Outre-mers & pairs

Une actualité des homophobies & du sida du point de vue des minorités ethniques en France ultramarine & hexagonale, par David Auerbach Chiffrin

Les États généraux du sida en Martinique présentés sur Radio Saint-Louis

20100725-97
Le 7 décembre, à la suite de la Journée mondiale de lutte contre le sida, Radio Saint-Louis, radio catholique diocésaine de Martinique, recevait l’association Tjenbé Rèd Prévention au sujet des futurs États généraux des PVVIH (personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine ou avec le sida, syndrome de l’immunodéficience acquise) en Martinique.

Tjenbé Rèd Prévention diffuse aujourd’hui, à toutes fins utiles, le texte des 41 minutes de cet entretien [A], mené par la journaliste Mme Nadiège Pastel.

[A] 7 décembre 2011 – Entretien avec Tjenbé Rèd Prévention diffusé par Radio Saint-Louis au sujet des États généraux des PVVIH en Martinique
http://www.tjenbered.fr/2011/20111207-89.mp3
[00’00-13’02] (partie n°1, 17,8 Mo – début de l’entretien à 01’25)
http://www.tjenbered.fr/2011/20111207-88.mp3
[13’03-41’00] (partie n°2, 38,3 Mo)
_

http://www.tjenbered.fr/2011/20111207-89.mp3
[00’00-13’01] (partie n°1, 17,8 Mo – début de l’entretien à 01’25)

[00’00] Musique («Maman et puis papa…»)

[01’25] Radio Saint-Louis (RSL) | Amis auditeurs de Radio Saint-Louis, bonjour à vous, nous avons le plaisir et disons la surprise d’accueillir pour vous M. David… «Auerbach Chiffrin» – aah ! je suis sûre que j’ai bien… c’est ça ?

[01’40] Tjenbé Rèd Prévention (TRP) | Exactement, bravo, toutes mes félicitations et merci de votre accueil !

[01’44] RSL | Un contact inattendu mais qui tombe à pic. Bien que le mois de décembre soit déjà bien entamé, nous savons que le 1er décembre est consacré au sida, à faire mémoire, à parler de ces différentes actions qui sont menées dans cette problématique. Aujourd’hui, vous nous venez avec comme objectif de nous rappeler l’existence de plusieurs associations, notamment Tjenbé Rèd Prévention. [...]

[02’30] TRP | Alors, ce n’est pas seulement mon objectif. Je suis venu… Je viens régulièrement en Martinique depuis 2007, je suis moi-même originaire de Martinique et notre association, d’ailleurs, Tjenbé Rèd Prévention, existe aussi depuis 2007. L’objet de ce présent déplacement, outre de rendre visite à ma famille que je salue, c’est de venir un peu consulter à nouveau, finir un travail de consultation mené auprès des personnes qui agissent ici en Martinique toute l’année contre le sida. Ces personnes sont des associations comme Action Sida Martinique, comme Amvie ou maintenant Aides Martinique, ce sont des institutions comme l’ARS (Agence régionale de santé), comme également le Corévih qui est la coordination régionale de lutte contre le virus de l’immunodéficience humaine. Ces personnes ont pour mission, pour objectif de lutter en permanence en Martinique contre le sida, d’accompagner les PVVIH (personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine). Le VIH, c’est un mot qu’on prononcera souvent peut-être aujourd’hui, c’est le virus de l’immunodéficience humaine, c’est-à-dire en fait le virus qui attaque les défenses immunitaires de l’organisme et qui fait que si l’on ne se soigne pas, on attrape le sida et l’on tombe dans un stade de profonde faiblesse immunitaire et finalement de décès. Aujourd’hui, dans les pays développés, cela devient très rare, parce que les médicaments deviennent extrêmement efficaces, mais on dit plus souvent par commodité «le virus du sida», même si ce n’est pas exactement rigoureux mais ce n’est pas très grave, ce n’est pas un colloque scientifique.

[04’15] TRP | L’objet de ma présence est de pouvoir consulter ces acteurs pour mettre en route un projet qui est né au cours des États généraux de l’outre-mer [B]. Alors, les États généraux de l’outre-mer, on en a dit beaucoup de choses, je sais que cela a fait beaucoup de bruit. Au cours de ces États généraux, il se trouve que l’association dont je suis le porte-parole, Tjenbé Rèd Prévention, a évoqué la question du sida. Il se trouve, cela fut d’ailleurs notre grande surprise (nous, nous l’avons fait dans l’Hexagone, puisque nous y menons 85% de nos actions), il se trouve que nous avons été les seuls à le faire au cours de ces États généraux. Pour des tas de raisons, bonnes et mauvaises. Il y a des gens qui n’ont pas souhaité participer à ces États généraux de l’outre-mer, en 2009, pour des raisons sur lesquelles on ne va pas revenir, que tout le monde connaît. Nous, nous l’avons souhaité. Il se trouve aussi qu’il y avait des gens qui n’ont pas forcément saisi cette opportunité, peut-être pour des raisons de timidité, peut-être par crainte de ce que l’on appelle le «makrélage» [une version antillaise du bouche à oreille], qui n’ont pas souhaité venir dire : «Eh bien voilà, parmi les difficultés que nous rencontrons, il n’y pas seulement des problèmes d’emploi (ils existent, mais il n’y a pas que cela), il n’y a pas seulement des problèmes économiques, il n’y a pas seulement des problèmes de mémoire ou de culture ou d’identité, il y a aussi des problèmes de santé.» Il se trouve que la santé a été un peu oubliée.

[05’38] TRP | On a un peu parlé de chlordécone, quand même, en Martinique, mais à peine et en tout cas le sida on n’en a pas parlé du tout en Martinique, en tout cas pas au niveau, en 2009, des États généraux de l’outre-mer. Il se trouve que nous avons été les seuls à le faire dans tous les États généraux, dans les soixante-huit commissions qu’il y a eu dans tous les départements, territoires et dans l’Hexagone, et quand on s’est rendu compte qu’on avait été les seuls, on s’est dit : «Mais ça ne va pas, il y a quelque chose qui ne va pas.» Parce que les pourcentages d’infection, de présence du VIH dans les outre-mers… Alors, pas tous les outre-mers : particulièrement la Guyane, où il y a des taux hallucinants, la Guadeloupe (où il y a des taux très forts, deux fois plus élevés que la Martinique, maintenant), la Martinique également, où ça reste toujours trois fois plus élevé – je parle en termes de pourcentages – que dans l’Hexagone, il y a vraiment des taux extrêmement forts, à Saint-Martin aussi, et on s’est dit : «Mais pourquoi les gens n’en ont-ils pas parlé sur place ? Cela fait partie de leurs conditions de vie, cela fait partie éventuellement de leurs problèmes (peut-être pas toujours, puisqu’on n’a pas que des problèmes dans la vie même si on est malade, heureusement), pourquoi n’en ont-ils pas parlé ? Il faudrait absolument, pour travailler sur ces taux qui sont plus élevés, qui constituent une inégalité (à partir du moment où l’on est dans une même république, on est censé avoir droit à un même niveau de santé donc s’il y a un taux de maladie, de présence du virus qui est plus élevé, il faut travailler dessus), il faut faire non pas des États généraux de l’outre-mer – qui étaient déjà faits – mais des États généraux des PVVIH ou bien des personnes qui sont concernées, qui sont proches des PVVIH, il faut faire des États généraux sur le sida dans chaque département d’outre-mers concerné.»

[07’22] RSL | Il faut faire l’état des lieux, rappeler les attentes ou bien informer ou même oser en parler parce qu’en vous écoutant, je me rends compte aussi que c’est une question de tabou, aussi, on n’ose pas en parler, on ne se sent pas libre, on ne se sent pas aussi libre de parler de ce sujet que de parler de politique ou de critiquer…

[07’51] TRP | Tout à fait…

[07’52] RSL | … donc vous avez osé cette parole et en osant cette parole vous avez rencontré du monde, prêt à vous entendre, et vous avez collaboré avec d’autres partenaires.

[08’04] TRP | Tout à fait, dans chaque département. Nous allons visiter les trois départements, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, nous allons visiter la Réunion, Mayotte, également Saint-Martin où il y a une situation qui est aussi très compliquée. Notre intuition de départ, c’était qu’il fallait cela, puis nous avons mis deux ans à passer de l’intuition au projet en route. Maintenant c’est inscrit au plan officiel de lutte contre le sida, fixé sur l’horizon 2014, qui a été lancé par l’État l’an dernier, par le ministère de la santé. C’est devenu un projet officiel [...] et l’objet de mon déplacement ici, c’est d’en parler à votre public puis de rencontrer, comme je vous l’indiquai, les principaux acteurs de lutte contre le sida, qu’il s’agisse d’acteurs associatifs ou institutionnels, pour déterminer les modalités précises, que là je ne vais pas vous indiquer puisque c’est à ces acteurs de les déterminer, certainement pas à moi.

[09’04] RSL | Vous avez aussi le projet aussi de mener campagne, si l’on peut dire, de sensibiliser…

[09’15] TRP | … de participer à l’effort de sensibilisation qui est fait tout au long de l’année en Martinique, déjà, par les acteurs locaux, donc ce n’est pas moi qui vais arriver avec mon petit drapeau pour faire ce travail qui est déjà très bien fait. Il s’agit juste d’apporter une idée, de la coordonner dans la mesure où cela sera utile et puis de l’animer, de participer à l’animation et à son suivi.

[09’35] RSL | Amis auditeurs, je rappelle que nous accueillons pour vous M. David «Auerbach Chiffrin»…

[09’43] TRP | Attention…

[09’45] RSL | C’est bien cela ?

[09’46] TRP | Mais tout à fait !

[09’48] RSL | … de l’association Tjenbé Rèd Prévention. Nous nous accordons juste une pause musicale et nous nous retrouvons juste après.

[09’57] TRP | Avec plaisir, merci beaucoup.

[09’59] Musique («Mwen compté sur ou… Ou mêm compté sur mwen…»)
_

http://www.tjenbered.fr/2011/20111207-88.mp3
[13’03-41’00] (partie n°2, 38,3 Mo)

[00’00] RSL | Nous poursuivons avec l’association Tjenbé Rèd Prévention et M. David Auerbach Chiffrin. Vous avez parlé de l’action que vous menez dans la lutte contre le sida, aussi, des actions de rapprochement, je pourrais dire, des esprits, des idées, vous avez parlé des collaborations que vous avez avec diverses organisations pour mener à bien des actions de sensibilisation, mais on aimerait savoir, au fait : est-ce qu’il y a des avancées au niveau du sida ?

[00’44] TRP | Alors, concernant les traitements, comme je vous le disais, oui : il y a beaucoup d’avancées. Aujourd’hui, on commence à disposer de démonstrations à peu près convergentes, il commence à y avoir ce qu’on appelle un consensus scientifique, pour dire qu’une personne aujourd’hui qui est porteuse du virus et qui est convenablement traitée n’est pas contaminante ou en tout cas très peu contaminante : alors, il faut se méfier, on n’est jamais à 100%, il y a toujours un risque théorique, mais enfin, par exemple, il y a de nombreuses études qui sont menées au sein de ce qu’on appelle des couples sérodifférents (c’est-à-dire des couples dont l’un des membres est séronégatif et l’autre séropositif, porteur du VIH)… Il faut un certain nombre de conditions, attention ! Il faut qu’il y ait un traitement régulier ; il faut que ce qu’on appelle la charge virale (c’est-à-dire le nombre de répliques du virus qu’on a dans le corps) soit indétectable par les tests de détection, c’est-à-dire qu’il soit très bas, que le traitement marche ; il faut qu’il n’y ait pas d’autres infections sexuellement transmissibles, comme la syphilis, et il faut également qu’il y ait… une exclusivité sexuelle des deux partenaires…

[02’07] RSL | Non, attends ! Il faudrait une fidélité entre les personnes ?

[02’14] TRP – Une fidélité sexuelle, tout à fait.

[02’15] RSL | Bon mwen préféré pawol ta la. Au moins, sa ka résoné an zorey nou, an nou. Continuez, continuez !

[02’21] TRP | Si ces conditions sont réunies, aujourd’hui un consensus scientifique émerge, depuis plusieurs années, qui est en train de se confirmer, pour dire qu’une personne convenablement traitée – avec toutes ces conditions – n’est pas contaminante. Concrètement, pour employer des termes un peu crus, son virus va se retrouver en très faible proportion dans ses liquides corporels, dans son sang, dans son sperme ou dans ses sécrétions vaginales pour une dame. Cette personne sera en théorie non contaminante. Il faut bien vérifier que toutes ces conditions sont réunies, qu’on n’est pas porteur à son insu d’une autre maladie sexuellement transmissible, et la question de la fidélité sexuelle, vous savez comme moi que c’est une vaste question ! Par exemple, le premier souci d’une personne hétérosexuelle qui souhaite avoir des enfants et qui est porteuse du VIH ou qui est en couple avec une personne qui est porteuse du VIH, c’est éventuellement de savoir s’il va être possible d’avoir des enfants naturellement ensemble.

[03’22] RSL | Eh oui…

[03’24] TRP | Aujourd’hui, dans à peu près 99% des cas, avec un accompagnement médical, il est possible d’avoir un enfant par voie naturelle quand on est un couple sérodifférent hétérosexuel.

[03’34] RSL | Il y a toujours quand même le risque, au moins 1%, que l’enfant puisse devenir porteur…

[03’41] TRP | Tout à fait mais c’est vraiment aujourd’hui un risque qui est considéré de plus en plus comme théorique. Je parle bien dans un pays développé où il y a un traitement médical, un suivi médical de qualité. Il faut faire attention. Par exemple, pour vous donner une anecdote, en Afrique, c’est une préoccupation de beaucoup de personnes, c’est là où l’épidémie est la plus grave avec l’Amérique latine et parmi également les populations précaires notamment dans les pays riches comme les États-Unis d’Amérique… globalement aux États-Unis d’Amérique ça va bien mais dans les populations précaires et beaucoup les noires, les taux sont beaucoup plus élevés. En Afrique, par exemple (je ne veux pas stigmatiser l’Afrique, on pourrait trouver des exemples ailleurs, mais il se trouve que les exemples que j’ai en tête me viennent de ce continent), certaines femmes sont parfois porteuses du virus, souhaitent avoir un enfant, ont un accompagnement médical qui leur permet de donner naissance à un enfant séronégatif. Simplement dans ces cas-là, l’allaitement est déconseillé. La mère ne doit pas allaiter son enfant. Elle doit donc lui donner un lait en poudre mais le problème est que lorsque vous rentrez au village et que vous devez…

[04’48] RSL | …

[04’49] TRP | … Ce n’est même pas tant l’argent (je vous vois faire un signe)… Si vous ne donnez pas le sein à votre enfant, tout le monde va se demander pourquoi vous ne donnez pas le sein et donc les langues vont parler. Ces mères, pour ne pas subir le poids de la stigmatisation, se retrouvent obligées de ne pas utiliser le lait en poudre qu’on leur a donné à l’hôpital au moment de partir de la maternité et allaitent leur enfant, ce qui fait que malheureusement on a certains enfants qui sont ainsi contaminés après la naissance. C’est pour vous donner un exemple. Cet exemple veut dire que souvent, nos raisonnements culturels, nos pratiques culturelles, notre façon de vivre font qu’on n’a pas toujours le comportement le plus rationnel vis-à-vis de ce virus mais cela, on le sait bien, dès qu’on est sur des matières qui touchent à la sexualité, à l’intimité, à l’enfantement, on n’est pas toujours malheureusement rationnel.

[05’37] RSL | Oui. Il y a plein de choses que nous ne contrôlons pas. Même si on voudrait avoir le langage un peu scientifique ou pseudo-scientifique, bon, la réalité est là pour nous dire : «Mais attention ! Il n’y a pas de science exacte» [en la matière]. Ceci dit, vous nous avez brossé un tableau au début de l’émission, en disant qu’aux Antilles, particulièrement aux Antilles françaises, le taux reste quand même important… Est-ce que… Je ne dirais pas «entre vous» mais avec ceux qui ont fait des recherches, vous avez des moyens pour dire quelles sont les raisons qui font que cela augmente ?

[06’14] TRP | Pourquoi chez nous ?

[06’15] RSL | Pourquoi est-ce que cela augmente malgré tout, malgré toute cette publicité, ces informations, que l’on donne à chaque manifestation sportive ou grand temps fort etc., pourquoi ?

[06’26] TRP | C’est une bonne question ! J’aimerais bien… Bon… Chacun a un peu ses éléments de réponse parce qu’on connaît tous des gens autour de nous avec lesquels on peut parler. Il faut savoir par exemple qu’à peu près 9% de l’ensemble des contaminations en France sont dans les départements d’outre-mers alors qu’il ne s’y trouve pas 9% de la population : vous voyez, c’est vraiment disproportionné. Alors, pourquoi ? Chacun a un peu ses réponses. Il y a déjà un truc tout bête, sans même aller chercher dans les raisonnements, dans les pratiques culturelles, c’est la proximité géographique avec des zones qui sont plus infectées, où le virus est plus présent qu’en Europe continentale. Cela vaut particulièrement pour la Guyane où il y a des taux qui sont à peu près vingt fois supérieurs à l’Hexagone (c’est incroyable ce qui se passe en Guyane). Cela vaut aussi un peu pour la Guadeloupe qui est plus proche de pays comme Haïti, où il y a des taux plus importants, tout simplement, et donc il y a une circulation des personnes, ce qui est normal. Cela vaut un peu moins pour la Martinique qui semble ces derniers temps s’en tirer un peu mieux mais qui reste quand même à des taux trois fois supérieurs à ceux de l’Hexagone. L’environnement géographique est donc un premier trait : on n’y peut rien, les îles sont là, les territoires sont là, on ne va pas les déplacer (en tout cas, ce serait difficile dans l’immédiat).

[07’37] TRP | Deuxième caractéristique, c’est là qu’on entre un peu dans le plus flou, c’est la façon de vivre, la façon de considérer les choses, la façon aussi de prendre soin de sa santé. Là, c’est moi qui parle, je n’engage que moi quand je vous dis cela parce que chacun a un peu sa vision de la chose, mais c’est un peu corroboré par certains entretiens que je peux avoir : je pense que nos compatriotes ont beaucoup de problèmes à parler de la santé parce qu’ils considèrent que c’est très intime – ce qui est une réalité – et que, finalement, cela ne se fait pas vraiment de parler de son intimité. C’est un peu comme cela que je vois les choses, c’est un peu corroboré par certains entretiens que j’ai, et du coup, finalement, on va un peu vers le médecin, vers le système de soin quand vraiment on est très malade. Cela vaut pour plein de choses, notamment pour la détection de certains cancers, par exemple, qui sont parfois détectés un peu trop tard, malheureusement, mais cela vaut aussi pour le VIH. Il y a aussi… Je croisais une fois M. Victorin Lurel [député et président du conseil régional de Guadeloupe] pour parler de ces thématiques et d’autres et il me disait : «Nous sommes dans une société d’interconnaissance». On est 400.000 personnes sur une île, tout le monde connaît tout le monde, si quelqu’un voit quelqu’un qui sort d’un dispensaire où éventuellement on sait que c’est souvent des PVVIH qui s’y rendent, le temps que la personne retourne dans son quartier ou dans son village, ça va être l’enfer. C’est une réalité ! Il y a cette peur-là du makrélage. Malheureusement, nos compatriotes parlent beaucoup de l’Éternel, de la puissance divine, mais il semblerait qu’il y ait un petit désaccord avec certaines pratiques comme le makrélage. Je me permets de dire cela, je ne donne aucune leçon : il semblerait ! Je n’ai pas l’impression que vous me démentez. C’est cette crainte, au-delà de la plaisanterie, c’est cette crainte de subir une certaine honte, un regard social dévalorisant, pénible… Il y a un autre élément aussi que je voudrais mentionner parce que c’est l’un des objets de notre association, c’est une certaine homophobie.

