Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

Stop Murder Music France : Se déclarer ouvert au dialogue est une bonne chose ; ouvrir le dialogue, une meilleure encore

20100713-84

STOP MURDER MUSIC FRANCE : SE DÉCLARER OUVERT AU DIALOGUE EST UNE BONNE CHOSE ; OUVRIR LE DIALOGUE, UNE MEILLEURE ENCORE

(Soutenant la campagne internationale Stop Murder Music, un élu communiste parisien, Ian Brossat, a dénoncé les appels au meurtre lancés par le chanteur Sizzla à l’encontre des homosexuels. L’équipe du site Reggaefrance.com a pris la défense de ce chanteur en postant des commentaires sur plusieurs autres sites, notamment le site d’extrême-droite Nationspresse.info. Dans une contribution diffusée sur le site participatif Lepost.fr, l’association afro-caribéenne Tjenbé Rèd s’est étonnée d’une approche si surprenante, en des termes qui ont conduit Reggaefrance à rappeler son attachement au dialogue. Tjenbé Rèd a retiré sa contribution et propose à Reggaefrance de rouvrir effectivement le dialogue, tout en rappelant certains faits) 

Communication n°TR10INT11L
Paris, jeudi 30 septembre 2010                                                                                                             FR

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I. Se déclarer ouvert au dialogue est une bonne chose ; ouvrir le dialogue, une meilleure encore. Avant d’illustrer cette maxime, il convient de rappeler que Tjenbé Rèd, association afro-caribéenne de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida, est depuis sa fondation le 1er mai 2007 partie prenante de la campagne internationale Stop Murder Music (SMM) [sources n°1]. Ce style de musique est incarné par des chanteurs de reggae dancehall comme Sizzla ou Capleton, qui appellent régulièrement au meurtre des personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) [s. 2]. Les 19 et 23 août encore, Tjenbé Rèd publiait ainsi deux communications intitulées respectivement Un concert du chanteur homophobe Sizzla annulé [s. 3A] et Droit de réponse au Midi libre suite à son article du 18 août 2010 sur Sizzla et les «lobbies gays» [s. 3B]. Ces communications trouvaient un écho et, les 20 et 25 août, le site Internet d’information Yagg.com publiait deux articles intitulés respectivement Le concert de Sizzla à Palavàs-les-Flots est annulé [s. 4A] et Concert de Sizzla : Tjenbé Rèd répond à «Midi Libre» [s. 4B]. Vendredi 3 septembre, alerté par ces articles, Monsieur Ian BROSSAT, président du groupe des éluEs communistes et des éluEs du Parti de gauche au Conseil de Paris, lui-même élu du XVIIIème arrondissement de la capitale, signait un communiqué de presse intitulé : Un chanteur de reggae homophobe à l’Élysée Montmartre ? [s. 5, note 2B] Dès lors, le quotidien Le Parisien publiait mardi 7 septembre un article consécutif notamment à ce dernier communiqué, intitulé : Les opposants au chanteur de reggae Sizzla haussent le ton. Plusieurs médias évoquaient ensuite l’affaire et notamment le site Internet Nationspresse.info, ostensiblement proche du Front national, qui mettait en ligne un article intitulé : La «liberté d’expression artistique», selon les communistes de Paris [s. 5].

 

Deux jours plus tard, jeudi 9 septembre, les responsables du site Internet Reggaefrance.com – dont on pourrait se demander ce qu’ils venaient faire dans cette histoire, n’ayant pas spécialement été cités récemment – prenaient la défense de Sizzla en postant sur ce site d’extrême-droite le commentaire repris, tel quel, comme suit : «Pour rappel des faits, Sizzla à signé en 2007 le Reggae Compassinonate Act, s’engageant de fait à ne plus proférer ce genre de textes, et à sortir les morceaux concernés de son repertoire, faisant ainsi amende honorable,/ Pensez-vous réelement faire évoluer la situation Jamaicaine dans le bon sens en poussant tout bonnement et simplement à l’annulation des concerts d’un artiste aujourd’hui rangé, jetant ainsi de l’huile sur le feu alors que la médiation fonctionne depuis maintenant 3 ans et que le débat fait son bout de chemin en Jamaique ? quel impact pensez vous que ce genre d’action pourrait avoir sur le peuple Jamaïquain à part accentuer les tensions entre communautés ? On ne peut chercher à lutter contre l’intolérance par l’intolérance… en encore moins condamner quelqu’un par anticipation de ce qu’il pourrait potentiellement faire…» [s. 6]

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II. Le lendemain vendredi 10 septembre sur le site Internet Lepost.fr, Tjenbé Rèd s’étonnait dans une contribution satirique de cette approche pour le moins surprenante : qu’un site Internet, a priori d’information, s’adressant a priori au public de certains chanteurs homophobes, certes, mais nègres, aille ainsi s’efforcer de convaincre un public a priori homophobe, certes, mais également foncièrement raciste, cela était en effet pour le moins saisissant. Reggaefrance a lancé un appel au dialogue [s. 7] ; nous avons retiré cette contribution ; il n’est donc pas d’objet ici de rappeler ses termes précis, même s’il reste possible de rappeler certains arguments.

 

1°) Que des chanteurs comme Sizzla ou Capleton appellent régulièrement au massacre des personnes LGBT est prouvé par de multiples extraits de leurs chansons, performances ou déclarations (ainsi encore de Sizzla qui, le 1er avril, parlait d’elles comme de choses – «it» – et les qualifiait de «corruption» ou, le 25 décembre 2007, interprétait To The Point, charmante comptine dans laquelle il se propose notamment de «butter les pédés avec un flingue») [s. 8, nn. 2 et 6].

