Imposture

Toute campagne électorale a ses évidences et ses surprises. Pour les personnes LGBT, l’évidence de 2007 se renouvelle en 2012 : les candidats de gauche sont engagés en faveur de l’égalité des droits ; tandis que les candidats de droite protègent un modèle ancien du couple et de la famille, dont ils excluent les personnes LGBT. La gauche est engagée pour l’ouverture du mariage et la reconnaissance des familles homoparentales. La droite s’y oppose.

En 2007, les militants LGBT ont pu être surpris d’entendre Nicolas Sarkozy parler des homosexuels, de l’amour homosexuel, parler beaucoup, même s’il n’avait rien à dire. Invité sur TF1 le 3 septembre 2006, il a expliqué à Claire Chazal que «l’amour homosexuel a le droit à la reconnaissance.» Le 5 février 2007, toujours sur TF1, invité de Patrick Poivre d’Arvor, il a affirmé devant 8 millions de téléspectateurs : «L’amour homosexuel s’inscrit dans la durée et cet amour, comme tous les amours, doit avoir une existence sociale. Pardon, mais je vais prendre deux minutes, parce que c’est un sujet qui me tient très à cœur. Quelle est la différence entre l’amour et le désir ? L’amour s’inscrit dans la durée et veut s’exprimer. Je t’aime, tu m’aimes, on veut que tout le monde le sache.»

Le procédé a surpris. En face, la gauche qui présentait sobrement son programme pour l’égalité des droits n’a pas su se faire entendre. En 2007, Nicolas Sarkozy, qui ne proposait rien d’utile pour lutter contre les discriminations, a davantage parlé des homosexuels, de la sincérité de leur amour, de la réalité de leurs familles, que les candidats qui s’apprêtaient à les reconnaître et à leur ouvrir de nouveaux droits.

En 2012, le paradoxe est différent. Le candidat sortant n’ayant tenu aucune de ses promesses (union civile, statut du beau parent), il lui est impossible d’être crédible sur le sujet. La population française n’est plus à convaincre : 63% des Français sont favorables à l’ouverture du mariage. À nos frontières, les couples de même sexe belges, espagnols, portugais se marient. La gauche est unie sur la question : aucune de ses voix à l’Assemblée nationale n’a voté contre l’ouverture du mariage, en juin dernier. François Hollande a pris clairement l’engagement d’«ouvrir le mariage et l’adoption aux couples homosexuels», 31ème des 60 engagements qu’il a présentés aux Français. Il l’avait confirmé lors de sa convention d’investiture. Il l’avait répété lors de son meeting au Bourget.

En face, la droite est divisée, certains cherchant à faire valoir le principe républicain de l’égalité, d’autres s’appuyant sur leurs convictions conservatrices. Les questions LGBT rassemblent la gauche et divisent la droite. On s’attendrait donc à ce que les propositions de la gauche, qui trouvent un large écho dans l’opinion publique, conduisent le candidat sortant à passer sous silence ces divisions et ces promesses non tenues.

Il a fait le choix inverse. Il a fait de la question des droits des couples homosexuels et de leurs familles un axe fort de son lancement de campagne. Un axe négatif. À trois reprises, il a choisi d’insister sur son refus d’ouvrir le mariage à tous les couples. Dans Le Figaro Magazine, en ces termes : «En ces temps troublés où notre société a besoin de repères, je ne crois pas qu’il faille brouiller l’image de cette institution sociale essentielle qu’est le mariage.» Dans sa déclaration de candidature, sur le plateau de TF1, il l’a confirmé. Dans son premier meeting de campagne à Marseille, il a poursuivi en affirmant ne pas vouloir «sacrifier notre identité à la mode du moment». Le refus d’ouvrir de nouveaux droits aux couples de même sexe est un axe de campagne délibérément choisi par le candidat sortant. L’analyse de son positionnement sur les valeurs a déjà été produite : il conjugue la peur des étrangers, la stigmatisation des chômeurs et le rejet des homosexuels. Un terrain déjà largement occupé par la famille Le Pen.

C’est un discours agressif. Il a fait fuir les militants de GayLib. Il a sans doute déçu beaucoup de militants et de responsables de l’UMP, bercés par l’image moderne que pouvait renvoyer sur ces sujets un président de la République deux fois divorcé. Dans les deux mois qui viennent, s’il veut éviter de résumer sa candidature à celle de la haine d’autrui, il lui faudra donner des signes d’intérêt pour les victimes de son discours stigmatisant. C’est là que le talent de Nicolas Sarkozy atteint son sommet. Il viendra au chevet des victimes de l’homophobie comme il viendra faire campagne devant les quartiers qu’il a enflammés et devant les ouvriers qu’il a appauvris.