[09’44] RSL | L’homophobie, ça veut dire quoi ?

[09’45] TRP | L’homophobie, c’est le rejet, la dénonciation, la haine des personnes qui sont homosexuelles. Alors, pourquoi est-ce que je parle de cela ? Parce que… Comment dire… Parce que, tout simplement, le virus se transmet notamment par voie sexuelle et que lorsqu’on a des pratiques sexuelles qui sont vécues sous un regard social négatif, sous la honte, eh bien ces pratiques, ont les a souvent dans la discrétion, «an ba fey» [dans la discrétion voire la clandestinité]. Le problème est que plus on a des pratiques dans la discrétion, dans une certaine clandestinité, plus c’est difficile de les protéger. Une jeune personne aujourd’hui qui vit encore chez ses parents mais qui commence à découvrir qu’elle a des attirances pour des hommes si c’est un garçon, par exemple, un jeune homme, eh ben cela va être très difficile de rentrer chez soi avec des préservatifs dans la poche. Sinon maman va se dire : «Mais qu’est-ce qui se passe ?» Cela va être plus difficile sans doute que pour un jeune homme hétérosexuel. Cela va être très difficile de venir avec un document sur le VIH qui explique les précautions à prendre. Cela va être plus difficile. Je ne dis pas que c’est toujours très facile pour les personnes hétérosexuelles : je dis juste que plus on vit des pratiques sexuelles, des pratiques intimes, plus on vit sa vie dans la honte, plus on a tendance à avoir des pratiques à risque. C’est ainsi par exemple que sur les hommes qui sont infectés chaque année par le VIH en Martinique, il y a un peu moins de 40% des hommes qui ont été infectés à la suite d’une relation entre hommes. Alors, ce n’est pas finalement si différent que cela de ce qui se passe dans l’Hexagone, simplement il se trouve que c’est quand même un peu plus et qu’à force d’être dans le «un peu plus» partout (sur un certain nombre de facteurs… sur les pratiques culturelles de l’ensemble de la population…), on finit par avoir finalement… beaucoup plus, des taux par exemple trois fois supérieurs en Martinique.

[11’45] RSL | Que dois-je comprendre ? Que devrions-nous entendre ?

[11’51] TRP | Ah… Je ne sais pas. Chacun entendra ce qu’il veut, chacun comprendra ce qu’il souhaite, j’espère vous avoir aujourd’hui donné quelques éléments qui permettent à chacun de se former une opinion, et puis beaucoup d’associations sur place, quelques-unes, ont ce combat, ont des activités… Ce que chacun pourrait peut-être comprendre, c’est qu’il est possible de soutenir ces associations.

[12’16] RSL | Surtout, c’est un appel à la responsabilité aussi, parce que, quand même, c’est une responsabilité, d’une manière ou d’une autre…

[12’25] TRP | Oui…

[12’26] RSL | … que d’assumer ses choix et ne pas faire peser ses choix… hypothéquer un peu l’avenir de l’autre d’une certaine manière, malgré tout !

[12’34] TRP | C’est-à-dire ? Expliquez-moi ce que vous voulez dire…

[12’36] RSL | Ah ben vous voyez que vous avez besoin d’être éclairci ! Eh bien moi aussi et si vous êtes là, c’est pour qu’on puisse… ne pas parler la langue de bois !

[12’43] TRP | J’espère ! Est-ce que j’ai parlé la langue de bois ? Accusez-moi…

[12’49] RSL | Je dis que c’est une invitation à s’assumer. Je le dis. Je le dis. C’est une invitation à s’assumer. À force de faire des choses an ba fey kon on fini di y a… Bon ! Eh bien, lè ou ka kouyonnen doktè, maladi pa djéri… [Si tu trompes ou si tu induis en erreur ton docteur, tu ne seras pas guéri, il ne sera pas trouver de solution ajustée à ta maladie...]

[13’07] TRP | …

[13’08] RSL | Je vais aller un peu plus loin, vous m’avez demandé de m’expliquer, je vais m’expliquer ! Si nous avons coutume d’avoir plusieurs… disons plusieurs partenaires dans différents domaines, pourrais-je dire…

[13’24] TRP | Oui…

[13’26] RSL | Bon… Sexe ou pas…

[13’27] TRP | Voilà…

[13’28] RSL | … et que nous disons : «Voilà, on va faire ça en douce, entre nous», le jour peut arriver où vous tombez sur quelqu’un que vous aimez vraiment et vous avez envie de faire votre vie avec cette personne mais vous avez tout un passé an ba fey connu de vous seul et de Dieu bien sûr, connu de vous seul, dont votre conscience est chargée et ne voilà t’il pas que… Bon Dieu ! Ou ka di : «Woy ! Bon Dieu ! Sé la vi, mwen ké fè sa mwen ni a fè, mwen fè ti kou-a ! I ka plè mwen et man ka santi ke mwen anvi fè lavi mwen épi’y…» [Bon Dieu ! Tu dis : «Oh là là ! Mon dieu ! C’est la vie, ce n’est pas grave, je vais le faire, je vais tenter le coup, il ou elle me plaît, je sens que j’ai envie de faire un petit bout de chemin avec lui ou elle.»] Alors, sans protection ! À un moment donné on dirait que… on dit : «Mais tant pis !» On casse ! Tu vois, on te dit : «Mais tant pis ! pour la morale et tant pis ! pour ce que les gens pourraient dire, penser, bon, j’ai envie de vivre cette relation et je ne vais pas lui dire, quoi.» Alors ça peut être «lui dire» au pluriel, au féminin ou au masculin ou à son partenaire simplement ou au singulier ! «Je ne vais pas lui dire, je ne vais pas leur dire, nous allons vivre… enfin, je vais vivre cette aventure et puis sa ké passé passé !» Alors voilà, c’est là, je ne dirais pas que c’est de la lâcheté mais c’est une irresponsabilité, je dis, en fait. Peut-être que la question que nous n’osons pas mettre sur le tapis, c’est précisément cela : «Quel type d’homme suis-je, quel type de femme suis-je, est-ce que je suis responsable des actes que je pose ?» Sé tout’ !

[14’51] TRP | Alors cela, effectivement, ce que vous dites là… Je vais vous parler très franchement si vous me le permettez.

[14’56] RSL | Oui, vous êtes là pour ça !

[14’57] TRP | Je respecte parfaitement ce que vous dites et je dirais que c’est peut-être quelque part une chance que vous puissiez vivre selon des principes aussi clairs. Pour autant, ce n’est pas le message qu’à titre personnel je souhaiterais voir mis en avant mais encore une fois chacun voit les choses comme il l’entend. Comment dire… Chacun fait bien ce qu’il veut avec qui l’entend. Si les gens veulent avoir deux, trois, quatre, cinq… cinquante… soixante… soixante-dix liaisons en même temps ou successivement…

[15’31] RSL | Cela me paraît difficile…

[15’34] TRP | Il y a un moment où cela devient toujours difficile mais croyez-moi, pour certains, ils y arrivent ! – ou certaines… Mais enfin bon ! C’était une boutade, vous l’avez compris. Nous, ce n’est pas tant le nombre de partenaires ou ce qu’on dit aux uns et aux autres… Après tout, si les gens cachent des choses, c’est peut-être malheureux d’un certain point de vie mais finalement cela les regarde, nous ne sommes pas là pour sonder les cœurs et les reins. En revanche, effectivement, la responsabilité, comme vous le dites, elle est sans doute dans deux choses. D’une part, effectivement, mettre un préservatif, masculin ou féminin, parce qu’il y a aussi des préservatifs féminins si… On entend souvent des messieurs qui se disent et qui disent qu’ils sont tellement bien dotés par la nature que, vous comprenez, le préservatif est trop petit pour eux ! Bon. Eh bien chers messieurs, je vous dis qu’il existe aussi des capotes féminines, des préservatifs féminins que vous trouvez en pharmacie pour un euro ou dans des centres de planning familial sinon, qui sont pour vous et également pour vous, mesdames. Voilà. La responsabilité, c’est d’abord de mettre ce préservatif et puis davantage, surtout si on a une vie sentimentale aventureuse, de se faire dépister régulièrement. Pourquoi ? Pour deux choses : d’une part, parce qu’aujourd’hui, dans toute la France, il y a 50.000 personnes qui vivent avec le VIH sans le savoir (on voit des affiches, j’étais hier au Carrefour du Lamentin, il y a une grande affiche qui fait la publicité pour cela : beaucoup de personnes ne sont pas au courant) ; d’autre part, la science a progressé, la médecine a progressé.

[17’05] TRP | Aujourd’hui, une personne qui est prise tôt… Souvent, les gens ont peur de se faire dépister parce qu’ils disent : «Mais je vais tomber tout de suite dans la maladie», ils ont des images qui datent des années 80 ou 90 où l’on voit des personnes très minces, très affectées par la maladie, qui d’ailleurs décédaient rapidement à l’époque. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, pour 99% des personnes (malheureusement, il y a toujours un ou deux ou 3% des personnes pour lesquelles c’est plus difficile, souvent quand elles sont dépistées tard). Quand une personne est dépistée à temps, le plus tôt possible, aujourd’hui, la médecine… En France, en Martinique, dans les pays développés mais aussi dans certains pays comme le Brésil ou l’Inde qui commencent à avoir des systèmes de santé très efficaces sur ce point, une personne a une qualité de vie, un niveau d’espérance de vie qui rejoint la moyenne et même parfois, disent certains médecins… J’ai entendu M. Willy Rozenbaum qui est le président du Conseil national du sida, récemment lors d’une conférence, qui disait : «Même ces personnes-là auront une espérance de vie supérieure à la moyenne parce qu’elles vont être tellement bien suivies qu’on va dépister toutes les autres petites maladies qu’elles auront avant la population générale.» Bon. C’était peut-être un peu une forme de boutade de M. Rozenbaum mais enfin c’est pour dire qu’aujourd’hui une personne qui est dépistée à temps ne doit pas craindre de tomber dans la maladie. Elle va être porteuse, elle aura des médicaments à prendre (qui auront éventuellement des effets secondaires, surtout au début et éventuellement au bout d’un certain temps, certes) mais en tout cas son niveau de santé rejoindra très vite celui de la population générale.

[18’32] TRP | Il y a donc cette crainte [de la maladie pour soi-même] et puis il y a autre chose : comme je vous le disais, mieux on est traité, plus on fait baisser sa charge virale (le nombre d’exemplaires du virus qu’on a dans le sang), moins on est contaminant [pour l’autre]. C’est très important. Souvent, au moment de la relation sexuelle, on entend des gens qui nous disent : «Ah mais tu comprends, chéri/e, je suis tellement mieux sans capote, je suis tellement mieux quand je suis dans l’intimité avec toi, quand je suis dans le contact avec toi, la chair contre la chair, la nature ne met pas de plastique… Si tu me respectes, tu vas me faire confiance, on ne va pas le mettre…» On entend des choses comme ça. Là, je dirais, peut-être, pour le coup, pour vous rejoindre un peu, que le respect n’est pas de faire peur à l’autre, n’est pas de se faire peur, n’est pas de jouer à la roulette russe. Le respect, c’est de se protéger, de protéger la personne et de mettre le préservatif. Il y a autre chose, vous me donnez encore une seconde ?

[19’23] RSL | Oui, tout à fait, une demi-seconde !

[19’25] TRP | Il y a autre chose aussi, c’est que souvent, les personnes disent : «Ah mais tout va bien, moi j’ai le test et je suis séronégatif». Alors il y a deux choses. La personne peut être tout à fait sincère mais la personne peut aussi mentir. C’est très facile en dix minutes de faire un faux résultat sur… Tout le monde a le logiciel Word, un ordinateur chez soi, avec une bonne imprimante laser, on peut tout à fait faire des [faux]. Je ne veux pas tomber dans cette paranoïa, ce n’est pas un raisonnement qui serait très constructif mais en tout cas c’est possible. Surtout, beaucoup plus insidieux : quand vous vous faites tester, vous n’avez pas une image de votre état de santé au moment du test. Vous avez une image de votre état de santé trois mois avant le test. Quand vous avez un test qui date du 30 décembre, en fait, vous n’êtes pas séronégatif au 30 décembre : vous étiez séronégatif au 30 septembre. Est-ce que vous savez exactement ce qu’il en a été depuis trois mois, surtout si vous êtes une personne un peu aventureuse… Comme vous le dites, Dieu seul le sait. Dieu le sait mais pas votre partenaire et pas vous.

[20’33] TRP | C’est pour cela que le test n’est pas un instrument de protection et, au contraire, on a même des exemples de personnes qui se contaminent en cascade, l’une après l’autre, parce qu’elles vivent dans une certaine communauté où il y a des échanges sexuels. On peut le réprouver ou pas mais c’est une réalité. Elles se font un peu confiance, elles se font tester tous les six mois et vont de test rassurant en test rassurant, comme cela, mais le problème est que dans ces groupes de personnes, s’il en est une qui se fait contaminer à un moment donné, elle va être tout de suite très contaminante, immédiatement (on est très contaminant juste après la contamination, c’est cela qu’il faut savoir, mais cela ne se décèle pas, c’est le piège, ça ne se voit pas tout de suite, mais on contamine tout de suite très fortement, on a un haut potentiel contaminant, très vite). Pendant cette période de trois mois le groupe va rester en se rassurant, en vivant sur des tests négatifs mais, en fait, en étant déjà quasiment tous contaminés. Il y a des exemples qui ne sont pas forcément très nombreux, qui ne me sont pas venus en nombre aux oreilles, de personnes qui s’entendaient bien, vivaient en bonne intelligence, se disaient : «On a notre vie, on est un peu libre ou beaucoup libre, on ne se soucie pas des conventions» – et voilà. Juste un petit point aussi sur un autre registre (excusez-moi, je suis très bavard, c’est un défaut que j’ai)…

[21’50] RSL | De toutes les façons vous allez devoir vous en corriger, presque tout de suite !

[21’53] TRP | Alors je vais très vite ! Vous disiez qu’il ne faut pas vivre an ba fey. C’est bien vrai, quoiqu’on ait le droit de vivre an ba fey si on le veut, après tout, il y a des personnes qui le souhaitent, aussi ! Simplement, il y a des fois où l’on n’a pas le choix ! C’est aussi pour cela que je parle notamment d’homophobies. Il vaut mieux vivre an ba fey aujourd’hui encore, dans un certain nombre de situations, quand on est une personne homosexuelle dans nos départements.

[22’17] RSL | Quoi qu’il en soit… Monsieur Tjenbé Rèd…

[22’21] TRP | Madame Radio Saint-Louis…

[22’24] RSL | Je rappelle que vous êtes venus nous parler des États généraux de l’outre-mer…

[22’37] TRP | … et des États généraux que nous souhaitons voir finalisés maintenant pour parler des PVVIH, pour leur permettre de s’exprimer, leur permettre de se retrouver : cela ne va pas être simple mais cela nous paraîtrait vraiment utile que cela se fasse.

[22’54] RSL | Amis auditeurs de Radio Saint-Louis, vous n’avez pas eu le temps de nous appeler, puisque notre rendez-vous est venu comme un coup de grâce.

[23’04] TRP | Amen !

[23’06] RSL | Vous irez vous confesser après ! Si vous voulez néanmoins rencontrer M. David Auerbach Chiffrin, vous pouvez toujours composer le 06 96 32 56 70 ou écrire à tjenbered@hotmail.fr… C’est possible aussi pour entendre de l’écoute ou du soutien.

[23’54] TRP | C’est notre numéro, vous pouvez nous y joindre et évidemment nous nous engageons à respecter l’anonymat et la confidentialité des propos des personnes qui souhaiteraient nous appeler, pour tout échange, que ce soit pour de la convivialité, pour éventuellement discuter de tel ou tel point, ce téléphone est celui de Tjenbé Rèd Prévention, il est à votre disposition.

[24’15] RSL | Comment avez-vous fait pour joindre Radio Saint-Louis ?

[24’24] TRP | Je suis passé par un monsieur que vous connaissez peut-être (je ne sais pas, on a toujours des surprises), qui s’appelle M. Pierre Pastel (c’est un nom assez proche du vôtre, je crois), qui est né également pas très loin de chez vous, puisqu’il est aussi de Rivière-Pilote, qui a porté beaucoup de sacs de canne à sucre sur la tête quand il était petit et c’est pour ça qu’il n’est pas grand, c’est ce qu’il dit, et qui se trouve être président du Cégom (Collectif des États généraux de l’outre-mer dans l’Hexagone), qui est un collectif indépendant qui s’est constitué pour être un lobby pour surveiller la bonne tenue des promesses faites par l’État au terme des États généraux de l’outre-mer en 2009, et j’ai l’honneur et l’infime avantage… l’insigne avantage, pardon, d’être le secrétaire général de M. Pierre Pastel dans le cadre de ce collectif et M. Pastel nous donne aussi un soutien, une médiation pour notre travail d’approche et de dialogue avec la société civile martiniquaise pour ces États généraux des PVVIH.

[25’28] RSL | Je rappelle à mes auditeurs que l’association Tjenbé Rèd Prévention est à votre disposition, notamment nos amis qui écoutent Radio Saint-Louis par Internet, qu’ils peuvent joindre M. Auerbach Chiffrin…

[25’46] TRP | … les Chiffrin du Robert !

[25’48] RSL | … au 06 96 32 56 70. C’est valable dans l’Hexagone ?

[26’03] TRP | C’est tout à fait valable dans l’Hexagone, le téléphone, je le transporte avec moi !

[26’07] RSL | Monsieur Chiffrin, merci.

[26’09] TRP | Merci infiniment, chère madame, merci à Radio Saint-Louis, merci à vos auditeurs et à vos auditrices.

[26’14] RSL | N’oubliez pas d’aller vous confesser !

[26’15] TRP | J’y penserai !

[26’33] RSL | Nous avons accueilli pour vous Monsieur David Auerbach Chiffrin qui nous est venu nous parler de l’association Tjenbé Rèd Prévention autour notamment du sida. Nous espérons que ces informations aurons été utiles à nos auditeurs… Nous rappelons votre site Internet, tjenbered.fr, t-j-e-n-b-e-r-e-d.

[27’08] TRP – Il y a tellement de façons de l’écrire… Nous avons repris l’orthographe du guide Assimil, je sais que cela heurte des puristes du créole qui m’ont déjà tapé sur les doigts… Nous sommes aussi sur Facebook, on est totalement branchés !

[27’34] RSL | Tjenbé rèd ! [Tenez bon !]

[27’35] TRP | Tjenbé rèd pa moli parce que cé moli a ki rèd ! [Jeu de mots difficilement traduisible, en quelque sorte : «Il faut rester dur parce que mollir serait dur !»]

[21’37] Musique

Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

À l’occasion de son départ de Citégay, Tjenbé Rèd Prévention salue l’action du journaliste Grégory Lagrange

Paris, mardi 23 août 2011

Communiqué de presse n°TRP2011-07

_

Nous apprenons que le journaliste Grégory Lagrange quitte Citégay.com après «dix années passionnantes».

Plate-forme historique de rencontres homosexuelles en France, qui regrouperait 400.000 profils soit 0,6% de la population totale, ce site Internet occupe une position singulière et centrale entre la communauté associative LGBT (lesbienne, gaie, bi & trans), dont il relaie régulièrement les informations, la communauté commerciale LGBT et l’ensemble des populations LGBT.

Tjenbé Rèd Prévention salue l’honnêteté intellectuelle et l’action de Grégory Lagrange, qui œuvrait au rapprochement de ces différents pôles et portait son attention sur la lutte contre le sida (notamment par sa présence, le 13 février 2010, lors d’un débat communautaire organisé par le TRT5 sur l’utilisation préventive des traitements par les HSH – hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes – séronégatifs).

