Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

Le Pen (Marine) tombe le masque, le Front national est toujours à vomir

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Dire Marine Le Pen, c’est tomber dans le jeu de cette fille de son père qui essaie de faire passer pour modernes les idées rancies de l’extrême droite en France. Je dirais donc Le Pen (Marine) et je dirais que Le Pen (Marine) a tombé le masque, mardi 18 dernier, en disant tout le mal qu’elle pensait de l’égalité pour les personnes homosexuelles. Dans un échange avec les lecteurs du Monde (porté à ma connaissance par des membres du parti politique Europe Écologie – Les Verts), elle s’est en effet prononcée contre le mariage homosexuel et contre l’adoption pour les couples homosexuels : «Le mariage doit rester l’union organisée par la société entre un homme et une femme. Il en est ainsi d’ailleurs de la parentalité. C’est la raison pour laquelle je suis également opposée à l’adoption pour les couples homosexuels.» Le 10 ou le 11 décembre, en pleine campagne électorale interne au Front national (FN), elle avait au contraire semblé soutenir les personnes homosexuelles en prétendant condamner les violences qu’elles subiraient «dans certains quartiers», visant ainsi les personnes musulmanes et visant surtout à monter ces minorités dominées les unes contre les autres. Ce n’était donc que posture et imposture. Poursuivant au même rythme, Le Pen (Marine) oppose désormais les personnes homosexuelles aux associations chargées de les représenter, estimant sans doute être la mieux à même de le faire : «Je pense que cette revendication du mariage homosexuel est en réalité une revendication ultraminoritaire. L’immense majorité des homosexuels ne la réclame pas. De manière générale, ils ne réclament d’ailleurs pas le droit à la différence, mais le droit à l’indifférence. Souvenez-vous que le pacs était soi-disant réclamé par les homosexuels. La réalité aujourd’hui, c’est que seuls 5% des pacs visent des couples homosexuels. Les revendications qui sont portées par des associations soi-disant représentatives ne correspondent pas aux préoccupations essentielles des homosexuels.» On notera le caractère outrancier voire contradictoire de l’argumentation : d’une part, c’est la communauté associative LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans) qui avait exigé que le pacs (pacte civil de solidarité) soit universel et donc concerne aussi bien les personnes hétérosexuelles que les homosexuelles, alors que le pouvoir politique envisageait d’en faire un droit réservé à ces dernières ; d’autre part, «5 % des pacs» correspondent environ au pourcentage des personnes homosexuelles parmi la population générale : c’est donc bien que le droit au pacs est exercé aussi bien par elles que par les hétérosexuelles.

Le Pen (Marine) ou, pour faire court, LP (M) cherche de manière flagrante un nouvel électorat (favorable aux homosexuels) en s’efforçant de conserver l’ancien (homophobe). Cette tendance naturelle à bien des courants politiques est exacerbée de façon assez tapageuse par le FN, bien avant LP (M) : LP (JM) conciliait déjà les extrêmes droites païenne et ultra-catholique, collaborationniste et résistante ou, d’un point de vue économique, ultra-libérale et autarcique. Ce qui est nouveau, c’est que LP (M) ou, pour faire encore plus court, LPM intègre à son discours des éléments qui n’avaient jamais figuré dans celui de l’extrême droite française, qu’il s’agisse d’arguments homophiles ou islamophobes. Dans les deux cas, elle prend à rebours son électorat traditionnel, faisant le pari qu’il lui restera fidèle, qu’aucun autre parti d’extrême droite ne pourra le capter et qu’elle gagnera en prime une marge de l’électorat de droite voire de gauche. Dans les deux cas également, elle poursuit la logique conciliatrice de LPJM en prenant soin de tenir simultanément des propos homophobes ou antijuifs, éventuellement cryptés (un peu plus haut, à la question : «Soutenez-vous le ministre de la culture, Frédéric Mitterrand, dans sa décision de célébrer le cinquantième anniversaire de la mort de l’écrivain antisémite Louis-Ferdinand Céline ?», elle répond : «Il est rare que je soutienne Frédéric Mitterrand dans ce qu’il fait mais, en l’occurrence, Céline est à l’évidence un très grand écrivain français qui participe du patrimoine littéraire français. Par conséquent, cette décision ne me choque pas outre mesure.» – se payant en prime le luxe de s’offrir à cette occasion une nouvelle contradiction, une contradiction dans la contradiction, bien joué, en semblant apporter un soutien à l’homosexuel assumé Frédéric Mitterrand tout en rappelant simultanément la violence de ses charges passées contre lui).

LPM semble ici, en conclusion, indiquer comme un paradigme du discours du FN, qu’elle ne changerait pas mais ne ferait que poursuivre et élargir : produire un oxymore permanent et déséquilibré entre des thèses qui sont au fond inconciliables et dont l’on devine bien lesquelles prévaleraient en cas d’arrivée au pouvoir du FN (avec 33% ?), en espérant frapper l’imaginaire de l’électorat et paralyser des partis politiques «conventionnels» qui ont du mal à réagir (puisque se positionner clairement face au FN, c’est risquer de perdre une partie d’un électorat supposément abruti par vingt-cinq ans de TF1 privatisée entre les mains des Bouygues). J’attends de connaître le premier représentant homosexuel du FN, le premier Farid Smahi homosexuel qui s’y égarera. – DAC

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