« Il faut cliver ! ». Cette phrase, entendue maintes fois lors la campagne présidentielle de 2007, vient de nouveau de tomber, cette fois tel un couperet, sur les espoirs d’égalité et de dignité des homosexuels.
En affirmant sans nuance son hostilité à l’ouverture du mariage civil aux couples de même sexe et en ajoutant « En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale essentielle qu’est le mariage », le Président de la République ne mesure sans doute pas encore les dégâts de cette position.
Durant la campagne de 2007, Nicolas Sarkozy représentait un immense espoir de modernité et de volontarisme pour sortir la France de la sclérose qui la gagnait. A la fois comme Président de GayLib de 2002 à 2008, mais aussi comme militant et Conseiller exécutif de l’UMP, j’ai participé avec enthousiasme à cette campagne.
En 2007, la plateforme législative de l’UMP ainsi que le projet présidentiel contenaient deux engagements, certes insuffisants pour les LGBT, mais qui permettaient néanmoins d’aller de l’avant : le statut du beau-parent (reconnaissance explicite des familles homoparentales) ainsi que l’Union civile. Avec d’autres, j’ai été l’artisan de ces propositions.
A l’époque, l’Union devait être ouverte aux couples homos mais aussi hétéros. Elle ne faisait donc pas l’objet d’une suspicion d’inconstitutionnalité comme l’affirme aujourd’hui Nicolas Sarkozy dans son interview du 11 février dernier au Figaro Magazine. En fait, l’Union s’inscrivait dans une stratégie claire : mettre en place un dispositif quasi-similaire au mariage civil afin d’habituer les esprits, notamment dans notre majorité parlementaire, tout en évitant un affrontement trop direct sur la portée symbolique du terme « mariage ». L’évolution vers le mariage civil aurait ensuite été naturelle.
Cinq ans plus tard, après François Fillon qui affirmait la semaine dernière sur France 2 son hostilité à l’ouverture du mariage civil au motif que celui-ci serait uniquement destiné à « sécuriser les enfants » (?!?!), Nicolas Sarkozy indique clairement et sans nuance son refus de l’ouverture du mariage civil.
Roselyne Bachelot m’avait dit une fois : « il faut se méfier, nous ne sommes pas à l’abri d’une régression sur les avancées que l’on croit acquises, il n’existe pas d’effet cliquet ». Je crains qu’elle n’ait raison. Quelle régression au regard de l’esprit de 2007 !
Que s’est-il passé ?
Alors que l’on pouvait croire que le fait de s’être marié à trois reprises était de nature à inciter Nicolas Sarkozy à « désacraliser » cette institution sociale, c’est précisément le contraire qui s’est produit. Sans doute faut-il y voir en premier lieu l’expression d’un complexe vis-à -vis de l’Eglise Catholique qui conduit l’intéressé à en faire parfois un peu trop.
Ensuite, il y a eu la prise d’otage de ma famille politique par les éléments les plus conservateurs. Parlementaires proches de l’Opus Dei (qui ne parlent de respect de la laïcité que dès lors qu’il s’agit d’Islam), Droite Populaire, influence de Patrick Buisson… Toutes ces personnes ont érigé en dogme intangible le fait que Nicolas Sarkozy ne trouverait son salut que dans une campagne très marquée à droite. C’est ignorer là le fait que les électeurs du FN ne tomberont pas dans le panneau une nouvelle fois et que notre problème tient peut-être plus spécifiquement à notre candidat.

Dans ce contexte, mépriser les lesbiennes et les gays, en leur refusant l’accès à ce symbole d’égalité que constitue le mariage civil ainsi que la reconnaissance de leurs enfants et de leurs familles participe à une stratégie d’ensemble. Elle a pour conséquence navrante ces propos invraisemblables et choquants qui estiment que les couples homos une fois mariés menaceraient la sécurité des enfants ou bien que l’ouverture du mariage bouleverserait les repères de notre société.
Le temps n’est plus aujourd’hui à l’explication et à la pédagogie. Je m’y suis épuisé durant des années en pensant pouvoir faire avancer sur ces sujets ma famille politique de l’intérieur.
Alors que plusieurs parlementaires et ministres au sein de l’UMP ont manifesté leur soutien à l’ouverture du mariage, y compris Alain Juppé dont je regrette qu’il ne soit notre candidat ou encore Jean-Louis Borloo pour le Parti Radical, ce mouvement n’est pas entendu par Nicolas Sarkozy. Quel gâchis !
D’un immense espoir de modernité et de réforme en 2007, nous sommes désormais passés à un discours qui par bien des aspects rejette ou stigmatise celles et ceux qui ne sont pas strictement dans la norme qu’il s’agisse de chômeurs, d’étrangers ou encore de gays et de lesbiennes. Ce n’est pas l’idée que je me fais de l’avenir de mon pays qui est bien plus fort que ce triste discours. Quelle déception !
Aujourd’hui, après ces déclarations du Premier ministre et du Président de la République, les masques de l’hypocrisie et de l’invitation à la patience sont froidement tombés.
Par leurs propos, François Fillon comme Nicolas Sarkozy nous font comprendre qu’ils considèrent les lesbiennes et les gays comme des êtres inférieurs. C’est odieux et il est de notre devoir de rappeler que nous sommes des citoyens, des contribuables, des agents économiques et des électeurs à part entière.
J’invite les lesbiennes et les gays de ce pays, mais aussi leurs familles, leurs amis, leurs collègues et tous ceux qui sont attachés au respect de la dignité de chacun et au désir de mieux vivre ensemble, à ne pas voter pour Nicolas Sarkozy.

- Par Stéphane Dassé |
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Aujourd’hui en France, plusieurs millions de nos concitoyens n’ont pas le droit de se marier. Les couples homosexuels vivent dans notre pays avec le sentiment que leur amour n’est pas reconnu à l’égal de celui des autres couples puisqu’il ne leur permet pas de sceller leur union comme les autres, à la mairie, en bénéficiant d’un mariage à la fois public, engageant et protecteur.


Valérie PECRESSE –Candidate à la Présidence du Conseil Régional d’Ile-de-France et dont j’ai le plaisir d’être colistier- a formulé des propositions concrètes et volontaristes pour les LGBT en Ile-de-France.
Xavier DARCOS, lorsqu’il était ministre de l’Education Nationale, nous avait habitués à un volontarisme parfaitement assumé pour lutter contre l’homophobie dans l’enseignement secondaire.