 

2°) Sizzla n’a pas signé le RCA. Les appels au meurtre des personnes LGBT n’ont pas disparu de son répertoire chanté ou commercialisé. Il n’a pas fait «amende honorable». Le bruit en a couru et il en court encore, un fac-similé prétendument signé de sa main a circulé sur Internet, portant date du 15 avril 2007, nous avons cru nous-mêmes à son authenticité mais voilà : le grand homme a déclaré le 26 février dernier qu’il n’avait «signé aucun papier» – au reste, il avait déjà enfreint le RCA en mai, juin, juillet et décembre 2007 et l’a encore enfreint en avril dernier [s. 8, n. 6]. Mais alors, pourquoi ses partenaires commerciaux continuent-ils à dire et répéter qu’il l’a signé ? Tout simplement parce qu’ils espèrent que des personnes vont le croire au lieu de croire les associations de défense des droits humains, lesquelles ne rappellent que la triste réalité des faits. N’est-ce pas l’un des principes de la propagande que de répéter inlassablement une contre-vérité en espérant qu’une part suffisante de l’auditoire finira par la considérer comme vraie ?

 

3°) L’annulation de concerts n’a jamais été notre priorité. Nous informons l’opinion publique des propos des chanteurs considérés, de leurs appels au meurtre ; certainEs responsables culturels, économiques ou politiques prennent leurs responsabilités, affirment leur respect des droits humains et refusent de se compromettre avec ces artistes. Nous rappelons cependant de manière constante que notre priorité est la signature et le respect du RCA.

 

4°) Notre action est parfaitement adaptée à la réalité jamaïcaine pour deux raisons. D’abord, nous sommes une association afro-caribéenne et connaissons le contexte antillais. Ensuite et surtout, la coalition internationale SMM est présidée par l’association jamaïcaine J-Flag (Jamaica Forum for Lesbians, Allsexuals & Gays) qui décide de ses orientations et valide constamment les initiatives menées autour la planète dans ce cadre – notamment les nôtres. Nous sommes ainsi des mandataires et J-Flag, dont les membres vivent sur place et connaissent parfois la violence et l’assassinat, notre mandant [s. 9].

 

5°) La campagne SMM dans laquelle nous nous inscrivons est, faut-il le rappeler, internationale. Elle n’a donc pas pour objet d’obtenir que les chanteurs suivis épargnent aux seules oreilles françaises leurs appels au meurtre. Il n’y a pas deux définitions des droits humains, une pour la France et une pour le reste du monde : c’est bien dans le monde entier que l’opinion publique doit être informée, par les moyens démocratiques à notre disposition, des appels au meurtre de ces chanteurs.

 

6°) Nous n’avons connaissance d’aucune négociation en cours avec Sizzla sur l’homophobie. Nous avons prouvé notre capacité à mener ou accompagner de telles négociations : le chanteur Vybz Kartel vient ainsi de signer le RCA [s. 10]. Reggaefrance indique conduire un «dialogue» et une «médiation» avec les artistes concernés, réfutant tout «désaccord de fond sur l’homophobie» avec notre association [s. 7]. Fort bien : nous sommes disposéEs à rencontrer Reggaefrance afin de prendre connaissance du calendrier, des avancées et des perspectives de ce dialogue et de cette médiation. Si les avancées et perspectives en question nous paraissent réelles et sérieuses, nous pourrions alors envisager de les accompagner de façon appropriée.

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III. Reggaefrance, qui se définit pour autant comme une «SARL et marque commerciale» [s. 7], proclame son attachement au dialogue et à la médiation ? Chiche ! Jusqu’à présent, nos appels en ce sens n’avaient pas trouvé grand écho de son côté, notamment les quelque neuf appels publics lancés en ce sens en 2008 [ss. 11]. Une chose nous inquiète cependant dans le droit de réponse diffusé par Reggaefrance lundi 13 septembre : elle y considère qu’il est de sa mission d’apporter des précisions très diverses en faveur des chanteurs considérés, sur des sites Internet comme Têtu.com, Yagg.com, Megados.com ou… Nationspresse.info, ce «sans préjuger de leur couleur politique». Précisons que les deux premiers sont des sites d’information journalistique de qualité, engagés dans la défense des droits humains ; que le troisième semble un site d’information people relativement apolitique ; que le quatrième… nous l’avons vu. Est-ce à dire qu’aux yeux de Reggaefrance, la défense des droits humains, celle du vide cérébral ou celle de la torture en Algérie – par exemple – seraient des «couleurs politiques» relatives voire équivalentes ? Voilà qui viendrait malencontreusement contredire l’engagement autoproclamé de Reggaefrance contre l’homophobie. Une rencontre pourtant prometteuse avec son directeur, le 1er novembre 2008 entre 18h00 et 20h00, est restée sans suite malgré nos propositions d’accord et nos relances [s. 12]. Il reste possible de repartir sur cette base. Nous n’y sommes pas ferméEs. Notre numéro de téléphone (06 10 55 63 60) n’a pas changé, notre adresse électronique (tjenbered@hotmail.fr) non plus.

 

À cet égard, le fait que Reggaefrance non seulement censure désormais systématiquement les informations contradictoires que nous apportons à ses lecteurs, sur le forum qu’il place à leur disposition, mais encore ait mis en place un programme informatique qui dévie automatiquement les consultations de son site effectuées depuis notre siège social vers le site Internet de… Têtu (!) ne semble pas la preuve par excellence de la volonté de dialogue affichée.

 

One love, c’est maintenant !

