Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

La personne homosexuelle ou transsexuelle, son cerveau, son libre-arbitre (Lecture de «Biologie de l’homosexualité», épisode 2)

20100204-789h52 – J’avais hier laissé notre ami Jacques Balthazart, dont la bonne foi me semble évidente malgré les étonnements qu’il suscite chez moi, à la fin du premier paragraphe de la page 15 de son opus, «Biologie de l’homosexualité – On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être». Les premières lignes du deuxième paragraphe de cette page, que je reprend aujourd’hui, me laisseraient assis si je n’étais allongé : «L’adolescent réalise souvent contre son gré qu’il ou elle est homosexuel(le). Cette découverte est, chez de nombreux sujets, la source de souffrances morales importantes qui peuvent dans les cas extrêmes conduire à la dépresse voire au suicide…» Cela serait à peu près exact si l’auteur précisait que cette souffrance est liée au contexte homophobe dans lequel cette découverte se fait – ce qu’il ne fait pas, la notion d’homophobie lui semblant inconnue, ce d’autant plus curieusement qu’il évoque pourtant, il est vrai sans la réprouver explicitement (la science !), «l’intolérance» dont l’homosexualité a été victime à travers les âges. À la relecture, cet oubli apparaît déjà dès la préface où l’auteur parle des homosexuels «qui ont souvent beaucoup de mal à assumer leur orientation sexuelle» (page 10) sans évoquer clairement l’homophobie. (Un autre biais, qui ne m’a pas sauté hier aux yeux, apparaît également dès la préface : l’absence de mention voire de vision de la bisexualité.) Encore une fois, il me faut constater l’ignorance souveraine par l’auteur des apports des sciences humaines ou de la société civile, lesquelles évoquent largement l’homophobie (ainsi que la bisexualité). Certes, l’auteur reste évidemment libre de son champ d’étude mais il me semble qu’il ne peut ainsi écarter sans s’en expliquer des notions que l’état de la science lie aujourd’hui de manière claire et forte à son présent objet d’étude – sauf après tout à répugner littéralement à évoquer les sciences sociales ou la société civile, ce qu’il dit finalement de manière implicite, page 15, en conclusion d’un sous-titre «Conséquences sociales» : «Cette réflexion sur les conséquences sociales potentielles de l’une ou l’autre interprétation de l’homosexualité ne doit cependant pas influencer notre analyse de ses causes. Les conclusions basées sur l’évidence doivent bien entendu prendre le pas sur les idées politiquement correctes ou simplement moins dérangeantes.» L’auteur prend ainsi la posture, classique, du chercheur en science fondamentale qui n’a pas à connaître des conséquences ou du contexte de sa recherche (cf. l’excellentissime série télévisée The Big Bang Theory pour comprendre le mépris ou la condescendance des chercheurs en sciences fondamentales à l’égard des chercheurs en sciences appliquées). Mais ce qui peut après tout se comprendre pour la matière inerte (l’étude des atomes, du magnétisme, du volcanisme…) peut-il encore se comprendre pour la matière vivante – singulièrement pour l’étude de l’être humain ? Par ailleurs, l’homosexualité est-elle un champ d’investigation scientifique si clairement défini ? L’ignorance par l’auteur (à ce stade de ma lecture de son ouvrage) de la notion de bisexualité ne tendrait-elle pas à démontrer le contraire ? J’observe qu’il n’a pas à ce stade, ce qui constitue un manque certain de rigueur scientifique, défini le concept d’homosexualité. Si le mot apparaît dès le titre puis dès la deuxième ligne de la préface de son ouvrage, il n’est aucunement défini, pas plus d’ailleurs que le concept implicitement présenté comme son contraire, l’hétérosexualité. Tout au plus trouve-t-on en creux, page 11, au début de l’introduction, une sorte de définition de l’hétérosexualité (chez l’animal cependant, mais on a vu que l’auteur ne voit pas trop la différence entre l’animal et l’humain) : «Dans la plupart des espèces, mâles et femelles montrent en effet des comportements différents (e.g. montes et intromissions chez les mâles ; postures de réceptivité sexuelle chez les femelles). De plus, ils dirigent majoritairement ces comportements vers des congénères différents (les mâles vers les femelles et les femelles vers les mâles. Ces différences de comportements exprimés et leur orientation sont clairement contrôlées chez l’animal par les hormones produites par les gonades, c’est-à-dire les testicules chez le mâle et les ovaires chez la femelle.» Donc, si l’on comprend bien, l’hétérosexualité – normative – est la monte et l’intromission des femelles sexuellement réceptives par les mâles et l’homosexualité – anormale – est la monte et l’intromission des mâles sexuellement réceptifs par les mâles ou la monte des femelles sexuellement réceptives par les femelles (l’intromission étant ici écartée puisque l’animal ne connaît pas encore le gode-ceinture), en raison de gonades défectueuses. Toute la thèse de l’ouvrage est finalement dans ces quelques lignes : en histoire de la logique, cela revient à présupposer la conclusion à démontrer dès les prémisses et s’appelle une pétition de principe. (Il y a bien dans ces lignes un «majoritairement» qui pourrait ouvrir la voie à une nuance ou à une interrogation de l’auteur mais celui-ci n’en tire aucune conséquence et ne relativise pas davantage son propos : comme hier – «Il est fort possible que pour certains homosexuels, leur orientation relève d’un choix délibéré» (page 15) -, j’ai l’impression d’une précaution oratoire purement formelle, comme si l’auteur n’approfondissait que les pistes de réflexion conformes à sa vision première, ce qui conforte mon impression de me trouver face à une pétition de principe.) – Page 16 : Hosanna ! La voilà, la définition qui tardait ! «On parlera en sexologie d’homosexualité lorsque l’orientation sexuelle d’un individu ne correspond pas à son sexe morphologique (et en général génétique), de transsexualité lorsque l’identité sexuelle est en désaccord avec le sexe morphologique et enfin de travestisme si le rôle sexuel joué par un individu ne correspond pas à son sexe morphologique.» Cette définition pose plusieurs problèmes, à commencer par l’apparition ou l’appropriation du terme de sexologie sans que ce terme lui-même ne soit défini, alors qu’il renvoie à une science qui est aussi une science sociale et que l’auteur répudie ici les sciences sociales. – Page 26 (après quelques pages consacrées notamment à détailler les statistiques sur la proportion de personnes homosexuelles, bisexuelles ou transsexuelles chez les hommes et les femmes, plus nuancées et qui ne semblent pas devoir être contestées, si ce n’est pour constater que l’auteur évacue ici rapidement la notion d’identité de genre en assimilant implicitement, me semble-t-il, les personnes transsexuelles à des personnes homosexuelles plus un moins inachevées) ; fin de l’introduction, avec une interrogation me demeurant : Mais pourquoi donc chercher les origines de l’homosexualité ?

