Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

L’homosexualité, avantage évolutionnaire (Lecture de «Biologie de l’homosexualité», épisode 4)

20100204-7811h52 – Un nouveau jour se lève… Page 147, chapitre 8 : «Les effets des stéroïdes sexuels chez l’homme : effets activateurs». Au passage, notons que le livre souffre d’une absence de plan et d’une certaine rapidité d’exécution (quelques fautes de frappe voire d’orthographe, ainsi page 278 «prémices» au lieu de «prémisses»). Vous aurez compris que mes notes sont plus rapides désormais, je crois avoir déjà traité l’essentiel des objections que j’avais à formuler, je ne retiens plus que les points qui me paraissent appeler de nouvelles remarques de ma part. – Page 155 : Les danseuses de boîte de nuit obtiennent des pourboires deux fois supérieurs lorsqu’elles sont en période péri-ovulatoire (fertile), par rapport à ce qu’elles obtiennent pendant leurs menstruations. – Page 159 : L’auteur laisse une fois de plus voir qu’il ne se sent pas concerné par les questions déontologiques en indiquant de manière factuelle voire tautologique, sans évoquer les motivations homophobes : «Vu l’intérêt majeur que suscitent ces deux aspects de la personnalité humaine [l’orientation et l’identité sexuelle], un bon nombre d’études ont été réalisées pour analyser le rôle potentiel des hormones dans leur déterminisme.» Un intérêt bien ou mal intentionné ?

Page 161, chapitre 9 : «Arguments suggérant une indépendance de l’homosexualité vis-à-vis du milieu éducatif». – Page 166 : De nouveau, argument convaincant sur l’absence d’augmentation du taux d’hommes homosexuels parmi les garçons élevés par leurs mères dans le cadre de familles monoparentales matrifocales. Chapitre convaincant.

Page 173, chapitre 10 : «Différences sexuelles suggérant que l’homosexualité est au moins en partie un phénomène endocrinien». (Usage incorrect du terme d’alternative.) Chapitre parfois confus, relativement convaincant mais – Page 183 : Un schéma comparant la longueur relative de l’index et de l’annulaire chez «l’homme», «l’homme homosexuel», «la femme» et la «femme homosexuelle». Conclusion : la femme homosexuelle n’est pas vraiment une femme, l’homme homosexuel pas vraiment un homme. Sic. (Même remarque pp. 187, 192, 199, 204 et 254 pour d’autres schémas.) Test amusant à faire chez vous, Mesdames : si votre index est plus petit que votre annulaire, vous êtes homosexuelle (à condition d’être une camionneuse : le test ne fonctionne pas sur la lesbienne féminine)… – Page 207 : l’auteur parle d’espoir (vocabulaire inusuel sous sa plume).

Page 215, chapitre 11 : «Arguments épidémiologiques suggérant une contribution hormonale au développement de l’homosexualité». Parfois confus, relativement convaincant. Manque de relecture (un mot pour un autre, un oubli de mot).

Page 231, chapitre 12 : «Arguments suggérant un mécanisme génétique ou immunologique à la base de l’homosexualité». Chapitre clair et convaincant, effrayant également : la porte s’ouvre à l’eugénisme et l’auteur ne le signale pas, confirmant son manque d’intérêt pour les considérations déontologiques. À noter : la mention de l’homosexualité comme éventuelle disposition génétique de nature à être transmise avec succès au fil des générations, la moindre reproduction des personnes homosexuelles étant compensée par une sur-reproduction des personnes de leur lignée de sexe opposé ainsi que par l’assistance des premières à l’élevage des secondes.

Page 249, chapitre 13 : «L’identité sexuelle et ses perturbations éventuelles (transsexualité)». D’abord, merci pour les perturbéEs ! Ensuite, 20% des transidentitaires seraient transsexuelLEs (p. 250) ? (Mauvais usage du verbe «supporter».) Un peu confus mais relativement convaincant.

