
STOP MURDER MUSIC FRANCE : SE DÉCLARER OUVERT AU DIALOGUE EST UNE BONNE CHOSE ; OUVRIR LE DIALOGUE, UNE MEILLEURE ENCORE
(Soutenant la campagne internationale Stop Murder Music, un élu communiste parisien, Ian Brossat, a dénoncé les appels au meurtre lancés par le chanteur Sizzla à l’encontre des homosexuels. L’équipe du site Reggaefrance.com a pris la défense de ce chanteur en postant des commentaires sur plusieurs autres sites, notamment le site d’extrême-droite Nationspresse.info. Dans une contribution diffusée sur le site participatif Lepost.fr, l’association afro-caribéenne Tjenbé Rèd s’est étonnée d’une approche si surprenante, en des termes qui ont conduit Reggaefrance à rappeler son attachement au dialogue. Tjenbé Rèd a retiré sa contribution et propose à Reggaefrance de rouvrir effectivement le dialogue, tout en rappelant certains faits)
Communication n°TR10INT11L
Paris, jeudi 30 septembre 2010 FR
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I. Se déclarer ouvert au dialogue est une bonne chose ; ouvrir le dialogue, une meilleure encore. Avant d’illustrer cette maxime, il convient de rappeler que Tjenbé Rèd, association afro-caribéenne de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida, est depuis sa fondation le 1er mai 2007 partie prenante de la campagne internationale Stop Murder Music (SMM) [sources n°1]. Ce style de musique est incarné par des chanteurs de reggae dancehall comme Sizzla ou Capleton, qui appellent régulièrement au meurtre des personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) [s. 2]. Les 19 et 23 août encore, Tjenbé Rèd publiait ainsi deux communications intitulées respectivement Un concert du chanteur homophobe Sizzla annulé [s. 3A] et Droit de réponse au Midi libre suite à son article du 18 août 2010 sur Sizzla et les «lobbies gays» [s. 3B]. Ces communications trouvaient un écho et, les 20 et 25 août, le site Internet d’information Yagg.com publiait deux articles intitulés respectivement Le concert de Sizzla à Palavàs-les-Flots est annulé [s. 4A] et Concert de Sizzla : Tjenbé Rèd répond à «Midi Libre» [s. 4B]. Vendredi 3 septembre, alerté par ces articles, Monsieur Ian BROSSAT, président du groupe des éluEs communistes et des éluEs du Parti de gauche au Conseil de Paris, lui-même élu du XVIIIème arrondissement de la capitale, signait un communiqué de presse intitulé : Un chanteur de reggae homophobe à l’Élysée Montmartre ? [s. 5, note 2B] Dès lors, le quotidien Le Parisien publiait mardi 7 septembre un article consécutif notamment à ce dernier communiqué, intitulé : Les opposants au chanteur de reggae Sizzla haussent le ton. Plusieurs médias évoquaient ensuite l’affaire et notamment le site Internet Nationspresse.info, ostensiblement proche du Front national, qui mettait en ligne un article intitulé : La «liberté d’expression artistique», selon les communistes de Paris [s. 5].
Deux jours plus tard, jeudi 9 septembre, les responsables du site Internet Reggaefrance.com – dont on pourrait se demander ce qu’ils venaient faire dans cette histoire, n’ayant pas spécialement été cités récemment – prenaient la défense de Sizzla en postant sur ce site d’extrême-droite le commentaire repris, tel quel, comme suit : «Pour rappel des faits, Sizzla à signé en 2007 le Reggae Compassinonate Act, s’engageant de fait à ne plus proférer ce genre de textes, et à sortir les morceaux concernés de son repertoire, faisant ainsi amende honorable,/ Pensez-vous réelement faire évoluer la situation Jamaicaine dans le bon sens en poussant tout bonnement et simplement à l’annulation des concerts d’un artiste aujourd’hui rangé, jetant ainsi de l’huile sur le feu alors que la médiation fonctionne depuis maintenant 3 ans et que le débat fait son bout de chemin en Jamaique ? quel impact pensez vous que ce genre d’action pourrait avoir sur le peuple Jamaïquain à part accentuer les tensions entre communautés ? On ne peut chercher à lutter contre l’intolérance par l’intolérance… en encore moins condamner quelqu’un par anticipation de ce qu’il pourrait potentiellement faire…» [s. 6]
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II. Le lendemain vendredi 10 septembre sur le site Internet Lepost.fr, Tjenbé Rèd s’étonnait dans une contribution satirique de cette approche pour le moins surprenante : qu’un site Internet, a priori d’information, s’adressant a priori au public de certains chanteurs homophobes, certes, mais nègres, aille ainsi s’efforcer de convaincre un public a priori homophobe, certes, mais également foncièrement raciste, cela était en effet pour le moins saisissant. Reggaefrance a lancé un appel au dialogue [s. 7] ; nous avons retiré cette contribution ; il n’est donc pas d’objet ici de rappeler ses termes précis, même s’il reste possible de rappeler certains arguments.
