Nos combats LGBT

Par Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris de 2005 à fin juin 2012

Homoparentalité, Asymétrie reproductive et Gestation Pour Autrui (GPA)

homoparentalitéHOMOPARENTALITE,

ASYMETRIE REPRODUCTIVE ET GESTATION POUR AUTRUI (GPA)

 

 Orientation sexuelle et désir d’enfant.

Si plutôt que d’homoparentalité, nous parlions de parentalité. En effet, si l’orientation sexuelle des parents est homosexuelle, la parentalité elle ne l’est pas car le lien qui unit les parents à leur enfant est un lien d’amour universel.

Le désir d’enfant, on l’a ou pas, il n’est en rien lié à son orientation sexuelle.

Des couples hétérosexuels mettent des enfants au monde sans nécessairement se poser beaucoup de questions, c’est une des normes de réussite sociale les plus valorisées.  De même, des couples homosexuels ne conçoivent pas leur vie sans enfants.  

Le désir d’enfant peut être passager ou pérenne, relever du fantasme ou forger un authentique projet de vie. Les motivations sont aussi diverses que pour les personnes hétérosexuelles : envie de s’accomplir en éduquant et en transmettant des valeurs, besoin impérieux de se reproduire et laisser une trace de soi sur terre ou encore perméabilité à la pression sociale, etc.   

Tout dépend de son histoire personnelle et familiale, de sa vie et de ses rencontres et chacun est libre de ses choix de vie.

Dans tous les cas, la plupart des lesbiennes et des gays qui mettent des enfants au monde, y tiennent énormément et sont prêts à surmonter tous les obstacles.  

En outre, il est désormais démontré que leurs enfants sont aussi heureux que les autres, aussi, en douter  relève clairement de la lesbophobie et de l’homophobie.  

 

Désir d’enfant et procréation homosexuelle

Simple constat : en  matière de procréation, il n’y a pas de symétrie entre les hommes et les femmes et pour l’instant, les hommes ne portent pas les enfants.

Cette asymétrie signifie que la conception est plus facile pour les lesbiennes puisqu’il suffit aux femmes d’un rapport sexuel ou un don de sperme, alors que les gays ne peuvent concevoir entre eux,  sans l’implication déterminante d’une femme. Rappelons néanmoins que la PMA (Aide médicale à la procréation : insémination…) n’est toujours pas ouvertes aux femmes seules ni aux couples de lesbiennes en France, alors qu’elle l’est dans plusieurs pays européens. Les députés avaient ces derniers jours l’occasion d’y remédier alors qu’un amendement du groupe SRC, adopté par le Sénat, venait en seconde lecture à l’Assemblée Nationale, ils l’ont rejeté et ont sans grande surprise,  maintenu cette discrimination.

Des lesbiennes vivent d’ailleurs mal cette asymétrie, culpabilisent et opèrent un raccourci en parallélisant l’AMP ou PMA (Aide médicale à la Procréation) et la GPA (Gestation pour Autrui ou « Mères porteuses »), alors qu’il ne s’agit en rien de moyens comparables.  

Les gays sont généralement parents parce qu’ils ont eu des enfants d’une relation hétérosexuelle ou parce qu’ils se sont engagés dans un projet de coparentalité avec une femme ou avec un couple de lesbiennes ou bien encore,  parce qu’ils ont adopté.

Ceci laisse tout de même un certain nombre de possibilités, mais,  les projets de coparentalité ne sont pas toujours si simples à  mettre en place et il arrive parfois qu’ils se passent mal. Le plus souvent, ce sont de bien belles histoires qui placent l’enfant au cœur de plusieurs parents ou couples de parents qui tous, veillent sur lui.

L’adoption est une forme de parentalité  particulièrement généreuse et désintéressée qui consiste à transmettre de l’amour,  de l’attention et de la réparation plutôt qu’un patrimoine génétique. Toutefois, les possibilités d’adopter sont trop rares et en France, l’adoption n’est toujours pas ouverte aux couples de même sexe.

Il serait d’ailleurs temps que la question de l’adoption devienne un véritable sujet de société et que les nécessaires évolutions en France mais aussi au plan international, soient défendues avec autant de conviction que la GPA (Gestation Pour Autrui).

 

Procréation homosexuelle et GPA (Gestation Pour Autrui)

Les modes d’accès à la parentalité mentionnés ci-dessus ne suffisent pas aux couples ou célibataires gays. Certains ont recours à la Gestation Pour Autrui à l’étranger, beaucoup veulent à toute force, son encadrement chez nous. Bien sûr, des couples hétérosexuels sont aussi concernés, mais cette revendication est surtout portée par les gays.

Comment peut-on définir la GPA ? Dans tous les cas, elle n’est en rien assimilable à une quelconque technique médicale de procréation. Selon les uns ce serait un don, dans ce cas seule devrait compter la volonté de la donatrice désintéressée, ni rémunérée ni indemnisée, et l’on conçoit alors mal la nécessité d’un rigoureux cadre réglementaire.  Selon les autres, ce serait un service (payant, gratuit ou indemnisé), voire  un acte de vente (définition juridique d’une vente : accord sur le prix et sur la chose).

Dans tous les cas, don, service ou vente, l’acte consiste à  mettre à disposition le corps d’une femme et sa capacité d’enfantement, afin que ce corps  produise un bébé dans le seul but de le remettre à celui qui a passé commande.