Page 261, chapitre 14 : «Conclusions générales». Il faut noter ici, elle est déjà apparue à plusieurs reprises dans l’ouvrage, une sorte de haine scientifique de l’auteur pour Stéphane Clerget et son ouvrage de 2006 : «Comment devient-on homosexuel ou hétérosexuel», ainsi que pour Catherine Vidal et son ouvrage de 2007 : «Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ?», lesquels soutiennent des thèses contraires aux siennes et favorables à une origine acquise de l’homosexualité alors qu’il estime pour sa part (p. 270 et s.) : «Il n’y a pas d’explication psychanalytique, psychologique ou sociologique de l’homosexualité». Pour en revenir au propos spécifique à l’auteur – Page 272 et s., tirant les conséquences des limites de ses propres thèses («Diverses pathologies endocrines prénatales modifient l’orientation sexuelle mais dans aucun cas connu on n’observe une proportion d’homosexuels plus importante qu’environ 30%»), il envisage «différents types d’homosexualité» (génétique, hormonal, immunologique ou autre d’origine biologique mais non-identifié), ce qui correspondrait après tout à une observation fréquente (par exemple entre «actifs» et «passifs»). De façon rapide voire maladroite ou arrogante (dernier § de la page 273), il envisage cependant que pour une minorité d’homosexuels, «cette orientation sexuelle constitue un choix de vie influencé par des expériences antérieures ou motivé par des raisons diverses pouvant aller de la curiosité à la perversité», ajoutant : «Il y a probablement des pervers sexuels parmi les homosexuels, tout comme il y en a parmi les hétérosexuels, mais l’homosexualité en tant que telle n’est pas une perversion». La nuance est importante et bienvenue mais elle masque mal la maladresse du propos et son caractère ambigu puisque l’on peut quand même à un moment comprendre que la perversité n’est pas étrangère à l’homosexualité. En fait, l’arrogance de l’auteur est ici celle qu’il manifeste régulièrement à l’égard des sciences sociales et qui se manifeste de manière naïve voire touchante en même temps que ses meilleurs sentiments, lorsqu’il évoque la volonté des personnes intersexuées de «laisser s’exprimer tous les intermédiaires» entre hommes et femmes plutôt que de vouloir «séparer tous les individus en deux catégories strictement définies (hommes ou femmes)», avant de préciser que cette discussion «touche plus à la sociologie» (page 275). Naïveté ou arrogance encore lorsqu’il soutient sans ciller que «le but de la science» n’est pas «d’identifier les mécanismes biologiques qui contrôlent l’émergence de l’homosexualité en vue de contrôler cet aspect de la sexualité humaine», le problème étant que si, justement, tel est bien le but de la science, parfois tout au moins, l’histoire en présente des cas documentés que l’auteur ne peut ignorer… mais qu’il ignore (finalement : arrogance). – Page 276 : Il évoque cependant le risque de «dérive eugénique» (et non «eugéniste», choix de mot révélateur de sa méconnaissance du fait idéologique et de son repli dans la sphère du langage technologisant), estimant de manière bien trop simple que sa «vérité» ne peut en rien «favoriser» une telle dérive – justement, si, elle peut. En bouquet final, il fait une sorte d’éloge (attendu) de la science et de la «découverte de la structure de l’atome» qui a apporté des «bienfaits importants (radiothérapie, source d’énergie énorme) tout comme des désastres majeurs (bombe atomique)», précisant : «C’est aux sociétés de décider ce qu’elles font des connaissances scientifiques». Il est réellement dommage ici que l’auteur ignore délibérément, choisissant cet exemple, les regrets et les alertes des scientifiques qui ont contribué à cette découverte, d’une part, le sort de certains d’entre eux morts de cette découverte, d’autre part, la question du risque nucléaire et des déchets radioactifs, enfin. – Page 277 et s. : L’auteur en vient ici à la phrase qui m’a en fait poussé à acheter son livre, au-delà de ce que j’avais pu en lire dans la presse et qui m’avait interpellé : «L’homosexualité devrait dès lors être considérée comme une variation spontanée d’un caractère biologique, l’orientation sexuelle», tout comme «la taille, la couleur des cheveux ou la physiologie hormonale». Il est cependant regrettable que l’auteur n’aille ici pas jusqu’au changement de paradigme qu’il semblait à demi-mot envisager en affirmant (pp. 231 et 232 puis 245) : «L’homosexualité masculine