Page 27, chapitre II : «Sexualité et orientation sexuelle : des bases biologiques ?» - Page 30, des considérations intéressantes sur la difficulté française à voir donc à traiter les inégalités de fait au nom d’un principe universalisé d’égalité, abstrait, qui devrait selon l’auteur être recentré sur l’égalité des droits et des chances. – Page 31, une référence appréciable au sexisme (présenté par l’auteur comme jouant un «rôle déterminant dans la genèse de nombreuses différences comportementales entre hommes et femmes») vient nuancer l’oubli des sciences sociales que je déplorais précédemment (sans pour autant, semble-t-il à ce stade, que l’auteur en tire toutes les conclusions). – Pages 40 à 42, il rappelle de manière appréciable l’histoire cruelle de Bruce/Brenda Reimer, né homme mais transformé en femme peu après sa naissance à la suite d’une quasi-castration accidentelle (un phimosis mal opéré) : l’auteur rappelle que les théories de l’époque (années 1960) considéraient que «les bébés naissent dans la neutralité», avant d’évoquer le sort de Bruce/Brenda qui revint au sexe et au genre masculin. De plusieurs cas semblables, il tire une notion où le concept de normalité pointe de nouveau le nez : une «notion d’imprégnation hormonale embryonnaire, liée en conditions physiologiques normales au sexe biologique, qui aurait des conséquences irréversibles sur le développement ultérieur et sur l’identité et l’orientation sexuelle». – Page 44 : En conclusion de ce chapitre, cinq assertions dont la quatrième me paraît mal assise : «Le cerveau contrôle et organise nos comportements…» (bien qu’elle soit immédiatement nuancée : «…même si l’exécution des comportements est susceptible de modifier en retour la structure du cerveau»). C’est ici la question du libre arbitre qui se pose. C’est l’heure d’un rendez-vous de travail avec notre stagiaire étatsunienne et je suis à la bourre : la suite au prochain numéro.

Un commentaire

[...] 9.Têtu blogs – Outre-mers & pairs – La personne homosexuelle ou … 20 avr. 2010… avec le sexe morphologique et enfin de travestisme si le rôle sexuel joué par … Par David Auerbach Chiffrin, citoyen français, fondateur de Tjenbé … Par Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT de Paris IdF … http://blogs.tetu.com/outre_mers_et_pairs/2010/04/20/biologie2/ [...]

Écrit par Paris Hotels » Travestisme En Francais a Paris le 3 octobre 2010 à 0:58

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