 

Pour Tjenbé Rèd (Association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida),
le président, David AUERBACH CHIFFRIN
06 10 55 63 60 (Hexagone)
06 96 05 24 55 (Antilles)
Télécopie : 01 76 50 59 79
contact@tjenbered.fr


Secrétaire général adjoint du Collectifdom (Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais & Mahorais) ;
Porte-parole suppléant et membre du comité de pilotage du Raac-sida (Réseau des associations africaines & caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida) ;
Porte-parole du Collectif des ÉGOM (États généraux de l’outre-mer) dans l’Hexagone ;
Rapporteur coordinateur des ÉGOM dans l’Hexagone en 2009 ;
Rapporteur de la commission Égalité & Discriminations des ÉGOM dans l’Hexagone ;
Président de Tjenbé Rèd (Association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida) ;
Référent de Tjenbé Rèd près la Fédération française LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans)

Sizzla, des appels au meurtre aux concerts annulés (Droit de réponse au Midi libre)

20100713-84STOP MURDER MUSIC FRANCE (MONTPELLIER) :
SIZZLA, DES APPELS AU MEURTRE AUX CONCERTS ANNULÉS

(Second droit de réponse au Midi libre suite à son article du 24 septembre 2010 sur la quatrième annulation d’un concert de Sizzla en cinq semaines)

Communication n°TR10INT11K
Paris, mardi 28 septembre 2010
Lettre recommandée avec accusé de réception  FR

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Messieurs,

Conformément à l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, nous vous prions de publier ce nouveau droit de réponse.

I. Dans un article anonyme daté du 24 septembre 2010 [source 1], vous tenez notamment les propos suivants : «Depuis plusieurs semaines, une association [s. 2] de lutte contre l’homophobie, partie une nouvelle fois en croisade contre la venue d’un chanteur jamaïcain (Sizzla en l’occurrence), malgré les engagements de l’artiste à ne plus déraper sur les homosexuels, demandait à Hélène Mandroux l’annulation du concert, prévu hier soir.»

Nous vous laissons la responsabilité du terme de «croisade», historiquement lié à plusieurs invasions sanglantes du Proche-Orient et de l’Empire romain d’Orient par certains des États successeurs de l’Empire romain d’Occident.

Nous réfutons de nouveau l’erreur qui vous permet, le 18 août [s. 3A] comme le 24 septembre [s. 1], de présenter Sizzla comme s’étant «engagé à ne plus déraper sur les homosexuels», ce qui est doublement inexact. D’abord, ce brave homme n’a pas «dérapé», il a de manière répétée appelé au meurtre de deux catégories de personnes, les blanches et les homosexuelles : qualifier de simple «dérapage» une série d’appels au meurtre de masse relève d’une étrange forme de tolérance. Ensuite, Sizzla ne s’est jamais engagé à ne plus interpréter de telles paroles ou n’a jamais assumé ni respecté un tel engagement : vous en avez reçu, dans notre droit de réponse du 23 août [s. 3B, note 6], une liste de preuves. Nous vous invitons d’ailleurs à répondre à cette question : une erreur répétée malgré la démonstration de la preuve contraire ne constitue-t-elle pas un mensonge ?

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II. Vous ajoutez : «Cette association ne s’est pas renseignée sur la tenue effective du concert [...] : la date est annulée depuis quinze jours pour un souci avec le tourneur européen de Sizzla…» [s. 1].

Vous posez là deux affirmations difficiles à démontrer. D’abord, contrairement à ce que vous affirmez, nous nous sommes renseignéEs sur la tenue effective du concert prévu le 23 courant : le jour même encore, les billets de ce concert restaient disponibles à la vente sur plusieurs sites Internet. Ce n’est que la nuit suivante, après sa tenue annoncée, qu’il y a été indiqué comme annulé. Ensuite, vous avancez sans preuve que le motif de cette annulation était pour ainsi dire économique. Nous constatons pour notre part que quatre concerts de Sizzla ont été annulés en France et en Belgique depuis le 21 août [ss. 2C, E, H, L] alors même qu’une campagne interassociative particulièrement vigilante alertait l’opinion publique et les responsables politiques et économiques dans ces deux pays [ss. 2 et 4]. Nous observons également qu’il est fort rare qu’un artiste justifie spontanément l’annulation de ses concerts par des motifs économiques. L’entourage de Sizzla, par exemple, n’a pas hésité à nous imputer l’annulation de plusieurs dates en 2008, alors qu’en réalité il avait été refoulé aux frontières de la zone Shengen en raison d’un visa invalide [s. 3B, nn. 4 et 5] : puisque ces chanteurs peuvent nous imputer la responsabilité de certaines annulations liées en réalité à des soucis de gestion, ils peuvent tout aussi bien imputer à des soucis de gestion d’autres annulations liées en réalité à la campagne Stop Murder Music (SMM).

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III. C’est malheureusement la seconde fois en cinq semaines que nous devons invoquer notre droit de réponse et rectifier vos erreurs.

Nous devons remarquer que vous formulez ces erreurs en utilisant un vocabulaire relevant de l’opinion, pour ne pas dire de la volonté de désinformation, davantage que de l’information : «polémique», «croisade», «lobby» (lequel ne nous fait point rougir mais relève dans notre pays d’un registre notoirement connoté), «dégénérescence», «irréconciliables»…

Nous devons également remarquer que si, le 18 août [s. 3A], vous avez prétendu que nous aurions été «injoignables» pour éviter de nous donner la parole et mieux présenter une version outrancière de nos positions, vous utilisez cette fois [s. 1] un autre subterfuge : éviter purement et simplement de nous nommer. La jurisprudence ignore ce paravent en donnant toute sa vigueur au texte de l’article 13 précité, lequel prévoit que le directeur de la publication sera tenu d’insérer dans les trois jours de leur réception les réponses de toute personne nommée «ou désignée» (nous soulignons) [ss. 1 et 2].

