Aux jeunes socialistes

Le mouvement des jeunes socialistes tient son congrès ce week-end à Grenoble. J’y ai présenté ce matin une résolution reprenant les principales propositions d’HES. Les délégués l’ont adoptée à l’unanimité. Voici le texte de mon intervention.

Chers amis, chers camarades,

J’ai le plaisir de vous présenter la résolution rédigée par HES pour votre 9ème congrès. HES est une vieille association. Elle a fêté ses 25 ans l’an dernier, avec beaucoup d’entre vous. Et nous savons, d’expérience, que le MJS est un atout maître, lorsqu’il s’agit de bousculer les tabous et de faire avancer le Parti socialiste. Cela a été vrai pour le pacs, cela a été vrai pour le mariage, cela a été vrai pour l’homoparentalité et pour la procréation médicalement assistée.

Mais cela ne résume pas ce que vous apportez à nos luttes. Tous vos combats, tous les combats de gauche, tous les combats pour l’émancipation et contre les inégalités, font avancer les droits des lesbiennes, des gays, des bis et des trans.

Un exemple parmi d’autres : vous vous battez pour que la société donne aux jeunes les moyens de leur autonomie. Vous avez raison. Rien ne justifie que la vie active commence par la reproduction des inégalités. Mais je pense aussi à ce que cela représente pour les jeunes homosexuels et pour les jeunes trans qui n’ont aujourd’hui pas d’autre choix, faute de moyens, que de rester sous l’autorité, le jugement, la condamnation de ceux qui les nourrissent. Il est éprouvant de s’affirmer seul face à une famille, un voisinage, un environnement qui ne veut pas comprendre.

Pour ces filles et ces garçons, la possibilité de l’autonomie, cela peut être la capacité de vivre sa vie. Ce n’est pas un caprice. Ce n’est pas le syndrome tardif d’une crise d’adolescence. Vous savez que le suicide est la deuxième cause de mortalité des jeunes. Ce risque atteint 13 fois plus les jeunes homos que les jeunes hétéros. Un jeune trans sur trois a déjà tenté de mettre fin à ses jours. Voilà le résultat d’une société qui ferme les yeux devant sa propre évolution. Voilà le résultat d’une société qui ne donne pas à ses jeunes les moyens de choisir leur vie. Voilà un résultat insupportable. Vous êtes en colère et vous avez raison. Il y a de quoi.

La France est en retard. On se pose encore la question de l’ouverture du mariage à tous les couples. Comme si certains couples devaient avoir plus de valeur que d’autres aux yeux de la République. En Afrique du sud, en Belgique, au Canada, en Espagne, en Norvège, aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, en Suède, et dans plusieurs Etats américains, tous les couples peuvent se marier. Et bientôt, ce sera le tour de l’Albanie, de l’Argentine, de la Grèce, du Luxembourg, du Portugal et de Taïwan. L’Uruguay et le Népal sont déjà allés plus loin que la France sur cette question. Vous pouvez être en colère. Cela fait 8 ans que le MJS s’est prononcé en faveur de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

La France est en retard. On se pose encore la question de l’homoparentalité, comme si elle n’était qu’une hypothèse. Aujourd’hui, il faut se rendre à l’évidence. Ce ne sont plus les enfants des gays et des lesbiennes qui sont là pour en parler : ce sont leurs petits-enfants !

La France est en retard. On se pose encore la question de savoir si les personnes trans sont des malades. On met leur identité en question. On s’interroge sur la place qu’il faut leur donner dans la société. Dans d’autres pays, on préfère s’intéresser à ce qu’ils apporteront à la société. Je pense à Alecs Recher, conseiller municipal de Zurich, à Vladimir Luxuria, députée de Rome, à Jenny Bailey, maire de Cambridge, à Manuela Trasobares, conseillère municipale de Geldo en Espagne.

Vous êtes en colère contre toutes les expressions de la haine, dans les paroles de chanson, dans les stades, dans les bois, dans les rues, à la porte des boites de nuit, ou dans l’intimité des repas de famille. Les haines se rejoignent. Le racisme sous toutes ses formes, le sexisme, l’homophobie, la lesbophobie, la transphobie, se nourrissent des mêmes peurs et des mêmes ignorances. Ce n’est pas cela, la France qu’on aime. Je sais que vous êtes sans cesse mobilisés pour le dire.

Vous avez manifesté dans les nombreuses marches des fiertés LGBT qui célèbrent chaque année, depuis 40 ans, la révolte de Christopher Street. Il s’agit bien là d’une lutte politique, d’une lutte pour une libération face à un ordre public discriminant, face à un ordre moral stigmatisant.

Nous savons, ensemble, être intransigeants quand il le faut. Nous l’avons été pour défendre le pacs. C’est même les rencontres de la jeunesse de novembre 1997 qui ont été l’occasion d’obtenir l’engagement formel de la gauche plurielle pour le pacs. Vous aviez raison. Nous en fêtons cette année les 10 ans. La preuve est faite de l’absurdité de la réaction de la droite à l’époque. N’oublions pas que François Bayrou, François Fillon, Nicolas Sarkozy étaient dans l’hémicycle pour soutenir celle qu’ils avaient choisie pour les représenter, Christine Boutin, et pour voter contre le pacs.