peut-être interprétée comme une attraction extrême pour le sexe masculin», ou : «Il est possible qu’il faille un taux minimal de testostérone [durant la gestation] pour établir une orientation sexuelle de type masculin, c’est-à-dire une attraction sexuelle dirigée vers les femmes» (ladite remarque en commentant une figure illustrant la fluctuation de la concentration de testostérone pendant la vie embryonnaire, susceptible d’orienter l’attraction sexuelle d’une majorité d’embryons masculins et d’une minorité d’embryons féminins vers les femmes lorsqu’elle serait supérieure à un certain seuil ou inversement lorsqu’elle serait inférieure à ce seuil). Le changement de paradigme esquissé par cette analyse serait majeur puisqu’il impliquerait la disparition ou à tout le moins la marginalisation des notions d’homosexualité et d’hétérosexualité, les transformant en simples cas particuliers de deux nouvelles notions : l’attraction sexuelle dirigée vers les femmes et l’attraction sexuelle dirigée vers les hommes (trois nouvelles notions si l’on inclut l’attraction sexuelle dirigée vers les femmes et les hommes, plus encore si l’on inclut le continuum des attractions sexuelles dirigées vers les personnes intersexuées ou transidentitaires). Le mérite immense de ces deux notions (ou de ces trois notions ou de ce continuum de notions) serait de sortir de la notion du sexe ou, plus précisément, de délier les personnes de leur obligation de mentionner leur appartenance à telle ou telle catégorie sexuelle lorsqu’elles évoquent leur orientation sexuelle. Lorsque vous indiquez votre homosexualité, vous indiquez implicitement que vous êtes un homme aimant les hommes ou une femme aimant les femmes (pour faire simple, nous n’évoquons pas ici le double continuum des genres et des attirances). Lorsque vous indiqueriez votre «attraction sexuelle dirigée vers les femmes» (par exemple), vous vous situeriez en tant que personne attirée par les femmes, quelque soit votre genre. Se basant sur l’attirance décrite par l’auteur pour telle ou telle phéromone (pp. 193 et s.), on pourrait ainsi parler, c’est une proposition, d’«androphilie» pour les personnes attirées par les hommes, de «gynécophilie» pour celles attirées par les femmes et d’«androgynophilie» ou de «gynéandrophilie» pour toute situation intermédiaire – et ce, indépendamment de la question de savoir si vous êtes un homme ou une femme ou une personne intersexuée. Un autre point davantage développé par l’auteur mais sur lequel il aurait pu revenir ici touche à l’utilité évolutionnaire de l’homosexualité (page 246, théorie d’évolution des groupes apparentés ou «kin selection»), décrivant les homosexuelLEs préhistoriques comme des humains déconnectés de la compétition sexuelle directe et de ce fait disponibles pour assister leurs parents hétérosexuels dans la difficile éducation et préservation de leurs enfants (participant de ce fait, de manière indirecte, à la compétition sexuelle en luttant pour la préservation de leur lignée génétique à défaut de celle de leurs gênes propres). On peut ainsi envisager, sur cette base, que les homosexuels préhistoriques aient été de meilleurs guerriers, de meilleurs diplomates, de meilleurs médecins, de meilleurs éducateurs ou de meilleurs compagnons sexuels puisque moins directement accaparés par la conception ou l’éducation ou la sauvegarde d’enfants. Les homosexuels, guerriers altruistes, diplomates altruistes, enseignants altruistes, médecins altruistes, compagnons sexuels altruistes, garants de la survie des groupes humains, voilà qui sonne quand même mieux, non ? – Page 278 et finale, un dernier regret cependant : «Les homosexuels ne sont pas dangereux (l’homosexualité n’est pas contagieuse) et ils ne sont pas, en général, responsables de leur condition.» Comme si l’homosexualité était bien quand même une maladie et comme si, en la circonstance où les homosexuels seraient responsables de leur «condition» (rappelons que le mot s’approche de la notion de maladie en anglais et que l’auteur multiplie les anglicismes en utilisant les termes «supporter» ou «alternative» dans leur sens anglais), on pourrait bien finalement quand même le leur reprocher. En guise de conclusion sur cette conclusion et avant de produire une synthèse ordonnée de ma réflexion sur son ouvrage, je dirais donc que l’auteur finit en manifestant à la fois la part naïve et ambiguë de ses bonnes intentions et de ses apports réels. 38h17.