Avez-vous d’une façon ou d’une autre partie liée avec des acteurs économiques ou culturels proches de Sizzla ou d’autres interprètes de murder music ? Alors que le traitement partiel et partial que vous apportez à cette actualité récente nous le laisserait penser, nous réaffirmons nos positions et saluons de nouveau celles exprimées avec force et dignité par Madame Hélène MANDROUX, maire de Montpellier [s. 2L], ou Monsieur Michel PASSET, deuxième adjoint au maire, président du groupe communiste au conseil municipal [s. 2J]. Nous portons de nouveau à votre connaissance, par la présente, les preuves sur lesquelles ces positions s’appuient [notamment : s. 3B, n. 6]. Continuer à vouloir disqualifier ces positions en les rapportant de façon biaisée ou tronquée faute de pouvoir les réfuter, voilà une attitude qui porterait plusieurs noms mais difficilement celui de journalisme : la Charte des devoirs professionnels des journalistes français notamment stipule qu’un journaliste «digne de ce nom… tient la calomnie, les accusations sans preuves, l’altération des documents, la déformation des faits, le mensonge pour les plus graves fautes professionnelles… tient le scrupule et le souci de la justice pour des règles premières…» [s. 5A]. En même sens, la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes vous ferait obligation de «ne pas supprimer les informations essentielles et ne pas altérer les textes et les documents» ou de «rectifier toute information publiée qui se révèle inexacte» [s. 5B].

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IV. On pourrait laisser le dernier mot à vos lecteursTRICES, bien que les contributions qu’ils et elles ont laissées sur votre forum à la suite de votre article du 18 août [s. 3A] aient opportunément disparues de votre site Internet. Nous en avions cependant conservées quelques-unes dont suivent ces extraits, orthographe normalisée (pour leur bonne compréhension, précisons que ce premier article était signé E. V. et Y. P.).

«La demande des organisations LGBT était simple : signer le Reggae Compassionate Act et le respecter dans TOUS LES PAYS, ce que Sizzla n’a pas fait. Après l’avoir signé pour des raisons monétaires (quel rasta !), il s’est empressé de ridiculiser le traité en chantant à chaque soir de sa tournée européenne Nah Apologize. Ça ne fait pas 10 ans que Sizzla a fait sa dernière chanson qui promeut la violence envers les hommes gais. Je me rappelle justement la chanson HEAD OUT qui date de 4 ans, où il dit qu’il faut arracher la tête des gais et que leurs cerveaux vont couler. Si les autorités aux douanes faisaient leur job comme il faut, les associations LGBT n’auraient même pas besoin de dépenser de l’énergie sur ce sujet. Voici le site web que j’ai fait pour faire réféchir sur cette vague de haine homophobe qui est un problème très concret dans les Caraïbes et ailleurs dans le monde. Les chansons ne tuent pas mais elles renforcent les préjugés haineux. Imaginez un enfant qui grandit en Jamaique et qui entend en boucle à la radio que c’est cool de tuer les gais. Voici le site web : www.soulrebels.org/dancehall.htm» (Christian, le 29 août à 17h15)

«L’utilisation de l’expression “lobby gay” suffit à discréditer l’ensemble des propos tenus ici : pourquoi faut-il toujours que les associations gays et lesbiennes soient étiquetées ainsi ? C’est un mot qui charrie des fantasmes, des peurs voire des parfums nauséabonds de conspirationnisme bas de gamme. Qu’un bloggeur parle en ces termes, passe encore, mais que des journalistes utilisent des expressions aussi idéologiquement chargées, qui éloignent forcément d’un traitement juste de l’information, c’est assez troublant.» (Sylvain, le 24 août à 9h37)

«Sizzla ne veut pas seulement tuer les homos mais également les blancs qui vivent en Jamaïque. Quant à ceux qui disent que son discours a changé, ils se mettent un doigt dans l’oeil puisque celui-ci a annoncé au cours de plusieurs concerts qu’il ne présenterait pas d’excuses. Il se modère seulement pour pouvoir tenir des concerts en Europe pour que des gogols lui remplissent les fouilles.» (Meneldil, le 23 août à 14h52)

«Midi libre fait une belle pub gratuite au niveau régional pour ce chanteur» (Sadeka, le 22 août à 21h21)

«Je découvre cette affaire et suis complètement horrifié ; Déjà par l’article en lui-même qui est complètement orienté par celui qui l’a écrit ; On pourrait lire entre les lignes : le gentil rappeur contre ces gays intolérants ; et quand EV et YP concluent par “deux mondes irréconciliables”, ils n’ont qu’à faire un VRAI travail de journaliste et se rendre en Jamaïque» (Eccehomo, le 22 août à 10h05)

«Immonde cet article puant l’homophobie» (Caroline, le 22 août à 1h35)

«Une chanson qui dirait : tuez les noirs, tuez les femmes, tuez les musulmans etc. ça ne passerait pas. Mais là, comme on parle d’homophobie, c’est moins grave, bien sûr… Apparemment, il y a une hiérarchie de la haine.» (Lol, le 21 août à 18h33)

«Non seulement j’admire le courage des journalistes de se cacher derrière leurs initiales mais sans même parler du contenu de l’article rien que le titre me choque !! “Les lobbies gays”, je trouve aberrant un tel titre !! Pensez vous réellement que, si quelques associations pouvaient être qualifiées de lobbies, nous continuerions à nous battre sans cesse contre l’homophobie… et puis pour parler du contenu de cet article on a pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr comme on dit chez moi pour comprendre que votre ligne éditoriale, dans le cas présent, me fait totalement penser à une homophobie latente, soit de vous chers “E.V. et Y.P.”, soit même directement de toute la rédaction… Quand on prend le parti d’un “artiste” homophobe… Bref, un lecteur passagèrement (puisque habitué) agacé et remonté par vos propos. Cesar Montesardo ou comme vous le faites si bien C.M.» (Le 21 août à 16h40)

Sincèrement,

Pour Tjenbé Rèd (Association afro-caribéenne de lutte contre les homophobies, les racismes & le sida),
le président, David AUERBACH CHIFFRIN
06 10 55 63 60 (Hexagone)
06 96 05 24 55 (Antilles)
Télécopie : 01 76 50 59 79
contact@tjenbered.fr

Secrétaire général adjoint du Collectifdom (Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais & Mahorais) ;
Porte-parole suppléant et membre du comité de pilotage du Raac-sida (Réseau des associations africaines & caribéennes agissant en France dans la lutte contre le sida) ;
Porte-parole du Collectif des ÉGOM (États généraux de l’outre-mer) dans l’Hexagone ;
Rapporteur coordinateur des ÉGOM dans l’Hexagone en 2009 ;
Rapporteur de la commission Égalité & Discriminations des ÉGOM dans l’Hexagone

