Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

Aujourd’hui un ami m’annonce sa séropositivité

actupparisVendredi 12 mars 2010, 15h00, Paris – Toussaint est un ami d’origine africaine. Hier il m’a dit qu’il voulait me dire quelque chose sur sa santé. Par MSN. Aujourd’hui, on se voit, il ne veut plus m’en parler. J’insiste. Il ne veut plus. J’insiste. Il ne veut pas alors je laisse tomber et on passe à autre chose. Tout à coup il me dit qu’il est séropositif. Il pleure. Je lui demande depuis combien de temps, il me dit trois mois . Il est sous traitement. Le médecin dit que tout va bien. Il ne veut pas voir les papiers (les résultats de ses analyses). Problèmes de papiers (de droit au séjour), de logement : je lui propose de l’accompagner à la permanence juridique d’Act Up-Paris.

Rien de commun avec ce communisme

doriotPas facile d’obtenir du personnel politique qu’il respecte la morale ! Enfin, ne parlons même pas de morale, parlons simplement d’obtenir qu’il respecte déjà ses engagements. Marie-Georges Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste français (PCF), disait en 2006 tout le mal qu’elle pensait de Georges Frêche (membre du PS qui se distinguait par le type de propos que l’on sait). Marie-Georges Buffet, toujours secrétaire nationale du PCF, disait ce matin tout le mal qu’elle pense de Gérard Longuet (sénateur UMP qui se distingue par le type de propos que l’on sait). Jusqu’ici tout va bien. Sauf que dans l’intervalle, la Marie-George de 2010 a renié celle de 2006 : Georges Frêche qui a redoublé de brio dans la provocation est pourtant redevenu quelqu’un de parfaitement fréquentable et les membres du PCF qui s’acoquinent avec lui ne seront même pas grondés. Vous comprenez, garder une région à gauche, c’est important, alors que le racisme, n’est-ce pas, finalement, c’est quand même beaucoup plus grave à droite qu’à gauche. Jacques Doriot avait à peu près le même avis. La mairie communiste de Bagnolet qui vient de jeter des immigrés à la rue en plein hiver, à coups de bulldozer, aussi. Pourquoi évoquer cette dérive ici ? Tout simplement par solidarité, tout simplement aussi parce que cela peut arriver aux LGBT du jour au lendemain. Le PCF jadis a été très hostile – plus encore – aux immigrés, très hostile aussi aux LGBT – «le vice bourgeois» -, et il nous faut avoir un peu de mémoire. Et de solidarité.

Photographie : Jacques Doriot, fameux communiste devenu collaborateur zélé pendant la Seconde guerre mondiale, signalé par ce grandiose discours qui devrait inspirer aujourd’hui encore notre belle jeunesse : «Ne sait-elle pas, notre jeunesse, que si elle ne combat pas, la jeunesse d’Europe qui donne son sang à flot sur le front de l’Est, n’aura que mépris pour elle? Avoir 20 ans, vivre à l’époque la plus grandiose de l’histoire humaine et faire le zazou physiquement et moralement… Quelle décrépitude, quelle déchéance !» (Paris, Vél’d’hiv, 21 avril 1944)

Victoria, chute et relèvement (Entretien d’accueil & d’écoute avec une jeune femme d’origine africaine)

lindiwe_nkuthaMardi 9 mars 2010 – 19h30-21h00, Paris, dans un café – Victoria (appelons-la ainsi) a une trentaine d’années, c’est une jeune femme superbe, impressionnante et pourtant elle est perturbée et c’est pour ça qu’elle nous a approchés. Elle a d’abord commencé, il y a quelques semaines, par nous téléphoner (sur notre ligne d’accueil & d’écoute : 06 10 55 63 60), incertaine que nous existions vraiment, osant à peine nous parler, incertaine qu’une association regroupant des personnes noires & métisses LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) puisse exister. Puis elle nous a rappelés. A accepté le principe d’un rendez-vous. Peut-être. Finalement elle nous envoie un texto ce mardi, nous demande si nous sommes disponibles ce soir. Nous le sommes. Nous nous voyons. Elle est extrêmement émue, j’en ai la gorge serrée en face d’elle, rien qu’à l’entendre, rien qu’à la voir. Que se passe-t-il ? Depuis quelques temps, Victoria se sent attirée par les femmes – une femme en particulier mais aussi les femmes. Elle veut en parler, veut savoir si ça va durer, ce qu’elle va devenir, comment cela pourra se passer avec sa famille qui la presse, attend qu’elle se marie, ait des enfants. Le reste appartient à la confidentialité de notre entretien, tout juste puis-je dire que Victoria veut absolument parler avec d’autres femmes lesbiennes (elle est troublée mais le mot ne lui fait pas peur) d’origine africaine ou même antillaise, savoir comment elles ont fait, comment elle va faire, ce qu’elle va devenir. Victoria m’apprend des tas de choses, elle est formidable.