_

Contact : David Auerbach Chiffrin

prevention@tjenbered.fr

_

Références :

[1] 23 août 2011 – Visiteurs uniques quotidiens des sites de rencontre homosexuels Gayromeo.com, Gaypax.com, Gayvox.com, Dialh.com (Citegay.com) et Gboy.com en France entre le 1er décembre 2008 et le 1er août 2011 (estimation par Google Trends)

http://trends.google.com/websites?q=gayromeo.com%2Cgaypax.com%2Cgayvox.com%2Cdialh.com%2Cgboy.com&geo=FR&date=all&sort=0

http://www.tjenbered.fr/2011/20110823-99.jpg

[2] Visiteurs uniques quotidiens le 1er avril 2011 en France (lecture approximative de la courbe à cette date, les repères étant donnés à 0, 15.000 et 30.000 visiteurs uniques) :

GayRomeo.com :                                 env. 20.000 ;

GayPax.com :                                       env. 17.000 ;

GayVox.com :                                       env. 12.000 ;

DialH.com (CiteGay.com) : env. 07.000 ;

GBoy.com :                                           env. 06.000.

[3] À titre de comparaison, visiteurs uniques quotidiens le 1er avril 2011 en France (lecture approximative de la courbe à cette date) :

Têtu.com :                                            env.00.011.000 ;

Meetic.com :                                       env. 00.130.000 ;

SeRencontrer.com :                           env. 00.050.000 ;

LeMonde.fr :                                        env. 00.390.000 ;

LeFigaro.fr :                                          env. 00.390.000 ;

LeParisien.fr :                                      env. 00.300.000 ;

Liberation.fr :                                       env. 00.190.000 ;

ServicePublic.fr :                                 env. 00.140.000 ;

PagesJaunes.fr :                                   env. 01.800.000 ;

FaceBook.com :                                   env. 13.000.000 ;

MySpace.com :                                    env. 00.120.000 ;

YouTube.com :                                    env. 05.000.000 ;

DailyMotion.com :                              env. 01.000.000 ;

TF1.fr :                                                  env. 00.700.000 ;

France2.fr :                                         env. 00.240.000 ;

RadioFrance.fr :                                  env. 00.100.000 ;

Europe1.fr :                                         env. 00.140.000.

Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération | Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes

Organisations membres : 1°) Alu | Asociación de Latinos unidos ; 2°) Couleurs gaies | Centre LGBT Metz Lorraine-Nord ; 3°) Homo-Sphère | Association gay & lesbienne de Nouvelle-Calédonie ; 4°) SLD | Sida – Les liaisons dangereuses ; 5°) Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes) ; 6°) Vela (Vigilance LGBTI – lesbienne, gaie, bi, trans & intersexe – Aix-en-Provence)

Courriels : federation@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr

Site Internet : www.tjenbered.fr/federation | Myspace : www.myspace.com/tjenbered

Facebook : www.facebook.com/federationtotalrespect

Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)

Siège social : Pont-Madeleine, F-97211 Rivière-Pilote

Association loi 1901 fondée le 15 mars 2005, déclarée le 14 juin 2005, Journal officiel du 9 juillet 2005

Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

L’homophobie n’est pas une valeur africaine

2006_La_question_homosexuelle_en_Afrique_le_cas_du_Cameroun

- – -

TOTAL RESPECT – TJENBÉ RÈD FÉDÉRATION

Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes

- – -

Charles GUEBOGUO

- – -

Jann HALEXANDER

- – -

Me Alice NKOM

- – -


(Transcription annotée d’un débat tenu le 17 mai 2011 sur RFI au sujet des droits des homosexuel/le/s en Afrique entre Charles Gueboguo, sociologue camerounais, Jann Halexander, réalisateur et chanteur franco-gabonais, président de la commission culturelle de Tjenbé Rèd Prévention, et Alice Nkom, avocate camerounaise, fondatrice de l’Adéfho)

- – -

Rivière-Pilote – Yaoundé – Paris, lundi 22 août 2011

Communication n°TRF2011-31B

- – -

Le 17 mai dernier, en direct sur RFI (Radio France Internationale), trois acteur/e/s de la lutte contre les homophobies en Afrique et parmi les populations originaires d’Afrique échangeaient leurs points de vue lors d’une émission animée par Jean-François CADET : «Droits des homosexuels en Afrique : où en est-on ?» [1]. Il s’agissait des personnes suivantes :

Charles GUEBOGUO, sociologue, spécialiste de la question de l’homosexualité en Afrique, auteur de : «La question homosexuelle en Afrique : le cas du Cameroun» (éditions L’Harmattan) [2] ;

Jann HALEXANDER, réalisateur et chanteur franco-gabonais [3], président de la commission culturelle de l’association Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes) [4] ;

Me Alice NKOM, avocate camerounaise et fondatrice de l’Adéfho (Association de défense des homosexuels) [5].

Voici la transcription intégrale et annotée de leurs échanges, particulièrement éclairants – quelques menues anacoluthes étant amendées [entre crochets] avec l’accord de leurs auteur/e/s.

* * *

00:00 | JEAN-FRANÇOIS CADET – Ce soir, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie, [nous parlerons] des droits des homosexuel/le/s en Afrique : [proposition] de loi anti-homosexualité en Ouganda (même si son examen a été repoussé sine die) [6], viols «correctifs» [sic] de lesbiennes en Afrique du Sud [7], arrestations au Cameroun [8] ou encore au Sénégal [9]… Le sujet est régulièrement au cœur de l’actualité. Où en est-on ? Comment considère-t-on les homosexuel/le/s sur le continent ? Avec nous, trois invité/e/s : Maître Alice Nkom, avocate camerounaise, fondatrice de l’Adéfho (Association de défense des homosexuels), en ligne de Yaoundé [au Cameroun] ; en ligne des États-Unis [d’Amérique], le sociologue Charles Gueboguo, [auteur de] : «La question homosexuelle en Afrique : le cas du Cameroun» (aux éditions L’Harmattan) et à mes côtés en studio [à Paris] le chanteur et réalisateur franco-gabonais Jann Halexander. La cause homosexuelle [est-elle] en train de progresser en Afrique ?

00:58 | JANN HALEXANDER – Indéniablement mais au lieu d’employer le mot de cause, il faudrait plutôt employer [celui de] sécurité [qui renvoie à] l’idée que des gens qui ne sont pas hétérosexuel/le/s ont le droit de vivre comme les autres et ne soient pas harcelé/e/s, tué/e/s, persécuté/e/s, violé/e/s…

* * *

«Il ne fait pas bon être homosexuel en Afrique,

on apprend des choses absolument horribles

contre lesquelles il faut qu’on se mobilise»

(Me Alice Nkom)

* * *

01:17 | JFC – Vous parlez de sécurité : cela veut dire, Maître Nkom, qu’il est dangereux aujourd’hui d’être homosexuel/le sur le continent africain ?

01:25 | ALICE NKOM – Oui, malheureusement, il ne fait pas bon être homosexuel/le africain/e, vivant en Afrique… si je m’en tiens à l’exemple camerounais, à ce qui se passe en Ouganda et un peu partout. Même là où on n’a pas criminalisé l’homosexualité, comme en Afrique du Sud, on apprend des choses absolument horribles [contre] lesquelles il faut qu’on se mobilise.

01:55 | JFC – Charles Gueboguo, toujours sur le constat, est-ce qu’on peut dire que l’Afrique est homophobe ?

02:04 | CHARLES GUEBOGUO – [Selon] moi, il serait difficile de parler d’homophobie en Afrique quand on sait la charge historique que porte le concept, en lui-même, et là je me pose en tant qu’analyste exclusivement. Je parlerais plutôt du sentiment anti-homosexuel qui, justement, retrace le paradoxe entre des sociétés – pour la plupart en Afrique – homophiles ou homosociales et des sentiments qui sont considérés comme étranges, étrangers. Le rapport homosexuel ou le sentiment homosexuel s’expriment de plus en plus en public : est-ce qu’il faudrait parler d’homophobie ? [...] D’une part, vous avez dans la société cette division des genres qui est très stricte, où les hommes se plaisent à être entre eux et où les femmes se plaisent à être entre elles : c’est culturalisé, accepté. D’autre part, [vous avez] les persécutions de personnes de même sexe qui s’aiment, toujours dans cette même société. Ce paradoxe, je «l’adresse» [anglicisme, NDLR : «je l’étudie»] en termes de sentiment anti-homosexuel. Maintenant, toute la forme légalisée qu’on observe aujourd’hui et qui nous vient [...] la plupart du temps d’Occident est ce que j’appelle l’homophobie d’État. Oui, il existe une forme d’homophobie d’État en Afrique.

* * *

«Il existe un paradoxe

entre ces sociétés africaines homosociales

- où les hommes se plaisent à être entre eux

et les femmes se plaisent à être entre elles -

et le fait qu’elles considèrent

les sentiments homosexuels comme étrangers»

(Charles Gueboguo)

* * *

03:30 | JFC – Jann Halexander, ce qui pose problème aujourd’hui, [est-ce] l’homosexualité en elle-même ou l’affichage en public de l’homosexualité ?

03:37 | JH – Je suis très content qu’il y ait aussi Charles Gueboguo parce qu’il a été l’un des premiers sociologues africains, notamment de langue française, à aborder de plein fouet cette question. La bisexualité, il ne faut pas se leurrer, est très répandue en Afrique. Il ne faudra pas se mettre des œillères, elle est très répandue dans les pays du Sud, que ce soit en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie. Cela rejoint ce que vous dites : ne pas en parler, faire régner l’omerta… très bien ! Au Cameroun, on parle d’ailleurs du «bilinguisme» pour [évoquer ces] hommes mariés qui vont fréquenter des minets dans les bas quartiers mais s’affichent publiquement homophobes… Tant que règne l’omerta, ça va [mais] à partir du moment où une personne commence à dire «je», «je suis», «j’existe», «j’entends être ce que je veux», ça pose problème. La lutte contre le rejet des homos, des lesbiennes, des bisexuel/le/s, des transsexuel/le/s, sert tout le monde, elle sert tou/te/s les Africain/e/s, parce qu’il y a un très gros problème dans les sociétés africaines contemporaines et je sais de quoi je parle (j’ai vécu seize ans à Libreville, je suis métis, franco-gabonais, mère blanche, père noir). Il y a un problème avec l’idée de la différence, de quelqu’un qui est différent. Évidemment, si vous êtes homo, vous êtes vraiment en première ligne mais vous pouvez être aussi d’une minorité ethnique, vous pouvez être une femme, vous pouvez ne pas être comme les autres, vous pouvez ne pas avoir la même culture que la majorité et on vous le fait payer au nom de valeurs «africaines» – d’une certaine «africanité» dont on ne sait pas trop ce que c’est.

05:16 | JFC – Cela veut dire, Charles Gueboguo, que l’homosexualité est perçue comme une importation occidentale – à tort ?

05:21 | CG – Exactement. Dans l’ensemble des imaginaires locaux, on observe comme une manière de penser qui voudrait que l’homosexualité soit l’importation de l’Occident et notamment des Blancs. C’est un tort de penser ainsi, [plusieurs] études anthropologiques l’ont montré, je l’ai également montré dans mes travaux, mais en même temps cette logique peut s’expliquer, se comprendre. On sait qu’aujourd’hui, dans la course à la mondialisation, les Africains semblent avoir tout perdu, n’avoir rien à proposer. Alors, ils essaient de récupérer cette idée de «non-africanité» de l’homosexualité pour essayer de se poser dans cette globosphère, d’apporter ce qu’ils appellent (entre guillemets, comme le disait Jann tout à l’heure) les «valeurs africaines», essayer d’avoir en quelque sorte un mot à dire dans cette culture. Ils font appel à ce qu’ils [nomment] une sorte d’authenticité mais on se pose encore la question de savoir quelle est-elle : qu’on le veuille ou non, le monde est métis, l’Afrique est métisse. L’Afrique a connu des influences, l’Afrique est dans cette croisée-là et on ne peut pas la lire autrement. Aujourd’hui, parler de l’homosexualité comme d’une importation occidentale reste [selon] moi une stratégie politique de positionnement dans cette globosphère, parce que l’Afrique est pauvre, elle n’est même pas maîtresse de sa pauvreté, elle n’est même pas maîtresse de son devenir ou semble ne pas l’être et alors on cherche comme [cela] des subterfuges pour essayer de se positionner.

* * *

«Au Cameroun, on parle de bilinguisme pour évoquer

ces hommes mariés qui vont fréquenter

des minets dans les bas quartiers

mais s’affichent publiquement homophobes…»

(Jann Halexander)

* * *

07:03 | JFC – Maître Alice Nkom, est-ce que l’homophobie est une expression parmi d’autres de la haine du Blanc ?

07:12 | AN – Je ne sais pas s’il faut [le dire ainsi] mais c’est certainement en partie vrai, parce que lorsque je discute de ce sujet ici, on me dit toujours qu’effectivement, l’homosexualité, c’est le colon. On cite même un ancien gouverneur du Cameroun comme étant le «grand manitou» de l’homosexualité au Cameroun [qui] aurait fait de l’homosexualité un ascenseur social, à travers lequel tous nos pères fondateurs du Cameroun sont [NDLR : «seraient» ?] passés. Il y a ce rejet qu’on colle à cette image du colon qui a aidé à fabriquer le Cameroun et les dirigeants camerounais d’aujourd’hui. Bien évidemment, ça traduit la haine du Blanc mais d’un autre côté, ceux qui vous disent que l’homosexualité est contre la religion et qui vous plaquent Sodome et Gomorrhe sur le visage oublient que la religion en question (qu’elle soit musulmane ou chrétienne) est une religion d’importation également – par les Blancs.

08:29 | JFC – Jann Halexander, est-ce que les églises (au sens large, églises chrétiennes, l’Islam également) sont des obstacles aux droits des homosexuel/le/s aujourd’hui ou est-ce qu’on instrumentalise la religion ?

08:44 | JH – Ce n’est pas un mystère, que ce soit en Europe de l’Ouest, de l’Est ou en Afrique, on ne peut pas dire que les religions soient très gay-friendly (en tout cas dans la pratique, bien qu’il y ait évidemment aussi des gens qui sont pratiquant/e/s et qui sont tolérant/e/s).

09:01 | JFC – Donc pas plus en Afrique qu’ailleurs ?

09:04 | JH – Je ne sais pas, je ne crois pas… Au Gabon, quelque chose est très resté ancré, c’est l’animisme. C’est un peu tabou mais le rapport au corps, à la sensualité, à la sexualité est quelque chose de très concret dans les pratiques animistes et n’a pas été encore complètement mis à mal par les religions (au Gabon, protestante surtout, protestante austère, catholique et dans une moindre mesure [...] musulmane).

* * *

«Lorsque l’Église a dénoncé les homosexuel/le/s,

le président de la République est intervenu

pour dire : Stop, c’est la vie privée»

(Me Alice Nkom)

* * *

09:38 | JFC – Et pour vous l’animisme explique pourquoi au Gabon les choses se passent mieux que dans d’autres pays – parce qu’au Gabon on ne réprime pas aujourd’hui l’homosexualité ?

09:45 | JH – Attention, c’est risqué d’aller sur cette pente-là. Le Gabon est un petit pays, très cosmopolite, qui a été occidentalisé, mondialisé avant les autres. Les Gabonais ont très vite vu ce qui se passait ailleurs dans le monde. Il y a eu une période sombre pour les homos au début des années 80, la police qui venait et tout… Cela a un peu changé [mais] il ne faut pas dire que c’est le paradis… [Paradoxalement, dans la vie de tous les jours,] c’est beaucoup plus facile d’être homo et gabonais dans les classes moyennes, petites classes, que dans les classes aisées… [Cependant, en cas de problème avec la police ou la justice, cela reste évidemment] beaucoup plus facile si vous avez de l’argent que si vous êtes pauvre pour vous défendre… [10] [En effet,] vous pouvez toujours être poursuivi/e pour atteinte aux bonnes mœurs, juridiquement : il n’y pas d’espace [légal ou officiel reconnaissant clairement] qu’il y a d’autres genres sexuels que l’hétérosexualité. Cela dit, il faudrait aussi garder espoir : d’abord, il y a des millions d’Africain/e/s qui ne sont pas homophobes. L’homophobie n’est pas une authenticité africaine donc ce n’est pas naturel d’être africain/e et homophobe. Il y a beaucoup d’Africain/e/s, hommes et femmes, du Nord au Sud, qui ne sont pas homophobes et il y a de l’espoir parce que par rapport à l’an dernier, davantage de pays africains – dont le Gabon – ont signé la «charte de dépénalisation mondiale de l’homosexualité» mise en route par l’ONU [11].

11:18 | JFC – Est-ce qu’il y a des raisons d’être optimiste, Maître [Nkom] ?

11:23 | AN – Oui, je pense qu’il y a des raisons d’être optimiste, même si aujourd’hui au Cameroun la réforme du code pénal ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir (j’ai encore trouvé que le délit d’homosexualité était prévu dans le nouveau code, lorsque l’on étudie la réforme aujourd’hui). Ce qui me donne beaucoup d’espoir c’est que, lorsque l’Église catholique a dénoncé les homosexuel/le/s du Cameroun en 2005 ou 2006, le président de la République [Paul Biya] est intervenu pour dire : «Stop, c’est la vie privée des gens, vous n’avez pas à vous [en] mêler, c’est sacré» (alors, il ne faut pas spéculer sur les «vices» des uns et des autres) [12]. Je pense donc que le président de la République est conscient de son devoir de garant de toutes les libertés, [de] tout le monde, quelque soit l’âge, le sexe, la religion et à plus forte raison l’orientation sexuelle des uns et des autres. Je crois que l’un de ces quatre matins, nous pourrons, en le citant, faire échec à la montée de l’homophobie (qui est le fait de quelques-uns seulement de ses collaborateurs, [lesquels] malheureusement sont bien placés aujourd’hui pour pouvoir induire un nouveau code qui ne prend pas en compte les engagements internationaux du Cameroun – parce que le Cameroun a signé tous les traités et toutes les conventions [dans] lesquels on refuse la discrimination de quelque nature que ce soit).

* * *

«Il est bon de distraire la population

- surtout quand on parle de pouvoirs illégitimes -

en lui donnant les homosexuel/le/s en pâture»

(Charles Gueboguo)

* * *

13:01 | JFC – Charles Gueboguo, est-ce que vous avez le même diagnostic que Maître Nkom sur le cas camerounais, puisque vous l’avez étudié de près ?

13:08 | CG – Je partage totalement l’avis de Maître Alice Nkom, non seulement sur le cas camerounais mais également sur le cas de plusieurs pays africains. Ce que je voudrais apporter à son analyse serait qu’il ne faudrait pas qu’on oublie également qu’il nous faut du temps : il faut inscrire le changement dans le temps, parce que malheureusement on ne change pas les mentalités à coups de décrets.

13:33 | JFC – Cela veut dire que la réponse n’est pas essentiellement politique ?

13:39 | CG – La réponse n’est pas essentiellement politique mais le politique peut jouer un rôle fondamental parce qu’après il faudrait éduquer les populations. Les associations comme celles de Maître Alice Nkom et d’autres en Afrique subsaharienne jouent déjà ce rôle, petit à petit, avec le peu de moyens [qu’elles] ont, à travers les médias, à travers le porte-à-porte… Les résultats ne peuvent pas se mesurer tout de suite, on les aura peut-être dans vingt ans ou dans dix ans, mais le politique a un rôle fondamental à jouer. Encore maintenant faudrait-il qu’il y ait une volonté politique or parfois cette volonté politique ne se manifeste pas, parce que, comme je le disais au début, elle s’inscrit dans une logique où il est bon de distraire la population – surtout quand on parle de pouvoirs illégitimes – [en lui donnant], la plupart du temps, les homosexuel/le/s en pâture…

14:35 | JFC – Donc les homosexuel/le/s sont un bouc émissaire pour un certain nombre d’hommes politiques africains ?

