Nos combats LGBT

Par Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris de 2005 à fin juin 2012

Une tentative de putsch qui a fait pschitt !

AG2012Une tentative de putsch qui a fait pschitt !
Le Centre LGBT Paris-IdF vient de tenir une Assemblée générale annuelle cruciale puisqu’il s’agissait non seulement de voter comme d’habitude tous les rapports (Activité, financier…) mais aussi de voter le report du mandat du Conseil d’administration actuel, pour mener à bien l’orientation prise à la fin de l’année 2011 : étudier la faisabilité d’un rapprochement entre le Centre et l’Inter-LGBT.

Nous savions que l’AG serait mouvementée, mais n’avions pas imaginé une telle mascarade !

En effet, ces derniers mois, un groupe Facebook d’opposants à l’idée même de tout rapprochement et non au projet qui, insuffisamment avancé, n’avait pas encore été présenté, s’était bruyamment constitué autour d’Hervé Latapie. Les participants s’y étaient illustrés avec nombre de contradictions et quelques injures. Puis ce groupuscule avait lancé une pétition « Pour un Centre dynamique et indépendant » dans le but de présenter, sans véritable projet alternatif, leur équipe à l’AG. Hervé Latapie devait en être le président et ils s’étaient organisés pour tenter d’empêcher l’AG de conclure afin de s’imposer.

Au passage, je relève que conformément à nos statuts et charte du volontaire, aucune personne intéressée de façon financière ou commerciale, directement ou indirectement, ne peut être volontaire et encore moins élue ; partenaire seulement. La clientèle d’Hervé Latapie est au Tango, constituée en grande partie de membres de nos associations. En outre, il décide seul, d’attribuer ou non, des thés dansants aux associations. C’est un geste de solidarité tout à fait louable et dont nous avons bénéficié, mais qui n’autorise pas pour autant au mélange des genres. Les raisons en sont évidentes, pourtant, ni l’intéressé ni personne d’autre autour de lui, n’a relevé ce grave manquement à l’éthique. Ceci est très inquiétant et nous autorise à penser que les dysfonctionnements, un temps monnaie courante au CGL de la rue Keller, ne sont jamais bien loins.

Mais le véritable paradoxe est que ceux qui prétendaient au dynamisme et à la créativité se sont révélés être laborieusement et grossièrement procéduriers et technocratiques, ferraillant à coups de procédés relavant de la pure logique d’appareil, eux qui affirmaient vouloir s’en libérer ! Ils n’ont émis aucun argument de fond contre le projet, aucune bonne idée alternative non plus, et plus stupéfiant encore, nous les avons surpris totalement désemparés par la présentation du projet en cours d’étude !

Disons-le, toutes les techniques possibles de perturbation de réunion ont été utilisées : représentants en surnombre, quadrillage de la salle, prises de parole orchestrées (chacun avait sa partition à jouer), classeurs bourrés d’extraits de PV et de mails lus partiellement et de façon déformée, interprétation sauvage des statuts, phrases et mots sortis de leur contexte, procès d’intention, attaques personnelles hors sujet et déplacées, agressivité, hurlements…

Il aura fallu beaucoup d’expérience et de détermination pour mener cette AG à terme afin que nos membres puissent se prononcer.

Je vous laisse juger de la mauvaise foi de la dizaine de personnes (une demi-douzaine de personnes physiques et deux ou trois de nos associations membres) qui ont tenté de mobiliser la parole et de renverser l’AG :

- Nos statuts précisent qu’une personne reçue par le CA est autorisée à consulter le PV du CA pour lequel elle a été invitée. Cette disposition ne se rapporte qu’à ce cas particulier, pourtant, dans la bouche d’Hervé Latapie, elle est devenue : » Les PV de CA sont publics et il m’a été demandé pour les consulter d’obtenir un Rendez-vous avec le Bureau et de signer une décharge ». Belle interprétation n’est-il pas ? En outre, c’est « merci » qu’il aurait fallu dire, car malgré tout, n’ayant rien à cacher, nous avons accepté de montrer nos PV ! Faut-il également préciser que tout ceci avait déjà été expliqué, avant l’AG, à M. Latapie ?