Chromosomes et hormones (Lecture de «Biologie de l’homosexualité», épisode 3)

20100204-7818h53 – Home, sweet home… De retour de mon rendez-vous avec notre stagiaire puis de la mairie de Paris où je viens de déposer la propagande de Tjenbé Rèd pour le stand de la mairie à la foire de Paris. Notre stagiaire (Miss Eve Grice du College of William & Mary, Etats-Unis d’Amérique) a judicieusement attiré mon attention sur la déclaration suivante de Balthazart dans Le Monde du 4 février : «Si l’homosexualité n’est pas un vice ou une perversion et quelque part même pas un choix, il n’y a aucune raison de persécuter les homosexuels.» Est-ce à dire que si l’homosexualité était un choix ou un vice ou une perversion, il y aurait des raisons de les persécuter ? Miss Grice attire ainsi mon attention sur un nouveau biais que j’avais pressenti mais pas consciemment identifié ou pas sous cette formulation et qui renvoie à l’utilité ou plus précisément à la finalité de la démarche de Monsieur Balthazart dont la défense des personnes homosexuelles est plutôt faible en ceci qu’il ne dénonce pas l’homophobie comme contraire aux droits humains – il ne parle d’ailleurs pas d’homophobie – mais finalement la légitime en partie (si l’homosexualité était un vice ou une perversion ou un choix, alors il y aurait des raisons de persécuter les personnes homosexuelles) voire la conforte (l’homosexualité est une erreur de la nature, un accident de la vie embryonnaire). Dans le métro, je me suis fait d’autres réflexions. Jacques Balthazart en se coupant des sciences sociales croit pouvoir s’affranchir des impératifs déontologiques qu’elles ont aidé à définir, en oubliant que ces impératifs valent pour la science toute entière et singulièrement la recherche biologique sur l’être humain. Notamment, une recherche menée sur l’homme ou sur une catégorie de la population humaine doit être menée avec son consentement libre et éclairé et dans son intérêt. Quelles personnes homosexuelles ont donné leur consentement à Monsieur B. (pour Balthazart, ce sera plus simple, si vous voulez bien) pour qu’il aille s’occuper de nos glandes ? Agit-il dans notre intérêt ? Il le dit mais avons-nous des raisons de le croire ou de le suivre en cette opinion ? Toujours dans le métro, cette réflexion : Toutes les recherches sont-elles bonnes à mener ? Jacques B. invoque de fait la liberté du chercheur et l’argument n’est pas en lui-même irrecevable mais les chercheurEs doivent-ils être autorisés à mener toutes les recherches ? Les savants afrikaners qui cherchaient les moyens de stériliser voire d’éliminer les populations noires par exemple menaient certainement des recherches scientifiquement rigoureuses si l’on exclut toute dimension éthique à la recherche. Jacques B. se place de fait dans la recherche fondamentale mais trace directement la voie à de telles recherches appliquées. Encore dans le métro, cette troisième réflexion : Pourquoi considérer l’homosexualité comme un accident biologique comme il le fait et ne pas se pencher sur l’ensemble des accidents biologiques relatifs au sexe ? Ainsi, constatant (pages 23 et s.) que le pourcentage de personnes homosexuelles ou bisexuelles dans une population humaine est relativement constant à travers les cultures et les décennies (entre 1 et 10% selon les époques, les degrés et les sexes), en déduisant par le biais du modèle animal que cette constance relative indique une origine biologique selon un syllogisme qui porte le doux nom d’application du conséquent (encore un truc que m’a fait remarquer Miss Grice : il s’agit d’un type de raisonnement erroné, sur le mode «Il a plu, la rue est mouillée, donc lorsqu’une rue est mouillée c’est qu’il a plu»), JB (vous permettez ?) ne se penche pas sur deux autres questions dès lors pourtant évidentes car étroitement connexes. D’une part, quid de l’orientation hétérosexuelle ? Comment nait-elle ? N’est-elle pas elle aussi accidentelle ? D’autre part et surtout, quid du sexe lui-même ? La répartition des sexes entre les nouveaux-nés obéit elle aussi à une constante relative d’environ 105 naissances de garçons pour 100 de filles. Comment cela se règle-t-il ? Par fax ? Par téléphone entre les ovaires des femmes parturiantes d’un même pays ? En bref, pourquoi JB n’interroge-t-il que la face homosexuelle d’une question qui touche aussi à l’hétérosexualité et au sexe ? N’est-ce pas une façon de laisser entendre qu’il y a le pathologique, sur lequel il se penche, et le normal sur lequel il est inutile de se pencher ? Sur ces questions, je reprends ma lecture.

J’en étais au début du chapitre 3, page 45 : «Notions de biochimie, génétique et endocrinologie». En bas de la page, cette expression étrange, révélatrice ? «Mieux comprendre les mécanismes de contrôle de l’orientation sexuelle chez l’homme»… Mieux contrôler pour mieux dépister ? – Page 61, cette remarque intéressante : en l’absence du chromosome Y (celui de la paire XY, qui caractérise les mâles, à la différence de la paire XX qui caractérise les femelles), «les gonades primordiales se différencient en ovaires». Ainsi, nous sommes tous des femmes à la base et la masculinisation de l’embryon est une sorte de processus viral :-)