Nous dénonçons l’homophobie de la droite. Il faut reconnaître que les occasions ne manquent pas. Mais nous sommes intransigeants aussi lorsque ce sont des socialistes qui dérapent. Nous sommes allés ensemble, HES et MJS, dénoncer ces dérapages en Martinique. Je veux saluer Benoît Curinier qui a participé à cette mission disciplinaire. Peut-être avons-nous été efficaces. Les deux cadres du PS qui nous avaient choqués par leurs propos anachroniques, tenus au nom de leurs convictions religieuses, ne sont plus en responsabilité dans notre parti.

Chers camarades,

Dans son discours d’investiture, en juin dernier, Laurianne [Laurianne Deniaud, candidate à la présidence du MJS] rappelait ce que les jeunes socialistes ont apporté à leur société, en un siècle d’histoire. Chaque génération a ses combats. A vous de choisir les vôtres.

Je n’oublie pas que les plus vieux d’entre vous sont nés au moment où Gaston Deferre, au ministère de l’Intérieur, faisait détruire les fichiers d’homosexuels tenus par les préfectures. Pour vous, et c’est très bien ainsi, le délit d’homosexualité, en France, c’est de l’histoire ancienne. Mais n’oublions pas que les libertés acquises ont besoin de militants vigilants pour les garder. Il s’en est fallu de peu pour que le fichier EDVIGE revienne sur les acquis de 1981.

Je sais aussi que vous n’avez pas connu le sexe avant les trithérapies. Peut-être que personne, dans votre entourage, n’a été emporté par le sida. Il occupe peu de place dans les textes de votre congrès. Pour paraphraser Act Up, dans ce domaine, le silence, c’est la mort. Les socialistes pensent le monde. On ne peut pas penser le monde sans penser au sida. 40 millions d’hommes et de femmes vivent avec le VIH aujourd’hui. Les malades les moins riches des pays les moins riches n’ont pas accès aux traitements. Le sida tue 3 millions de malades par an.

Ce n’est pas un sujet pour les experts. C’est un sujet politique. Je pense aux relations Nord-Sud. Mais je pense aussi à la place des séropositifs dans notre société. 100.000 français séropositifs bénéficient aujourd’hui d’un traitement. Vous êtes concernés. Un quart des 5000 nouvelles contaminations dénombrées en France chaque année concerne des jeunes de moins de 30 ans. Vous avez un rôle à jouer, pour la prévention et pour la lutte contre les discriminations à l’égard des séropositifs. En particulier, vous devez tout faire pour permettre à vos camarades séropositifs de vous révéler leur vérité sans changer votre regard sur leur parcours militant ni votre jugement sur leurs idées.

Le MJS a eu raison de dénoncer les pratiques médicales dépassées, inefficaces et dangereuses qui assimilent l’homosexualité à la séropositivité. Je pense à l’interdiction faite aux homosexuels de donner leur sang. Ce sont en effet ces raccourcis qui aggravent les discriminations et les violences qui atteignent les homosexuels.

Je sais aussi que vous serez présents, la semaine prochaine, comme chaque année, pour manifester à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le sida.

Chers camarades,

A La Rochelle, Antoine [Antoine Détourné, président du MJS de novembre 2007 à novembre 2009] nous disait : « le plus grave pour notre famille politique, c’est que notre parti a pris du retard sur la société. » C’est vrai, et nous avons un rôle à jouer, tous ensemble, pour que notre parti avance, à la tête des combats pour l’égalité des droits. Je pense en particulier aux travaux que nous devons mener autour de la révision des lois de bioéthique. HES a pris 18 mois pour élaborer une position et obtenir un consensus. Les jeunes socialistes sont attendus sur cette question. Elle mérite un travail de fond. HES se tient à votre disposition pour y participer.

Merci d’avoir donné à HES l’occasion de vous présenter cette résolution. Il s’agit pour nous d’affirmer que ce combat contre les discriminations se mène à gauche. Je suis optimiste. Je crois que vous connaitrez l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. 64% des Français – 75% des moins de 35 ans – y sont favorables. Les maires de gauche montrent le chemin : ils sont nombreux à rejoindre l’appel que notre camarade Hélène Mandroux a lancé samedi dernier à Montpellier. Je crois aussi que vous connaitrez le moment où l’homoparentalité ne sera plus ignorée par la loi française. Je crois aussi que vous connaitrez le moment où votre identité de genre ne dépendra plus de la décision d’un officier d’état civil, ni même de celle d’un médecin, mais simplement de vous-même.

Ces étapes sont devant nous, chers camarades, et je vous sais trop volontaires pour ne pas y jouer un rôle. Nous serons ensemble de ces combats.

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[...] Ils ont adopté hier matin, à l’unanimité, une résolution proposée par HES (cf. billet précédent). C’est un acte politique, un engagement clair en faveur des combats pour les droits des [...]

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