Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

Georges Frêche, un homme piégé

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Dimanche dernier avec mon mari nous sommes allés voir Le Président, ce documentaire d’Yves Jeuland consacré à la dernière campagne électorale de feu Georges Frêche (décédé le 24 octobre). On hésitait entre Hamlet à l’Action Christine et ça, il faisait froid, il faisait nuit déjà, on a pris ça. Du militantisme de fin d’année, en quelque sorte, vu tous les communiqués qu’on a sorti contre lui et ses dérapages verbaux récurrents en direction de l’électorat de droite et d’extrême droite (parce que c’est ça, finalement, le frêchisme, autrement appelé «régional-socialisme» : une soupe idéologique faite d’un fond de valeurs de gauche et d’un liant de discours de droite, destinée à battre électoralement la droite et l’extrême droite au risque d’intervertir valeurs et discours tout en faisant, à terme, le nid de l’extrême droite).

Mon impression finale est mitigée, enfin excellente quant au documentaire (malgré quelques longueurs, dixit mon mari) mais mitigée quant au personnage. J’en suis ressorti en hésitant à le cataloguer entre gâteux abusé par son entourage et leader manqué à cause de son électoralisme à tout prix.

Son entourage est paradoxalement le principal héros de l’action : c’est surtout lui qu’on entend et qu’on voit et c’est du grand théâtre, alternant vaudeville et tragédie. Une cour complaisante au possible, couchée devant le grand homme, politiquement et économiquement dépendante de lui, riant servilement à ses saillies, sans hauteur de vue, l’encourageant dans son excellente opinion de lui-même sans manifester aucune distance critique face à ses débordements racistes ou sexistes… sauf quand sa crédibilité médiatique est en jeu : la seule fois où les conseillers du «président» lui disent non, c’est quand il veut élever une statue de Mao au centre de Montpellier, parce que là quand même c’est too much. Un entourage qui se donne l’illusion de contrôler la bête quand en son absence – quel courage ! – il la critique la mine sévère sur ses débordements. Mais un entourage vite ramené à la servilité en présence du leader minimo. Il est aterrant de constater la facilité avec laquelle un homme politique de ce niveau a pu se plaire à s’entourer de flatteurs et de pantins sans aucun positionnement éthique autre que l’élection à tout prix, Graal constamment rappelé dans le documentaire (véritable plaidoyer pour la limitation des mandats électoraux dans le temps). Un des échanges les plus drôles est conclu par ce silence embarrassé du publicitaire à qui l’un des «technos» de Frêche affirme en substance, avec une naïveté insondable : «Ce que j’admire dans votre métier, c’est que vous pouvez tout vendre à condition que le produit soit bon». Le seul positionnement éthique manifesté par l’entourage de Frêche n’est pas à chercher dans son discours mais dans ses mines accablées, en coulisses d’une émission de télévision où Guillaume Durand et Pascal Praud (qui sortent grandi du documentaire, on comprend mieux pourquoi ce dernier s’est fait virer de TF1) l’interrogeaient (en usant de ce droit de suite que les journalistes français n’infligent pas d’habitude à leurs camarades de classe que sont les hommes politiques) au sujet de ses déclarations du 14 novembre 2006 sur l’excès de noirs dans l’équipe de France de football, lui demandant si elles relevaient du «propos de fin de banquet» ou du «calcul». Et Georges Frêche de ne pas savoir quoi répondre, de s’enfoncer, vieillissant peut-être, désarçonné pour une fois par un journaliste qui fait son métier (à la différence de Jean-Pierre Elkabbach qui s’illustre, dans le documentaire, par sa capacité à passer la brosse à reluire). Qu’elles sont poignantes, ces mines qui regardent le sol, qui soudainement font six pieds de long.