Chapitre 4 (page 67) : «Le contrôle hormonal du développement sexuel». – Page 68, un peu d’humour : «Les structures sexuelles secondaires (barbe, pilosité corporelle, stature musculaire chez l’homme ; seins, largeur des hanches chez la femme) sont sous le contrôle des stéroïdes sexuels et leur valeur en tant que signaux sexuels n’est plus à démontrer.» – Page 70, moins drôle : «Les études réalisées chez le rat ont fourni…» Juste après avoir parlé de «l’homosexualité masculine» et de la «transsexualité». Cherchez l’erreur. JB ne voit-il pas qu’en l’absence d’intérêt légitime, une telle juxtaposition est une atteinte à la dignité des personnes homosexuelles et transsexuelles ? Une forme de justification des préjugés homophobes et transphobes ? (Quel pied, pour certaines personnes, de voir des images de rat, page 72, dans un ouvrage titrant sur l’homosexualité !) – Pages 71 et 72, un oubli, une omission, une occultation ? «Vu l’impossibilité de réaliser chez l’homme des expériences causales directes…» Pourquoi ne pas parler, pourtant, des expériences réalisées par les médecins anglais sur Alan Turing ? (Administration judiciaire d’oestrogènes pour le «guérir» de son homosexualité, avec pour conséquence sa déformation physique, sa chute de libido et finalement son suicide, à l’aide d’une pomme empoisonnée, en 1954.) – Page 78, une impression : la perspective tracée par l’ouvrage de JB n’est pas seulement celle de l’eugénisme, c’est aussi celle de la «guérison» ou de la thérapie génique. Charming. Par ailleurs, une réflexion : JB parle beaucoup de «lordose» (cambrure propice à la pénétration réceptive) induite chez le rat par manipulation expérimentale… mais que fait-il des hommes homosexuels qui auraient des postures «pénétrantes» ou des femmes homosexuelles qui pratiqueraient (on ne sait trop comment) la «lordose» ?

Chapitre 5 (page 87) : «Déterminisme biologique de l’orientation sexuelle chez l’animal». Chapitre plutôt convaincant (ne pas manquer les moutons pédés, pages 97 et s. ; remarque relative au sexisme supposé des chercheurs, page 101).

Chapitre 6 (page 103) : «Les différences entre sexes dans l’espèce humaine». Retour à l’être humain ! Où l’on apprend que 22.000 études scientifiques recensent les différences entre hommes et femmes au niveau biologique. – Page 111 : considérations sur le contexte social (sexiste) des thèses avancées dans l’ouvrage. Enfin ! mais ce n’est qu’en passant… – Page 113 : données statistiques sur les transsexuels et les transgenres («un homme sur 20.000 et une femme sur 50.000»). – Page 114, une réflexion du lecteur que je suis : si l’origine de l’homosexualité doit être identifiée et identifiée comme innée ou prénatale, ne serait-elle pas plutôt hormonale ? En effet, les orientations sexuelles ou identités de genre minoritaires l’étant fortement (10% ou moins… un sur 100.000 ou moins…), ne serait-il pas logique de penser que les gênes correspondant auraient disparu au cours de l’évolution ? À moins que la piste suggérée ne soit celle de la maladie génétique rare…

Chapitre 7 (page 115) : «Les effets des stéroïdes sexuels chez l’homme : effets organisateurs». – Page 120 : «Il existe en effet des cas très rares où l’on observe un phénotype masculin chez des individus XX et inversement un phénotype féminin chez des individus XY»… – Page 126 : «Des développements atypiques»… ; «Un enfant sur 10.000 est affecté par [le] syndrome d’insensibilité aux androgènes (AIS) » : il s’agit d’hommes porteurs d’un chromosome XY atypique qui permet la formation d’un phénotype féminin externe (vagins, seins, hanches etc.) mais pas interne (présence de testicules, absence d’ovaires etc.). Chapitre relativement convaincant. 26h31 ! La suite au prochain épisode.

La personne homosexuelle ou transsexuelle, son cerveau, son libre-arbitre (Lecture de «Biologie de l’homosexualité», épisode 2)