14:39 | CG – Exactement, un bouc émissaire, un exutoire, une sorte de catharsis… Autrement, on ne peut pas défendre une politique de mauvaise gouvernance, de gouvernement corrompu, on ne peut pas défendre la famine, la paupérisation des sociétés africaines… quand on sait que le sol africain – entre autres – est très riche ! D’une part, il y a cet espoir que je lis et je partage l’avis de Maître Alice Nkom mais, d’autre part, je sais qu’il faudrait du temps (un temps qui va s’inscrire dans la durée).

* * *

«Des Africains noirs disent

que l’homosexualité est un truc de Blanc

mais sont bien contents d’avoir la voiture des Blancs

et de prier pour un Jésus blanc»

(Jann Halexander)

* * *

15:16 | JFC – Jann Halexander, quel regard portez-vous sur ce qui se passe en Ouganda (comme le Gabon, pays d’Afrique centrale), avec ce débat parlementaire qui a été repoussé sine die mais quand même [cette proposition] de loi anti-homosexualité qui a été présenté[e] et qui prévoit la peine de mort dans certains cas contre les homosexuel/le/s ?

15:35 | JH – Vous voyez qu’avec Charles Gueboguo ou Alice Nkom, on vous dit à peu près la même chose. Avant de répondre, [je voudrais dire] que je suis toujours affligé quand je vois des Africain/e/s noirs qui disent que [l’homosexualité] est un truc de Blanc et [sont par contre] bien contents d’avoir la voiture des Blancs, l’ordinateur des Blancs, le dernier confort ultra-luxe tel qu’on le voit dans les publicités occidentales, de prier pour un Jésus blanc, une Marie blanche… mais par contre «ça» [l’homosexualité], ça leur pose problème ! [Concernant] l’Ouganda, j’ai du mal à me réjouir. Effectivement, pour le moment [la proposition de] loi est suspendue mais rien n’est réglé : des gens se réjouissent bien trop vite, je suis très perplexe, j’attends de voir ce qui va se passer, il faut toujours rester en alerte. Il est clair que cette loi avait été proposée par ce monsieur, David Bahati, en pleine crise : des Ougandais manifestaient contre la faim, contre la crise économique, et vous voyez que – comme par hasard ! – c’est ce jour-là qu’on veut proposer un truc pour discriminer les homos [6]. Dernier point, par rapport au Gabon : c’est peut-être plus sûr d’être à l’heure actuelle une lesbienne dans un quartier de Libreville ou de Port-Gentil [au Gabon] qu’à Soweto [en Afrique du Sud]. Pourtant, en Afrique du Sud, c’est légalisé, c’est reconnu mais les meurtres atroces qui [s’y] passent régulièrement en ce moment montrent bien qu’une politique ne suffit pas (qu’une réponse juridique, une loi, ne suffit pas) : il faut aussi un changement de mentalité.

17:19 | JFC – Alice Nkom, quelle action concrète sur le terrain, au quotidien, peut-on mener pour faire accepter l’homosexualité ?

17:29 | AN – Il faut combattre l’ignorance. Beaucoup de gens prêchent par ignorance. J’ai vu ici un cardinal organiser des marches, faire signer des pétitions à ses ouailles en disant «Voilà, le Cameroun s’apprête à légaliser l’homosexualité !» alors qu’il était simplement question de ratifier le protocole de Maputo [13], qui n’a pas une ligne, pas un mot sur l’homosexualité, bien au contraire (qui rassemble les droits des femmes africaines). Je l’ai vu le faire et je l’ai entendu dire que «les homosexuel/le/s sont moins que des animaux parce que les animaux ne sont pas homosexuel/le/s», ce qui est faux : c’est de l’ignorance. De la même façon, lorsqu’un prélat de ce niveau-là parle à ses ouailles, on ne leur dit pas, par exemple, que l’Église catholique en sa plus haute échelle, le Vatican en tant qu’État, consacre la séparation des pouvoirs et ne va jamais jusqu’à la répression des homosexuel/le/s. Cela résulte d’une déclaration – claire et nette ! – du Vatican faite à la LXVIIIème session, je crois, de l’assemblée générale des Nations unies [NDLR : Plutôt, semble-t-il, la LXIIIème] [14]. Le Vatican en tant qu’État sait très bien et affirme que l’égalité des droits, l’appartenance aux Nations unies, la ratification de tous les traités sur la non-discrimination, la non-violence, la non-torture ne [lui] permettent pas de [réintroduire] les dogmes religieux dans l’État et le Vatican n’a jamais réprimé un seul homosexuel !

19:21 | JFC – Merci à vous.

Signataires :

- – -

Me Alice Nkom

- – -

- – -

Charles Gueboguo

- – -

- – -

Jann Halexander,

président de la commission culturelle

de Tjenbé Rèd Prévention

- – -

- – -

David Auerbach Chiffrin,

président de Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération

- – -

Références :

[1] 17 mai 2011 – Émission «Droits des homosexuels en Afrique : où en est-on ?» (animée par Jean-François Cadet, avec Charles Gueboguo, sociologue, spécialiste de la question de l’homosexualité en Afrique, auteur de «La question homosexuelle en Afrique : le cas du Cameroun», éditions L’Harmattan ; Me Alice Nkom, avocate camerounaise et fondatrice de l’Adéfho, Association de défense des homosexuels ; Jann Halexander, réalisateur et chanteur franco-gabonais, responsable de la commission culturelle de l’association Tjenbé Rèd, association de soutien aux personnes noires et métisses LGBT, lesbiennes, gaies, bi & trans, sur RFI, antenne Afrique)

http://www.rfi.fr/emission/20110517-droits-homosexuels-afrique-est-on

http://www.tjenbered.fr/2011/20110517-79.mp3

[2A] 30 novembre 2006 – «La question homosexuelle en Afrique : le cas du Cameroun» (par Charles Gueboguo, sociologue, spécialiste de la question de l’homosexualité en Afrique, aux éditions L’Harmattan)

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=22354

[2B] Entrée Charles Gueboguo sur le site Internet Wikipédia

http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Gueboguo

[3] Site officiel de Jann Halexander, réalisateur et chanteur franco-gabonais, président de la commission culturelle de l’association Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes)

http://jannhalexander.free.fr/

[4] Site officiel de l’association Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes)

http://www.tjenbered.fr/prevention

[5A] Page du site Internet officiel de Maître Alice Nkom, avocate camerounaise, consacrée à l’Adéfho (Association de défense des homosexuels) qu’elle a fondée en février 2003

http://alicenkom.com/mon-opinion-sur/vie-associative/adefho.html

[5B] 12 juin 2009 – Préface accordée par Me Alice Nkom, avocate au Cameroun, présidente du Cofenho (Collectif des familles d’enfants homosexuels) et de l’Adéfho (Association de défense des homosexuels), au rapport 2008 de Tjenbé Rèd

http://www.tjenbered.fr/2009/20090612-97.pdf

[6A] 3 avril 2010 – Ouganda : la proposition de loi «anti-homosexualité» est anti-droits humains ! Tjenbé Rèd signe la pétition lancée par la Uganda’s Civil Society Coalition on Human Rights & Constitutional Law – Communiqué de presse n°TR10INT07

http://www.tjenbered.fr/2010/20100403-00.pdf

http://www.citegay.fr/

[6B] 19 février 2011 – Suite au meurtre de David Kato : Nouvelle journée d’action devant les ambassades d’Ouganda & du Royaume-Uni – Communiqué de presse n°TRF2011-07J

http://www.tjenbered.fr/2011/20110219-10.pdf [fr]

http://www.tjenbered.fr/2011/20110219-19.pdf [en]

http://www.lepost.fr/ [fr]

http://www.citegay.fr/ [fr]

[7] 26 janvier 2011 – Afrique du Sud : Stop au «viol correctif» des lesbiennes ! (Suite à l’agression subie par Millicent Gaika, Total Respect appelle à signer une pétition au président sud-africain Jacob Zuma) – Communiqué de presse n°TRF2011-06

http://www.tjenbered.fr/2011/20110125-10.pdf [fr]

http://www.lepost.fr/ [fr]

[8A] 20 juillet 2006 – Lettre ouverte à Son Excellence Paul Biya, Président de la République du Cameroun, au sujet de la mort du jeune Alim Mongoche en particulier et de la situation des personnes homosexuelles au Cameroun en général – Communication n°ANA2006/12

http://www.tjenbered.fr/ana/2006/20060720-00.html

[8B] 2 août 2006 – Mort d’Alim : le cabinet de Girardin reçoit An Nou Allé et le Comité Idaho – Communiqué de presse n°ANA2006/18

http://www.tjenbered.fr/ana/2006/20060802-00.html

[8C] 23 juillet 2008 – Homosexualité : Ces ministres accusés d’avoir fabriqué les listes (Cameroun On Line : «Bien que Paul Biya, le président de la République et du RDPC [Rassemblement démocratique du peuple camerounais], ait condamné le 10 février 2006 lors d’un discours à la jeunesse et en juillet 2006 lors du congrès du parti au pouvoir, l’immixtion de la presse dans la vie privée des citoyens – allusion à peine voilée aux listes – comment ne pas s’interroger sur le bénéfice que son régime en a tiré ?»)

http://www.cameroun-online.com/actualite,actu-5630.html

http://www.tjenbered.fr/2008/20080723-89.pdf

[8D] 11 décembre 2009 – Cameroun : Un appel à Paul Biya pour dépénaliser l’homosexualité (par Edouard Jean Pierre Kingue, pour Presse de la nation)

http://pressedelanation.com/news/1795.html

http://www.tjenbered.fr/2009/20091211-89.pdf

[8E] 21 juillet 2010 – Lettre ouverte à Paul Biya, président de la République du Cameroun, au sujet des persécutions policières homophobes – Communication commune Adéfho | Afsupes | Tjenbé Rèd – Communication n°TR10INT10

http://www.tjenbered.fr/2010/20100721-00.pdf

[9A] 14 janvier 2009 – Tjenbé Rèd demande au Président du Sénégal de libérer neuf hommes condamnés pour avoir voulu lutter contre le sida (L’association noire & métisse homosexuelle appelle à signer cette pétition en ligne sur le site Internet www.aides.org) – Communication n°TR09INT02

http://www.tjenbered.fr/2009/20090114-10.html [fr]

http://www.tjenbered.fr/2009/20090114-10.pdf [fr]

http://www.tjenbered.fr/2009/20090114-19.pdf [en]

[9B] 22 janvier 2009 – Lettre à toutes les associations du RAAC-sida pour les appeler à signer la pétition lancée par Aides au sujet du Sénégal ! – Communication n°TR09INT04

http://www.tjenbered.fr/2009/20090122-00.pdf

[9C] 28 janvier 2009 – Sur Africa N°1, Tjenbé Rèd appelle fraternellement le Sénégal à libérer les acteurs de lutte contre le VIH/sida – Communiqué de presse n°TR09INT05

http://www.tjenbered.fr/2009/20090128-00.pdf

[9D] 28 janvier 2009 – Précisions au site Internet sénégalais Wal Fadjri sur les droits LGBT – Communication n°TR09INT05A

http://www.tjenbered.fr/2009/20090128-10.pdf

[9E] 10 février 2009 – Remarques fraternelles au Nouveau Réveil de Côte d’Ivoire sur l’embastillement de neuf acteurs sénégalais de lutte contre le sida – Communication n°TR09INT07

http://www.tjenbered.fr/2009/20090210-00.pdf

[9F] 10 février 2009 – Fraternelles remarques au Quotidien du Sénégal sur l’existence d’une homosexualité endogène à l’Afrique – Communication n°TR09INT10

http://www.tjenbered.fr/2009/20090210-30.pdf

[9G] 12 février 2009 – L’homme politique et intellectuel béninois Roger Gbegnonvi appelle à la libération des neuf Sénégalais emprisonnés pour homosexualité – Communiqué de presse n°TR09INT11

http://www.tjenbered.fr/2009/20090212-00.html [fr]

http://www.tjenbered.fr/2009/20090212-00.pdf [fr]

http://www.tjenbered.fr/2009/20090212-09.pdf [en]

[9H] 17 février 2009 – Un responsable politique sénégalais prend position contre les persécutions homophobes – Communiqué de presse n°TR09INT13

http://www.tjenbered.fr/2009/20090217-00.pdf

[10] Précision de Jann Halexander (courriel du 21 août 2011 à 20h03) : «Rien de contradictoire, en fait : oui, c’est plus facile d’être homo ou bi dans les classes moyennes et populaires parce que, là, on a moins à perdre en terme de réputation et tout à gagner, par exemple, en cas d’élévation sociale si le gay de la famille a un conjoint aisé. Par contre, si on est séropo ou victime de brimades de la police, mieux vaut être le fils de… et avoir du fric.»

[11] Il est difficile d’identifier le document évoqué ici de mémoire par Jann Halexander :

Le 18 décembre 2008, une «Déclaration relative aux droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre», lue à New-York lors de la LXIIIème session de l’assemblée générale des Nations unies, a bien été signée par 68 États dont le Gabon ainsi que cinq autres États africains (Cap-Vert, Guinée-Bissau, Maurice, République centrafricaine et Sao-Tomé-et-Principe), alors que vingt États africains figuraient parmi les 57 signataires d’une déclaration opposée (Algérie, Bénin, Cameroun, Tchad, Comores, Côte-d’Ivoire, Djibouti, Égypte, Érythrée, Éthiopie, Gambie, Guinée-Conakry, Kenya, Libye, Malawi, Mali, Mauritanie, Maroc, Niger, Nigéria) [10A] ;

Le 21 décembre 2010, cinq États africains (Afrique du Sud, Angola, Cap-Vert, Maurice, Rwanda) approuvaient la mention de l’orientation sexuelle dans une résolution relative aux «exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires» alors que vingt-neuf s’y opposaient (Algérie, Bénin, Botswana, Burkina Faso, Burundi, Comores, Congo-Brazzaville, Congo-Kinshasa, Djibouti, Égypte, Gambie, Ghana, Libye, Malawi, Maroc, Mauritanie, Namibie, Niger, Nigéria, Ouganda, Sénégal, Tanzanie, Sierra Leone, Somalie, Soudan, Swaziland, Tunisie, Zambie, Zimbabwe) [10B] ;

Le 22 mars 2011, cinq États africains (Afrique du Sud, République centrafricaine, Rwanda, Seychelles et Sierra Leone) figuraient parmi les 85 signataires d’une «Déclaration appelant à la fin des violences et des violations des droits de l’Homme fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre» [10C] ;

Par ailleurs, le 17 juin 2011, une résolution relative «aux droits humains, à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre» du conseil des droits humains des Nations unies a recueilli deux votes africains (Afrique du Sud et Maurice) contre neuf (Angola, Cameroun, Djibouti, Gabon, Ghana, Mauritanie, Nigéria, Sénégal, Uganda) et deux abstentions (Burkina Faso et Zambie), la Lybie étant suspendue [10D].

[11A1] 18 décembre 2008 – Déclaration relative aux droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre lue par l’Argentine au nom du groupe interrégional, le 18 décembre 2008, à New York, lors de la LXIIIème session de l’assemblée générale des Nations unies (Version portant mention de 55 signatures et non de celle du Gabon)

http://www.trans-aide.com/ta2-lgbt%20-inter/doc/onu-2008-12-18.pdf

http://www.tjenbered.fr/2008/20081218-49.pdf

[11A2] 15 juin 2011 – Orientation sexuelle et identité de genre (Page du site Internet de la France à l’Onu indiquant 68 signatures, dont celle du Gabon, pour la Déclaration relative aux droits de l’homme et à l’orientation sexuelle et l’identité de genre du 18 décembre 2008)

http://www.franceonu.org/spip.php?article3983

http://www.tjenbered.fr/2011/20110615-79.pdf

[11B1] 21 décembre 2010 / 30 mars 2011 – Résolution n°65/208 de l’assemblée générale des Nations unies relative aux exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires (adoptée le 21 décembre 2010, la Gabon n’ayant pas pris part au vote ; distribution générale le 30 mars 2011)

http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/N10/525/03/PDF/N1052503.pdf

http://www.tjenbered.fr/2011/20110330-89.pdf

[11B2] 18 décembre 2010 – L’ONU doit condamner les meurtres homophobes ! (Lettre de Tjenbé Rèd à Michèle Alliot-Marie portant demande de soutien par la France au vote du 20 décembre à l’ONU pour la protection des personnes LGBT contre les exécutions extrajudiciaires) – Communication n°TR10INT14

http://www.tjenbered.fr/2010/20101218-00.pdf [fr]

http://www.tjenbered.fr/2010/20101218-09.pdf [en]

http://www.lepost.fr/article/2010/12/19/2345513_l-onu-doit-condamner-les-meurtres-homophobes.html [fr]

http://makoume.yagg.com/2010/12/19/onu/ [fr]

http://www.msmgf.org/index.cfm/id/11/aid/2640/ [fr]

[11B3] 22 décembre 2010 – L’ONU condamne les meurtres homophobes (Tjenbé Rèd Fédération demande cependant des explications à Sainte-Lucie, au Bénin, aux îles Salomon et au «Saint-Siège» après leurs positions homophobes) – Communiqué de presse n°TRF10INT14B

http://www.tjenbered.fr/2010/20101222-00.pdf [fr]

http://www.tjenbered.fr/2010/20101222-09.pdf [en]

http://www.lepost.fr/ [fr]

http://international.123news.org/ [fr]

http://makoume.yagg.com/2010/12/23/onu-2/ [fr]

http://blogdelacommunaute.yagg.com/ [fr]

http://pairsonnalites-entrefilets.blogspot.com/2010/12/makoume-lonu-condamne-les-meurtres.html [fr]

[11B4] 22 décembre 2010 – L’Afrique et l’océan Indien doivent lutter contre les meurtres homophobes ! (Lettre aux États africains et océano-indiens et notamment au Bénin, principal État de la région à s’être prononcé en faveur des meurtres homophobes !) – Communication n°TRF10INT14D

http://www.tjenbered.fr/2010/20101222-02.pdf [fr]

[11B5] 24 décembre 2010 – Lettre à Brice Hortefeux en vue de voir modifiée, suite au vote de l’ONU, la «liste des pays sûrs» – Communication n°TRF10INT14F

http://www.tjenbered.fr/2010/20101222-04.pdf [fr]

http://www.lepost.fr/ [fr]

http://makoume.yagg.com/2010/12/24/ofpra/ [fr]

http://blogdelacommunaute.yagg.com/ [fr]

[11C1] 22 mars 2011 – Dépénalisation de l’homosexualité : 85 pays signent une déclaration à l’ONU (par Judith Silberfeld, pour Yagg.com)

http://yagg.com/2011/03/22/depenalisation-de-lhomosexualite-83-pays-signent-une-declaration-a-lonu/

http://www.tjenbered.fr/2011/20110322-99.pdf

[11C2] 22 mars 2011 – Human Rights Council holds general debate on follow-up and implementation of the Vienna Declaration and Programme of Action (Office of the High Commissioner for Human Rights)

http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=10879&LangID=E

http://www.tjenbered.fr/2011/20110322-89.pdf

[11C3] 22 mars 2011 – Joint Statement on the Rights of LGBT Persons at the Human Rights Council (U.S. Department of State, Washington, DC)

http://www.state.gov/r/pa/prs/ps/2011/03/158847.htm

http://www.tjenbered.fr/2011/20110322-88.pdf

[11C4] 22 mars 2011 – Over 80 Nations Support Statement at Human Rights Council on LGBT Rights (Statement by Ambassador Eileen Chamberlain Donahoe U.S. Representative to the Human Rights Council on the “Joint statement on ending acts of violence and related human rights violations based on sexual orientation & gender identity”)

http://geneva.usmission.gov/2011/03/22/lgbtrights/

http://www.tjenbered.fr/2011/20110322-86.pdf

[11C5] 22 mars 2011 – Conseil des droits de l’Homme – Déclaration appelant à la fin des violences et des violations des droits de l’Homme fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre (Ministère français des affaires étrangères et européennes)