- Une de nos associations membres nous a accusés d’avoir envisagé deux hypothèses lors d’une réunion de Conseil d’administration : l’abandon du projet car le groupe de travail paritaire se serait rendu compte que le rapprochement serait trop difficile à réaliser et à l’inverse, un bilan d’étape favorable à la poursuite de l’étude et donc le vote en AG du mandat du CA pour poursuivre les travaux. N’est-il pas en effet tout à fait scandaleux d’envisager des hypothèses de travail ? En outre, étant tous d’accord, nous n’aurions pas voté ; vous rendez-vous compte, un CA qui travaille dans le consensus et ne vote que pour départager des désaccords ? N’est-ce pas là le plus terrible des scandales ?!

- Une volontaire nous a affirmé que l’ambiance au Centre n’était pas sympa. Faut-il préciser qu’elle n’y met jamais les pieds, si ce n’est pour tenir sa permanence, pour autant, elle n’hésite pas à blesser l’équipe de volontaires qui animent le lieu et trouvent plaisir à s’y retrouver régulièrement.

- Une personne s’est également étonnée de ne pas avoir le droit de voter sur un exercice au cours duquel, elle n’était pas membre. Comment dire ? C’est partout pareil, voyez-vous, il faut savoir de quoi on parle pour pouvoir se prononcer.

Toujours dans le registre de l’étonnement, une association s’est émue qu’un point d’étape du projet de rapprochement lui soit présenté avant le vote sur le report du mandat du CA ; comment dire, ce n’est pas l’inverse qui aurait été aberrant ? Vous accepteriez vous de voter le report d’un mandat sans savoir où en est le Groupe de Travail ? En outre, un mail de rappel adressé la semaine précédente faisait bien état de cette présentation ajoutée à l’ordre du jour. Précisons que cette association, membre du CA, était parfaitement informée du déroulé de l’AG, en revanche, son représentant mandaté à l’AG semblait le découvrir.

Je ne partage que ce qui peut l’être et vous épargne le pire, ce bref aperçu de ce que nous avons enduré est bien assez édifiant.

Un beau Rapport d’activités, certes perfectible, un bilan financier excédentaire et exceptionnel, des membres intéressés par le bilan et le point d’étape du projet de rapprochement… ? On s’en fiche, nous on est venu pour crier au scandale, alors on crie !

Dans un tout autre registre, nous avons aussi eu le droit à des questions déplacées, lamentables provocations.

Une de nos associations Trans., s’est d’abord illustrée par son incivilité et dans le plus grand mépris du groupe. Pour que chacun puisse s’assoir, nous avions limité à 2, le nombre de représentants par association, cette petite association nous a pourtant imposé 3 représentants, puis, s’est déchaînée dans des attaques personnelles hors sujet et diffamatoires.

Elle a d’abord prétendu que les positions personnelles de la présidente se confondaient avec celles de l’association. Pourtant, tout communiqué publié avec un logo, un papier entête, et la signature : « pour le Centre LGBT Paris-IdF, CLD présidente », est conforme au fonctionnement habituel du Centre et à celui de nombre d’autres associations. En outre, ces communiqués portent tous sur l’actualité et jamais aucun membre ne s’en est plaint, bien au contraire. Enfin, s’ils partent de mon adresse mail c’est parce que nous n’avons pas de porte-parole et qu’au Centre ce poste est dévolu à la présidence.

En revanche, tout le reste, édito, blog personnel Têtue, n’engage que moi. Il se trouve que présidente ou pas, comme tout responsable associatif, j’ai des opinions que je suis libre d’exprimer comme tout-e citoyen-ne. Je ne suis pas bâillonnée, je ne suis pas un pantin.

Beau paradoxe là aussi, que ces gens si libres et démocratiques qui prétendent museler ceux qui ne sont pas de leur avis !

Ne soyez pas dupes, d’autres représentants peuvent s’exprimer à longueur de colonnes et sans censure aucune, seulement voilà, leurs analyses et leurs propos, tout aussi partisans soient-ils, étant identiques aux leurs, sont largement salués et relayés !

Me reprochent-ils des prises de position en faveur de l’égalité des droits ou contre les LGBTphobies ? Non. Mes positions féministes sont déjà plus difficiles à digérer (petits machos deviendront grands, grands machos le resteront ?), mais le grand sujet de discorde, qui n’avait rien à faire à l’AG qui plus est, c’est encore et toujours : « les putes… » (Désolée, je n’ai pas noté toute la phrase). La prostitution et oui, voici le sujet de toutes les haines, menaces et intimidations.