20100204-789h52 – J’avais hier laissé notre ami Jacques Balthazart, dont la bonne foi me semble évidente malgré les étonnements qu’il suscite chez moi, à la fin du premier paragraphe de la page 15 de son opus, «Biologie de l’homosexualité – On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être». Les premières lignes du deuxième paragraphe de cette page, que je reprend aujourd’hui, me laisseraient assis si je n’étais allongé : «L’adolescent réalise souvent contre son gré qu’il ou elle est homosexuel(le). Cette découverte est, chez de nombreux sujets, la source de souffrances morales importantes qui peuvent dans les cas extrêmes conduire à la dépresse voire au suicide…» Cela serait à peu près exact si l’auteur précisait que cette souffrance est liée au contexte homophobe dans lequel cette découverte se fait – ce qu’il ne fait pas, la notion d’homophobie lui semblant inconnue, ce d’autant plus curieusement qu’il évoque pourtant, il est vrai sans la réprouver explicitement (la science !), «l’intolérance» dont l’homosexualité a été victime à travers les âges. À la relecture, cet oubli apparaît déjà dès la préface où l’auteur parle des homosexuels «qui ont souvent beaucoup de mal à assumer leur orientation sexuelle» (page 10) sans évoquer clairement l’homophobie. (Un autre biais, qui ne m’a pas sauté hier aux yeux, apparaît également dès la préface : l’absence de mention voire de vision de la bisexualité.) Encore une fois, il me faut constater l’ignorance souveraine par l’auteur des apports des sciences humaines ou de la société civile, lesquelles évoquent largement l’homophobie (ainsi que la bisexualité). Certes, l’auteur reste évidemment libre de son champ d’étude mais il me semble qu’il ne peut ainsi écarter sans s’en expliquer des notions que l’état de la science lie aujourd’hui de manière claire et forte à son présent objet d’étude – sauf après tout à répugner littéralement à évoquer les sciences sociales ou la société civile, ce qu’il dit finalement de manière implicite, page 15, en conclusion d’un sous-titre «Conséquences sociales» : «Cette réflexion sur les conséquences sociales potentielles de l’une ou l’autre interprétation de l’homosexualité ne doit cependant pas influencer notre analyse de ses causes. Les conclusions basées sur l’évidence doivent bien entendu prendre le pas sur les idées politiquement correctes ou simplement moins dérangeantes.» L’auteur prend ainsi la posture, classique, du chercheur en science fondamentale qui n’a pas à connaître des conséquences ou du contexte de sa recherche (cf. l’excellentissime série télévisée The Big Bang Theory pour comprendre le mépris ou la condescendance des chercheurs en sciences fondamentales à l’égard des chercheurs en sciences appliquées). Mais ce qui peut après tout se comprendre pour la matière inerte (l’étude des atomes, du magnétisme, du volcanisme…) peut-il encore se comprendre pour la matière vivante – singulièrement pour l’étude de l’être humain ? Par ailleurs, l’homosexualité est-elle un champ d’investigation scientifique si clairement défini ? L’ignorance par l’auteur (à ce stade de ma lecture de son ouvrage) de la notion de bisexualité ne tendrait-elle pas à démontrer le contraire ? J’observe qu’il n’a pas à ce stade, ce qui constitue un manque certain de rigueur scientifique, défini le concept d’homosexualité. Si le mot apparaît dès le titre puis dès la deuxième ligne de la préface de son ouvrage, il n’est aucunement défini, pas plus d’ailleurs que le concept implicitement présenté comme son contraire, l’hétérosexualité. Tout au plus trouve-t-on en creux, page 11, au début de l’introduction, une sorte de définition de l’hétérosexualité (chez l’animal cependant, mais on a vu que l’auteur ne voit pas trop la différence entre l’animal et l’humain) : «Dans la plupart des espèces, mâles et femelles montrent en effet des comportements différents (e.g. montes et intromissions chez les mâles ; postures de réceptivité sexuelle chez les femelles). De plus, ils dirigent majoritairement ces comportements vers des congénères différents (les mâles vers les femelles et les femelles vers les mâles. Ces différences de comportements exprimés et leur orientation sont clairement contrôlées chez l’animal par les hormones produites par les gonades, c’est-à-dire les testicules chez le mâle et les ovaires chez la femelle.» Donc, si l’on comprend bien, l’hétérosexualité – normative – est la monte et l’intromission des femelles sexuellement réceptives par les mâles et l’homosexualité – anormale – est la monte et l’intromission des mâles sexuellement réceptifs par les mâles ou la monte des femelles sexuellement réceptives par les femelles (l’intromission étant ici écartée puisque l’animal ne connaît pas encore le gode-ceinture), en raison de gonades défectueuses. Toute la thèse de l’ouvrage est finalement dans ces quelques lignes : en histoire de la logique, cela revient à présupposer la conclusion à démontrer dès les prémisses et s’appelle une pétition de principe. (Il y a bien dans ces lignes un «majoritairement» qui pourrait ouvrir la voie à une nuance ou à une interrogation de l’auteur mais celui-ci n’en tire aucune conséquence et ne relativise pas davantage son propos : comme hier – «Il est fort possible que pour certains homosexuels, leur orientation relève d’un choix délibéré» (page 15) -, j’ai l’impression d’une précaution oratoire purement formelle, comme si l’auteur n’approfondissait que les pistes de réflexion conformes à sa vision première, ce qui conforte mon impression de me trouver face à une pétition de principe.) – Page 16 : Hosanna ! La voilà, la définition qui tardait ! «On parlera en sexologie d’homosexualité lorsque l’orientation sexuelle d’un individu ne correspond pas à son sexe morphologique (et en général génétique), de transsexualité lorsque l’identité sexuelle est en désaccord avec le sexe morphologique et enfin de travestisme si le rôle sexuel joué par un individu ne correspond pas à son sexe morphologique.» Cette définition pose plusieurs problèmes, à commencer par l’apparition ou l’appropriation du terme de sexologie sans que ce terme lui-même ne soit défini, alors qu’il renvoie à une science qui est aussi une science sociale et que l’auteur répudie ici les sciences sociales. – Page 26 (après quelques pages consacrées notamment à détailler les statistiques sur la proportion de personnes homosexuelles, bisexuelles ou transsexuelles chez les hommes et les femmes, plus nuancées et qui ne semblent pas devoir être contestées, si ce n’est pour constater que l’auteur évacue ici rapidement la notion d’identité de genre en assimilant implicitement, me semble-t-il, les personnes transsexuelles à des personnes homosexuelles plus un moins inachevées) ; fin de l’introduction, avec une interrogation me demeurant : Mais pourquoi donc chercher les origines de l’homosexualité ?