L’autre héros paradoxal de ce documentaire, c’est le silence de Georges Frêche. Certes, on l’entend, on le voit tant et plus. Mais au fond on ne l’entend guère s’exprimer de manière authentique, intime ou convaincue. Derrière ses rodomontades et ses postures d’homme de gauche, la seule chose qui émerge, c’est sa volonté pulsionnelle de se faire élire et une vive nostalgie de sa jeunesse où il baisait beaucoup (qu’il disait). Malgré les flatteries éhontées de sa cour qui voit en lui le nouveau soleil de la gauche et de l’Occident ou peu s’en faut («Le socialisme, une idée Frêche», ose l’un d’eux sans rire pendant que l’intéressé bouffe en le regardant comme une merde), on ne l’entend pas, jamais, tenir le moindre raisonnement politique. Il dit à un moment qu’il a fait trente campagnes électorales dont trois intelligentes, les trois premières, qu’il a perdu. On se prend à rêver de ce qu’il aurait pu apporter à la gauche française, compassée à périr d’ennui, chiante au possible, s’il avait eu davantage confiance en lui – ou davantage de convictions – et tenté d’en mener une quatrième. Plus largement, on se prend à méditer sur la démocratie dont le coeur battant nous est donné à voir ici de façon peu flatteuse – «le pire des régimes à l’exception de tous les autres» selon Winston Churchill ou bien plutôt une fabrique à «médiocratie» ? -, sur le niveau affligeant du débat politique en France depuis – mettons – 2002 ou sur les difficultés de la gauche en France, en gros depuis 1983, à parler au peuple : le PS ne lui parle plus et n’obtient plus ses suffrages tout en se demandant s’il est encore de gauche, Georges Frêche lui parlait, obtenait ses suffrages et l’on se demandait s’il était encore de gauche. Ce qu’il résume assez bien, dans le documentaire, par une formule sybilline que Mitterrand n’aurait pas reniée et qui vaudrait éventuellement pour Strauss-Kahn : «Mon problème, ce n’est pas d’apparaître comme un homme de gauche. Si après quarante ans de civilités à la gauche, je ne suis pas perçu comme un homme de gauche, c’est qu’il y a des connards. Ou alors que je suis très habile. Je pencherais pour la deuxième solution.» Très habile, certainement ; trop, peut-être, car ce qu’il avoue à demi-mot dans cette phrase, c’est que lui-même ne sait plus où se positionner. L’homme qui voulut être roi des… «cons» pouvait-il vraiment, au tréfond de son cœur, en être fier ?

Un vieil homme qui se dit plusieurs fois fatigué mais que son entourage, pressé de garder places et prébendes, feint de ne pas entendre. Un vieillard claudiquant qui, le soir de sa victoire, entouré jusqu’à l’étouffement de fans multipliant les gestes de servilité, geint et demande à plusieurs reprises une chaise et sa femme, donnant l’impression d’un pantin rétif certes mais bel et bien manipulé. Piégé. Il suffit cependant de voir les mines de Raminagrobis qu’il arbore parfois comme par erreur pour être convaincu que s’il s’est entouré d’un entourage servile, c’est bien lui seul qui l’a choisi et que s’il s’est laissé piéger, c’est d’abord par lui-même.

Le PS réhabilite Georges Frêche

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LE PS RÉHABILITE GEORGES FRÊCHE

Samedi 11 décembre à Paris lors de sa «convention pour l’égalité réelle», le Parti socialiste (PS) approuvait plusieurs propositions destinées à lutter contre «les stéréotypes sexistes, racistes, homophobes ou transphobes».

Il eût dès lors été préférable que le même parti s’abstienne d’approuver, lors de la même convention, la réintégration de 41 des 58 séides de feu Georges Frêche exclus en février (les 17 restants semblant appelés à se voir proposer cette réintégration sous peu). L’intéressé s’était en effet distingué par des propos répétés qui alimentaient, à des fins électoralistes, ces mêmes «stéréotypes».

Tjenbé Rèd (association afro-caribéenne de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida) avait pu se féliciter de la cohérence retrouvée du Parti socialiste qui avait finalement opposé une liste à Georges Frêche, lors des dernières élections régionales, ou refusé l’entrée à ses partisans lors de ses dernières universités d’été.

