Nos combats LGBT

Par Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris de 2005 à fin juin 2012

Un rassemblement sous le signe des retrouvailles

marcheLe projet de rassemblement de l’Inter-LGBT et du Centre LGBT Paris IdF à peine évoqué avait déjà fait couler beaucoup d’encre, dans une ambiance pour le moins délétère.
Ce n’est pas grave, l’essentiel c’est que peu à peu les procès d’intention, les suspicions, s’effacent, que le débat s’apaise et que les échanges sincères et sereins prennent place, afin que les risques liés au projet soient aussi bien évalués que les gains éventuels.

Des réunions sur le projet ont déjà eu lieu dans les différentes instances des deux structures qui ont voté la mise en place d’un groupe de travail paritaire assisté d’un juriste afin d’étudier la faisabilité de leur rapprochement.
Le 20 janvier, une réunion d’information et d’échanges était proposée aux associations membres du Centre LGBT Paris. Huit d’entre elles sur soixante quinze ont répondu présentes.
Le message est on ne peut plus clair, l’immense majorité les associations savent que l’étude de faisabilité d’un projet d’intention de rassemblement est à l’étude et elles comptent bien y contribuer en nous retournant dûment renseigné le questionnaire participatif que nous avons lancé. Elles seront informées, à chaque étape décisive et seront amenées à se prononcer, dans les instances de décisions, sur les hypothèses qui leur seront présentées. Alors pour l’instant, elles ont accordé un crédit confiance au Groupe de travail paritaire, sachant qu’il aura à cœur de défendre l’intérêt de chacune des deux structures et de nos luttes, dans un esprit constructif et solidaire.

Des débats, je retiens bien sûr les questions et inquiétudes exprimées en vue d’éviter des risques et des écueils, ils seront utiles au Groupe de travail.
J’ai aussi constaté un grand malentendu sur les mots « politique » et « apolitique ».

Le Centre LGBT, l’Inter-LGBT n’ont jamais été des associations politiques au sens de partisanes.
Si à une époque, elles ont été plutôt proches de l’extrême gauche pour le Centre et du PS pour l’Inter-LGBT, ce n’est plus vrai aujourd’hui. Ni l’une, ni l’autre ne sont inféodées à aucun parti.

Le Centre LGBT Paris est indépendant, il est heureux qu’en France, percevoir une subvention publique, ne soit pas synonyme d’ingérence politique ! En revanche, l’association a depuis sa création, été un espace militant, revendicatif et politique ; en effet, elle est tout à la fois : la Maison des associations LGBT (synergies inter-associatives), un lieu d’information, d’accueil et d’aide des publics (espace citoyen et solidaire) et un acteur des luttes contre les LGBTphobies et pour l’égalité des droits (action revendicative et politique).
Non, ce n’est pas uniquement un lieu d’accueil ; oui, toutes ses missions s’inscrivent dans une démarche revendicative et politique – dans le sens d’une participation active à la vie citoyenne – d’égalité des droits et de lutte pour les libertés et contre les violences et discriminations à l’encontre des populations LGBT.
Comment peut-on imaginer le contraire et croire que ce lieu n’aurait pour seule vocation que la mise à disposition d’espaces et de services ? Je doute que beaucoup de militants et même bénévoles aient pour vocation de devenir de simples prestataires de services !

L’Inter-LGBT est indépendante de tout parti politique ; elle est constituée de 60 associations – dont 5 groupes issus de partis politiques dont la voix ne compte pas plus que celles des autres – réunies en Conseil des associations qui décide par consensus et vote si besoin est, des thématiques à retenir pour la Marche des Fiertés comme pour les diverses campagnes à mener ; mais elle consacre également une part de son énergie aux synergies inter-associatives (Printemps des associations…).
L’association élabore une plate-forme revendicative pour atteindre l’égalité des droits, pour combattre les LGBTphobies (Rencontres avec les ministères…pour revendiquer une politique de prévention (scolaire, santé…) etc. Elle ne fait pas de politique au sens partisan ou politicien, elle vise l’égalité des droits. La différence est tout de même de taille.

