11h52 – Un nouveau jour se lève… Page 147, chapitre 8 : «Les effets des stéroïdes sexuels chez l’homme : effets activateurs». Au passage, notons que le livre souffre d’une absence de plan et d’une certaine rapidité d’exécution (quelques fautes de frappe voire d’orthographe, ainsi page 278 «prémices» au lieu de «prémisses»). Vous aurez compris que mes notes sont plus rapides désormais, je crois avoir déjà traité l’essentiel des objections que j’avais à formuler, je ne retiens plus que les points qui me paraissent appeler de nouvelles remarques de ma part. – Page 155 : Les danseuses de boîte de nuit obtiennent des pourboires deux fois supérieurs lorsqu’elles sont en période péri-ovulatoire (fertile), par rapport à ce qu’elles obtiennent pendant leurs menstruations. – Page 159 : L’auteur laisse une fois de plus voir qu’il ne se sent pas concerné par les questions déontologiques en indiquant de manière factuelle voire tautologique, sans évoquer les motivations homophobes : «Vu l’intérêt majeur que suscitent ces deux aspects de la personnalité humaine [l’orientation et l’identité sexuelle], un bon nombre d’études ont été réalisées pour analyser le rôle potentiel des hormones dans leur déterminisme.» Un intérêt bien ou mal intentionné ?
Page 161, chapitre 9 : «Arguments suggérant une indépendance de l’homosexualité vis-à-vis du milieu éducatif». – Page 166 : De nouveau, argument convaincant sur l’absence d’augmentation du taux d’hommes homosexuels parmi les garçons élevés par leurs mères dans le cadre de familles monoparentales matrifocales. Chapitre convaincant.
Page 173, chapitre 10 : «Différences sexuelles suggérant que l’homosexualité est au moins en partie un phénomène endocrinien». (Usage incorrect du terme d’alternative.) Chapitre parfois confus, relativement convaincant mais – Page 183 : Un schéma comparant la longueur relative de l’index et de l’annulaire chez «l’homme», «l’homme homosexuel», «la femme» et la «femme homosexuelle». Conclusion : la femme homosexuelle n’est pas vraiment une femme, l’homme homosexuel pas vraiment un homme. Sic. (Même remarque pp. 187, 192, 199, 204 et 254 pour d’autres schémas.) Test amusant à faire chez vous, Mesdames : si votre index est plus petit que votre annulaire, vous êtes homosexuelle (à condition d’être une camionneuse : le test ne fonctionne pas sur la lesbienne féminine)… – Page 207 : l’auteur parle d’espoir (vocabulaire inusuel sous sa plume).
Page 215, chapitre 11 : «Arguments épidémiologiques suggérant une contribution hormonale au développement de l’homosexualité». Parfois confus, relativement convaincant. Manque de relecture (un mot pour un autre, un oubli de mot).
Page 231, chapitre 12 : «Arguments suggérant un mécanisme génétique ou immunologique à la base de l’homosexualité». Chapitre clair et convaincant, effrayant également : la porte s’ouvre à l’eugénisme et l’auteur ne le signale pas, confirmant son manque d’intérêt pour les considérations déontologiques. À noter : la mention de l’homosexualité comme éventuelle disposition génétique de nature à être transmise avec succès au fil des générations, la moindre reproduction des personnes homosexuelles étant compensée par une sur-reproduction des personnes de leur lignée de sexe opposé ainsi que par l’assistance des premières à l’élevage des secondes.
Page 249, chapitre 13 : «L’identité sexuelle et ses perturbations éventuelles (transsexualité)». D’abord, merci pour les perturbéEs ! Ensuite, 20% des transidentitaires seraient transsexuelLEs (p. 250) ? (Mauvais usage du verbe «supporter».) Un peu confus mais relativement convaincant.
