Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

Tjenbé Rèd Prévention à la Gay Pride de Lorraine !

Samedi 4 juin, l’association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes a participé à la Marche des fiertés LGBT de Nancy, ouvrant la saison hexagonale des «Gay Pride»

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À l’invitation de Couleurs gaies, association LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans) de Metz, Tjenbé Rèd Prévention (TRP) participait samedi à la Gay Pride de Lorraine (qui se tenait cette année à Nancy). Cette manifestation – plus exactement dénommée «Marche des fiertés LGBT» -, se déroule alternativement dans l’une de ces deux villes, distantes de 50 km., qui s’aiment autant que la Martinique et la Guadeloupe s’apprécient l’une l’autre.

Une affiche rouge sang

L’affiche et le slogan retenus par le Collectif LGBT Lorraine étaient nettement plus agressifs que d’autres cette année, notamment à Paris (où des polémiques ont récemment divisé la communauté LGBT). Sur fond rouge avec des grilles de château en ombre chinoise (suggérant le château de Versailles ou encore la place Stanislas, célèbre esplanade de style classique du centre de Nancy), une Marianne drapée dans un drapeau arc-en-ciel (le drapeau LGBT) et coiffée d’un bonnet phrygien tient une faux et proclame : «L’État décapite nos droits… Nous trancherons en 2012 !» Ce slogan, radical, renvoie à l’obligation humiliante faite par l’État aux personnes transgenres d’apporter la preuve de leur stérilisation chirurgicale avant d’obtenir leur changement d’état civil (obligation dont l’abrogation est la revendication principale portée cette année par la plate-forme du Collectif LGBT Lorraine).

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En début d’après-midi, ayant oublié leur banderole à Paris, les bénévoles de TRP ont élaboré dans l’urgence une banderole de secours bariolée grâce au soutien des bénévoles de Couleurs gaies (merci Jean !). Les chars du Collectif LGBT Lorraine portaient notamment des pancartes citant les déclarations homophobes de Michel Mercier, ministre centriste de la justice («Il appartient aux personnes trans d’apporter la preuve de leur stérilisation»), de Himmler («Notre peuple sera anéanti par cette maladie contagieuse») ou de Raymond Occolier, maire socialiste du Vauclin en Martinique («Dans la Bible, Dieu dit que c’est une abomination»)…

«Le péril rose ne passera pas !»

De splendides jeunes hommes, militants d’extrême gauche manifestement hétérosexuels, agitaient des drapeaux rouges et noirs en s’accrochant quelque peu avec les chars des organisations LGBT pour cause de manque de place dans le défilé ! D’autres incidents émaillaient le cortège, très encadré par les forces de police qui auraient eu vent de menaces d’agression. Un jeune homme à mégaphone circulait d’ailleurs à un moment indiquant qu’une agression avait eu lieu en tête du cortège, lequel regroupait quatre ou cinq chars pour environ 2.000 personnes. Alors que plusieurs couples de même sexe s’enlaçaient, un autocollant courageusement anonyme était visible le long du parcours avec inscrit, en bleu sur fond jaune : «Gay Pride, mariage homo, adoption… Le péril rose ne passera pas !»

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Cependant, une adhérente de l’association LesBienNées (association lesbienne de randonnée pédestre) portait sur une pancarte et plusieurs autocollants des slogans comme «Drôle, intelligente, fonctionnaire, je suis : le gendre idéal. Laissez-nous nous marier. http://www.association-lesbiennees.org» ; «Ceux qui disent que les lesbiennes sont des mal baisées sont des mauvaises langues» ; «Lesbophobie, xénophobie, même connerie. LesBienNées». Devant la banderole de TRP, une manifestante déguisée en avocate ou en magistrate portait un énorme code civil factice en référence aux demandes d’égalité en matière de mariage et d’adoption formulées par le Collectif LGBT Lorraine. À côté, plusieurs bénévoles de l’APGL (Association des parents et futurs parents gais et lesbiens) portent des tee-shirts bleus avec le slogan : «Aimeriez-vous n’avoir aucun droit sur votre enfant ?»

Une Marseillaise litigieuse

Enfin, alors que le cortège après une heure et demie de marche dans le centre-ville de Nancy revenait place Stanislas, arborant la sinistre devise révolutionnaire «Unité et indivisibilité de la République. Liberté, égalité, fraternité ou la mort.», certain/e/s manifestant/e/s entonnaient une Marseillaise vibrante, allusion évidente à l’inégalité de traitement dont ils s’estimaient l’objet, pourtant quelque peu déplacée voire choquante en raison des connotations racistes de son célèbre refrain : «Qu’un sang impur abreuve nos sillons…»

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Plusieurs porte-parole associatifs prenaient alors la parole dont Matthieu Gatipon-Bachette (notre photo), président de Couleurs gaies, et Stéphane Aurousseau, administrateur et ancien président de Couleurs gaies, annonçant un accueil animé de Martine Aubry, première secrétaire du Parti socialiste, le lundi suivant à Metz, ville dont le maire socialiste Dominique Gros manifeste un dédain notoire à l’encontre des questions LGBT. (Ledit accueil se traduira par un échange entre les militant/e/s de Couleurs gaies et la maire de Lille ; à la question «Pensez-vous que le maire de Metz sera d’accord avec vos engagements portant sur l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe ?», Martine Aubry hésite avant de répondre, ferme – ou fataliste ? - : «Il est socialiste…»).

Parenthèse cul-turelle

Visitant le lendemain le Centre Pompidou de Metz, à l’invitation des bénévoles de Couleurs gaies, les bénévoles de TRP y observaient une «peinture à la détrempe sur bois de chêne représentant un homme dont une créature lui sort de l’anus», datée du XIIIème siècle.

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