Tjenbé Rèd regrette aujourd’hui que ce parti s’éloigne à nouveau de la cohérence face au racisme et aux autres discriminations. Alors que le racisme reste instrumentalisé par plusieurs familles politiques de droite ou d’extrême droite en France et en Europe, alors par exemple qu’on attend toujours désespérément le début de l’ombre d’une position officielle du Parti socialiste face aux propos racistes tenus par Jean-Paul Guerlain le 15 octobre à l’encontre des «nègres» (dont il ne savait pas s’ils avaient «toujours tellement travaillé»), le PS pouvait utilement se dispenser de réhabiliter ainsi, à titre posthume, l’homme qui proclamait (le 14 novembre 2006) sa «honte» et sa «peine» de voir «neuf Blacks sur onze» dans l’équipe de France de football.

Tjenbé Rèd invite le Parti socialiste à se ressaisir et à revenir à un positionnement clair et constant, aussi bien rhétorique qu’effectif, contre le racisme et les discriminations.
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Contact : David AUERBACH CHIFFRIN |
06 96 05 24 55 (Antilles) | 06 10 55 63 60 (Hexagone) | contact@tjenbered.fr

Secrétaire général adjoint du Collectifdom (Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais & Mahorais) ;
Porte-parole suppléant et membre du comité de pilotage du Raac-sida (Réseau des associations africaines & caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida) ;
Porte-parole du Collectif des ÉGOM (États généraux de l’outre-mer) dans l’Hexagone ;
Rapporteur coordinateur des ÉGOM dans l’Hexagone en 2009 ;
Rapporteur de la commission Égalité & Discriminations des ÉGOM dans l’Hexagone ;
Président de Tjenbé Rèd (Association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida) ;
Référent de Tjenbé Rèd près la Fédération française LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans)
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[1] 11 décembre 2010 – Le PS veut réintégrer des alliés de Frêche (AFP)
http://www.francesoir.fr/le-ps-veut-reintegrer-des-allies-de-freche
http://www.tjenbered.fr/2010/20101211-89.pdf

[2] 11 décembre 2010 – Convention égalité réelle – Texte adopté (Parti socialiste)
http://www.parti-socialiste.fr/articles/egalite-reelle-les-propositions-adoptees
http://www.tjenbered.fr/2010/20101211-88.pdf

[3] 23 octobre 2010 – Photographies de l’Existrans (par Tjenbé Rèd)
http://www.tjenbered.fr/2010/20101023-29.pdf
http://www.tjenbered.fr/2010/20101023-29.html

Le Pen avec nous : Beurk, sans façon

20101023-22

LE PEN AVEC NOUS ? BEURK, SANS FAÇON !

Vendredi 10 décembre à Lyon, Marine Le Pen aurait déclaré, selon les sites Internet d’information E-llico.com et 360.ch : «J’entends de plus en plus de témoignages sur le fait que dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc», en marge de sa diatribe anti-musulmane dans laquelle elle a comparé les «prières de rues» de musulmans à une «occupation» en faisant un parallèle avec la Seconde guerre mondiale.

Tjenbé Rèd (association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida) dénonce le cynisme et l’opportunisme de tels propos, pour le moins surprenants dans la bouche de cette représentante d’un parti politique d’extrême droite qui se distingue, depuis bientôt 40 ans, par ses positions constamment xénophobes, certes, mais également sexistes, homophobes ou antijuives.

Depuis bientôt 40 ans, le Front national exacerbe les divisions de la société française pour mieux s’en nourrir.

Tjenbé Rèd réaffirme son entière solidarité avec les personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) de confession musulmane, nombreuses parmi ses adhérent/es et sympathisant/es. Plus largement, Tjenbé Rèd appelle les personnes LGBT à ne pas se laisser berner par les stratégies politiciennes qui, en opposant les minorités aux minorités, visent uniquement à les maintenir toutes en marge de l’égalité républicaine.

Comme nous l’affirmons depuis notre fondation le 1er mai 2007, le combat contre les homophobies est inséparable de celui mené contre les discriminations et notamment contre les racismes.