Page 27, chapitre II : «Sexualité et orientation sexuelle : des bases biologiques ?» - Page 30, des considérations intéressantes sur la difficulté française à voir donc à traiter les inégalités de fait au nom d’un principe universalisé d’égalité, abstrait, qui devrait selon l’auteur être recentré sur l’égalité des droits et des chances. – Page 31, une référence appréciable au sexisme (présenté par l’auteur comme jouant un «rôle déterminant dans la genèse de nombreuses différences comportementales entre hommes et femmes») vient nuancer l’oubli des sciences sociales que je déplorais précédemment (sans pour autant, semble-t-il à ce stade, que l’auteur en tire toutes les conclusions). – Pages 40 à 42, il rappelle de manière appréciable l’histoire cruelle de Bruce/Brenda Reimer, né homme mais transformé en femme peu après sa naissance à la suite d’une quasi-castration accidentelle (un phimosis mal opéré) : l’auteur rappelle que les théories de l’époque (années 1960) considéraient que «les bébés naissent dans la neutralité», avant d’évoquer le sort de Bruce/Brenda qui revint au sexe et au genre masculin. De plusieurs cas semblables, il tire une notion où le concept de normalité pointe de nouveau le nez : une «notion d’imprégnation hormonale embryonnaire, liée en conditions physiologiques normales au sexe biologique, qui aurait des conséquences irréversibles sur le développement ultérieur et sur l’identité et l’orientation sexuelle». – Page 44 : En conclusion de ce chapitre, cinq assertions dont la quatrième me paraît mal assise : «Le cerveau contrôle et organise nos comportements…» (bien qu’elle soit immédiatement nuancée : «…même si l’exécution des comportements est susceptible de modifier en retour la structure du cerveau»). C’est ici la question du libre arbitre qui se pose. C’est l’heure d’un rendez-vous de travail avec notre stagiaire étatsunienne et je suis à la bourre : la suite au prochain numéro.

Lecture de «Biologie de l’homosexualité»