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/entrees-thematiques_830/droits-homme_1048/droits-economiques-sociaux-culturels_4720/violations-droits-homme-fondees-sur-orientation-sexuelle-identite-genre-22.03.11_90930.html

http://www.tjenbered.fr/2011/20110322-87.pdf

[11D1] 17 juin 2011 – Résolution «Human rights, sexual orientation and gender identity» du conseil des droits humains des Nations unies (le Gabon ayant voté contre)

http://ilga.org/ilga/static/uploads/files/2011/6/17/RESOLUTION%20L9rev1.pdf

http://www.tjenbered.fr/2011/20110615-78.pdf

[11D2] 17 juin 2011 – Council establishes mandate on Côte d’Ivoire, adopts protocol to child rights treaty, requests study on discrimination and sexual orientation (Office of the High Commissioner for Human Rights)

http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=11167&LangID=E

http://www.tjenbered.fr/2011/20110617-79.pdf

[11E1] 6 novembre 2006 / 31 mars 2007 – Principes sur l’application de la législation internationale des droits humains en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre dits «de Jogjakarta»

http://yogyakartaprinciples.org/docs/File/Yogyakarta_Principles_FR.pdf

http://www.tjenbered.fr/2007/20070331-89.pdf

[11E2] 27 octobre 2010 – Homophobie : La violence de l’intolérance (Navanethem Pillay, haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, prend position contre l’intolérance envers les minorités sexuelles en Afrique et ailleurs)

http://www.un.org/french/ecosocdev/geninfo/afrec/newrelfr/homophobie.html

http://www.tjenbered.fr/2010/20101027-79.pdf

[11E3] 21 juillet 2011 – Sexual Orientation and Gender Identity at the United Nations (From Wikipedia, the free encyclopedia)

http://en.wikipedia.org/wiki/Sexual_Orientation_and_Gender_Identity_at_the_United_Nations

http://www.tjenbered.fr/2011/20110721-79.pdf

[12] 10 février 2006 – Discours à la jeunesse (par Paul Biya, président de la république du Cameroun, appelant au «nécessaire respect de la vie privée» - texte intégral introuvable)

[13A] 11 juillet 2003 / 25 novembre 2005 – Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatif aux droits des femmes, dit «de Maputo» (adopté par la IIème session ordinaire de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine le 11 juillet 2003 à Maputo, Mozambique, entré en vigueur le 25 novembre 2005 après ratification par quinze États)

http://www.africa-union.org/Official_documents/Treaties_Conventions_fr/Protocole%20sur%20le%20droit%20de%20la%20femme.pdf

http://www.au.int/fr/treaties

http://www.tjenbered.fr/2005/20051125-99.pdf

[13B] 27 juin 1981 / 21 octobre 1986 – Charte africaine des droits de l’homme et des peuples | African Charter on Human and Peoples’ Rights (adoptée par la XVIIIème conférence de l’Organisation de l’unité africaine – OUA – le 27 juin 1981 à Nairobi, Kenya, entrée en vigueur le 21 octobre 1986 après ratification par vingt-cinq États)

http://www.au.int/fr/content/african-charter-human-and-peoples-rights

http://www.aidh.org/Biblio/Txt_Afr/instr_81.htm

http://www.tjenbered.fr/documents/charte_africaine_19861021.pdf

[14] 18 décembre 2008 – Statement of the Holy See delegation at the 63rd session of the general assembly of the United Nations on the declaration on human rights, sexual orientation and gender identity (“The Holy See continues to advocate that every sign of unjust discrimination towards homosexual persons should be avoided and urges States to do away with criminal penalties against them”)

http://www.vatican.va/roman_curia/secretariat_state/2008/documents/rc_seg-st_20081218_statement-sexual-orientation_en.html

http://www.tjenbered.fr/2008/20081218-48.pdf

_ _ _

Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération | Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes

Organisations membres : 1°) Alu | Asociación de Latinos unidos ; 2°) Couleurs gaies | Centre LGBT Metz Lorraine-Nord ; 3°) Homo-Sphère | Association gay & lesbienne de Nouvelle-Calédonie ; 4°) SLD | Sida – Les liaisons dangereuses ; 5°) Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes) ; 6°) Vela (Vigilance LGBTI – lesbienne, gaie, bi, trans & intersexe – Aix-en-Provence)

Courriels : federation@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr

Site Internet : www.tjenbered.fr/federation | Myspace : www.myspace.com/tjenbered

Facebook : www.facebook.com/federationtotalrespect

Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)

Siège social : Pont-Madeleine, F-97211 Rivière-Pilote

Association loi 1901 fondée le 15 mars 2005, déclarée le 14 juin 2005, Journal officiel du 9 juillet 2005

Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

La surdité, dernière tactique homophobe avant la violence

20100525_debré_giscard_chirac_homophobes

(Les arguments homophobes sont éculés et témoignent de l’incapacité de leurs partisan/e/s à répondre point par point aux arguments de fond des associations LGBT en faveur du mariage homosexuel)

- – -

Rivière-Pilote – Aix-en-Provence, lundi 22 août 2011

- – -

La façon la plus simple de lutter contre un problème est de l’ignorer : c’est la technique de l’aveuglement volontaire. Lorsque le problème se fait têtu et que cela n’est plus possible (le problème a gagné son droit à l’existence), reste alors la surdité volontaire ou tactique du perroquet : feindre le débat d’opinion en répétant à satiété les mêmes arguments, singer le dialogue pour donner l’impression de respecter la démocratie argumentative mais en réalité asséner sans répit le même monologue et surtout, surtout, ne jamais répondre aux arguments adverses. C’est seulement lorsque cela devient également impossible qu’il faut céder ou user d’une violence plus ou moins symbolique (insulter ses interlocuteur/e/s, les salir, excuser la violence physique à leur encontre, l’exercer finalement soi-même). Les débats relatifs aux homophobies relèvent souvent de cette généalogie rhétorique et plus précisément de sa deuxième étape, celle du dialogue de sourd/e/s : il s’agit rarement, en réalité, de chercher à convaincre son adversaire mais bien plutôt de réaffirmer son appartenance à tel ou tel clan et de prendre le public à témoin pour le ranger derrière soi (s’il était incertain) ou mieux l’y garder (s’il l’était moins). Le plus pénible n’est pas ici l’homophobie épaisse d’arguments répétés comme des mantras par les parties réactionnaires mais bien cette répétition elle-même, épuisante et avilissante puisque rien ni personne ne sort grandi de la confrontation récurrente à la bêtise et à la haine.

Des arguments répétés comme des mantras

Ces gens-là n’apprennent rien, n’écoutent rien, ne tiennent compte d’aucun argument pourtant patiemment exposé face à eux et passent leur temps à se conforter entre eux en vénérant leurs maître à (dé)penser que sont actuellement Éric Zemmour, Christian Vanneste, Christine Boutin ou Joseph Ratzinger – ci-devant Benoît XVI, comme Louis XVI d’ailleurs, amusant, non ?

Ainsi en est-il d’une tribune homophobe publiée par un dénommé Christopher Lings sur le site Internet Agoravox.fr, intitulée «Mise au point concernant le mariage homosexuel», où il entend démontrer «qu’il n’est aucunement question du droit au mariage mais de la modification de son essence» et «qu’il est inexact de prétendre que les homosexuels le réclament».

L’auteur avance d’abord un argument juridique selon lequel «les homosexuels ont le droit au mariage» puisque «toute personne, homosexuelle ou hétérosexuelle, dispose pleinement du droit [...] pour un homme de prendre femme et pour une femme de prendre homme». Cette bêtise serait drôle si elle n’était sinistre, puisqu’elle fait l’apologie du mariage forcé ou socialement contraint, lequel fait le malheur des femmes ou des personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) selon époques et contrées.

Une apologie du mariage forcé

M. Lings tombe rapidement le masque, la plupart des rhéteurs homophobes cherchant actuellement à dissimuler leurs préjugés religieux sous un masque naturaliste : «Traditionnellement et religieusement, le mariage est l’union entre un homme et une femme, dans le but de fonder une famille, une communauté de vie, faire des enfants, assurer leur éducation, établir sa lignée, transmettre son héritage, son statut social.» Dans un pays constitutionnellement laïc, il s’agit là pourtant d’une vision de la tradition ou de la religion qui n’engage que lui.

Ce discours religieux ou culturaliste est ensuite développé sous sa modalité raciale, pour ne pas dire raciste, à travers un argument pseudo-féministe désormais courant : «Les différentes formes de polygamie (bigamie, polyandrie et polygynie) existent surtout en Afrique, dans les pays musulmans, et aussi en Asie. Si cela apparait comme un sujet différent, il ne faut pas omettre le risque que des revendications de la sorte pourraient elles aussi s’imposer au débat public si le “mariage” homosexuel venait à être toléré.» Singulier amalgame qui tend à fusionner les figures de l’homosexuel/le pervers/e et de l’étranger de couleur, forcément polygame (les mormons polygames d’Amérique du Nord sont omis, par exemple), comme mêmes facteurs de menace pour l’Occident chrétien. Ce dernier, en passe d’être débordé par des hordes métèques proliférantes, se laisserait aller à la complaisance d’un vice stérile : on voit se dessiner, de manière subliminale, cet argument employé par Himmler dans son célèbre discours de Bad Tölz aux SS ou, plus récemment, par Anders Behring Breivik dans son long bréviaire (qui synthétise utilement la pensée de l’extrême droite européenne actuelle).

Après avoir aligné une telle série de poncifs homophobes, notre auteur-perroquet attaque le problème par un autre angle : non seulement le mariage des couples de même sexe serait une atteinte à Dieu, à la race et au droit mais en plus il ne serait pas même souhaité par les personnes homosexuelles (lesquelles, bien conscientes de leur vice, auraient la décence de vouloir rester discrètes). Ainsi, «dans l’État du Massachussetts, depuis 2004, année de l’instauration du mariage entre personnes du même sexe, seuls 12.000 mariages gays ou lesbiens ont été célébrés» concernant, selon l’auteur qui ne précise pas ses sources, «seulement 14% des 165.000 homosexuels de cet État réputé plutôt libéral». La meilleure façon de contrer un rhéteur homophobe est parfois de le laisser s’enfoncer tout seul : 14% de personnes homosexuelles qui se marient en seulement six ou sept ans, avec la pression sociale que cela continue de supposer, c’est un beau succès, finalement assez rapide. Par ailleurs, l’argument est d’autant plus contradictoire que l’auteur, après avoir attaqué les personnes LGBT, prétend désormais parler à leur place et mieux que leurs représentant/e/s – façon comme une autre de délégitimer leur parole et de les vouloir maintenir en minorité.

Parler à la place des personnes LGBT ?

Christopher Lings a cependant ce mérite, peut-être par manque de place, de ne pas exploiter plus avant d’autres poncifs homophobes : l’argument de la corruption de la jeunesse et l’amalgame de la question du mariage avec celle de l’adoption.

S’ensuivent, Agoravox est un média participatif, 168 commentaires contrastés et 58 votes pour ou contre cette tribune qui aboutissent au score suivant : 54% de contre, 46% de pour, ce qui constitue une surprise dans la mesure où le public d’Agoravox semblait, selon d’autres votes, assez peu progressiste. Un article intitulé «Discriminer pour mieux protéger ou protéger pour mieux discriminer ?», dans lequel Total Respect visait à dénoncer les failles de l’universalisme républicain, est ainsi désapprouvé par 84% de votant/e/s ; un autre intitulé «Du bon usage de l’indignation ou la tranquille montée de l’homonationalisme» est désapprouvé par 74% du lectorat ; «Mariage homosexuel : En Guadeloupe, l’égalité doit encore convaincre» est désapprouvé par 74% de votant/e/s ; «Quatre questions à Christian Jacob sur sa vision de la convergence des droits des couples homosexuels et hétérosexuels» est également rejeté par 79% du public ; «Discriminations : la Cour de cassation souligne l’hypocrisie du législateur», par 52% ; «Tout va bien, la publicité française n’exclut ni les noir/e/s ni les gros/ses !» cependant, avec 53% de personnes favorables, constitue une exception.

Reste alors à saisir l’occasion d’affûter un plaidoyer pour l’égalité qui peut aussi servir lors de négociations syndicales : alors que la situation semblait bloquée au sein d’une filiale d’Areva, laquelle refusait d’étendre aux couples pacsés les avantages offerts aux couples mariés au motif (également avancé par Christopher Lings) que tout le monde pourrait se marier, la CGT (Confédération générale du travail) vient d’obtenir l’extension visée. Malgré grincheux et grincheuses de service, l’égalité avance.

- – -

David Auerbach Chiffrin,

président de Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération

- – -

- – -

Célia Baudu,

cofondatrice de Vela,

déléguée régionale de Total Respect en Provence-Alpes-Côte-d’Azur

- – -

Références :

[1] 1er août 2011 – Mise au point concernant le mariage homosexuel (par Christopher Lings, sur Agoravox)

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/mise-au-point-concernant-le-98365

http://fr.news.yahoo.com/mise-au-point-concernant-mariage-homosexuel-080542257.html

[2] 18 février 1937 – «Discours aux officiers SS sur l’homosexualité» (par Heinrich Himmler, prononcé à Bad Tölz, Bavière, in Jean Boisson, «Le Triang le rose», Paris, éditions Robert-Laffont, 1988, pp. 217-231, repris par Thomas Rozec, «Le IIIème Reich et le s homosexuels», Paris, éditions Hermann Histoire, 2011, pp. 213-231)

http://triangles-roses-photos.blogspot.com/2009/07/discours-de-heinrich-himmler-sur.html

http://www.tjenbered.fr/documents/19370218_discours_homosexualite_himmler_bad_tolz.doc

[2A] 22 juillet 2011 – 2083 : A European Declaration of Independence – De Laude Novae Militiae – Pauperes commilitones Christi Templique Solomonici (By “Andrew Berwick” a.k.a. Anders Behring Breivik, London – 2011)

http://www.slideshare.net/darkandgreen/2083-a-european-declaration-of-independence-by-andrew-berwick

http://www.tjenbered.fr/2011/20110722-99.pdf

[2B] 26 juillet 2011 – Attentats en Norvège : 1.518 pages d’un «testament» délirant (Le Monde)

http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/07/26/anders-behring-breivik-a-mis-en-ligne-un-manifeste-peu-avant-ses-crimes_1552847_3214.html

http://www.tjenbered.fr/2011/20110726-99.pdf

[2C] 25 juillet 2011 – «2083, Une déclaration européenne d’indépendance» ou le petit manuel du néo-croisé (par Marwan Chahine, pour Libération)

http://www.liberation.fr/monde/01012350843-2083-une-declaration-europeenne-d-independance-ou-le-petit-manuel-du-neo-croise

http://www.tjenbered.fr/2011/20110725-99.pdf

[2D] 31 décembre 1978 – The Turner Diaries (By “Andrew McDonald” a.k.a. William Luther Pierce)

http://www.tjenbered.fr/1978/19781231-99.pdf

[3F] 8 août 2011 – Discriminer pour mieux protéger ou protéger pour mieux discriminer ? (Face aux hypocrisies de l’universalisme républicain, la discrimination positive est-elle une solution ? Le cas du mariage homosexuel & la question des nègres en France) – Communication n°TRF2011-08B

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/discriminer-pour-mieux-proteger-ou-98931

http://leplus.nouvelobs.com/ [fr]

http://www.lepost.fr/ [fr]

http://makoume.yagg.com/2011/08/08/discriminer/ [fr]

http://blogs.tetu.com/outre_mers_et_pairs/2011/08/09/discriminer/ [fr]

http://www.tjenbered.fr/2011/20110221-89.pdf [fr]

[3E] 1er août 2011 – Du bon usage de l’indignation ou la tranquille montée de l’homonationalisme (Réponse à une tribune publiée le 15 juin dans «Le Monde») – Communication n°TRF2011-09G

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/du-bon-usage-de-l-indignation-ou-98401

http://leplus.nouvelobs.com/

http://makoume.yagg.com/2011/08/01/homonationalisme/

http://blogs.tetu.com/outre_mers_et_pairs/2011/08/01/homonationalisme/

http://www.lepost.fr/

http://gaadjou.joueb.com/news/du-bon-usage-de-l-indignation-ou-la-tranquille-montee-de-l-homonationalisme

http://www.tjenbered.fr/2011/20110731-00.pdf [fr]

[3D] 1er août 2011 – Mariage homosexuel : En Guadeloupe, l’égalité doit encore convaincre – Communication commune Tjenbé Rèd Prévention | Entraide Gwadloup’ | Amédom – Communication n°TRP2011-06B

http://www.agoravox.fr/actualites/info-locale/article/mariage-homosexuel-en-guadeloupe-l-98393

http://www.fxgpariscaraibe.com/

http://blogs.tetu.com/outre_mers_et_pairs/2011/08/01/guadeloupe/

http://makoume.yagg.com/2011/08/01/guadeloupe/

http://www.lepost.fr/

http://www.tjenbered.fr/2011/20110628-89.pdf [fr]

[3C] 26 juillet 2011 – Quatre questions à Christian Jacob sur sa vision de la «convergence» des droits des couples homosexuels et hétérosexuels (Nouvelle lettre ouverte au président du groupe politique de l’Union pour un mouvement populaire à l’Assemblée nationale) – Communication n°TRF2011-09F

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/quatre-questions-a-christian-jacob-98075

http://leplus.nouvelobs.com/

http://makoume.yagg.com/2011/07/26/jacob/

http://www.tjenbered.fr/2011/20110721-00.pdf [fr]

[3B] 25 juillet 2011 – Discriminations : la Cour de cassation souligne l’hypocrisie du législateur – Communication n°TRF2011-28

http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/discriminations-la-cour-de-98066

http://blogs.tetu.com/outre_mers_et_pairs/2011/07/26/cassation/

http://www.tjenbered.fr/2011/20110710-59.pdf

[3A] 18 juillet 2011 – Tout va bien, la publicité française n’exclut ni les noir/e/s ni les gros/ses ! C’est du moins ce que semble affirmer le JDP (Jury de déontologie publicitaire), présidé par un conseiller d’État. Déni de réalité ou aveuglement intéressé ? (version courte – par David Auerbach Chiffrin, porte-parole du collectif «Non à Guerlain ! Non à la négrophobie !» et président de la fédération Total Respect ; Béatrix de Lambertye, présidente d’Allegro Fortissimo et d’Omeave – Obésités mode d’emploi : apprendre à vivre ensemble ; Christian Lacoste, acteur de la campagne SMM – Stop Murder Music – au Canada ; Sandrine Grynberg Diaz, secrétaire générale d’Allegro Fortissimo) – Communication n°TRF2011-16E

http://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/tout-va-bien-la-publicite-97700

http://www.tjenbered.fr/2011/20110609-05.pdf [fr]

[4B] 13 juillet 2011 – La CGT Areva TA signe la version révisée de l’accord d’entreprise

http://www.tjenbered.fr/2011/20110713-79.pdf [fr]

[4A] 9 février 2011 – «L’égalité est discriminatoire» (Échange avec une syndicaliste)

http://www.tjenbered.fr/blog

Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération | Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes

Organisations membres : 1°) Alu | Asociación de Latinos unidos ; 2°) Couleurs gaies | Centre LGBT Metz Lorraine-Nord ; 3°) Homo-Sphère | Association gay & lesbienne de Nouvelle-Calédonie ; 4°) SLD | Sida – Les liaisons dangereuses ; 5°) Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes) ; 6°) Vela (Vigilance LGBTI – lesbienne, gaie, bi, trans & intersexe – Aix-en-Provence)

Courriels : federation@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr

Site Internet : www.tjenbered.fr/federation | Myspace : www.myspace.com/tjenbered

Facebook : www.facebook.com/federationtotalrespect

Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)

Siège social : Pont-Madeleine, F-97211 Rivière-Pilote

Association loi 1901 fondée le 15 mars 2005, déclarée le 14 juin 2005, Journal officiel du 9 juillet 2005

Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

Homophobies : Cuba avance, la Jamaïque recule… et les Antilles françaises ?