Droit de réponse de Reggaefrance.com

Messieurs,

Conformément à l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, nous vous demandons de publier dans les meilleurs délais le présent droit de réponse à l’article intitulé «  Reggaefrance.com drague les fachos » publié sur le blog « Outre-Mer & Pairs » (copie en PJ) hébergé par Tetu.com, une copie de la présente demande de droit de réponse a été envoyée ce jour par LETTRE RECOMMANDE A/R à l’association Tjenbé rèd, au directeur de publication de Têtu ainsi qu’a la société Typhon, hébergeur du site web Tetu.com et donc du dit blog :
Le vendredi 10 septembre 2010, l’association Tjenbé Rèd a publié sur le TETU.COM un article intitulé « Reggaefrance.com drague les fachos ». Cet article comporte des informations erronées, ainsi que des allégations ayant une volonté affichée de nuire à la réputation et à l’image de Reggaefrance.com (SARL et marque commerciale), ce qui justifie à nos yeux son retrait du site et la publication d’un droit de réponse.

L’association Tjenbé Rèd affirme tout d’abord que nous sommes « toujours très proches de chanteurs comme Sizzla, Capleton ou Vybz Kartel qui appellent régulièrement au massacre des homosexuels. » Nous rappelons que Reggaefrance est un site d’information animé par des journalistes, et que le fait de dialoguer avec des artistes accusés d’homophobie, dans le cadre de l’exercice de notre métier, ne signifie pas pour autant une proximité idéologique avec eux. Reggaefrance a été l’un des premiers médias français à traiter de l’homophobie dans le reggae, nos premiers articles sur ce sujet remontent à 2004 (l’association Tjenbé Rèd n’existe “que” depuis 2007), et a donc toute légitimité pour poursuivre ce travail, sans pour autant devoir être assimilé aux artistes concernés.

Il s’avère simplement que Reggaefrance a toujours privilégié le dialogue et la médiation avec les artistes, plus efficaces à nos yeux que les pressions et confrontations stériles. C’est donc bien une question de méthode qui nous oppose à Tjenbé Rèd depuis la création de cette association et non un désaccord de fond sur l’homophobie, ce que Tjenbé Rèd se garde bien de signaler.

Tjenbé Rèd nous accuse ensuite de « colporter des contrevérités sur divers forums internet », sans en apporter la moindre preuve. Voici le message incriminé :

« Pour rappel des faits, SIZZLA à signé en 2007 le Reggae Compassinonate Act, s’engageant de fait à ne plus proférer ce genre de textes, et à sortir les morceaux concernés de son repertoire, faisant ainsi amende honorable,

Pensez-vous réelement faire évoluer la situation Jamaicaine dans le bon sens en poussant tout bonnement et simplement à l’annulation des concerts d’un artiste aujourd’hui rangé, jetant ainsi de l’huile sur le feu alors que la médiation fonctionne depuis maintenant 3 ans et que le débat fait son bout de chemin en Jamaique ? quel impact pensez vous que ce genre d’action pourrait avoir sur le peuple Jamaïquain à part accentuer les tensions entre communautés ? On ne peut chercher à lutter contre l’intolérance par l’intolérance…. en encore moins condamner quelqu’un par anticipation de ce qu’il pourrait potentiellement faire… »

Enfin, l’association Tjenbé Rèd nous accuse de proximité avec l’extrême-droite par la seule raison qu’un des membres de notre équipe a publié le message ci-dessus sur le site nation-presse.info. Tjenbé Rèd oublie de préciser que ce même message (fautes de frappes incluses) a été publié à quelques minutes d’intervalle sur les sites Têtu, Yagg et Megados, pour la simple raison que ces sites reprenaient les éléments du communiqué de Tjenbé Rèd : l’objectif était d’apporter des précisions dans une polémique qui avait toute les chances de déraper, ce qui n’a pas manqué de se produire. Ce message a donc été publié sur tous ces sites sans préjuger de leur couleur politique. Il y a là encore un raccourci : le fait d’exprimer notre point de vue sur un site ne vaut pas acquiescement de la ligne éditoriale de celui-ci.
Nous pourrions tout autant retourner l’accusation à l’association Tjenbé Rèd : le dénigrement et la stigmatisation sont effectivement des méthodes historiques de l’extrême-droite qui jettent aujourd’hui le discrédit sur une lutte légitime contre l’homophobie.

Cordialement,

Benoit COLLIN / Gérant
Tél : +33 6.64.12.11.28
REGGAEFRANCE.COM
Le site Français du Reggae et du Dancehall
http://www.reggaefrance.com
Thierry le Martiniquais et sa «petite culotte»… ou de la difficile reconnaissance par une chaîne de restaurants d’un cas de harcèlement homophobe entre collègues

20100907-99I. DÉBUT JUIN LORS D’UNE PERMANENCE D’ACCUEIL ET D’ÉCOUTE, NOUS AVONS REÇU UN JEUNE HOMME QUE NOUS APPELLERONS THIERRY, HOMOSEXUEL, ORIGINAIRE DE MARTINIQUE. Travaillant pour une chaîne de restauration dans le nord de Paris depuis quelques années, il avait alors un problème avec un collègue, que nous appellerons Benoît. Thierry nous raconte l’histoire suivante :