Page 261, chapitre 14 : «Conclusions générales». Il faut noter ici, elle est déjà apparue à plusieurs reprises dans l’ouvrage, une sorte de haine scientifique de l’auteur pour Stéphane Clerget et son ouvrage de 2006 : «Comment devient-on homosexuel ou hétérosexuel», ainsi que pour Catherine Vidal et son ouvrage de 2007 : «Hommes, femmes, avons-nous le même cerveau ?», lesquels soutiennent des thèses contraires aux siennes et favorables à une origine acquise de l’homosexualité alors qu’il estime pour sa part (p. 270 et s.) : «Il n’y a pas d’explication psychanalytique, psychologique ou sociologique de l’homosexualité». Pour en revenir au propos spécifique à l’auteur – Page 272 et s., tirant les conséquences des limites de ses propres thèses («Diverses pathologies endocrines prénatales modifient l’orientation sexuelle mais dans aucun cas connu on n’observe une proportion d’homosexuels plus importante qu’environ 30%»), il envisage «différents types d’homosexualité» (génétique, hormonal, immunologique ou autre d’origine biologique mais non-identifié), ce qui correspondrait après tout à une observation fréquente (par exemple entre «actifs» et «passifs»). De façon rapide voire maladroite ou arrogante (dernier § de la page 273), il envisage cependant que pour une minorité d’homosexuels, «cette orientation sexuelle constitue un choix de vie influencé par des expériences antérieures ou motivé par des raisons diverses pouvant aller de la curiosité à la perversité», ajoutant : «Il y a probablement des pervers sexuels parmi les homosexuels, tout comme il y en a parmi les hétérosexuels, mais l’homosexualité en tant que telle n’est pas une perversion». La nuance est importante et bienvenue mais elle masque mal la maladresse du propos et son caractère ambigu puisque l’on peut quand même à un moment comprendre que la perversité n’est pas étrangère à l’homosexualité. En fait, l’arrogance de l’auteur est ici celle qu’il manifeste régulièrement à l’égard des sciences sociales et qui se manifeste de manière naïve voire touchante en même temps que ses meilleurs sentiments, lorsqu’il évoque la volonté des personnes intersexuées de «laisser s’exprimer tous les intermédiaires» entre hommes et femmes plutôt que de vouloir «séparer tous les individus en deux catégories strictement définies (hommes ou femmes)», avant de préciser que cette discussion «touche plus à la sociologie» (page 275). Naïveté ou arrogance encore lorsqu’il soutient sans ciller que «le but de la science» n’est pas «d’identifier les mécanismes biologiques qui contrôlent l’émergence de l’homosexualité en vue de contrôler cet aspect de la sexualité humaine», le problème étant que si, justement, tel est bien le but de la science, parfois tout au moins, l’histoire en présente des cas documentés que l’auteur ne peut ignorer… mais qu’il ignore (finalement : arrogance). – Page 276 : Il évoque cependant le risque de «dérive eugénique» (et non «eugéniste», choix de mot révélateur de sa méconnaissance du fait idéologique et de son repli dans la sphère du langage technologisant), estimant de manière bien trop simple que sa «vérité» ne peut en rien «favoriser» une telle dérive – justement, si, elle peut. En bouquet final, il fait une sorte d’éloge (attendu) de la science et de la «découverte de la structure de l’atome» qui a apporté des «bienfaits importants (radiothérapie, source d’énergie énorme) tout comme des désastres majeurs (bombe atomique)», précisant : «C’est aux sociétés de décider ce qu’elles font des connaissances scientifiques». Il est réellement dommage ici que l’auteur ignore délibérément, choisissant cet exemple, les regrets et les alertes des scientifiques qui ont contribué à cette découverte, d’une part, le sort de certains d’entre eux morts de cette découverte, d’autre part, la question du risque nucléaire et des déchets radioactifs, enfin. – Page 277 et s. : L’auteur en vient ici à la phrase qui m’a en fait poussé à acheter son livre, au-delà de ce que j’avais pu en lire dans la presse et qui m’avait interpellé : «L’homosexualité devrait dès lors être considérée comme une variation spontanée d’un caractère biologique, l’orientation sexuelle», tout comme «la taille, la couleur des cheveux ou la physiologie hormonale». Il est cependant regrettable que l’auteur n’aille ici pas jusqu’au changement de paradigme qu’il semblait à demi-mot envisager en affirmant (pp. 231 et 232 puis 245) : «L’homosexualité masculine peut-être interprétée comme une attraction extrême pour le sexe masculin», ou : «Il est possible qu’il faille un taux