Dans un mois, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie sera consacrée au thème : « Religions, homophobie, transphobie ». Cet intitulé autorise plusieurs interprétations. Les religions, causes de l’homophobie et de la transphobie ? Les religions, vitrines de l’homophobie et de la transphobie ? Les religions, victimes de l’homophobie et de la transphobie ? Les religions, actrices de la lutte contre l’homophobie et contre la transphobie ?
Apparemment, c’est d’abord sous ce dernier angle que le thème aurait pu être abordé. Les religions ont été appelées à être les moteurs d’un éveil des consciences contre l’homophobie et la transphobie. Cela a fait l’objet d’une tribune publiée le 17 mars dernier sur le site du Monde par des auteurs incarnant quatre religions : Olivier Abel, Jean-Claude Guillebaud, Tarek Oubrou et Rivon Krygier. Leur appel a été relayé par les associations LGBT confessionnelles : le Beit Haverim et David et Jonathan l’ont soutenu. Le comité IDAHO a quant à lui publié un appel international aux religions. Ces initiatives prennent donc le parti de s’adresser aux autorités religieuses pour que celles-ci mettent leur influence au service de la lutte contre l’homophobie et contre la transphobie.
En France, les homophobes appuient souvent leurs propos sur les religions. Christian Vanneste cite la Bible dans l’exposé des motifs de sa proposition de loi visant à réhabiliter l’homophobie. Je me souviens des responsables socialistes martiniquais qui s’étaient distingués en 2007 par des propos homophobes. Ils les justifiaient en mettant en avant leurs convictions religieuses. La religion peut être une vitrine facile pour les propos les plus nauséabonds. Un des sites les mieux nourris d’insultes visant les personnes LGBT est hébergé sur le domaine chrétienté.info. Dès lors, on pourrait trouver opportun de dénoncer ceux qui instrumentalisent les messages religieux pour nourrir un discours de haine. On pourrait vouloir faire la part des choses entre les propos homophobes tenus au nom des religions et les religions qui ne se reconnaissent pas dans les propos homophobes.
Voeu pieux ? Les militants LGBT ont l’habitude de rencontrer les autorités religieuses sur leur chemin. Ils connaissent leur hostilité à l’égard des actions de lutte contre l’homophobie. Ils se souviennent des textes homophobes rédigés par le futur pape, lorsqu’il était préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, comme les fameuses considérations à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, publiées en juin 2003. Il ne s’agit pas de lettres officieuses, mais bel et bien d’une parole autorisée. Les militants LGBT savent que c’est le Vatican qui a obtenu en 2004 que la première résolution condamnant les discriminations fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre ne soit pas discutée aux Nations unies.
Les militants LGBT voient les autorités religieuses en action contre les droits des personnes LGBT. En Espagne, en 2005, l’Eglise s’est mobilisée pour lutter, en vain, contre les lois Zapatero ouvrant le mariage à tous les couples et reconnaissant l’homoparentalité. C’est le même scenario que l’Eglise a joué au Portugal en 2009. Les propos hallucinants que le secrétaire d’Etat du Vatican, Tarcisio Bertone, a tenus le 12 avril dernier au Chili viennent apporter à cette posture hostile aux droits des personnes LGBT la rhétorique diabolique associant l’homosexualité à la pédophilie. La ficelle étant trop grosse, tout le monde a su dénoncer clairement l’ignominie de ses propos : David et Jonathan, l’Inter-LGBT, le Centre LGBT de Paris, la LGP de Lille, SOS Homophobie, l’APGL, HES, le PS…
Mais l’hostilité du Vatican à l’égard des droits des personnes LGBT n’est pas le seul témoignage de l’homophobie des autorités religieuses. On se souvient de la déclaration hostile, prononcée par la Syrie devant l’Assemblée générale des Nations unies, en décembre 2008, en riposte à la déclaration, enfin prononcée par l’Argentine, en faveur des droits des personnes LGBT. La déclaration syrienne était inspirée des convictions religieuses de ses signataires. On se souvient aussi des déclarations homophobes du Dalai Lama. La lutte contre les droits des personnes LGBT est un thème oecuménique, sur lequel les autorités religieuses savent se retrouver. On se souvient de la tribune contre l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, signée par la plupart des responsables religieux de Lyon en février 2007.
Dans ce contexte, comment ne pas s’inquiéter des discours tenus par Nicolas Sarkozy en faveur d’un retour du fait religieux ? Une proposition de loi en faveur d’un retour à l’enseignement du fait religieux à l’école a été déposée par l’UMP en février dernier. Une loi ayant pour effet d’obliger les communes rurales à financer les écoles privées a par ailleurs été adoptée l’an dernier.
La laïcité n’a jamais eu autant besoin de militants. Charité bien ordonnée commence par soi-même : les militants de Count me out, en Irlande, ou les Panthères roses, en France, proposent une première piste à celles et ceux qui sont enregistrés malgré eux parmi les fidèles de l’Eglise. Le mode d’emploi de l’apostasie est en ligne.
- Par Gilles Bon-Maury |
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4 commentaires
bien.
mais on compte hélas trop peu d’élus (en France et ailleurs) ayant condamné ces propos du numéro 2 du Vatican.
et trop peu de médias ont souligné les démentis clairs et nets des associations de victimes de pédophiles quant au prétendu lien homos / pédophiles.