«Début mai, je faisais des heures sup’ un soir, vers 21h45. Benoît a failli foutre le feu à son poste de cuisson et en conséquence on a dû fermer le restaurant plus tôt. J’étais en plonge et [Stéphanie], la responsable adjointe, m’a demandé de montrer à Benoît comment nettoyer son poste après que j’aie fini ma plonge. Il a pourtant voulu que je l’aide sans délai, avant que je finisse la plonge, au lieu de lui montrer simplement. Il est venu vers moi deux fois pour me le demander. Je lui réponds que je dois d’abord finir ma plonge, il avance vers moi et me dit de façon virulente, devant deux collègues : «Tu crois que tu parles à qui ? Je ne suis pas un pédé, moi !» Je lui ai répondu : «Pourquoi tu me parles de ma sexualité ?» Je suis allé voir Stéphanie qui m’a dit : «Tu t’en fous, on verra ça plus tard.» Je suis finalement allé aider Benoît. Là, il m’a dit, parlant d’un broc de glaçons qu’il fallait utiliser pour nettoyer sa plaque de cuisson : «Alors, je dois le foutre dans ta petite culotte ?» Tout le restaurant l’a su. Les gens disent : «Il n’aurait pas dû dire ça…» Les deux collègues présents à ce moment ont dit qu’il avait «un problème» et il n’y a pas eu de commentaire en ma défaveur.

«Courant mai, j’étais en vacances, à mon retour Stéphanie me dit qu’elle ne peut pas prendre en compte mon témoignage au motif elle n’était pas là quand les faits se sont déroulés et que si elle doit prendre une décision elle donnera «un avertissement aux deux» (donc à moi aussi). Depuis mon retour, les choses empirent, Benoît me provoque, menace de me frapper hors de l’établissement, le déclare à unE collègue en ma présence. J’étais en rôtisserie, lui en grillade. J’ai entendu…

«Fin mai, la semaine dernière, il y a eu une confrontation avec Benoît mais Stéphanie a banalisé le problème : «Se traiter de noms d’oiseaux entre collègues…» Il a soutenu que je l’avais insulté, que je lui avais dit : «Va te faire foutre !» mais c’est faux.

«Hier vers 18h00, il est venu me chercher, il a envie de me frapper. Il cherchait un motif. Moi, j’ai rompu tout contact avec lui, je ne lui parle pas, je ne lui dit pas bonjour, je ne lui dis rien. J’étais en rôtisserie de 16h00 à 18h00, à 18h00 j’ai quitté mon poste, à 18h00 il a pris le poste, on s’est croisé sans commentaire, aucun client n’ayant demandé de cuisson spéciale. Je suis allé me changer dans le vestiaire, il a déboulé en me disant sur un ton vif : «C’est quoi ça, Thierry, c’est quoi cette merde que t’as laissée, t’as pas remis les viandes dans le tiroir, les tiroirs sont vides, c’est quoi ce boulot de merde, vas-y, fait le malin, tu vas voir, je vais m’occuper de toi dehors.» Il a tenu ces propos devant un collègue puis il est parti. Dans le tiroir, j’avais pourtant laissé toutes les viandes qui sont sur la carte, comme les consignes l’exigent. Quand je suis sorti, il était encore en fonction, il finissait son temps de travail à 23h00.»

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II. FIN JUIN, AU TERME D’UN SECOND ENTRETIEN AVEC TJENBÉ RÈD et après trois lettres adressées par l’association au siège de la chaîne de restauration sans citer son nom, Thierry nous a mandaté pour adresser une nouvelle lettre au siège, exposant cette fois l’ensemble des données nominatives de l’affaire. En effet, courant juin, le siège nous avait adressé la copie d’une charte de la diversité signée par la société en 2005, comprenant un objectif explicite de lutte contre l’homophobie. Cette charte nous avait mis, ainsi que Thierry, en confiance.

Fin juillet, au terme d’une négociation délicate marquée notamment par des engagements écrits du siège, un entretien a lieu entre Thierry et son directeur, alors qu’il se trouvait seul, bien que la présence de la déléguée du personnel soit l’un des engagements pris par le siège (le directeur est venu le trouver alors qu’il terminait la plonge et lui a demandé de le suivre, il l’a suivi sans savoir de quoi il en retournait, ils sont allés sur une table dans le restaurant au milieu des clientEs). L’entretien a porté sur les propos subis par Thierry ainsi que sur sa manière d’être par rapport à son… orientation sexuelle. Le directeur lui a fait comprendre que ça ne servait à rien de porter plainte, Benoît étant parti ; lui a demandé ce qu’il attendait de lui, pourquoi il avait fait ça (pourquoi il avait «tapé là-haut», au siège, qu’est-ce que ça vient faire là alors qu’ici «tout va bien puisqu’il y a des Noirs, des Indiens etc.»). Ce à quoi Thierry a répondu : «J’ai fait cette démarche car j’ai vu que mon problème n’avait pas été pris en compte, avait été ignoré ; c’est un problème d’homophobie». Le directeur a fait comprendre que ça ne servait à rien, qu’il avait autre chose à faire. Thierry a essayé de parler du comportement de Stéphanie, de son indifférence, le directeur a laissé entendre qu’elle avait «autre chose à faire».

Tjenbé Rèd s’est étonnée de cet entretien tenu hors la présence de la déléguée du personnel et un second entretien a finalement eu lieu fin août entre Thierry et le directeur de son établissement, en présence de sa déléguée du personnel, appartenant à la CFDT (Confédération française démocratique du travail). Le directeur devait les recevoir à 15h00, les a reçus à 15h30. Il a déclaré que toute l’affaire «est une histoire classée» depuis l’entretien de la fin juillet. Il répète que Benoît n’a plus le droit de remettre les pieds au restaurant. Il conseille de nouveau à Thierry de ne pas porter plainte, lui affirmant cette fois que cela serait dangereux pour lui, que cela «réactiverait» les menaces de Benoît (lequel a été vu deux fois récemment dans le restaurant, malgré les engagements du siège assurant Thierry qu’il n’y remettrait plus les pieds). Il déclare : «Ce qui arrive à l’extérieur du restaurant, ce n’est pas mon problème. Moi, je serais toi, je ne porterais pas plainte car cela peut entraîner une agression. Moi, je suis grand, si cela m’arrivait, je me débrouillerais tout seul. Si ça m’arrive, j’assume !» Il déclare qu’il n’y aurait aucune «discrimination positive» (comprendre : aucune compensation) après les propos et menaces homophobes subies par Thierry.