Photographie : Lindiwe Nkutha, Afrique du Sud (Coalition des lesbiennes africaines) – DR, Ilga, 2009
http://ilga.org/ilga/fr/article/1237

Huchon, Karam et le crapauduc

crapauducLes mauvaises langues – n’écoutez jamais la propagande – disent que je ne sais que protester. On connaît cette rhétorique que j’ignore habituellement car elle n’est basée sur aucune analyse objective des faits mais pour une fois, je vais leur faire un petit plaisir en disant que ce week-end était un bon week-end. En effet, une délégation de Tjenbé Rèd assistait vendredi 5 au soir à une rencontre organisée par Jean-Paul Huchon avec les associations ultramarines (pour le PS et satellites) ; samedi 6 au soir, à une rencontre organisée par Patrick Karam et Valérie Pécresse avec les mêmes (pour l’UMP et satellites). On trouvera un compte rendu plus complet de ces deux rencontres sur le blog Antilles Politique (ici et ) mais je retiendrai présentement quelques points précis seulement.

Vendredi, Jean-Paul Huchon a sévèrement jugé l’attitude non pas tant de Georges Frêche (qui se situe quelque part entre le calcul politicien et la démence sénile) mais de Gérard Collomb et François Rebsamen, ses soutiens indéfectibles au sein du Parti socialiste, qu’il a publiquement renvoyé à l’âge de la SFIO en estimant qu’ils ne respectaient pas “l’éthique” du PS et qu’ils raisonnaient ainsi : “Nous, les élus, on veut d’abord gagner les élections et le reste, on verra après”. Au sein du PS, tout le monde le savait mais personne ne le disait. Jean-Paul Huchon a brisé le tabou, montrant que malgré les moqueries dont on l’affuble parfois pour sa rondeur et sa discrétion, il avait davantage de colonne vertébrale que bien des “camarades” de son parti (voir notre communiqué du 6). C’est à des choses comme ça qu’on voit les hommes.

Par ailleurs, il a renforcé un geste qu’il avait été seul à faire en signant, le 26 février avec sa vice-présidente Marie-Pierre de la Gontrie, l’appel interassociatif du 30 novembre pour une conférence sur le sida parmi les populations ultramarines. Il a proposé purement et simplement d’accueillir cette conférence. CertainEs y verront peut-être une surenchère électorale ? Moi, j’y vois deux engagements forts et cohérents, d’autant plus lisibles qu’ils sont accompagnés d’une réprobation claire des dérives racistes et homophobes au sein de son parti. Après, il faudra évidemment s’assurer que ces engagements soient tenus mais il s’agit là d’une clause générale dans la vie politique, non ?

Samedi, Patrick Karam a pour sa part renouvelé son soutien à cet appel interassociatif, en demandant toutefois qu’il soit précisé et sans doute amélioré afin d’éviter que nos compatriotes ultramarins aient le sentiment qu’on les stigmatise. Ce soutien renouvelé est également une bonne nouvelle.

Dernière bonne nouvelle : nous avons pu assister à un one man show hilarant de Roger Karoutchi, concurrent malheureux de Valérie Pécresse pour la tête de liste UMP aux régionales franciliennes. Enfoncé, Santini ! Battu, Hollande et ses fades fadaises ! Qui n’a pas entendu Karoutchi s’en prendre, incarnation saisissante de Fernand Reynaud, aux crapauducs financés par le conseil régional n’a rien entendu et ne mérite pas le nom d’homme. Parole.

Photographie : Le crapauduc d’Yzeron
http://grenouille.yzeron.free.fr/spip.php?article22

Lâcheté militante

judenratsealSuite aux débordements homophobes de Frêche (voir notre billet d’hier), nous avons proposé une réaction associative conjointe aux associations LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) de France et de Languedoc-Roussillon (courriel du 3 mars à 17h36).