20110604-76

Le régime cubain vient de permettre ce 13 août 2011, jour même du 85ème anniversaire de Fidel CASTRO, le mariage d’une transsexuelle et d’un bisexuel, dissident politique : Wendy IRIEPA et Ignacio ESTRADA. Il s’agit d’un nouveau pas en avant après le mea culpa du Líder Máximo qui avait admis, il y a un an, sa responsabilité dans la discrimination ayant frappé, durant les années soixante et soixante-dix, les homosexuels (déportés en camps de «rééducation»).

Alors que Cuba avance ainsi vers l’égalité des droits, une autre île antillaise illustre, la Jamaïque, ne donne pas les mêmes signes de progrès :

1°) TELEVISION JAMAICA (TVJ) a refusé avant-hier de diffuser une campagne contre l’homophobie et contre le sida conçue par l’association J-FLAG (Jamaica Forum for Lesbians, All-Sexuals & Gays) ;

2°) AMNESTY INTERNATIONAL et HUMAN RIGHTS WATCH recensent toujours de nombreuses violences contre les personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) sur cette île qui reste un pays dangereux pour elles ;

3°) Le 11 juillet, en direct sur TVJ, un haut responsable de la police jamaïcaine, Fitz BAILEY, accusait les jeunes hommes homosexuels d’être les principaux responsables du crime organisé en Jamaïque !

Entre le modèle cubain qui s’affranchit lentement des préjugés homophobes et le modèle jamaïcain qui en reste l’esclave, TOTAL RESPECT espère que les sociétés martiniquaise, guadeloupéenne, saint-barth et saint-martinoise choisiront le modèle le plus conforme au respect de la liberté individuelle.

Discriminer pour mieux protéger ou protéger pour mieux discriminer ?

20100525_debré_giscard_chirac_homophobes

(Face aux hypocrisies de l’universalisme républicain, la discrimination positive est-elle une solution ? Le cas du mariage homosexuel & la question des nègres en France)

- – -

Rivière-Pilote, lundi 21 février / lundi 8 août 2011

- – -

Total Respect fait état sur son blog d’un courriel dérangeant en date du 9 février. Il émane d’une syndicaliste réagissant à un communiqué où la fédération rappelait au président de la République sa promesse d’un «contrat d’union civile», lequel, réservé aux couples de même sexe, aurait dû leur apporter l’égalité successorale, sociale & fiscale (le Conseil constitutionnel venant au contraire de rendre, le 28 janvier, une décision légitimant l’inégalité actuelle en ces domaines). Le courriel de cette syndicaliste expose ses efforts pour étendre aux couples pacsés les avantages offerts par son entreprise aux couples mariés : en vain car, lui a-t-on opposé, ceux-là peuvent se marier, après tout, & dès lors il ne revient qu’à eux de le faire pour ainsi bénéficier de tels avantages. Lorsqu’elle a timidement souligné que les couples homosexuels ne pouvaient pas, précisément, se marier (la décision précitée du Conseil constitutionnel le confirme à qui en doutait), patrons & collègues s’en sont étonné/e/s avant d’écarter la question sans autre forme de procès (comme le Conseil constitutionnel, après tout). Notre syndicaliste s’interroge : devrait-elle revendiquer dans son entreprise, pour les couples pacsés de même sexe uniquement, les avantages réservés aux couples mariés ?

L’universalisme républicain, un mythe intéressé ?

Le problème est qu’il s’agirait d’une discrimination positive & qu’en France, c’est mal, parce que ce n’est pas conforme à «l’universalisme républicain» (pour faire simple : «UR», un truc que personne n’a vu mais qui permet aux indigènes du VIIème ou XVIème arrondissement de Paris de faire croire à ceux des ghettos urbains du «9-3» que depuis le 14 juillet 1789, ils partagent la même vie, les mêmes voitures, les mêmes maisons de campagne, les mêmes cliniques privées de luxe, la même École alsacienne pour leurs enfants, la même Croix Catelan pour leurs ados etc.).

D’où le dilemme de notre amie syndicaliste qui croyait dur comme fer à l’UR : «J’avais toujours lu que les partenariats ouverts à tous passaient mieux auprès du reste de la population [que ceux] réservés aux homos, perçus comme potentiellement stigmatisants, [puisque] tout le monde connait des hétéros pacsés». On n’est pas loin de l’assimilationnisme intériorisé – cette volonté d’être lisse, cette pression exercée de l’intérieur sur les minorités pour qu’elles gomment ce qui fait leur différence en renonçant à toute revendication égalitaire. Petit exemple d’assimilationnisme intériorisé relativement réussi : Fritz Haber (1868-1934), juif allemand converti au protestantisme & prix Nobel de chimie, inventeur des gaz de combats pour le Deuxième Reich durant la Première Guerre mondiale & précurseur du Zyklon B qui servit à exterminer les personnes juives dans les chambres à gaz du Troisième (Reich) durant la Seconde (Guerre mondiale).

Notre syndicaliste liste ainsi les conséquences concrètes de l’homophobie d’État entérinée par le Conseil constitutionnel ou par le refus de Nicolas Sarkozy de tenir sa promesse électorale : «Pour les questions de prime (deux mois de salaire moyen dans ma boite pour un mariage), de jours de congés supplémentaires mais aussi, dans le cas de travail à temps partiel, là ou le mariage & le concubinage sont reconnus comme rupture de l’amendement au contrat de travail (en cas de décès du conjoint ou du concubin pour reprendre à temps plein par exemple), le pacs est ignoré !»

«Tant pis si c’est perçu comme discriminatoire»

Sa conclusion : «J’en viens à penser que, dans un contexte professionnel, l’égalité homos/hétéros dans le pacs est discriminatoire & invisibilisante pour les couples homos alors qu’un contrat d’union civile [réservé aux homos] serait égalitaire puisque rappelant que nous existons ! En clair, tant qu’on n’a pas le mariage homo, à bas le pacs ! J’avoue que cela me fait drôle, moi qui ai toujours revendiqué une stricte égalité de droits, mais je compte proposer à mon syndicat de faire le distinguo entre les couples pacsés homos & hétéros dans les propositions pour l’accord d’entreprise de ma boite. Et tant pis si c’est perçu comme discriminatoire.»

Tabou, ce discours est pour ainsi dire interdit dans le milieu LGBT (lesbien, gai, bi & trans) puisqu’il prend le contrepied de l’exigence d’égalité «formelle» (légale) présentée depuis trente ans par les associations en vue (sagement conformes au mythe de l’UR). Les arguments de notre amie sont pourtant parfaitement légitimes : obtenir pour les couples pacsés homosexuels (qui n’ont pas le choix du mariage) les mêmes droits que ceux réservés aux couples mariés & donc plus de droits que les couples pacsés hétérosexuels (qui ont le choix du mariage).

La réponse de Total Respect ? «Nous n’avons pas de leçon de syndicalisme à te donner. Plus nous avançons, plus nous constatons que le mythe de l’universalisme républicain à la française est de la merde (ceci dit sans vouloir insulter la merde), c’est-à-dire quelque chose à laisser derrière nous & dans lequel nous ne pouvons respirer. Il suffit de traverser le périphérique ou, visiblement, de mettre les pieds dans ton entreprise pour s’en rendre compte. Ta revendication aurait même à nos yeux le mérite de le mettre clairement en évidence.

À gauche toute ?

«Cependant, comme pour la merde, quelque chose dans le mythe précité est fertile & doit être conservé : c’est l’exigence d’égalité. Pour cela, nous pourrions te recommander d’assortir ta revendication d’une clause explicite de nullité d’office au jour où les homosexuel/le/s auront le droit au mariage. Ainsi, tu ferais d’une pierre deux coups : d’une part, obtenir des droits concrets & progresser vers l’égalité réelle ; d’autre part, rappeler noir sur blanc que le but est bien l’égalité réelle & formelle sans discrimination aucune. Cela reviendrait évidemment à admettre provisoirement le principe de la discrimination, fût-elle positive. C’est un débat bien connu & certain/e/s considèrent que cela reviendrait à faire entrer le loup dans la bergerie (à renforcer notre situation à court terme pour mieux l’affaiblir à long terme). Pour notre part, nous considérons que le loup, la louve & les louveteaux sont déjà depuis longtemps dans la bergerie : la situation sociale (réelle) & légale (formelle) des personnes homosexuelles est déjà lourdement inégale & discriminante & ce n’est pas en continuant à se masturber (fût-ce intellectuellement) sur l’universalisme républicain qu’on l’arrangera, sur le thème : souffrez, souffrez, souffrez maintenant mais conservez l’espérance car à long terme l’égalité inscrite dans les gènes de la République française finira par triompher & vous apporter l’égalité réelle & formelle. C’est le coup de l’horizon radieux, en fait, comme dans le christianisme ou le stalinisme mais c’est bon, on nous l’a déjà fait. Comme le disait Keynes, à long terme nous sommes tou/te/s mort/e/s : bossons maintenant pour améliorer notre situation maintenant.»

Face à la jurisprudence homophobe du Conseil constitutionnel, confirmée le 29 juillet encore sur la question du droit à pension de réversion, les militant/e/s LGBT pourraient faire un choix : soit continuer à croire en l’UR & penser qu’à la prochaine alternance politique, le mariage homosexuel sera légalisé, penser même peut-être que le principe de neutralité de la loi par rapport à l’orientation sexuelle sera inscrit dans la Constitution, soit jeter l’UR aux orties & exiger un contrat similaire au mariage mais qui ne serait pas le mariage afin d’obtenir maintenant l’égalité des droits réels. Simplement, ce débat semble tranché & enterré depuis l’adoption du pacs en 1998, alors perçu comme une sorte de préambule historique à l’ouverture du mariage. Cela va faire treize ans que le préambule dure : les militant/e/s LGBT de gauche considèrent comme acquis qu’en changeant de bord en 2012, la France franchira le pas (ils ont d’ailleurs probablement raison, le Parti socialiste l’a trop promis) ; les militant/e/s LGBT de droite rasent les murs (ils ont d’ailleurs probablement raison, Nicolas Sarkozy a trop peu tenu les promesses qu’il leur a faites) & n’osent plus promouvoir leur champion tant l’Union pour un mouvement populaire (drôle de nom d’ailleurs, qui signifie littéralement que des personnes s’assemblent sans trop y croire pour tenter de rendre populaire un mouvement dont elles savent qu’il ne l’est pas) semble orientée à droite toute, curseur bloqué, dominée par les poètes de la so-called «Droite populaire» (tristement plus confiants, littéralement parlant, en leur popularité).

La promotion de la liberté individuelle est pourtant une idée de droite – d’une certaine droite, libérale – mais visiblement ce n’est guère la vision en vogue rue de la Boétie. À gauche toute alors, l’électorat LGBT ? Pas gagné car l’un des secrets honteux de «la» communauté LGBT (si tant est que l’expression ait un sens), c’est que bien des personnes LGBT n’ont que faire du mariage voire des revendications d’égalité, s’accommodant souvent de la petite honte quotidienne de l’homophobie subie. Elles aussi font de l’assimilationnisme intériorisé (de l’homophobie intériorisée), pour ne pas parler d’autres personnes LGBT qui assument tranquillement un discours hostile à l’égalité réelle.

Tu seras égal, mon fils

La question est à peu près la même pour les minorités ethniques, singulièrement les noir/e/s. Lors de rencontres culturelles organisées le 23 novembre dernier par Total Respect autour de la question des artistes noir/e/s & métis/ses LGBT, les participant/e/s concluaient à regret à la nécessité de quotas pour promouvoir, ne serait-ce qu’à titre transitoire, ces artistes. Même question mais pas même réponse : autant le mariage pour les homosexuel/le/s est à peu près acquis dès la prochaine alternance politique, autant des quotas pour les minorités ethniques semblent exclus pour les trente prochaines années, tant à droite qu’à gauche. Pas touche à mon UR : tu seras égal, mon fils – pour le meilleur & pour le pire.

- – -

David Auerbach Chiffrin,

président de Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération

- – -

Remerciements : Béatris, Jann & Teddy

Références :

[1] 9 février 2011 – Le président de la République demain sur TF1 : Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération interroge Nicolas Sarkozy sur les droits des homosexuels – Communiqué de presse n°TRF2011-09

http://www.tjenbered.fr/2011/20110209-00.pdf [fr]

http://www.lepost.fr/ [fr]

http://devantlatele.com/tf1/status/1111751 [fr]

[2] 9 février 2011 – «L’égalité est discriminatoire» (Échange avec une syndicaliste)

http://www.tjenbered.fr/blog

[3A] 29 janvier 2011 – Monsieur Debré, vous avez sali la Constitution (Lettre au président du Conseil constitutionnel suite à une décision qui légitime l’homophobie d’État) – Communication n°TRF2011-08

http://www.tjenbered.fr/2011/20110129-00.pdf [fr]

http://www.lepost.fr/ [fr]

[3B] 28 janvier 2011 – Décision n°2010-92 QPC du Conseil constitutionnel portant interdiction du mariage entre personnes de même sexe

http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/accespar-date/decisions-depuis-1959/2011/2010-92-qpc/decision-n-2010-92-qpc-du-28-janvier-2011.52612.html

http://www.tjenbered.fr/2011/20110128-79.pdf

[4A] 29 juillet 2011 – Décision n°2011-155 QPC du Conseil constitutionnel confirmant l’exclusion des couples non mariés du droit à pension de réversion

http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2011/2011-155-qpc/decision-n-2011-155-qpc-du-29-juillet-2011.99251.html

http://www.tjenbered.fr/2011/20110729-98.pdf

[4B] 29 juillet 2011 – Les Sages justifient les différences de régime entre concubins, pacsés & mariés (Le Monde)

http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2011/07/29/1553978.html

http://www.tjenbered.fr/2011/20110729-99.pdf

[4C] 30 juillet 2011 – Les pacsés interdits de pension de réversion (par Charlotte Rotman, dans Libération)

http://www.liberation.fr/societe/01092351781-les-pacses-interdits-de-pension-de-reversion

http://www.tjenbered.fr/2011/20110730-99.pdf

[5] 6 octobre 2010 – Décision n°2010-39 QPC du Conseil constitutionnel confirmant la prohibition de l’adoption au sein d’un couple non marié

http://www.conseil-constitutionnel.fr/conseil-constitutionnel/francais/les-decisions/acces-par-date/decisions-depuis-1959/2010/2010-39-qpc/decision-n-2010-39-qpc-du-06-octobre-2010.49642.html

http://www.tjenbered.fr/2010/20101006-79.pdf (décision)

http://www.tjenbered.fr/2010/20101006-78.pdf (communiqué de presse)

http://www.tjenbered.fr/2010/20101006-77.pdf (Les Cahiers du Conseil constitutionnel)

http://www.tjenbered.fr/2010/20101006-76.pdf (dossier documentaire)

[6] 24 juillet 2011 – Photographie de Michael Johnson (en rouge & noir) & Michael Roberts (en rouge & blanc) lors des premiers mariages homosexuels de l’État de New York (Gaylife.about.com)

http://www.tjenbered.fr/visuels/20110724_new_york_michael_johnson_michael_roberts_1.jpg

[7] 26 octobre 2010 – Mardi 23 novembre à Paris : Quelle place pour les artistes noir/es & métis/ses LGBT dans la culture française ? (Secondes Rencontres culturelles de Tjenbé Rèd – Débats, projections, lectures, performances d’artistes) – Communiqué de presse n°TR10SOC19

http://www.tjenbered.fr/2010/20101025-00.pdf [fr]

http://www.tjenbered.fr/2010/20101025-09.pdf [en]

http://www.lepost.fr/ [fr]

http://lezcommunity.ning.com/events/conference-quelle-place-pour [fr]

http://www.zelink.com/ [fr]

http://balawou.blogspot.com/2010/11/quelle-place-pour-les-artistes-noires.html [fr]

Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération | Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes

Organisations membres : 1°) Alu | Asociación de Latinos unidos ; 2°) Couleurs gaies | Centre LGBT Metz Lorraine-Nord ; 3°) Homo-Sphère | Association gay & lesbienne de Nouvelle-Calédonie ; 4°) SLD | Sida – Les liaisons dangereuses ; 5°) Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes)

Courriels : federation@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr

Site Internet : www.tjenbered.fr/federation | Myspace : www.myspace.com/tjenbered

Facebook : www.facebook.com/federationtotalrespect

Ligne d’écoute & d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)

Siège social : Pont-Madeleine, F-97211 Rivière-Pilote

Association loi 1901 fondée le 15 mars 2005, déclarée le 14 juin 2005, Journal officiel du 9 juillet 2005

Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

Du bon usage de l’indignation ou la tranquille montée de l’homonationalisme

20110412-99

(Réponse à une tribune publiée le 15 juin dans «Le Monde»)

- – -
Rivière-Pilote, lundi 1er août 2011
- – -

«Homosexuels, indignez-vous !», suggère dans une tribune publiée le 15 juin dernier par le prestigieux quotidien «Le Monde» le directeur des Rendez-vous de l’histoire de Blois, Francis Chevrier, qui évoque avec pertinence le parallèle entre la situation actuelle des personnes homosexuelles en France et celle, passée, des personnes juives ou noires, à l’occasion du rejet par l’Assemblée nationale d’une proposition de loi visant à autoriser le mariage aux couples de même sexe. Avec moins de pertinence cependant, Francis Chevrier établit un amalgame soi-disant ironique entre différents pays du Tiers-Monde, au contexte particulièrement homophobe (Iran, Arabie séoudite, Pakistan, Ouganda), et «l’abaissement de l’humanité», les opposant à différents pays occidentaux présentés comme «intelligents», «dignes» et «équitables» (Pays-Bas, Espagne, Canada, Portugal, Argentine).

Le Front national impose sa grille de lecture

C’est avec trop de candeur oublier le rôle de ces derniers pays dans la persistance de dictatures pétrolières au Moyen-Orient ou en Afrique, lesquelles doivent ensuite compenser leur manque de légitimité démocratique par un surcroît de nationalisme et d’homophobies. Il n’est pas anodin que la principale sinon la seule démocratie africaine ne soit pas mentionnée dans cette liste alors que l’Afrique du Sud est le premier pays au monde à avoir inscrit dans sa Constitution le principe de non-discrimination à raison de l’orientation sexuelle. Que voit-on en fait ici à l’œuvre, inconsciente d’elle-même ? Une certaine idée d’un certain Occident, d’un certain Nord, qui seraient en avance (malgré le retard pris par la France et confirmé le 14 juin encore par l’Assemblée nationale) sur un certain Orient, un certain Sud. Une idée raciste en fait, présentée pourtant par une personne parfaitement consciente de la situation imposée au personnes juives ou noires jadis – aujourd’hui ? – en France.

Pourquoi, comment ? Parce que le Front national a réussi à imposer sa grille de lecture à une partie de l’opinion publique française, parce que le pouvoir actuel n’oppose pas – c’est un euphémisme – de rappel aux valeurs républicaines à cette grille de lecture, parce que l’on ne s’entend plus penser. Francis Chevrier n’est manifestement pas raciste : c’est en toute bonne foi qu’il se fait l’interprète des thèses que l’on appelle désormais «homonationalistes» («l’homonationalisme» étant cette alliance surprenante entre le discours raciste ou nationaliste et le discours de libération des personnes homosexuelles). C’est ainsi que l’on entend dénigrer, sans le moindre recul critique, les prétendues hordes arabo-musulmanes homophobes qui s’en prendraient «chez nous» – et quel «nous» ! – aux personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) de «souche» européenne. C’est ainsi que plusieurs associations LGBT ne voient pas de problème à défiler en chantant «La Marseillaise», malgré le «sang impur» qu’elle appelle à verser, ou en mettant en avant un coq d’une blancheur immaculée qui symbolise une exclusion de fait des personnes LGBT de couleur ou de nationalité étrangère.