Ce nouvel entretien peut-il donner satisfaction ? La direction de Thierry ne reconnaît toujours pas son préjudice. Nous avons par ailleurs conseillé à Thierry de porter plainte pour propos et menaces homophobes ainsi, éventuellement, que pour harcèlement moral et non-assistance à personne en danger (d’autant plus que sa version des faits survenus début juin est appuyée par une attestation écrite délivrée par un collègue).
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III. SELON LA DÉLÉGUÉE DU PERSONNEL DE THIERRY, «c’est le jour même que la direction aurait dû réagir». Effectivement. Ce n’est pas le seul disfonctionnement qu’il est loisible d’observer dans cette histoire. La direction du restaurant a d’abord méconnu le harcèlement qu’il a subi, avant de le minimiser. Quand elle a dû le reconnaître sous la pression conjointe de la CFDT et de Tjenbé Rèd, elle a méconnu sa propre responsabilité dans le harcèlement impuni subi par Thierry entre début mai et début juin. Elle a refusé de reconnaître le préjudice subi par Thierry du fait de son inaction durant cette période et s’est, par voie de conséquence, exemptée de tout devoir de réparer ce préjudice d’une façon ou d’une autre. Elle a tenté de revenir sur les assurances fournies par le siège en convoquant Thierry hors la présence de sa déléguée du personnel et en le dissuadant de porter plainte. Elle a reporté sur Thierry une partie de la responsabilité du harcèlement qu’il a subi en mettant en question son orientation sexuelle. Elle a semblé se laver les mains de ce qui pourrait lui arriver en dehors de l’établissement. Elle se défausse maintenant sur la déléguée du personnel, lui demandant de «régler le problème» ainsi que les éventuels autres à venir de même nature.

L’attitude du siège de la chaîne de restaurant peut également être interrogée : après avoir montré une capacité d’écoute pourtant exemplaire, après avoir pris des engagements écrits, il n’a pas spontanément veillé au respect de ces engagements, il a entériné l’attitude de la direction, il n’a pas donné suite à notre demande d’un dialogue direct avec cette direction.

Un tel dialogue s’est pourtant finalement établi, aujourd’hui, quasiment au hasard d’une rencontre avec la déléguée du personnel, et s’est avéré prometteur voire susceptible de permettre une meilleure compréhension mutuelle et de lever des ambiguïtés. Peut-être était-il possible d’accorder librement ce qui n’était plus demandé par écrit ? De discuter librement alors que la question pouvait être présentée comme tranchée ?

À cette heure cependant, le salarié demeure dans une situation où son entreprise n’aura pas activement aggravé le harcèlement dont il était victime mais où elle ne l’aura pas pleinement reconnu, ayant donné l’assurance que le harceleur serait tenu éloigné de sa victime, s’étant arrêtée là. C’est mieux qu’un silence ou qu’une complicité active mais l’on peut se demander s’il n’y a pas là encore une forme de refus de voir qui, si elle ne relève peut-être pas de la complicité passive, n’est en tout cas pas au niveau que l’on pourrait attendre d’un grand groupe, signataire d’une charte de la diversité.

C’est pourquoi Tjenbé Rèd cherchera, avec la direction, son siège et la CFDT, les voies possibles d’une meilleure reconnaissance par cette entreprise du préjudice subi par le salarié du fait de son silence entre mai et juin 2010 et, plus largement, les voies possibles d’une réelle reconnaissance du devoir moral de solidarité qui devrait spontanément l’engager lorsque l’unE de ses salariéEs est victime d’un problème survenu sur son lieu de travail.

Nous tiendrons notre public informé des suites de ce dossier et remercions d’ores et déjà la CFDT, l’Autre cercle et le Ravad pour leur accompagnement solidaire, singulièrement Madame Catherine TRIPON, porte-parole et administratrice de l’Autre cercle – Fédération nationale et membre du comité consultatif de la Halde (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité), ainsi que Maître Jean-Bernard GEOFFROY, président du Ravad (Réseau d’aide aux victimes d’agressions et de discriminations).
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IV. VOUS ÊTES VICTIMES DE TELS ACTES DE HARCELÈMENT ? N’hésitez pas à nous contacter, notre rôle est aussi de vous accompagner ou de raconter, avec votre accord et sans dévoiler d’élément permettant de vous identifier, votre histoire. Cela est important car cela permet aux autres personnes à qui de telles mésaventures adviennent de se rendre compte qu’elles ne sont pas les seules. En effet, la première réaction d’une victime de harcèlement homophobe est bien souvent de se renfermer sur elle-même, par honte, en se disant qu’elle est la seule à subir pareille chose. Bien souvent, les victimes se disent que le problème, c’est elles mais le problème, ce n’est pas elles, c’est l’homophobie, dont le premier effet est de les isoler pour mieux les laisser exposées aux homophobes. NE RESTEZ PAS ISOLÉ/E, CONTACTEZ LES ASSOCIATIONS, CONTACTEZ-NOUS !

Les coordonnées de l’Autre cercle : http://www.autrecercle.org/

Les coordonnées du Ravad : http://www.ravad.org/

Nos coordonnées : tjenbered@hotmail.fr ou 06 10 55 63 60.

