de ceux qui vous surprennent en pleine action est tout à fait compréhensible. C’est une réaction de légitime défense. Vos propos me font penser à ces manifestants qui montrent leur fesse, cassent des vitrines puis s’étonnent que la police les débarque brutalement.
Si des gays en plus de se mettre délibérément hors la loi envoient balader ceux qui leur demandent de se rhabiller, les hétérosexuels deviennent bien les victimes agressées par ces gays quand cela tourne à la bagarre et non l’inverse. Il n’y a rien de comparable à des femmes faisant usage de leur liberté de se vêtir en jupe courte ou longue.