1°) Que des chanteurs comme Sizzla ou Capleton appellent régulièrement au massacre des personnes LGBT est prouvé par de multiples extraits de leurs chansons, performances ou déclarations (ainsi encore de Sizzla qui, le 1er avril, parlait d’elles comme de choses – «it» – et les qualifiait de «corruption» ou, le 25 décembre 2007, interprétait To The Point, charmante comptine dans laquelle il se propose notamment de «butter les pédés avec un flingue») [s. 8, nn. 2 et 6].
2°) Sizzla n’a pas signé le RCA. Les appels au meurtre des personnes LGBT n’ont pas disparu de son répertoire chanté ou commercialisé. Il n’a pas fait «amende honorable». Le bruit en a couru et il en court encore, un fac-similé prétendument signé de sa main a circulé sur Internet, portant date du 15 avril 2007, nous avons cru nous-mêmes à son authenticité mais voilà : le grand homme a déclaré le 26 février dernier qu’il n’avait «signé aucun papier» – au reste, il avait déjà enfreint le RCA en mai, juin, juillet et décembre 2007 et l’a encore enfreint en avril dernier [s. 8, n. 6]. Mais alors, pourquoi ses partenaires commerciaux continuent-ils à dire et répéter qu’il l’a signé ? Tout simplement parce qu’ils espèrent que des personnes vont le croire au lieu de croire les associations de défense des droits humains, lesquelles ne rappellent que la triste réalité des faits. N’est-ce pas l’un des principes de la propagande que de répéter inlassablement une contre-vérité en espérant qu’une part suffisante de l’auditoire finira par la considérer comme vraie ?
3°) L’annulation de concerts n’a jamais été notre priorité. Nous informons l’opinion publique des propos des chanteurs considérés, de leurs appels au meurtre ; certainEs responsables culturels, économiques ou politiques prennent leurs responsabilités, affirment leur respect des droits humains et refusent de se compromettre avec ces artistes. Nous rappelons cependant de manière constante que notre priorité est la signature et le respect du RCA.
4°) Notre action est parfaitement adaptée à la réalité jamaïcaine pour deux raisons. D’abord, nous sommes une association afro-caribéenne et connaissons le contexte antillais. Ensuite et surtout, la coalition internationale SMM est présidée par l’association jamaïcaine J-Flag (Jamaica Forum for Lesbians, Allsexuals & Gays) qui décide de ses orientations et valide constamment les initiatives menées autour la planète dans ce cadre – notamment les nôtres. Nous sommes ainsi des mandataires et J-Flag, dont les membres vivent sur place et connaissent parfois la violence et l’assassinat, notre mandant [s. 9].
5°) La campagne SMM dans laquelle nous nous inscrivons est, faut-il le rappeler, internationale. Elle n’a donc pas pour objet d’obtenir que les chanteurs suivis épargnent aux seules oreilles françaises leurs appels au meurtre. Il n’y a pas deux définitions des droits humains, une pour la France et une pour le reste du monde : c’est bien dans le monde entier que l’opinion publique doit être informée, par les moyens démocratiques à notre disposition, des appels au meurtre de ces chanteurs.
6°) Nous n’avons connaissance d’aucune négociation en cours avec Sizzla sur l’homophobie. Nous avons prouvé notre capacité à mener ou accompagner de telles négociations : le chanteur Vybz Kartel vient ainsi de signer le RCA [s. 10]. Reggaefrance indique conduire un «dialogue» et une «médiation» avec les artistes concernés, réfutant tout «désaccord de fond sur l’homophobie» avec notre association [s. 7]. Fort bien : nous sommes disposéEs à rencontrer Reggaefrance afin de prendre connaissance du calendrier, des avancées et des perspectives de ce dialogue et de cette médiation. Si les avancées et perspectives en question nous paraissent réelles et sérieuses, nous pourrions alors envisager de les accompagner de façon appropriée.
