Parole têtue

Pour agir, les militants n’ont qu’une option : ils prennent la parole. Pour sortir une injustice du silence, pour partager leur colère, pour proposer leurs réponses. Être militant, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est, et vouloir le changer. Pour bouger les lignes, il faut convaincre. Pour convaincre, il faut informer, dénoncer et démontrer. C’est-à-dire d’abord prendre la parole.

Les militants d’HES combattent les injustices qui se fondent sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Pour nous, il revient à la gauche de faire avancer notre société, à cet égard comme dans beaucoup d’autres domaines. Avant toute chose, ce sont donc naturellement les socialistes, élus et militants, que nous devons convaincre. Ce sont eux qui sont les premiers destinataires de nos travaux, de nos arguments, de nos attentes. Ce sont eux qui permettent à nos propositions d’émerger dans les textes internes du PS puis d’éclore à la bonne date et à la bonne place dans les programmes électoraux qui engagent nos candidats. Et pour les convaincre, nous ne nous privons pas de prendre la parole, dans la presse interne du PS, dans les congrès, les conventions, les fêtes de la rose, les universités d’été, les réunions de section, etc.

Nous ne nous sommes jamais rêvés en comptoir spécialisé pour les chalands LGBT de la maison socialiste. En luttant contre les injustices dont souffrent des minorités, nous prétendons poursuivre un but qui profitera à toute notre société. Le succès du pacs, utile à tous les couples, en est la plus belle illustration. Nos propositions visent toujours à abattre les murs et non à en construire. Lorsque nous voulons contribuer au débat public, nous prenons donc la parole dans une presse qui s’adresse à tous les publics : Le Monde, Libération, Marianne, Mediapart, Rue89, etc.

Alors pourquoi aller tenir un blog sur un media aussi identitaire que Têtu ? Il serait désespérant de voir la parole des militants LGBT s’enfermer dans le confort d’une presse acquise. Il serait sans doute encore plus désespérant de voir ces militants se démobiliser. Nous avons besoin d’être nombreux. C’est le nombre qui distingue une traversée du désert d’une marche militante, un destin personnel d’une cause commune, un échec solitaire d’une réussite collective. Dans cette marche, aucun volontaire n’est de trop. Aucun volontaire n’est trop mobilisé. Et cette mobilisation commence là où la colère gronde, c’est-à-dire au plus près des personnes LGBT.

Têtu est un lieu singulier pour prendre la parole. De toute évidence, les médias LGBT donnent de la force et du souffle à beaucoup de discours militants qui, sans eux, iraient se perdre dans l’indifférence de la blogosphère. Ces médias partagent avec les associations LGBT une histoire, quelques figures, quelques mythes, et quelques opinions. Pour s’en convaincre, on peut relire l’histoire de Gai Pied par Jean Le Bitoux et celle des premières années de Têtu par Didier Lestrade. Ces médias s’inscrivent dans le mouvement LGBT. Volontairement ou non, ils en sont principalement acteurs et accessoirement observateurs. Or le mouvement LGBT n’est pas un long fleuve tranquille. Il est traversé par des rancœurs et des désaccords qui opposent les uns aux autres, et parfois HES à Têtu. Les règles fixées par Têtu sont claires. « Vous êtes libres et responsables des textes et photos que vous publiez. » C’est donc en prenant des libertés, et mes responsabilités, que je m’exprimerai sur ce blog.

Un commentaire

Ce qui me plaît dans ce discours, c’est qu’il est celui d’un démocrate qui ne se contente pas de dénoncer et d’imposer mais de passer par l’argumentation pour chercher à convaincre. Car le dit Luc Ferry “argumenter, ce n’est point affirmer péremptoirement, mais chercher en soi-même, au fil de la discussion, des raisons qui vaillent pour autrui”. Et sur ces questions de société parfois aussi complexes que délicates qui bousculent des pratiques culturelles ancestrales, seule cette démarche démocratique peut permette de bouger les lignes et changer les choses en profondeur.

Écrit par Georges le 5 septembre 2009 à 9:42

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