Au service de cette tactique, Christian Vanneste a répondu présent. Il a publié une vidéo évoquant «la légende de la déportation des homosexuels», monstruosité qui a naturellement provoqué une condamnation unanime. Le candidat sortant a ainsi pu réagir sur le plateau de TF1, et affirmer : «tout ce qui peut paraître de près ou de loin de l’homophobie, je l’ai en horreur». Viendront sans doute ensuite d’autres pénibles démonstrations d’un candidat attaché à partager l’émotion de ses victimes. On voit déjà ses soutiens rendre visite à des jeunes victimes de l’homophobie. Prétendre vouloir lutter contre l’exclusion des homosexuels en défendant fièrement une loi impopulaire qui exclut les homosexuels des institutions républicaines, voilà le tour de passe-passe auquel le candidat sortant se prépare.

L’homophobie ne reculera pas dans un pays qui ne garantit pas aux homosexuels les droits qu’il garantit aux autres. Tout commence par l’égalité des droits. Pour les militants LGBT, c’est l’enjeu de l’élection présidentielle.

5 commentaires

triste de réalité!

Écrit par sdadou49 le 21 février 2012 à 11:53

Les imposteurs c’est ceux pour lesquels vous vous apprêtez à voter. L’imposture c’est le parti socialiste. Ceux-là même qui font croire que demain le soleil brillera sans aucun effort et qu’ils ont la recette miracle. Voter à gauche c’est la catastrophe annoncée. En 2017 ce sera Marine LE PEn (hélas).

Écrit par petit phoque le 22 février 2012 à 18:18

eh bien moi je trouve ça très élégant de la part de sarko, de son gouvernement et de l’UMP. Au moins, ce monsieur est renié par la droite. On ne peut pas en dire autant du PS, qui est empêtré dans des affaires très embarrassantes et qui semblent sentir très mauvais : interrogatoire de Dominique Strauss-Kahn, malversations présumées des fédérations PS du Pas-de-Calais, des Bouches-du-Rhône et de la mairie de Strasbourg… c’est pas jojo à gauche. En effet, des enquêtes de nature financière se développent sur des élus PS à Marseille et à Strasbourg et un ex-élu du Nord promettrait des révélations dans un livre qui doit sortir jeudi. Selon Nathalie Kosciusko-Morizet, “Il y aura peut-être, au terme de la garde à vue de Dominique Strauss-Kahn des informations intéressantes sur les pratiques des fédérations socialistes du Nord et du Pas-de-Calais”. Pas jojo à gauche, ça sent vraiment mauvais… Rappelons que l’ancien maire PS de Hénin-Beaumont Gérard Dalongeville a été écroué pour corruption durant huit mois en 2009… pas jojo tout ça. A Marseille, ça pue aussi : le sénateur Jean-Noël Guérini, homme fort du PS local, est mis en examen pour “association de malfaiteurs”… pas jojo non plus…. Quant à la très socialiste ville de Strasbourg, elle n’a pas l’air blanche non plus : “une information judiciaire est ouverte à Nancy pour favoritisme sur une étude de faisabilité du tramway de Bamako, capitale du Mali, payée 50.000 euros en 2009 à trois sociétés par la ville de Strasbourg”… Bref, notre soldat sarko n’a de leçon à recevoir de personne, et surtout pas du PS, et surtout pas des hommes de main du falot hollande qui viennent faire la leçon sur ce site. Sarko fait figure de saint à côté de ce triste parti, que certains voudraient faire revenir au pouvoir…

Écrit par petit phoque le 22 février 2012 à 20:22

J’enjambe ces deux commentaires apocalyptiques aussi affligeants de sottise que de mauvaise foi pour dire que je trouve excellent ce billet qui ne se contente pas de dénoncer les méthodes passées mais annonce aussi celles à venir.
Un bémol pourtant : dévoiler la stratégie de son ennemi c’est bien mais en avoir une à soi c’est mieux. Et communiquer abondamment sur le travail effectué depuis trente ans par la gauche et tous les militants LGBT est une urgence. La plupart des jeunes homos ignorent à quel point la droite a eu un comportement répugnant à notre endroit et il est grand temps de faire un minimum de ce travail d’Histoire.
YKK

Écrit par Youkounkoun le 25 février 2012 à 9:45

Le dualisme gauche-droite est réducteur. La promotion des droits LGBT n’est pas plus de gauche qu’elle n’est de droite. Dans de nombreux pays européens, les droits des personnes LGBT sont portés par la droite libérale progressiste aussi bien que par la gauche sociale-démocrate. On préférera tantôt les accents individualistes de la première, tantôt les tendances communautaristes de la seconde. A chacun son combat. Alors que la gauche bien-pensante se plaise à réduire la droite aux propos d’un Christian Vanneste si le jeu électoral l’exige. En attendant, le vrai drame que vit la France, c’est la disparition du libéralisme de l’échiquier politique. Personne n’y gagne, et sûrement pas les personnes LGBT…

Écrit par Nath le 27 février 2012 à 22:14

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