Nous recevons la réponse suivante de l’une d’entre elles (courriel du 4 mars à 13h02), avec laquelle nous avons des liens anciens : “Nous ne souhaitons pas nous positionner sur cette question, étant apolitiques selon nos statuts et ayant des liens étroits avec la Région Languedoc Roussillon cela nous serait très délicat.”

Notre réponse (courriel du 4 mars à 13h47) : “Judenrat”.

Le macho, les lopettes et la (f)rigide

Emission Action discrète, Canal +, 13 février 2010

C’est pas pour être monomaniaque mais il faut bien commenter la dernière sortie de Georges Frêche, dont je parlais hier en soulignant la convergence entre ses propos qui fleurent avec les préjugés racistes, d’une part, et la pensée homophobe, d’autre part. Jusqu’à hier, je ne faisais qu’en parler de manière théorique. Je subodorai. Je subodore ainsi depuis plus de trois ans, depuis que j’ai découvert le personnage. On aimerait parfois ne pas avoir eu raison trop tôt, puisque je viens de découvrir que l’intéressé a cette fois tenu des propos implicitement homophobes dans ce qu’on peine à qualifier de revue, Voici, publié le 27 février.

Je cite : «Je suis fils unique, c’est pourquoi j’ai besoin d’amour. J’ai été élevé par des femmes : j’aurais dû devenir soit homosexuel, soit macho. Je suis devenu macho !»

Il ajoute : «Rocard c’est un type très intelligent mais c’est une lopette. Il a lâché tous ses amis. Il a fait une carrière personnelle.»

Enfin, il déclare de Martine Aubry : «Elle veut se faire une stature de vierge morale, alors qu’elle est rigide».

En gros, les homosexuels sont des poules mouillées trop couvées par leurs mères qui en prime en font des traîtres égoïstes et intellos (à lunettes, évidemment). Quant aux femmes, si elles ne consentent pas à être d’accord avec lui (à s’ouvrir pleinement à lui), elles sont des pucelles mal baisées et (f)rigides. Affligeant. La version “mon beauf au comptoir” des élucubrations différentialistes à la Boutin ou à la Théry. Pour rappel, Gérard Collomb et François Rebsamen ont exprimé leur plein et entier soutien à cet individu. Si vous habitez à à Lyon et à Dijon, vous savez quoi faire ! Une surprise cependant : tiens tiens, mais pourquoi cette nouvelle sortie n’a-t-elle pas fait autant de bruit que la précédente ? 100 balles et un Mars pour celui ou celle qui trouve une réponse.

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Photo : Emission Action discrète, Canal +, 13 février 2010

Frêche, Rebsamen, Collomb : ça nous concerne

Athlète noir étatsunien durant les JO de Berlin en 1936

Joies de l’épistole, mes responsabilités associatives m’amènent à recevoir de temps à autre un mot d’insulte, un mot d’encouragement. Nous avons une politique bien claire à Tjenbé Rèd : nous les publions intégralement sur notre livre d’or (sauf pour ce qui relève de la menace). Nous répondons rarement sur le fond, parfois bas. Autre chose à faire ! Une fois n’est pas coutume, j’ai répondu à une réaction à l’une de nos récente communications, intitulée Lettre ouverte à François Rebsamen sur son «âme» et son soutien à Georges Frêche.

En substance, notre interlocuteur, un certain Alain, de l’Hérault, regrettait que nous participions «à la désinformation et à la manipulation en analysant (en copiant en fait !) de façon si sommaire la conduite de Georges Frêche». Alain ajoutait : «Votre combat utile n’a aucune efficacité si vous n’identifiez pas vos ennemis et ne reconnaissez pas vos véritables soutiens et amis» avant de conclure virilement : «Désabonné (dès aujourd’hui)» [de notre lettre mensuelle].