Ceux qui s’obstinent à prétendre que je fais la « chasse aux putes » pratiquent l’amalgame et le mensonge. Accusations parfaitement démentielles et qui relèvent du syndrome de persécution.

Je n’ai rien contre les prostitué-e-s et au Centre, certain-e-s fréquentent nos permanences d’aide. Je suis contre le délit de racolage et la persécution policière des personnes prostituées, je déplore les violences qu’elles subissent.

Mais je suis aussi contre la marchandisation des corps sous toutes ses formes et donc contre le système prostitueur, en faveur du développement de programmes d’émancipation des personnes prostituées qui le souhaitent, contre la traite et les trafics (+ de 80% e la prostitution en France), pour l’éducation des clients prostitueurs…

Et alors, est-ce interdit d’avoir un idéal de société ? Pourquoi me contraindre au silence mais applaudir les associations qui défendent la réglementation de la prostitution ? Le savez-vous, nous sommes en démocratie et les idées peuvent encore s’exprimer librement dans ce pays !

Surtout, quel est donc le rapport avec la gestion, les projets et l’encadrement du Centre LGBT Paris-IdF qui accueille à l’identique et dans toutes ses permanences de soutien comme plus généralement dans ses locaux, toute personne qui en pousse la porte (Seules, celles qui au passage poussent aussi ses occupants, ne sont pas invitées à y revenir !)

Cette association, décidément dans l’outrance, n’a pas hésité à nous reprocher aussi le lancement d’un programme de santé Trans. ; mais n’en doutez pas, si nous ne l’avions pas fait, elle nous l’aurait aussi reproché et puis, vous comprenez, nous avons travaillé avec d’autres associations Trans., et ça, convenez-en, c’est proprement scandaleux !

Au final, rien ne nous a été épargné.

Pas de quoi être fiers car afficher de telles pratiques et divisions à la veille d’une échéance électorale importante était pour le moins, stupide.

Heureusement, l’immense majorité des associations LGBT ont quant à elles montré leur volonté de rassemblement et d’union avec la campagne d’interpellation des candidats dont le point d’orgue sera le meeting qui aura lieu aux Folies Bergères.

Et curieusement, toute cette agitation délétère, toutes ces provocations outrancières se sont retournées contre leurs auteurs dont les prétentions se sont dégonflées comme des ballons de baudruche.

Ce groupe, rassemblé par la critique, l’amertume et autres motivations douteuses, a fait la démonstration qu’il n’avait rien d’autre à proposer qu’une opposition de principe, pire encore, ils ont terrifié les personnes présentes par leur comportement néfaste et laissé entrevoir ce que deviendrait un Centre LGBT livré à l’incohérence et à l’anathème.

Ce qu’il faudra retenir de cette pitoyable histoire c’est que l’AG a malgré tout été menée à son terme, tous les rapports, comme le report du mandat du CA pour finaliser la mission du groupe de travail paritaire, ayant été votés et à une très large majorité.

Ceci prouve que même dans un tel contexte, nos membres ne sont pas prêts à s’en laisser compter et veulent comprendre, puis décider, en connaissance de cause.

En fin de compte, cette aventure nous conforte dans notre détermination ; plus que jamais nous voulons préparer ce projet, l’enrichir, le partager, vous le présenter pour en discuter et vous demander de choisir en toute objectivité.

Si certains opposants voulaient revenir à la raison et nous faire des propositions constructives, ils seraient entendus.

Nous donner les outils à la hauteur des enjeux, pour affronter l’avenir avec plus de moyens, compétences, force et solidarité, voilà bien le seul enjeu digne d’intérêt et de passion. Au travail !



5 commentaires

Pour l’éducation ou pour la pénalisation des clientEs? Ce n’est pas tout à fait la même chose.
Europe Ecologie / Les Verts sont pour la “responsabilisation” des clientEs, le NPA se dit abolitionniste, mais est clairement contre la pénalisation.. Sur cette question, les mots sont importants
Cécile.