minimal de testostérone [durant la gestation] pour établir une orientation sexuelle de type masculin, c’est-à-dire une attraction sexuelle dirigée vers les femmes» (ladite remarque en commentant une figure illustrant la fluctuation de la concentration de testostérone pendant la vie embryonnaire, susceptible d’orienter l’attraction sexuelle d’une majorité d’embryons masculins et d’une minorité d’embryons féminins vers les femmes lorsqu’elle serait supérieure à un certain seuil ou inversement lorsqu’elle serait inférieure à ce seuil). Le changement de paradigme esquissé par cette analyse serait majeur puisqu’il impliquerait la disparition ou à tout le moins la marginalisation des notions d’homosexualité et d’hétérosexualité, les transformant en simples cas particuliers de deux nouvelles notions : l’attraction sexuelle dirigée vers les femmes et l’attraction sexuelle dirigée vers les hommes (trois nouvelles notions si l’on inclut l’attraction sexuelle dirigée vers les femmes et les hommes, plus encore si l’on inclut le continuum des attractions sexuelles dirigées vers les personnes intersexuées ou transidentitaires). Le mérite immense de ces deux notions (ou de ces trois notions ou de ce continuum de notions) serait de sortir de la notion du sexe ou, plus précisément, de délier les personnes de leur obligation de mentionner leur appartenance à telle ou telle catégorie sexuelle lorsqu’elles évoquent leur orientation sexuelle. Lorsque vous indiquez votre homosexualité, vous indiquez implicitement que vous êtes un homme aimant les hommes ou une femme aimant les femmes (pour faire simple, nous n’évoquons pas ici le double continuum des genres et des attirances). Lorsque vous indiqueriez votre «attraction sexuelle dirigée vers les femmes» (par exemple), vous vous situeriez en tant que personne attirée par les femmes, quelque soit votre genre. Se basant sur l’attirance décrite par l’auteur pour telle ou telle phéromone (pp. 193 et s.), on pourrait ainsi parler, c’est une proposition, d’«androphilie» pour les personnes attirées par les hommes, de «gynécophilie» pour celles attirées par les femmes et d’«androgynophilie» ou de «gynéandrophilie» pour toute situation intermédiaire – et ce, indépendamment de la question de savoir si vous êtes un homme ou une femme ou une personne intersexuée. Un autre point davantage développé par l’auteur mais sur lequel il aurait pu revenir ici touche à l’utilité évolutionnaire de l’homosexualité (page 246, théorie d’évolution des groupes apparentés ou «kin selection»), décrivant les homosexuelLEs préhistoriques comme des humains déconnectés de la compétition sexuelle directe et de ce fait disponibles pour assister leurs parents hétérosexuels dans la difficile éducation et préservation de leurs enfants (participant de ce fait, de manière indirecte, à la compétition sexuelle en luttant pour la préservation de leur lignée génétique à défaut de celle de leurs gênes propres). On peut ainsi envisager, sur cette base, que les homosexuels préhistoriques aient été de meilleurs guerriers, de meilleurs diplomates, de meilleurs médecins, de meilleurs éducateurs ou de meilleurs compagnons sexuels puisque moins directement accaparés par la conception ou l’éducation ou la sauvegarde d’enfants. Les homosexuels, guerriers altruistes, diplomates altruistes, enseignants altruistes, médecins altruistes, compagnons sexuels altruistes, garants de la survie des groupes humains, voilà qui sonne quand même mieux, non ? – Page 278 et finale, un dernier regret cependant : «Les homosexuels ne sont pas dangereux (l’homosexualité n’est pas contagieuse) et ils ne sont pas, en général, responsables de leur condition.» Comme si l’homosexualité était bien quand même une maladie et comme si, en la circonstance où les homosexuels seraient responsables de leur «condition» (rappelons que le mot s’approche de la notion de maladie en anglais et que l’auteur multiplie les anglicismes en utilisant les termes «supporter» ou «alternative» dans leur sens anglais), on pourrait bien finalement quand même le leur reprocher. En guise de conclusion sur cette conclusion et avant de produire une synthèse ordonnée de ma réflexion sur son ouvrage, je dirais donc que l’auteur finit en manifestant à la fois la part naïve et ambiguë de ses bonnes intentions et de ses apports réels. 38h17.
- Par David Auerbach Chiffrin, citoyen français, fondateur de Tjenbé Rèd, association de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida en Outre-Mer et dans l’Hexagone |
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