La libération LGBT ne doit se faire au détriment d’aucune autre

Ce qui est ainsi attaqué, sapé, c’est l’alliance entre minorités élaborée dans les années soixante au nom d’une contestation d’un certain ordre social qui les opprimait toutes. Il est vrai que cette alliance est rarement populaire dans les minorités ethniques : on se souvient des polémiques autour de l’assassinat du marocain Brahim Bouraam sur un lieu de drague homosexuel à Paris, le 1er mai 1995, par des sympathisants du Front national. Avec quelle énergie le caractère homophobe de cet assassinat raciste n’a-t-il pas été nié… Est-ce une raison pour renoncer ? L’idée selon laquelle la libération LGBT ne doit se faire au détriment d’aucune autre minorité reste belle. Elle mérite que l’on continue à se battre pour elle. Au-delà des homophobies, c’est bien le principe de domination lui-même qu’il faut viser, qui reste toujours à l’œuvre, traquant hier telle minorité, aujourd’hui telle autre, demain peut-être à nouveau celle d’hier.

- – -
David Auerbach Chiffrin,
président de Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération
- – -

Notes

[1] 15 juin 2011 – «Homosexuels, indignez-vous !» (par Francis Chevrier, le directeur des Rendez-vous de l’histoire de Blois, dans «Le Monde»)
http://www.lemonde.fr/imprimer/article/2011/06/15/1536158.html
http://www.tjenbered.fr/2011/20110615-89.pdf

[2] 14 juin 2011 – La majorité présidentielle enterre un peu plus sa promesse d’égalité aux personnes homosexuelles – Communiqué de presse n°TRF2011-09D
http://www.tjenbered.fr/2011/20110614-00.pdf [fr]
http://www.tjenbered.fr/2011/20110614-09.pdf [en]
http://www.bondamanjak.com/a-la-une/12090.html [fr]
http://www.inversalis-productions.eu/blog/2011/06/mariage-gay-et-elus-doutre-mer/ [fr]
http://www.lepost.fr/ [fr]

[3] 12 avril 2011 – Affiche de la Marche des fiertés LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) prévue à Paris le 25 juin 2011, retirée le 20 avril à la suite d’une polémique sur le coq blanc et son appel au vote supposément «homonationalistes»
http://www.tjenbered.fr/2011/20110412-99.jpg

Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération | Fédération de lutte contre les racismes,
les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes
Organisations membres : 1°) Alu | Asociación de Latinos unidos ; 2°) Couleurs gaies | Centre LGBT Metz Lorraine-Nord ; 3°) Homo-Sphère | Association gay & lesbienne de Nouvelle-Calédonie ; 4°) SLD | Sida – Les liaisons dangereuses ; 5°) Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes)
Courriels : federation@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr
Site Internet : www.tjenbered.fr/federation | Myspace : www.myspace.com/tjenbered
Facebook : www.facebook.com/federationtotalrespect
Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)
Siège social : Pont-Madeleine, F-97211 Rivière-Pilote
Association loi 1901 fondée le 15 mars 2005, déclarée le 14 juin 2005, Journal officiel du 9 juillet 2005
Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

Mariage homosexuel : En Guadeloupe, l’égalité doit encore convaincre

TJENBÉ RÈD PRÉVENTION
Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes
- – -
ENTRAIDE GWADLOUP’
Association de lutte contre l’exclusion
- – -
AMÉDOM
Association métropolitaine des élu/e/s originaires des départements d’outre-mer
- – -

- – -
Rivière-Pilote – Pointe-à-Pitre,
mardi 28 juin / lundi 1er août 2011
- – -

«Le mariage des pédés ? Et puis quoi encore ! Qu’ils aillent faire leurs cochonneries en privé, qu’ils fassent leur porcherie de pédés ailleurs !» Tels sont les propos fleuris qu’une auditrice de Radio Caraïbes International (RCI) tenait lundi 20 juin en Guadeloupe, au cours de l’émission «Le Bik Afternoon» animée par Judith Symphorien.

«Leurs porcheries de pédés»

Profondément choquée, une seconde auditrice, lesbienne de son état, que nous appellerons Marlène, s’est rapprochée par courriel, le lendemain, de l’association Tjenbé Rèd Prévention : «Bonsoir, c’est un ami qui m’a laissé vos coordonnées et m’a décidé à vous écrire… Hier, j’ai soudain prêté l’oreille… La Guadeloupe est de plus en plus homophobe ces dernières années et maintenant les radios passent ce genre de message ! J’en suis encore dégoûtée et n’ai plus envie de parler depuis hier ! Je vous donne l’info si ce genre de choses vous intéresse encore ! Je ne sais pas si vous pouvez télécharger l’émission ou pas, cette radio je ne l’écouterai plus de toute façon. Mon île me dégoûte…»

Les propos de la première auditrice appellent plusieurs commentaires. D’abord, c’est Marlène qui les a entendus, pas Tjenbé Rèd Prévention. En effet, cette association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes n’a pas de bénévole en Guadeloupe, où elle mène parfois cependant quelques actions (en août dernier encore) : elle est surtout active au sein de la communauté afro-caribéenne dans l’Hexagone («en métropole», comme on disait au temps des colonies). Ensuite, c’est pourtant à cette association que Marlène s’est adressée, pas à celles qui luttent en permanence sur place contre les homophobies. Il en existe en effet, qui font avec courage un excellent travail, comme Rainbow Gwada ou Paroles autour de la santé : le plaidoyer reste ainsi une dimension qu’elles pourraient développer. Enfin, Marlène est réellement choquée : elle ne peut plus parler depuis la veille et semble rejeter son île natale (qui la «dégoûte») voire, paradoxalement, les associations qu’elle appelle pourtant à son secours (puisqu’elle doute que «ce genre de choses» les «intéresse encore»).

Pour en en venir aux propos considérés, ils sont indubitablement choquants puisqu’ils comparent une catégorie d’être humains (d’ailleurs désignés par une insulte générique : «les pédés») à des animaux – et quels animaux ! Des porcs, qui transformeraient tout ce qu’ils touchent en «porcherie», y compris sans doute leurs sentiments, leur vie privée, leur intimité. De façon générale, ce type de propos peut avoir des effets dévastateurs auprès d’un jeune public LGBT (lesbien, gai, bi & trans), encore en structuration psychologique, et le conduire à la haine de soi, à la prise de risque face au sida ou au suicide. Pour autant, dans le cas présent, notons une forme de modération dans le propos, qui ne doit pas être sous-estimée : aussi choquante que soit la première auditrice (aussi choquée soit-elle d’ailleurs également), elle admet néanmoins une certaine légitimité aux orientations sexuelles minoritaires, elle ne les rejette pas de façon absolue, elle demande simplement – en des termes inacceptables – à ne pas les voir. La nuance est étroite mais pas nulle puisque de nombreuses autres personnes ne la font pas.

Les effets dévastateurs du makrélage et des insultes

Tjenbé Rèd Prévention a saisi la détresse de Marlène et approché Judith Symphorien, qui a bien voulu proposer à l’association de réagir à ces propos et de répondre aux questions du public au cours de son émission. Auparavant, Mme Symphorien a exposé le principe de son émission, qui est d’offrir une libre antenne aux différents points de vue : l’association est convenue de l’utilité d’une telle émission, rappelant cependant l’obligation légale de maîtrise de son antenne qui incombe à tout média (sauf à la Chaîne parlementaire ?), notamment au regard de la loi contre les propos homophobes. Mme Symphorien s’est également étonnée de ne pas avoir reçu d’autre appel en réaction à celui du 20 juin : l’association a rappelé la terreur d’être identifié/e qui est celle des personnes LGBT en Guadeloupe ou plus largement parmi les populations ultramarines. Appeler RCI, s’exprimer avec sa voix, c’est courir le risque d’être reconnu/e par des collègues de travail ou par des voisin/e/s, par la famille, par des ami/e/s. C’est s’exposer – et sa famille avec soi – à une spécialité antillaise bien connue, pas la plus sympathique : le makrélage, dont un récent ouvrage de Jean-Claude Janvier-Modeste, «Un fils différent» (paru aux éditions L’Harmattan), montre bien les conséquences ravageuses qu’il peut avoir au quotidien.

Dans ces circonstances, le 27 juin, l’association annonce son passage à l’antenne et reçoit le second courriel suivant d’un autre Guadeloupéen, que nous appellerons Gabriel : «L’impulsion des élus est primordiale, ils fixent des cadres et proposent des chemins à la société. À ce titre, il serait intéressant de se pencher sur les positionnements de nos représentants dans la lutte contre les racismes, les homophobies et le sida… Tous les médias ont rapporté que l’ensemble de la gauche avait voté en faveur de la proposition de loi visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe, le 14 juin dernier. C’est une erreur : le détail des votes des députés est instructif, notamment outre-mer, et particulièrement désolant en Guadeloupe et en Martinique. Parmi les quinze députés domiens, onze sont classés à gauche dont six ont déserté le vote. Plus de la moitié ! Dont Lurel et Letchimy… Quelle évolution des mentalités peut-on espérer lorsque de premiers d’entre-nous esquivent – encore et toujours – le sujet de l’homosexualité et préfèrent fuir l’hémicycle ? Voici le détail. Guadeloupe : Victorin Lurel : n’a pas voté ; Éric Jalton : pour ; Jeanny Marc : abstention ; Gabrielle Louis-Carabin : contre. Martinique : Serge Letchimy : n’a pas voté ; Louis-Joseph Manscour : n’a pas voté ; Alfred Marie-Jeanne : n’a pas voté ; Alfred Almont : contre. Guyane : Chantal Berthelot : n’a pas voté ; Christiane Taubira : pour. La Réunion : Hugette Bello : n’a pas voté ; Jean-Claude Fruteau : pour ; Patrick Lebreton : pour ; Jacqueline Farreyrol : pour ; René-Paul Victoria : contre.»

Mardi 28 juin, Tjenbé Rèd Prévention bénéficie de l’hospitalité de RCI et de la gentillesse de Judith Symphorien qui lui permettent de dialoguer une heure durant avec leurs auditrices et auditeurs.

«Il y a des enfants cafres, il y aura des enfants pédés»

La première à s’exprimer a parlé du mariage homosexuel : «C’est une aberration. On prend les enfants comme monnaie d’échange. Il y a des enfants cafres [métis], il y aura des enfants pédés. Les enfants ont besoin d’une mère et d’un père. Ce sont ces deux êtres qui ont fait un enfant. Pas de mariage de pédés car ça entraînera tout de suite l’adoption.» La deuxième, Catherine, s’est exprimée sur l’exemplarité supposée de l’homosexualité sur l’enfant élevé par un couple homosexuel : «L’enfant va voir des attouchements pédophiles à mon domicile et va prendre exemple de ce qu’il a chez lui ! Les homosexuels recherchent du vice. Les politiques sont des hypocrites.» Un troisième auditeur a rappelé que selon la Bible, «Dieu a pris une côte pour créer la femme et un sexe d’homme est fait pour un sexe de femme». Enfin, un quatrième auditeur a annoncé que «le jour où le mariage homosexuel se fait, je divorce !» Une cinquième auditrice a cependant estimé que le mariage homosexuel n’était pas un problème pour elle.

Ces réponses disent beaucoup sur le besoin de dialogue qui existe entre nos compatriotes ultramarins hétérosexuels et LGBT, afin d’éviter les amalgames et de répondre aux préjugés.

Un premier amalgame se fait entre la question du mariage et celle de l’homoparentalité. Les deux sont pourtant distinctes, la majorité des naissances se produisant aujourd’hui en France hors mariage. Élargir le mariage aux couples de même sexe – ce qui était le sujet initial de l’intervention diffusée le 20 juin – est d’abord une question d’égalité des droits, de liberté, de respect de chaque personne humaine. Un point commun peut d’ailleurs être observé avec l’esclavage ou la répression du culte protestant car esclaves et protestant/e/s se voyaient interdit/e/s de mariage en même temps que d’état civil.

L’oubli récurrent de la bisexualité

Un autre amalgame se fait entre l’adoption par un couple homosexuel et l’éducation, par un couple homosexuel, d’enfant biologique de l’un des membres de ce couple. Cet amalgame vient de la confusion entre homosexualité et stérilité et de l’oubli récurrent de la bisexualité – qu’elle soit étalée dans le temps (c’est le cas de personnes ayant par exemple d’abord une phase hétérosexuelle puis une phase homosexuelle dans leur vie) ou dans l’espace (c’est le cas de personnes alternant les partenaires masculins ou féminins au cours de leur vie). Ainsi, des hommes et des femmes peuvent se marier ou s’établir en couple hétérosexuel, avoir des enfants, puis révéler une homosexualité qu’ils ou elles auront réprimée en vain jusque là. Cette révélation est toujours douloureuse pour le partenaire hétérosexuel qui s’estime parfois trahi mais le dialogue et la compréhension peuvent aussi permettre de passer le cap, dans le respect des partenaires et dans le meilleur intérêt des enfants.

Un troisième amalgame se fait entre pédophilie et homosexualité. La première est pourtant fondée sur le viol, le plus souvent hétérosexuel, d’un enfant par un adulte, alors que la seconde est une relation consentante entre adultes ou entre jeunes.

Quant aux préjugés, le premier évoqué ici est celui de l’exemplarité, pour ne pas dire la contagiosité, de l’homosexualité. Il y aurait de plus en plus de personnes LBGT dans les rues… Les enfants seraient de plus en plus LGBT parce qu’ils en verraient de plus en plus… Ce préjugé est déconstruit par les études sociologiques qui démontrent au contraire que le pourcentage de personnes homosexuelles ou bisexuelles est à peu près constant à travers les âges et les cultures (environ cinq pour cent).

Cinq pour cent de personnes LGBT

Un autre préjugé est celui selon lequel les couples homosexuels seraient de mauvais parents. De nouveau, ce préjugé est contredit par les études sociologiques qui démontrent qu’ils sont au contraire des parents comme les autres et que leurs enfants ne sont pas spécialement perturbé/e/s et ne sont ni plus ni moins homosexuel/le/s ou bisexuel/le/s que la moyenne (toujours environ cinq pour cent). Certains témoignages évoquent même, paradoxalement, le choc éprouvé par les parents homosexuels qui apprennent l’homosexualité de leur enfant !

Un troisième préjugé est celui selon lequel les personnes LGBT seraient motivées par «le vice», par la recherche du plaisir sexuel. C’est une réalité indiscutable pour certaines d’entre elles, parfois très démonstratives, pour autant s’agit-il vraiment d’une généralité ou d’une exclusivité LGBT ? Qui n’a pas un collègue, un parent ou un voisin parfaitement hétérosexuel qui multiplie les aventures et les récits ?

Ainsi, sur cinq auditeurs et auditrices, l’une a défendu l’ouverture du mariage aux couples de même sexe et quatre s’y sont opposé/e/s dont l’un a même annoncé qu’il divorcerait plutôt que de rester marié à sa femme si une telle ouverture se faisait ! Singulier réflexe de macho qui ne songerait pas à demander l’avis de sa femme…

Réflexe de macho

Marlène écrivait de nouveau, le lendemain 29 juin, à Tjenbé Rèd Prévention : «J’ai écouté avec attention votre excellente intervention hier sur RCI qui me réconcilie avec la lutte contre l’homophobie en Guadeloupe que je croyais morte depuis longtemps. Malheureusement vivant ici, je constate chaque jour que la relève générationnelle par les jeunes est bien souvent aussi homophobe voire plus que les parents. Espérons qu’un jour, si la Guadeloupe survit aux coups donnés par les indépendantistes, les homos ne seront pas chassés du territoire ou jetés à la mer comme l’avait dit Marie-Jeanne en Martinique il y a quelques années. Quant à nos élus, je n’ai pas de commentaires, nous savons ce qu’ils valent et ce qu’ils veulent ! Merci de votre intervention.»

On le voit, Gabriel et Marlène interpellent fortement, parfois sans vraiment avancer de justification, les élus locaux. Il est vrai qu’il appartient à ces derniers de se positionner, comme Serge Letchimy a bien voulu le faire, voici déjà trois ans, en préfaçant le rapport 2007 de Tjenbé Rèd Prévention. Laissons-lui le dernier mot avec l’extrait suivant de sa préface : «Défendre le droit des personnes à vivre dignement leur sexualité dans le respect des préférences de chacun, sans avoir à subir sarcasmes, agressions ou exils, sans avoir à se cacher ou à se renier, n’implique pas de faire l’apologie de l’homosexualité mais simplement d’avoir le courage de s’opposer aux clichés et aux stigmates qui réduisent des individus, comme ailleurs les personnes de couleur ou de religion différentes de celles de la majorité, à quelques stéréotypes grossiers et caricaturaux.»

- – -
David Auerbach Chiffrin,
porte-parole de Tjenbé Rèd Prévention
- – -

- – -
Max Melin,
président d’Entraide Gwadloup’
- – -

- – -
Jean-Jacob Bicep,
vice-président de l’Amédom (Association métropolitaine des élu/e/s originaires des départements d’outre-mer),
adjoint au maire du XXème arrondissement de Paris
- – -

Texte publié le 1er août 2011 sur le blog du correspondant de France-Antilles à Paris :
http://www.fxgpariscaraibe.com/article-le-mariage-gay-tribune-de-tjenbe-red-et-entraide-gwadloup-79980702.html

[1] 27 juin 2011 – Tjenbé Rèd Prévention sur RCI Guadeloupe au sujet du mariage homosexuel – Communiqué de presse n°TRP2011-06
http://www.tjenbered.fr/2011/20110623-00.pdf [fr]
http://www.tjenbered.fr/2011/20110623-09.pdf [en]
http://gaygwada.meilleurforum.com/t325-demain-sur-rci [fr]
http://www.actuguadeloupe.com/ [fr]
http://france.123news.org/ [fr]
http://www.lepost.fr/ [fr]

[2] 8 juillet 2011 – Jean-Claude Janvier-Modeste demain sur France Inter : «Un fils différent», un fils martiniquais – Communiqué de presse n°TRF2011-06B
http://www.tjenbered.fr/2011/20110708-00.pdf [fr]
http://www.lepost.fr/ [fr]

Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération | Fédération de lutte contre les racismes,
les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes
Organisations membres : 1°) Alu | Asociación de Latinos unidos ; 2°) Couleurs gaies | Centre LGBT Metz Lorraine-Nord ; 3°) Homo-Sphère | Association gay & lesbienne de Nouvelle-Calédonie ; 4°) SLD | Sida – Les liaisons dangereuses ; 5°) Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes)
Courriels : federation@tjenbered.fr | MSN : tjenbered@hotmail.fr
Site Internet : www.tjenbered.fr/federation | Myspace : www.myspace.com/tjenbered
Facebook : www.facebook.com/federationtotalrespect
Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)
Siège social : Pont-Madeleine, F-97211 Rivière-Pilote
Association loi 1901 fondée le 15 mars 2005, déclarée le 14 juin 2005, Journal officiel du 9 juillet 2005
Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

Discriminations : la Cour de cassation souligne l’hypocrisie du législateur

- – -
TOTAL RESPECT – TJENBÉ RÈD FÉDÉRATION
Fédération de lutte contre les racismes, les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes
- – -

- – -
COULEURS GAIES
Centre LGBT (lesbien, gai, bi & trans) Metz Lorraine-Nord
Organisation membre de Total Respect
- – -

Discriminations : la Cour de cassation souligne l’hypocrisie du législateur

- – -
Paris, dimanche 10 / lundi 25 juillet 2011
Communication n°TRF2011-28
- – -

De manière discrète mais néanmoins cinglante, la chambre criminelle de la Cour de cassation vient de confirmer une jurisprudence [1] constituant un camouflet pour les différentes majorités parlementaires [2] depuis quinze ans. En 2000 ou 2001, plusieurs familles dont les patronymes présentent une «consonance étrangère» (en clair, des Arabes et des Turcs) achètent des logements à Pont-de-Chéruy dans l’Isère (illustre commune qui s’enorgueillit plutôt, comme l’indique son site Internet, d’accueillir prochainement Hélène Ségara) [3]. Le maire humaniste Alain Tuduri, membre de l’humaniste Union pour un mouvement populaire (UMP), décide d’exercer son droit de «préemption» (pour faire simple, son droit d’annuler la vente). Pas de bougnoules à Pont-de-Chéruy ? Étonnamment, ces derniers se rebiffent et crient à la discrimination (encore des binationaux qui n’aiment pas la France et ses élus humanistes), invoquant l’article 432-7 du code pénal qui prévoit que «la discrimination [...] commise [...] par une personne dépositaire de l’autorité publique [...] est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende lorsqu’elle consiste [...] à refuser le bénéfice d’un droit accordé par la loi» [4].