Écrit par Oim le 7 mars 2012 à 21:35

c’est exact et c’est une question complexe, je pense être en faveur d’une graduation, la pénalisation sans éducation n’est pas toujours convaincante, même si dans certains domaines, on ne se pose pas la question (il y a des règles et des sanctions…) ; je pense qu’il faut surtout éduquer (stages, rencontres…) puis pénaliser dans des circonstances particulières ;
il faudrait pouvoir en discuter et évaluer les différentes mesures… dans tous les cas, ce que je trouve pénible c’est la démagogie d’une part et l’impossibilité d’échanger sur cette question quand on veut une société sans exploitation et marchandisation des corps humains… une minorité veut contraindre au silence celles et ceux qui pensent d’abord à l’immense majorité des femmes contraintes et à un projet de société plutôt qu’aux quelques individualités qui disent choisir et être heureux… il y a aussi des gens heureux d’être martyrisés et alors, un projet de société pourrait-il constituer à organiser le martyr d’une majorité de ses membres ?
Bref, il faudrait pouvoir travailler et échanger sereinement sur ces questions.

Écrit par Christine Le Doaré le 8 mars 2012 à 14:32

La fusion entre le Centre LGBT Paris IdF et L’Inter-LGBTpeut davantage profiter un des 2 partis: le Centre a de grands locaux et des subventions alors l’Inter semble avoir plus de difficultés à ce niveau-là.

Écrit par Lienne le 9 mars 2012 à 23:07

Un bien étrange commentaire, l’inter-LGBT n’a aucune difficulté à obtenir des subventions, elle ne le souhaitait pas, les activités d’accueil, de service et culture étant menées à bien par le Centre ; et c’est une bien étrange façon de concevoir l’associatif, les luttes pour nos droits et libertés, l’efficacité de l’action et surtout la solidarité ! Genre, on est riche, ils sont pauvres, ils veulent notre argent ! LOL ! A l’inverse l’Inter-LGBT est riche de bien d’autres valeurs et de synergies inter-associatives et l’argent recueilli à l’octroi de la Marche chaque année n’est pas négligeable !
Ce projet consiste à créer des synergies, mutualiser des moyens et des forces pour être plus crédibles, il ne s’agit pas de déshabiller Paul pour habiller Jacques, mais de mettre en commun les richesses des deux pour les multiplier ! Le maintien et même le renfort de toutes les missions de chacune des deux structures et l’ajout de nouvelles missions, pour quelles raisons objectives pourrait-on s’opposer à plus de cohérence et efficacité ? Rassembler au lieu de diviser et utiliser toutes les compétences disponibles, voici le projet et c’est autrement plus noble et enthousiasmant que ce genre de remarque du niveau comptable administratif !

Écrit par Christine Le Doaré le 10 mars 2012 à 15:01

Au sujet des commentaires surprenants lus dans les supports “communautaires” :

- RG dans la salle ! 1 RG inquiété par la violence personnalisée déchaînée à mon encontre, était bien sur le trottoir, mais évidement pas dans la salle, comment peut-on écrire de pareilles conneries ! croisez vos sources !

– micro à l’usage de la seule présidente, non toutes les personnes qui ont voulu l’utiliser l’ont fait ! qu’on se rassure, certains braillaient si fort, tout l’immeuble les a entendus ! …

Quant aux extraits de textes qui circulent à nouveau :

- le CP du Centre sur l’AG fait état de démissions éventuelles, il s’agit des 2 asso du CA, Ortrans et FSGL qui nous avaient informés ne pas avoir les forces d’assurer une représentation, entraînées par la reconduction du CA elles peuvent être amenées à démissionner, et nous, à coopter. Qu’est-ce qui n’est pas clair ? Que ceux qui ne comprennent rien au fonctionnement associatif prennent des cours !

- un mail interne remercie l’équipe de volontaires, donne les dates des futures globales et conforte ceux qui ont posé des questions, émis des critiques constructives, attendent d’en savoir + pour se prononcer… respectent l’équipe et la démocratie ; puis que les 2 ou 3 volontaires qui ont pris leurs responsabilités en se comportant de façon hostile et contraire à la Charte des volontaires ne seront pas accueillis bras ouverts et croyez-moi, certains seront envers eux, bcp moins tendres que moi ! A l’évidence, ce qui leur est reproché, n’est pas du tout leur opposition au projet… Dans une équipe qui tient un lieu au quotidien, s’il est sain d’avoir des personnes réservées, critiques…, à l’inverse, les comportements outranciers et préjudiciables à la structure trouvent vite leurs limites.

La démocratie a parlé, les procés d’intention sont ridicules, laissez-nous travailler et croisez vos sources. Nous présenterons ce projet à nos membres qui eux, ont bien l’intention de se prononcer en faveur ou défaveur et en toute connaissance de cause.

Écrit par Christine Le Doaré le 10 mars 2012 à 18:44

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