@ Cher G.B.M,
Je fais des efforts pour ne pas trop souvent intervenir à chacun de vos billets, mais, là, quand “la ficelle est trop grosse”, je ne peux qu’avoir envie de rajouter une pincée de sel à vos propos, tellement, le goût de votre composition m’apparaît sans saveur…
Pour situer l’essentiel, deux définitions:
Laïcité: Principe de séparation dans l’État de la société civile et de la société religieuse. 1905
Apostasie: RELIG. Renonciation publique à une confession, plus particulièrement abandon de la foi (chrétienne)
Si j’ai bien compris votre mécanisme de “pensée engagée” (vous remarquerez que je ne parle pas de pensée unique), il suffirait tout bonnement et grossièrement, pour que la laïcité soit pleinement respectée dans son principe, que les LGBT (baptisés) de France (vous ne parlez que de l’église catholique), (qui l’ont sûrement très souvent été avant même de se rendre compte de leur orientation sexuelle et avant même d’entendre vos voix) demandent à se faire désinscrire des registres de l’Eglise (sein où ils ont naturellement pris place par la volonté de leurs familles d’origine), pour enfin se libérer des sous-entendus “girons religieux”, qui eux-mêmes, les empêcheraient fermement de profiter et de jouir d’un des grands principes républicains sur lequel, ( rappelons le quand même) repose, avec l’obligation et la gratuité, l’enseignement public français et non la liberté d’exercer des militants LGBT en France? (Non, là, il fallait le rappeler quand même pour éviter de se perdre dans un énième mécanisme qui récidive la confusion!)
Roooh! Mais quelle audace dans votre interprétation! Quelle subtilité dans votre analyse mon cher G.B.M, président de HES! HOMOSEXUALITES ET SOCIALISME!
Evidemment, vous aurez bien compris que je suis toute aussi ironique que vous êtes suave, et que mon ton est tout aussi amère que le votre est mielleux mon cher Gilles.
Démarquons-nous, ici, en disant plutôt ceci:
Je pense que, tout comme “droit et désir” quand vous parlez de GPA, “plaisir et réalité” quand il s’agit de principes, vous êtes victime (ou pas d’ailleurs) d’une confusion grotesque et flagrante entre “laïcité et athéisme”…
Serait-ce de cela dont voudrait parler le prétentieux député (au propos souvent foireux d’ailleurs) quand il parle de terrorisme intellectuel?
Tout comme il y a GAYLIB à L’UMP, il y les socialistes LGBT chez HES, et HES au PS? A moins que cela soit, les socialistes LGBT au PS, et HES chez les socialistes LGBT? Mais, ne serait-ce pas en faites GAYLIB chez HES et les socialistes LGBT à l’UMP? Nannana, je m’y perds… Mais, vous noterez que ces questions autorisent plusieurs interprétations! Ne devriez-vous pas organiser une journée nationale de la remise en question LGBT? Je propose le thème tout de suite: Glups… “Militantisme LGBT et remise en question des enjeux et priorités du monde à venir”!!!
La petite question (pour parler comme Bruno DONNET), serait celle-ci mon G.B.M:
“Puisque votre revendication semble être tout un programme avec sa stratégie, mais pourquoi le parti socialiste ne vous accorde t-il pas une tribune directement sur son site?”
Salutations sans distinction
(Bien entendu, vous remarquerez et respecterez mon fair-play et ma loyauté à écrire mon courrier, ici, banalement, en droit de commentaire, et non, par recommandé en destination de Solferino.
Je n’ai rien compris au message ci-dessus.
Plus prosaïquement, je remercie Gilles Bon Maury de m’avoir fait redécouvrir la proposition de loi de Vanneste en 2006, et les noms des signataires qui devraient avoir honte…
Vous seriez bien inspiré de vous replonger dans “l’ambiance” des années 70-80, durant lesquelles la LGBT s’appelait LGBTP (avec un P comme Pédophile). Ses militants exigeaient la reconnaissance des sexualités “périphériques” dont la pédophilie.
Les catholiques et les hétérosexuels, à défaut d’avoir tous leurs membres parfaits, ont au moins le mérite de n’avoir jamais fait l’apologie de la pédophilie à titre collectif. Les mouvements homosexuels se sont au contraire impliqués massivement au cours de ces deux décennies en faveur de cette thèse criminelle. Parmi les composantes de l’homosexualité figuraient la transexualité et le travestisme en raison des imbrications entre sexe, sexualité et genre, mais aussi la pédérastie fondée sur une affection particulière envers les garçons éphèbes. Ce n’était donc pas uniquement un combat anarchiste et libertaire contre l’ordre établi. La transexualité, le travestisme, la bisexualité ET la pédophilie étaient aussi à leurs yeux des revendications indissociables de leur liberté sexuelle fondamentale qu’était l’homosexualité. Les jeunes générations homosexuelles ignorent ces faits, leurs aînés devraient le leur rappeler.
Ces accusateurs communautaires osent aujourd’hui donner des leçons à l’église alors qu’ils sont pourtant les plus mal placés sur le terrain des valeurs morales, ayant été les pionniers de la perversité en s’appropriant eux mêmes la paternité de la pédophilie et en en vantant les bienfaits. Il est donc nécessaire de leur rafraîchir la mémoire.
La dissymétrie entre l’attitude des hétérosexuels plus neutres sur cette question et celle des mouvements homosexuels radicalement engagés pour une libéralisation légitiment des interrogations voire des théories sur le rapprochement entre homosexualité et pédophilie. Rejeter ces interrogations est complètement imbécile.