Oui mais non. Le Monsieur Frêche, sa conduite, nous l’analysons de façon tout sauf sommaire ! Elle est très claire, sa conduite ! Depuis des années, l’individu multiplie les propos provocateurs, visant de plus en plus de minorités : avant-hier les harkis puis les maghrébins et les musulmans, hier les noirs, aujourd’hui les juifs… Laisser faire ? Ce n’est pas pour cela que nous sommes investiEs dans le combat associatif, en tout cas pas moi. Comme le dit si bien le maire de Paris, Bertrand Delanoë, Monsieur Frêche «alimente» les racismes. Cela concerne étroitement Tjenbé Rèd, association de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida, mais cela devrait tout aussi étroitement concerner l’ensemble des acteurs LGBT (lesbiens, gais, bi & trans). Par solidarité d’abord, merci, cela devrait d’ailleurs suffire (le discours sur la solidarité entre minorités est quand même rémanent depuis des années dans la doctrine LGBT), par intérêt bien compris ensuite et sinon : qui viendra sinon les secourir quand, au bon gré du seigneur de Septimanie, c’est à elles et eux qu’il s’en prendra ? Car c’est bien aussi comme cela qu’il faut lire l’attitude de Monsieur Frêche, une attitude pas seulement politicienne (attirer les voix de l’extrême droite) mais aussi viriliste : c’est moi le roi, c’est moi le mec, j’insulte qui je veux comme je veux quand je veux, t’ar’ta gueule à la récré.

Voici donc en substance notre réponse à Monsieur Alain, de l’Hérault : «Crier comme vous le faites à la “désinformation” et à la “manipulation” sans étayer votre propos est une tentative simpliste de détourner l’attention des propos et comportements considérés. Revenons donc à l’essentiel : les propos de Monsieur Frêche qui, selon le maire de Paris Bertrand Delanoë “alimentent” les racismes ; le comportement de Monsieur Rebsamen dont “l’âme” est manifestement, selon ses propres mots, compatible avec ces propos – plus, sans doute, qu’avec les valeurs officielles du Parti socialiste. A la une vision clanique de la politique que vous valorisez (vous parlez de “soutiens et amis”), nous opposons une ambition morale pour la politique et la lutte contre le racisme : nous combattons le racisme et ses soutiens, nous sommes aux côtés de celles et ceux qui combattent de même. En vous désabonnant de notre lettre mensuelle, vous choisissez votre camp ; vous nous aidez à discerner le nôtre.»

Si encore il n’y avait que Rebsamen pour ainsi se mésallier ; Gérard Collomb aussi, le maire de Lyon… (Voir notre communication :  Le Collectif des États généraux de l’outre-mer dans l’Hexagone et Tjenbé Rèd dénoncent le soutien clanique de Gérard Collomb à Georges Frêche)

De Montpellier à Dijon en passant par Lyon, c’est ainsi une curieuse déclinaison (à tous les sens du terme) du socialisme qui se dessine et qu’un opposant de Monsieur Frêche avait cruellement, il y a quelques temps, qualifiée de «régional-socialisme». Il convient de souligner cependant que pour une fois, se distinguant en cela clairement de François Hollande qui s’efforçait de faire semblant de ne pas voir, Martine Aubry a apporté une réponse claire aux nouvelles provocations de l’intéressé en lui opposant une liste concurrente aux prochaines élections régionales.

Heureux retour à la clarté politique et morale ?

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NB : Je ne savais pas trop quoi choisir comme illustration au présent billet : une photo de Frêche ? Certes non ! Alors j’ai eu l’idée de chercher une photo d’un de ces athlètes nègres qui lui font tant de «honte» et de «peine» (pour reprendre ses termes du 14 novembre 2006 au sujet des «noirs» de l’équipe de France de football) : Jesse Owens, titulaire de quatre médailles d’or aux Jeux olympiques de Berlin en 1936, devant et au grand dam d’un autre promoteur de la pureté de la race. C’est quand même plus réjouissant à voir. En échange, je gagne un joli point Godwin mais personnellement je suis assez en désaccord avec une utilisation excessive de cette loi qui empêcherait de souligner la valeur archétypale du national-socialisme. Photographie titrée «1936 – 4 médailles pour Jesse Owens», tirée du site Internet lessignets.com (non créditée, légendée : «Jesse Owens gagna quatre médailles d’or aux Jeux Olympiques d’été de 1936; le 3 août 1936 aux 100 mètres, le 4 août au saut en longueur, le 5 août au 200 mètres, et après être inclus dans l’équipe du relais 4 x 100 mètres, le 9 août il remporta sa quatrième médaille d’or. Sa performance fut égalée aux Jeux olympiques d’été de 1984 par Carl Lewis qui remporta quatre médailles d’or pour les mêmes épreuves.» – DR).