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Contact : David AUERBACH CHIFFRIN |
06 96 05 24 55 (Antilles) | 06 10 55 63 60 (Hexagone) | contact@tjenbered.fr

Secrétaire général adjoint du Collectifdom (Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais & Mahorais) ;
Porte-parole suppléant et membre du comité de pilotage du Raac-sida (Réseau des associations africaines & caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida) ;
Porte-parole du Collectif des ÉGOM (États généraux de l’outre-mer) dans l’Hexagone ;
Rapporteur coordinateur des ÉGOM dans l’Hexagone en 2009 ;
Rapporteur de la commission Égalité & Discriminations des ÉGOM dans l’Hexagone ;
Président de Tjenbé Rèd (Association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida) ;
Référent de Tjenbé Rèd près la Fédération française LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans)
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[1] 12 décembre 2010 – Marine Le Pen se pose en défenseure des gays face aux lois religieuses musulmanes (E-llico)
http://reloaded.e-llico.com/article.htm?articleID=25556
http://www.tjenbered.fr/2010/20101212-99.pdf

[2] 13 décembre 2010 – Marine Le Pen joue les gays contre les musulmans (360°)
http://360.ch/magazine/2010/12/marine-le-pen-joue-les-gays-contre-les-musulmans/
http://www.tjenbered.fr/2010/20101213-99.pdf

[3] 23 octobre 2010 – Photographies de l’Existrans (par Tjenbé Rèd)
http://www.tjenbered.fr/2010/20101023-29.pdf
http://www.tjenbered.fr/2010/20101023-29.html

Têtu et Citégay à l’Élysée Montmartre, c’est la honte mortelle

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Têtu mon amour,

Citégay mon chéri,

J’apprends avec stupeur que vous avez organisé, hier samedi 4 décembre, une soirée LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans), dénommée «Têtu Red Tour», à l’Élysée Montmartre. Dans votre communication, vous indiquez : «Têtu Red Tour, c’est un dress-code : le rouge. Une couleur qui joue sur les paradoxes et les sentiments, évoque la passion et l’amour.»

Vous auriez pu préciser qu’il s’agit aussi d’une couleur qui évoque le sang des meurtres homophobes ou transphobes parfois commis au rythme de la musique de certains parmi les plus habitués des chanteurs à se produire dans cette salle.

L’Élysée Montmartre et le groupe Garance, auquel appartient cette salle et dont le logo figure comme un crachat sur l’affiche de cet événement, accueillent en effet fréquemment les interprètes d’appels au meurtre particulièrement explicites – et populaires, notamment en Jamaïque – à l’encontre des personnes LGBT. Un concert de Sizzla, annulé quelques jours avant, devait encore s’y tenir le 24 septembre ; Capleton, un chanteur de la même eau, s’y produisait le 13 juillet. Celui-ci est connu pour des paroles telles que «Crame les pédés, saigne-les comme des porcs», «Les sodomites et les pédés, je les flingue» ou «Enchaîne les pédés et pend-les jusqu’à ce que mort s’ensuive» ; celui-là n’est pas en reste avec des paroles telles que «Brûle ces mecs-là qui enculent des mecs, butte ces pédés».

Tout ceci, vous ne pouvez évidemment l’ignorer, puisqu’il s’agit d’une actualité que vous avez abondamment couverte ces dernières années. Vous ne pouvez également ignorer que le groupe Garance s’est toujours signalé sur le sujet par son mutisme voire son cynisme, se bornant à constater que les chanteurs en question n’auraient jamais interprété ces paroles «sur une scène française» (comme si, à supposer vraie cette assertion, les droits humains ne valaient qu’en France et n’étaient d’aucune utilité au-delà de nos frontières… rhétorique assez à la mode, il est vrai).

Vendredi, la veille de votre soirée «rouge», un membre éminent de la communauté LGBT locale était retrouvé mort, poignardé, à Saint-Andrew, Jamaïque. Votre soirée lui faisait – comment dire ? – un étonnant et singulier hommage.