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III. Reggaefrance, qui se définit pour autant comme une «SARL et marque commerciale» [s. 7], proclame son attachement au dialogue et à la médiation ? Chiche ! Jusqu’à présent, nos appels en ce sens n’avaient pas trouvé grand écho de son côté, notamment les quelque neuf appels publics lancés en ce sens en 2008 [ss. 11]. Une chose nous inquiète cependant dans le droit de réponse diffusé par Reggaefrance lundi 13 septembre : elle y considère qu’il est de sa mission d’apporter des précisions très diverses en faveur des chanteurs considérés, sur des sites Internet comme Têtu.com, Yagg.com, Megados.com ou… Nationspresse.info, ce «sans préjuger de leur couleur politique». Précisons que les deux premiers sont des sites d’information journalistique de qualité, engagés dans la défense des droits humains ; que le troisième semble un site d’information people relativement apolitique ; que le quatrième… nous l’avons vu. Est-ce à dire qu’aux yeux de Reggaefrance, la défense des droits humains, celle du vide cérébral ou celle de la torture en Algérie – par exemple – seraient des «couleurs politiques» relatives voire équivalentes ? Voilà qui viendrait malencontreusement contredire l’engagement autoproclamé de Reggaefrance contre l’homophobie. Une rencontre pourtant prometteuse avec son directeur, le 1er novembre 2008 entre 18h00 et 20h00, est restée sans suite malgré nos propositions d’accord et nos relances [s. 12]. Il reste possible de repartir sur cette base. Nous n’y sommes pas ferméEs. Notre numéro de téléphone (06 10 55 63 60) n’a pas changé, notre adresse électronique (tjenbered@hotmail.fr) non plus.
À cet égard, le fait que Reggaefrance non seulement censure désormais systématiquement les informations contradictoires que nous apportons à ses lecteurs, sur le forum qu’il place à leur disposition, mais encore ait mis en place un programme informatique qui dévie automatiquement les consultations de son site effectuées depuis notre siège social vers le site Internet de… Têtu (!) ne semble pas la preuve par excellence de la volonté de dialogue affichée.
One love, c’est maintenant !
Pour Tjenbé Rèd (Association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida),
le président, David AUERBACH CHIFFRIN
06 10 55 63 60 (Hexagone)
06 96 05 24 55 (Antilles)
Télécopie : 01 76 50 59 79
contact@tjenbered.fr
Secrétaire général adjoint du Collectifdom (Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais & Mahorais) ;
Porte-parole suppléant et membre du comité de pilotage du Raac-sida (Réseau des associations africaines & caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida) ;
Porte-parole du Collectif des ÉGOM (États généraux de l’outre-mer) dans l’Hexagone ;
Rapporteur coordinateur des ÉGOM dans l’Hexagone en 2009 ;
Rapporteur de la commission Égalité & Discriminations des ÉGOM dans l’Hexagone ;
Président de Tjenbé Rèd (Association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida) ;
Référent de Tjenbé Rèd près la Fédération française LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans)
- Par David Auerbach Chiffrin, citoyen français, fondateur de Tjenbé Rèd, association de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida en Outre-Mer et dans l’Hexagone |
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STOP MURDER MUSIC FRANCE (MONTPELLIER) :
Je monte aujourd’hui dans le métro vers 16 heures, ligne 2, station Barbès à Paris. Un jeune homme monte peu après moi, noir et superbe. Tout me porte naturellement à regarder cet être raffiné lorsqu’il entame une conversation sur son téléphone. Il est visiblement question d’un rendez-vous manqué avec l’un de ses amis, il lui dit alors, au milieu d’autres propos : «T’es un pédé !» – Je chois. Laisser pisser comme bien souvent lorsque j’entends cette expression qui sert de virgule à beaucoup ? Je reviens d’un entretien avec des syndicalistes de la CFDT au sujet d’un jeune homme victime de harcèlement homophobe sur son lieu de travail. Je me sens alors, cette fois, tenu à un peu d’interventionnisme. Je prends mon courage (seulement, hélas) à deux mains et lui dis : «Pardon, Monsieur, puis-je vous demander ce que vous entendez par l’expression “T’es un pédé !” ?» – Surprise de l’interpellé qui reste doux, ouf : «Rien, rien…» – Moi, d’insister : «Ah bon, vous n’aviez pas d’intention péjorative en utilisant cette expression ?» – Lui, surpris toujours : «Non, non.» – Je n’ai pas dit qu’homosexuel j’étais, en était-ce besoin ? Qu’en penses-tu, ami lecteur ?