20100204-7816h30 – Tjenbé Rèd mène actuellement une réflexion sur un livre paru en février, «Biologie de l’homosexualité – On naît homosexuel, on ne choisit pas de l’être», de l’universitaire liégeois Jacques Balthazart. J’ai un a priori négatif car je ne vois pas l’intérêt de passer du péché à la tare… mais lisons avant de nous prononcer ! Hier (magnifique dimanche), un petit tour aux Mots à la bouche avec mon légitime et hop ! (29 euros quand même, c’est cher les livres belges !) Aujourd’hui, j’attaque la préface (page 9). Elle est de l’auteur, plutôt bien écrite, présente de façon intéressante sa démarche comme une volonté de mettre un terme à la culpabilité des personnes homosexuelles et de leurs parents : C’est biologique donc ce n’est pas moral. D’emblée cependant, quelques partis pris accrochent mon attention. D’abord, si la psychanalyse est justement critiquée en ce qu’elle a trop permis cette culpabilité, elle est trop simplement et trop rapidement réduite à cet aspect peu glorieux de son histoire ou de sa pratique encore actuelle, à l’occasion, hélas. La psychanalyse n’est pas monolithique. Dans la foulée, ce sont en fait les sciences sociales dans leur ensemble et notamment leurs travaux sur le genre qui sont ignorés dans cette préface, pas même mentionnés ou évoqués. Cela m’inquiète et me donne le sentiment d’un confinement dans le champ biologique stricto sensu de l’auteur, endocrinologue de son état (sans souci d’interdisciplinarité). Cela m’inquiète car le vivant n’est pas qu’un amas de cellules. Inquiétude confirmée par cette phrase : «Les orientations homo ou hétérosexuelles sont probablement chez l’homme comme chez l’animal sous le contrôle de phénomènes embryonnaires…» Pour moi, tout le problème est dans le «comme». «Comme si» l’homme et l’animal, c’était du pareil au même. Les derniers mots de cette préface (page 10) me paraissent procéder du même biais : «Les orientations homo ou hétérosexuelles sont probablement… sous le contrôle de phénomènes embryonnaires… dans lesquels la notion de choix individuel et, par conséquent, de responsabilité et culpabilité n’a que peu de place.» C’est magique, bulli-bulla ! Hop, fini le choix, ne reste plus que du gêne, donc fini la culpabilité ! L’auteur n’a-t-il jamais entendu parler de la culpabilité éventuelle des personnes porteuses de maladies génétiques lorsqu’elle transmettent la vie ? S’est-il posé la question ? A-t-il cherché à se procurer les études sociologiques ou associatives sur le sujet ? À savoir ce que pense par exemple la mère d’une personne myopathe ou cette personne elle-même ? Non. Pour lui, la question ne semble pas exister. (Notons également une certaine ambiguïté de son propos : «que peu de place»… donc «encore un peu» quand même ? Il faudrait savoir… S’agit-il de déculpabiliser ou au contraire de confirmer finalement qu’il existe bien une part de culpabilité ?) La question eugéniste par ailleurs se pose dès ce moment (que pourrait penser et faire un couple de parents à qui l’on dirait tranquillement : «Tout va bien, votre fils sera blond et homosexuel» ?) mais il ne la voit pas non plus. Science dure science dure, foin des sciences molles : ça part mal. Il ne s’agit pas seulement de faire un reproche un peu moralisateur, du genre «Cela aurait été tellement plus gentil de penser aux sympathiques sciences sociales…», mais de savoir si une démarche scientifique peut aujourd’hui se prétendre rigoureuse en ignorant à ce point la notion d’interdisciplinarité et celle de déontologie, surtout lorsqu’elle traite de comportement humain. La question n’est pas de savoir si la démarche de Monsieur Balthazart est morale ou gentille ou sympathique : elle est simplement de savoir si elle est scientifique.

Page 11 et chapitre Ier : Introduction. Page 13, l’auteur évoque avec semble-t-il une pointe de regret l’impossibilité «d’expérimenter» ses vues sur l’homme avant de commettre une belle bourde en situant à «plus de vingt ans» après la naissance l’apparition de «l’identité sexuelle de l’adulte». Alors là, c’est carrément du gag et il devient vraiment évident que l’auteur manque de lectures sociologiques ou romanesques ! Certes, l’orientation sexuelle apparaît parfois après l’âge de 20 ans mais le cas général est nettement plus précoce, c’est une évidence. Page 14, l’auteur évoque rapidement le risque de culpabilité basée sur l’origine prénatale de l’homosexualité, sans toutefois en tirer pleinement les conséquences puisqu’il semble simplement le minimiser. Page 15, encore du n’importe quoi : l’auteur avance qu’il est «fort possible que pour certains homosexuels, leur orientation relève d’un choix délibéré». Combien ? Dans quelles circonstances ? L’auteur ne le précise pas, semblant par cette pirouette se débarrasser d’une objection possible qu’il ne traite pour autant en rien et qu’il traite qui plus est d’une façon ambiguë et biaisée. Ambiguë, parce qu’il sape les fondements mêmes de sa démarche : soit l’homosexualité est prénatale, soit elle ne l’est pas… L’eau ne bout pas à 100° dans la majorité des cas seulement mais dans tous les cas (aux conditions normales de température et de pression, cela va sans dire) et la rigueur de sa démarche qui se présente comme scientifique au sens biologique du terme (c’est dans le titre) voudrait qu’il s’interroge plus sérieusement sur les exceptions qu’il envisage au principe général qu’il aspire à poser. Biaisée, parce qu’il pose une alternative «origine prénatale vs. choix» qu’il présente implicitement comme holistique (couvrant l’ensemble des cas possibles ou envisageables) alors qu’elle ne l’est pas : qu’est-ce qui pourrait conceptuellement empêcher que l’homosexualité ne relève ni du choix, ni de la conception ? À ce stade, ce n’est pas une démarche scientifique, c’est une démarche descriptive qui se veut de bon sens mais qui n’a aucune rigueur ni logique. C’est l’heure de la permanence hebdomadaire de Tjenbé Rèd et je suis à la bourre : la suite au prochain numéro.