Alors, si revendiquer l’égalité des droits est politique, si élaborer des politiques de prévention est politique, si lutter contre les LGBTphobies est politique, alors oui, nos deux structures, mais à l’instar de toutes les autres associations LGBT sont politiques. Faire du sport en s’affichant gay, lesbienne, bi ou trans c’est faire de la politique puisque cela contribue par une plus grande visibilité, à faire évoluer les mentalités.
La méfiance qui s’exprime vis-à-vis de l’Inter-LGBT cataloguée comme association politique et vis-à-vis du Centre LGBT qui ne devrait pas le devenir, me semble totalement relever d’une grande méconnaissance du fonctionnement et des missions de nos structures et au-delà de l’ incompréhension des mots politique / apolitique et partisan / non partisan, voire d’une vision très réductrice de l’engagement politique.

Toute personne concernée par le monde qui l’entoure et engagée dans une action fait de la politique, il n’est nullement besoin d’être encarté dans un parti pour cela.
Nos associations ne font pas de la politique partisane, elles ne sont pas encartées ni même apparentées ; en revanche, elles sont des vecteurs d’interpellation des partis politiques et de très puissants contre-pouvoirs politiques et c’est très différent.
Ceci-dit, je n’ai rien contre les partis politiques ; rien de péjoratif ni de négatif dans mon esprit ; l’exercice de la démocratie passe par une pluralité d’expressions et de programmes politiques qui se confrontent.
Mais nous ne fonctionnons pas de la même façon et si nous avons nécessairement des affinités avec ceux qui comprennent, relayent et défendent le mieux nos intérêts, ça s’arrête là, précisément là.

Entre nous, ne trouvez-vous pas étonnant que le plus souvent, ces confusions soient entretenues par ceux qui ne se privent pas de revendiquer dans leur vie publique-communautaire, leur appartenance à une tendance politique bien arrêtée (anarchiste, extrême-gauche, Verts, PS/PC, centre, droite…) ? Je m’interroge, que défendent-ils vraiment et à quelle indépendance politique font-ils donc référence ?
La résistance au changement n’est pas surprenante, il y a toujours des doutes, des craintes et de légitimes questionnements. Mais l’hostilité acharnée de certains est tout de même troublante.

Dans tous les cas, le débat ne consiste sûrement pas à opposer des prédicateurs de cataclysmes fantasmagoriques à de naïfs et incompétents rêveurs, mais bien à se mettre sereinement en mode projet pour étudier la faisabilité et le cas échéant les modalités de ce rassemblement.
C’est bien à nous d’en décider, rien, absolument rien n’empêche qu’une structure chapeau rassemblant nos missions actuelles et en créant de nouvelles, ne défende et représente à la fois les intérêts communs d’un lieu inter-associatif et d’accueil public ouvert à toutes et tous, dans le respect de toutes nos diversités, et ceux d’une plate-forme politique-citoyenne pour l’égalité des droits humains LGBT, œuvrant dans l’intérêt collectif. Il suffit de le rêver, de l’organiser et de s’en donner les moyens : retenir les missions dont tout le monde a besoin, choisir la forme juridique la plus pertinente, définir les modes de gouvernance les plus efficaces, etc. ; présenter le tout aux membres et aux instances de gouvernance et apporter tous les amendements nécessaires.

Consolider et développer toutes nos missions, en lancer de nouvelles, gagner en crédibilité et en puissance, devenir un interlocuteur à la hauteur des enjeux dans un contexte socio-économique de plus en plus violent, nous nous devons au moins de le tenter.
Ce projet aboutira ou pas, dans tous les cas, il aura permis à nos deux structures de se retrouver et de mieux se connaître et c’est déjà très positif.



2 commentaires

Tout comme dans l’histoire des petits chapeaux qui voulaient devenir des grands chapeaux … vous connaissez la suite.

Écrit par Chapeaux bas ! le 22 janvier 2012 à 10:36

euh… comment dire ? non, connais pas cette histoire, probablement fascinante… si c’est là toute la profondeur de votre réflexion sur ces questions, je pense que vous auriez aussi bien fait de vous abstenir… à moins que ce post ne soit pour vous de l’ordre de l’existentiel ?

Écrit par Christine Le Doaré le 22 janvier 2012 à 17:21

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