Tjenbé Rèd !
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Avec le concours du conseil d’administration de Tjenbé Rèd et singulièrement de Lo Ann DALI, secrétaire générale et secrétaire aux affaires politiques de Tjenbé Rèd, coprésidente exécutive du groupe Zami pour l’action & la réflexion sur les questions lesbiennes et féministes au sein de Tjenbé Rèd

«T’es un pédé !» (Pédagogie impromptue sur une virgule)

20100707-99Je monte aujourd’hui dans le métro vers 16 heures, ligne 2, station Barbès à Paris. Un jeune homme monte peu après moi, noir et superbe. Tout me porte naturellement à regarder cet être raffiné lorsqu’il entame une conversation sur son téléphone. Il est visiblement question d’un rendez-vous manqué avec l’un de ses amis, il lui dit alors, au milieu d’autres propos : «T’es un pédé !» – Je chois. Laisser pisser comme bien souvent lorsque j’entends cette expression qui sert de virgule à beaucoup ? Je reviens d’un entretien avec des syndicalistes de la CFDT au sujet d’un jeune homme victime de harcèlement homophobe sur son lieu de travail. Je me sens alors, cette fois, tenu à un peu d’interventionnisme. Je prends mon courage (seulement, hélas) à deux mains et lui dis : «Pardon, Monsieur, puis-je vous demander ce que vous entendez par l’expression “T’es un pédé !” ?» – Surprise de l’interpellé qui reste doux, ouf : «Rien, rien…» – Moi, d’insister : «Ah bon, vous n’aviez pas d’intention péjorative en utilisant cette expression ?» – Lui, surpris toujours : «Non, non.» – Je n’ai pas dit qu’homosexuel j’étais, en était-ce besoin ? Qu’en penses-tu, ami lecteur ?

Petit message pas encore désespéré aux fans de reggae…
Manifestation le 13 juillet 2010 devant l'Élysée Montmartre lors d'un concert de Capleton, un pote de Sizzla

Manifestation le 13 juillet 2010 devant l'Élysée Montmartre lors d'un concert de Capleton, un pote de Sizzla

Bien chers frères,

Tjenbé Rèd, association afro-caribénne de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida, a pris connaissance avec une certaine tristesse du billet posté jeudi sur votre blog Reggae-Unité, «Le concert de Sizzla à l’Élysée Montmartre encore menacé». En effet, plusieurs propos avancés dans ce billet ne correspondent pas à nos observations ou à nos déclarations.

Il est ainsi avancé : «Après les récentes annulations de concerts en Belgique puis en France,on vient d’apprendre que Sizzla ne participera pas non plus au festival Chiemsee Reggae Summer en Allemagne pour les mêmes raisons.» Quelles «raisons» ? Rien ne le précise dans le billet si ce n’est la suite du texte : «Cette situation n’est pas prête de s’arrêter puisque le responsable (?) de l’association [Tjenbé Rèd] vient d’annoncer que son association se mobilisera également pour faire annuler les concerts de Sizzla qui doivent se tenir le 23 septembre prochain à Montpellier et le 24 septembre à l’Élysée Montmartre.» Il faudrait donc lire entre les lignes et comprendre ainsi que la campagne internationale Stop Murder Music (SMM), dont Tjenbé Rèd assure une coordination en France, serait à l’origine de «récentes annulations de concerts en Belgique puis en France» et «en Allemagne».

Cela ne correspond ni à nos observations, ni à nos déclarations.

Selon nos informations, seuls deux concerts de Sizzla ont récemment été annulés à Palavàs-les-Flots en France (le 21 août) et à Messancy en Belgique (le 25 août). De plus, rien ne prouve que ces concerts aient été annulés en raison de la campagne SMM. Nous avons déjà observé que l’entourage de cet artiste fournissait parfois des explications peu crédibles à certaines annulations de concerts : ainsi, en mai 2008, il avait accusé la campagne SMM d’être responsable de l’annulation de plusieurs concerts alors que l’artiste avait plus trivialement été refoulé aux frontières en raison d’un problème de visa ; en février 2010 encore, le site Reggae.fr annonçait l’annulation de nouveaux concerts en évoquant «sa récente arrestation en Jamaïque pour des coups de feu» alors que le site Reggaefrance.com l’annonçait le lendemain soir à l’anniversaire de Robert MUGABE, président du Zimbabwe (également signalé pour propos homophobes et racistes).

En outre, nous n’avons pas demandé l’annulation de ces deux concerts. Dans plusieurs communications que nous avons signées ou cosignées le 2 février, le 1er mars, le 15 avril puis les 5, 19, 21, 23 et 28 août (pour parler de l’année en cours), nous informons simplement l’opinion publique des appels au meurtre proférés par l’artiste en question et nous l’appelons à la mobilisation démocratique pour le respect des droits humains.

On pourrait s’étonner ici que vous passiez ces appels au meurtre sous silence. Citons-les dans le texte, les propos des grands hommes sont toujours édifiants : «Shot battybwoy, my big gun boom» («Butte les pédés, mon gros flingue va tirer», titre Pump Up, 2001) ; «Boom boom! Batty boy them fi dead» («Pan pan ! Les pédés, faut les butter», titre Boom Boom, 2004) ; «Sodomite and batty bwai mi seh a death fi dem… Mi a go shot batty bwai dem widdi weapon ya» («Les sodomites et les pédés, je dis mort à eux… J’y vais et je butte les pédés avec mon flingue», titre Get To Da Point, 2001). À Chicago, Sizzla a déclaré : «Mi nuh go tek back mi chat… Mi kill sodomite and batty man dem bring aids and disease pon people… Shot a kill dem, mi nuh go tek back mi chat» («Je ne reviendrai pas sur ce que j’ai déclaré… Je tue les sodomites et les pédés, ils apportent le sida et la maladie sur les gens… Buttez-les et tuez-les, je ne reviendrai pas sur mes paroles», 2002).

Un rapport d’Amnesty International évoque ainsi un concert tenu en 2004 : «Tout au long de la nuit, Capleton, Sizzla et d’autres ont interprété des titres quasi exclusivement consacrés aux homosexuels. Usant de mots insultants pour les désigner – “chi chi men” ou “battybwoys” – ils ont appelé le public à les “tuer” : “Les pédés doivent mourir, tirez-leur dans la tête ; ceux qui veulent les voir morts, levez les mains !”»

Nous espérons que ces précisions auront pu lever certaines incompréhensions et restons à votre disposition pour tout complément d’information.

One love !