Auto-amnistie permanente

Condamné en première instance le 20 octobre 2009 par le tribunal correctionnel de Vienne, condamné le 16 juin 2010 par la cour d’appel de Grenoble, le maire est finalement suivi par la Cour de cassation qui estime, le 21 juin dernier, que «l’exercice d’un droit de préemption, fût-il abusif, ne saurait constituer le refus du bénéfice d’un droit accordé par la loi». Pareille solution avait déjà été affirmée à l’occasion d’une affaire similaire le 17 juin 2008 [5] : il s’agissait alors de Gérard Dézempte, autre élu humaniste de la toujours humaniste UMP, maire de Charvieu-Chavagneux et conseiller général du canton de… Pont-de-Chéruy [6]. Pour la plus haute instance de l’ordre juridique français, les deux édiles ont exercé un droit (leur droit de préemption), ils n’ont pas refusé un autre droit (le droit de résider où on l’entend). Cette lecture de l’article précité est restrictive voire formaliste car en pareil cas, l’exercice du premier de ces droits dissimule évidemment le refus du second. Faut-il en déduire que la chambre criminelle de la haute instance serait raciste ?

Ce que pointe sa décision est davantage une rédaction particulièrement floue et, pour tout dire, perverse de la loi. L’article 432-7 aurait fort bien pu, en effet, s’arrêter aux mots suivants : «La discrimination [...] commise [...] par une personne dépositaire de l’autorité publique [...] est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende». La jurisprudence aurait alors librement déterminé les cas dans lesquels ce texte aurait pu s’appliquer, sur la base de l’article 225-1 du code pénal qui, plus large d’esprit, définit pour sa part ce qu’est la discrimination en droit pénal français (à savoir «toute distinction» opérée à raison de l’un ou de plusieurs des vingt-deux critères qu’il énonce dont l’origine et l’orientation sexuelle) [7]. Que nenni : le législateur (c’est-à-dire les député/e/s et sénateur/e/s de droite comme de gauche depuis le 1er mars 1994, date d’entrée en vigueur de l’article 432-7) a privé le juge d’une telle liberté d’interprétation en limitant les cas d’application de cet article, par une précision insérée en son terme et qui paraît purement rédactionnelle alors qu’elle constitue en réalité une véritable clause d’exemption de responsabilité (une sorte d’auto-amnistie permanente) : la discrimination commise par un/e élu/e n’est en effet punissable que lorsqu’elle consiste à «refuser le bénéfice d’un droit accordé par la loi» (on l’a vu) ou «entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque». La loi pénale étant d’interprétation stricte, la Cour de cassation n’a pu que constater les limites posées par le législateur.

Un plaidoyer involontaire contre le cumul des mandats

Pourquoi ces limites ? En France, les parlementaires sont souvent élus locaux (les sénateurs sont même élus par des élus locaux) et ces derniers n’ont pas forcément envie de buter tous les jours sur le principe de non-discrimination. Députés-maires et sénateurs-maires ont donc limité les ennuis potentiels des maires-députés et maires-sénateurs. De l’art d’affirmer un grand principe et de l’amoindrir ensuite en petits caractères, en quelque sorte, ou, autrement perçu, de l’art de promouvoir le non-cumul des mandats et la véritable séparation des pouvoirs !

Trois remarques pour finir. D’une part, il ne s’agit pas du seul exemple d’une telle malfaçon législative en matière de discrimination : la loi du 30 décembre 2004 réprimant les propos homophobes s’est elle aussi vue retoquée par la Cour de cassation, à l’occasion du tristement célèbre arrêt Vanneste [8] qui a démontré qu’elle empêchait les propos visant les personnes LGBT (lesbiennes, gaies, bi & trans) mais nullement ceux visant la condition LGBT (lesbienne, gaie, bi ou trans). La différence peut sembler ténue mais imagine-t-on une seconde que l’on puisse déclarer que la condition nègre serait inférieure à la condition blanche, par exemple, sans que la Cour de cassation ne sanctionne une telle déclaration pour racisme avéré ? Cependant, aucune proposition de loi ne semble avoir été déposée par quelque parti politique que ce soit pour clarifier la loi de 2004 et éviter pareil quiproquo… D’autre part, l’affaire de Pont-de-Chéruy est renvoyée devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence et pourrait y faire l’objet d’une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) visant, précisément, la «clause d’exemption» précitée, notamment au regard du principe d’égalité et du droit européen : si, cependant, elle faisait alors l’objet d’une décision conforme à la jurisprudence de la Cour de cassation, elle pourrait encore aller devant le juge européen, comme l’aurait pu d’ailleurs l’affaire Vanneste si les associations LGBT plaignantes en avaient eu les moyens financiers. D’autre part enfin, si les minorités concernées (arabe ou turque là, LGBT ici) avaient la jugeote de s’allier au lieu de s’ignorer les unes les autres, leurs associations auraient les moyens, précisément, de mener les actions adéquates [9].

- – -
David Auerbach Chiffrin,
président de la fédération Total Respect
- – -

- – -
Stéphane Aurousseau,
administrateur de Couleurs gaies
- – -

- – -
Matthieu Gatipon-Bachette,
vice-président de la fédération Total Respect,
président de Couleurs gaies
- – -

- – -
Philippe Stanisière,
conseiller politique régional
d’Europe Écologie – Les Verts en Île-de-France
- – -

- – -
Remerciements :
Teddy Jacques,
administrateur national de Tjenbé Rèd Prévention
- – -

Texte publié le 25 juillet sur Agoravox.fr et le 26 sur Têtu.com :
http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/discriminations-la-cour-de-98066

NOTES

[1] 21 juin 2011 – Arrêt Pont-de-Chéruy de la chambre criminelle de la Cour de cassation
http://www.tjenbered.fr/2011/20110621-89.pdf

[2] Ainsi que pour l’orthographe : deux fautes relevées dans un arrêt de cassation, voilà qui est inaccoutumé.

[3] 10 juillet 2011 – Capture d’écran du site Internet de la mairie de Pont-de-Chéruy annonçant la venue d’Hélène «Ségura» (sic)
http://www.mairie-pont-cheruy.fr/
http://www.tjenbered.fr/2011/20110710-99.jpg

[4] 1er mars 1994 / 10 mars 2004 – Article 432-7 du code pénal modifié par la loi n°2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité : «La discrimination définie à l’article 225-1, commise à l’égard d’une personne physique ou morale par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public, dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions ou de sa mission, est punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende lorsqu’elle consiste :/ 1° À refuser le bénéfice d’un droit accordé par la loi ;/ 2° À entraver l’exercice normal d’une activité économique quelconque.»
http://www.legifrance.gouv.fr/

[5] 17 juin 2008 – Arrêt Charvieu-Chavagneux de la chambre criminelle de la Cour de cassation
http://www.tjenbered.fr/2008/20080617-79.pdf

[6] Un humaniste, on vous dit : dans le dernier numéro de sa feuille de chou municipale, Gérard Dézempte promet de réaliser le futur quartier du Petit-Prince (qui doit accueillir «une nouvelle école maternelle, un restaurant scolaire, des locaux associatifs et une salle polyvalente») conformément à ses engagements de n’y voir construits «ni grands collectifs, ni logements sociaux» (sic). Voir 11 mai 2011 – Vivre mieux Charvieu-Chavagneux
http://www.charvieu-chavagneux.fr/ressources/charvieu_mai_2011.pdf
http://www.tjenbered.fr/2011/20110531-89.pdf

[7] 1er mars 1994 / 24 mars 2006 – Article 225-1 du code pénal modifié par la loi n°2006-340 du 23 mars 2006 relative à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes : «Constitue une discrimination toute distinction opérée entre les personnes physiques à raison de leur origine, de leur sexe, de leur situation de famille, de leur grossesse, de leur apparence physique, de leur patronyme, de leur état de santé, de leur handicap, de leurs caractéristiques génétiques, de leurs mœurs, de leur orientation sexuelle, de leur âge, de leurs opinions politiques, de leurs activités syndicales, de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée./ Constitue également une discrimination toute distinction opérée entre les personnes morales à raison de l’origine, du sexe, de la situation de famille, de l’apparence physique, du patronyme, de l’état de santé, du handicap, des caractéristiques génétiques, des mœurs, de l’orientation sexuelle, de l’âge, des opinions politiques, des activités syndicales, de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée des membres ou de certains membres de ces personnes morales.»
http://www.legifrance.gouv.fr/

[8] 18 novembre 2008 – Affaire Vanneste : quatre-vingt organisations et personnalités de la société civile appellent à des rassemblements – Communiqué de presse n°TR08POL26B
http://www.tjenbered.fr/2008/20081118-00.html [fr]
http://www.tjenbered.fr/2008/20081118-00.pdf [fr]
http://www.tjenbered.fr/2008/20081118-09.pdf [en]

[9] Cela suppose de se bouger et de faire autre chose que de s’affaler devant son téléviseur en espérant que le ciel ne vous tombe jamais sur la tête et en appelant les associations au secours en catastrophe quand cela arrive – sans jamais cotiser, du reste, ou rarement.

[10] 25 juillet 2011 – Photomontage présentant Alain Tuduri (à gauche, maire de Pont-de-Chéruy dans l’Isère) et Gérard Dézempte (à droite, maire de Charvieu-Chavagneux, conseiller général du canton de Pont-de-Chéruy et président de la communauté de communes «Porte dauphinoise de Lyon-Satolas») à partir du site Internet de la mairie de Pont-de-Chéruy et du site Internet officiel de Gérard Dézempte
http://www.tjenbered.fr/visuels/tuduri_dezempte_20110725.jpg
http://www.mairie-pont-cheruy.fr/index.adml?r=40
http://www.tjenbered.fr/visuels/alain_tuduri_20110725.jpg
http://gerard-dezempte.com/
http://www.tjenbered.fr/visuels/gerard_dezempte_20110725.jpg

Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération | Fédération de lutte contre les racismes,
les homophobies & le sida issue des communautés afro-caribéennes
Organisations membres : 1°) Alu | Asociación de Latinos unidos ; 2°) Couleurs gaies | Centre LGBT Metz Lorraine-Nord ; 3°) Homo-Sphère | Association gay & lesbienne de Nouvelle-Calédonie ; 4°) SLD | Sida – Les liaisons dangereuses ; 5°) Tjenbé Rèd Prévention (Association de prévention des racismes, des homophobies & du sida issue des communautés afro-caribéennes)
Courriels : federation@tjenbered.fr
MSN : tjenbered@hotmail.fr
Site Internet : www.tjenbered.fr/federation
Myspace : www.myspace.com/tjenbered
Facebook : www.facebook.com/federationtotalrespect
Ligne d’écoute et d’information : +33 (0)6 10 55 63 60 (24h/24, répondeur à certaines heures)
Siège social : Pont-Madeleine, F-97211 Rivière-Pilote
Association loi 1901 fondée le 15 mars 2005, déclarée le 14 juin 2005, Journal officiel du 9 juillet 2005
Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/

Seconde demande de droit de réponse à Radio France à la suite des propos homophobes tenus par Paula Jacques le 9 juillet sur France Inter

paula_jacques_france_inter_20110709

Seconde demande de droit de réponse à Radio France à la suite des propos homophobes tenus par Paula Jacques le 9 juillet sur France Inter

(Suite à notre première demande du 12 courant
et à votre réponse du 15)

- – -
Paris, samedi 16 juillet 2011
Lettre recommandée avec demande d’avis de réception
- – -

Monsieur le Président-directeur général,

Vu l’article 6 de la loi n°82-652 modifiée du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle et son décret d’application n°87-246 du 6 avril 1987 relatif à l’exercice du droit de réponse dans les services de communication audiovisuelle [1],

Vu également l’article 2 de nos statuts du 20 décembre 2010 [2],

Vu enfin notre demande de droit de réponse à la suite des propos homophobes tenus par la productrice Paula Jacques sur France Inter, en date du 12 courant [3],

Nous vous remercions de votre réponse rapide à cette dernière, en date du 15 [4].

I. Sur le fond, vous y avancez que les propos litigieux de Mme Jacques, tenus le 9 juillet à 14h49 au cours de son émission «Tout compte fait» («L’amour entre hommes et femmes est quand même l’émotion la plus forte, l’aventure la plus extraordinaire»), n’auraient «aucune connotation diffamatoire ou injurieuse envers la population homosexuelle» car ils se situeraient «dans le contexte d’une émission consacrée exclusivement à l’interview d’Andreï Makine, à l’œuvre littéraire de ce dernier et à sa manière d’écrire sur la femme, les femmes et l’amour, sans que le sujet [de l’homosexualité] ne soit à aucun moment traité».

Ces considérations sont inopérantes dans la mesure où seul un contexte fictionnel (le récit d’une œuvre romanesque, par exemple) serait susceptible, dans une certaine mesure, d’ôter aux propos litigieux leur charge homophobe. Tel n’est pas ici le cas puisque Mme Jacques ne récite pas une œuvre de son invité, ne lui formule pas une question ou ne reformule pas l’un de ses propos mais exprime au contraire, à ce moment, une opinion personnelle – homophobe – en marge d’un commentaire qu’elle fait sur l’œuvre de son invité. Voici une retranscription de l’échange au cours duquel ces propos sont tenus :

Paula Jacques – «Andreï Makine, il faut absolument que l’on parle d’amour parce qu’il est au centre, non seulement de votre œuvre mais aussi de votre réflexion… Dans ce monde qui vous fait horreur, le seul salut, vous dites, est l’amour, la fraternité mais l’amour aussi, entre hommes… enfin… l’amour pas sexuel ! L’amour va sauver le monde, nous dites-vous… Il y a beaucoup d’histoires d’amour dans vos livres. Vos héros extrêmement malmenés rencontrent une femme, lumineuse, extraordinaire. Il y a un grand amour très pur qui naît avec des images récurrentes, il y a toujours un adolescent qui va se souvenir de son premier émoi…»

Andreï Makine – «Il y a beaucoup d’amour impur aussi, dans mes livres, d’amour charnel !»

PJ – «Pas tellement ! Il y a cet éblouissement, la découverte de la beauté de la femme, à côté de l’eau, elle est souvent au bord d’un fleuve, la nature est magnifique, c’est l’éblouissement, la rencontre est extraordinaire, et généralement cet amour-là qui est si beau et si pur et rarement charnel ne dure pas, l’amour entre femmes et hommes n’a pas d’avenir : c’est un peu ce que vous faites entendre dans vos livres…»

AM – «Ce n’est pas tout à fait cela… Qu’est-ce qui dure dans nos courtes vies ? Rien ne dure… Nous vivons entre 20.000 et 30.000 jours… Même si l’on imagine qu’on en a vécu la moitié, il nous reste quelques milliers de jours à vivre… L’amour est aussi fugace que nos vies… Un grand penseur persan disait que l’amour est un oiseau qui vient de la pré-éternité, passe brièvement dans notre vie et s’en va vers l’éternité…»

PJ – «Si l’amour est le salut, la rédemption, la seule valeur humaine sur laquelle nous pouvons nous fonder et si l’amour entre hommes et femmes – qui est quand même l’émotion la plus forte, l’aventure la plus extraordinaire ! – ne dure pas, est-ce que cela ne vient pas du fait, peut-être autobiographique, que vos héros tombent amoureux mais sont des orphelins… que vous prédestinez à la solitude ?» [5]

Cet extrait permet de constater, d’une part, que l’homosexualité – pardon : «l’amour pas sexuel entre hommes» (sic) – est bien abordée, il est vrai confusément, par Mme Jacques, contrairement à ce que vous avancez ; d’autre part, que cette dernière exprime incidemment une opinion personnelle (soulignée par l’expression «quand même», de valeur emphatique) qui se distingue du commentaire de l’œuvre de son invité.

II. Sur la forme, vous estimez sans plus de précision que notre demande de droit de réponse ne répond pas aux «conditions de recevabilité» définies par des textes que vous ne citez pas. Pour notre part, nous citons en visa les textes sur lesquels s’appuie notre demande, que nous maintenons pour les raisons exposées précédemment, d’un droit de réponse libellé comme suit.

*    *    *

Le 9 juillet à 14h49, au cours de son émission «Tout compte fait», Paula Jacques tenait les propos suivants : «L’amour entre hommes et femmes est quand même l’émotion la plus forte, l’aventure la plus extraordinaire !»

Ces propos constituent une insulte à nos compatriotes LGBT (lesbiennes, gais, bi & trans), à leurs familles et à leurs proches, car ils dévalorisent la qualité de leurs sentiments les plus intimes, légitimant l’idée reçue selon laquelle ils seraient des êtres humains d’une catégorie moindre (moins «forte», moins «extraordinaire») que celle des personnes hétérosexuelles.

Outre l’insulte qu’ils constituent aux personnes LGBT et à leurs proches, les propos de Mme Jacques constituent également un danger majeur pour les jeunes LGBT, en pleine constitution psychologique, qui n’ont pas les moyens intellectuels de déconstruire la dévalorisation portée par ces propos et sont au contraire touché/e/s de plein fouet par un cette dévalorisation, exprimée à l’antenne sans retour ni recul critique. Il convient de rappeler ici que de tels propos, publics, sont évidemment à même de dégrader l’image de soi des jeunes LGBT qui les entendent et que les jeunes LGBT sont cinq à quinze fois plus touché/e/s par le suicide que les jeunes hétérosexuel/les.

*    *    *

Nous restons à votre disposition pour tout renseignement complémentaire et vous prions, Monsieur le Président-directeur général, d’agréer l’expression de nos salutations républicaines.

- – -
Pour Total Respect,
le président,
David Auerbach Chiffrin
federation@tjenbered.fr
06 12 95 16 21
- – -

- – -
Attn : M. Jean-Luc Hees,
président-directeur général de Radio France
- – -
C./c. : M. Frédéric Mitterrand,
ministre de la culture et de la communication ;
M. Michel Boyon,
président du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel)
- – -

NOTES

[1A] 29 juillet 1982 – Loi n°82-652 modifiée du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle (Version en vigueur au 26 juillet 2009)
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006068759
http://www.tjenbered.fr/2009/20090726-99.pdf

[1B] 6 avril 1987 – Décret n°87-246 du 6 avril 1987 relatif à l’exercice du droit de réponse dans les services de communication audiovisuelle (Version en vigueur au 9 avril 1987)
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=LEGITEXT000006065906
http://www.tjenbered.fr/1987/19870406-99.pdf

[2] 20 décembre 2010 – Statuts nouveaux de l’association «Total Respect – Tjenbé Rèd Fédération»
http://www.tjenbered.fr/statuts_federation.pdf

[3] 12 juillet 2011 – Demande de droit de réponse à Radio France à la suite des propos homophobes tenus par la productrice Paula Jacques le 9 juillet sur France Inter (par Total Respect)
http://www.tjenbered.fr/2011/20110709-88.pdf [fr]

[4] 15 juillet 2011 – Réponse de Radio France à la demande de droit de réponse présentée par Total Respect à la suite des propos homophobes tenus par la productrice Paula Jacques le 9 juillet sur France Inter
http://www.tjenbered.fr/2011/20110715-99.pdf [fr]

[5] 9 juillet 2011 – Émission «Tout compte fait» animée par Paula Jacques sur France Inter avec l’écrivain Andreï Makine
http://www.franceinter.fr/emission-tout-compte-fait-andrei-makine-0
http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=91035
http://www.tjenbered.fr/2011/20110709-98.pdf

Aidez-nous à financer nos actions : http://soutenir.totalrespect.fr/