Que l’on soit ou non favorable à la GPA, force est d’admettre que cette pratique relève de la mise à disposition du corps des femmes. C’est précisément pour cette raison que des personnes pourtant insoupçonnables d’homophobie y sont opposées alors qu’elles sont très franchement favorables à l’homoparentalité.

Les personnes et associations favorables à la GPA s’accordent généralement pour reconnaître que sa pratique dans les pays émergeants ne leur convient pas car il s’agit alors d’exploitation de la misère.

Si elles mettent en avant cet argument économique, en revanche, celui de l’appropriation du corps des femmes et de leur faculté d’enfantement, n’est guère abordé.

Elles font la promotion d’un encadrement le plus souvent drastique, (n’est pas admise à la GPA qui veut !), et surtout elles ventent  la  relative gratuité d’un tel acte sur le territoire français.

Toutefois, la notion de dédommagement peut aussi être questionnée car une femme  en difficulté sociale  pourrait être séduite par le confort et l’attention dont elle bénéficierait alors.

Les candidates seraient sélectionnées fonction de critères qui divergent selon les tendances politiques, mais à la condition unanime, de faire preuve d’un altruisme à toute épreuve. L’enfant à naître ferait l’objet d’un contrat de remise  à son « parent social – propriétaire ». Certains appellent la femme qui va le porter et accoucher mère porteuse, d’autres gestatrice. Certains lui accordent une place dans l’avenir de l’enfant, d’autres non. Sur ce plan la confusion règne, en revanche, tous s’accordent à dire qu’elle n’est pas la mère de l’enfant qu’elle mettra au monde. Aussi, doit-elle renoncer à tout droit,  mais aussi à tout lien d’affection le concernant, sa seule motivation devant être la beauté du geste d’abandon en vue du don, service ou de la vente.

 

GPA (Gestation pour Autrui) et féminisme

Mis à part des cas très particuliers au sein d’une famille (don entre sœurs) ou entre proches, quelle pourrait être la motivation d’une femme qui décide de consacrer une année de sa vie, (préparation préalable, grossesse,  récupération / réparation) à une GPA ?  

A moins de penser que la carrière professionnelle des femmes est secondaire ou que ne sont concernées que des femmes au foyer, ce qui relèverait tout de même d’un sexisme primaire,  quel pourrait bien être l’intérêt d’une femme à compliquer ainsi sa vie professionnelle en mettant  au monde des enfants pour les autres,  alors que notre société n’a toujours pas trouvé les bonnes réponses pour permettre aux femmes et aux hommes d’élever leurs enfants tout en travaillant ? Je n’ai d’ailleurs pas relevé de réponses satisfaisantes en matière de droits sociaux dans les argumentaires pro-GPA.

La grossesse n’est évidemment pas une maladie, ni l’accouchement nécessairement difficile et douloureux, néanmoins, pourquoi des femmes pendraient-elles ce  risque qui ne peut jamais être écarté d’emblée ? Par goût exorbitant du don ? Il est vrai que nombre de femmes n’envisagent toujours pas de s’épanouir et de se réaliser autrement que par la maternité, il faut bien dire que longtemps, ce fut leur seule fierté.  Sauf que justement,  il ne s’agit pas ici de maternité ni de parentalité, seulement de production d’enfant, ce qui réduit les femmes à une faculté biologique, amputée du projet et du plaisir de parentalité.

Dans notre société patriarcale, les femmes sont encore élevées dans le don d’elles-mêmes, l’effacement et la générosité ; il n’est vraiment pas féministe ni même progressiste de l’encourager et d’exploiter ce conditionnement du genre féminin.  

Il est tout de même curieux que les mêmes qui se méfient, à juste titre, du féminisme essentialiste, quand ça les arrange, portent soudainement aux nues des prétendues qualités féminines !

Les pro-GPA nous disent aussi souvent qu’il faut écouter les femmes qui l’ont pratiquée, que chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps.  

Cette rhétorique de la liberté (libre choix) est d’ailleurs la même en matière de prostitution, autre domaine de la mise à disposition du corps des femmes. De quel choix s’agit-il vraiment ? Rappelons une fois encore que le seul droit pour lequel les femmes n’ont  jamais eu à se battre est bien celui de faire des enfants !   

Nul besoin d’avoir un diplôme en féminisme pour savoir que l’objectif premier du  patriarcat est de sécuriser l’appropriation et le contrôle du corps des femmes, en matière de sexualité comme de reproduction.

En outre, l’argument de la liberté sans égalité réelle n’est jamais un argument politique très convaincant. Les féministes font aujourd’hui le constat que la libération sexuelle des années 70, si elle a certes aussi profité aux femmes, sans égalité réelle, les a surtout mises à  la disposition permanente des hommes.

Pour que le patriarcat ou toute forme d’oppression se maintienne, il lui faut des relais et conditionner les opprimés, sinon, le système ne pourrait pas fonctionner. Les femmes conditionnées font partie des rouages, ce sont elles qui éduquent leurs filles et leurs fils pour reproduire les conditions de l’oppression.

Trouver des femmes prêtes à s’engager dans une GPA, tout comme l’on peut trouver des femmes qui trouvent génial d’offrir à Noël un mini fer à repasser à leur petite fille et un fusil à leur petit garçon, ne signifie rien d’autre.

Enfin, une société ne peut avoir comme projet d’organiser toutes les libertés individuelles : je veux repeindre Paris en bleu, je veux vendre une partie de mes organes pour arrondir mes fins de mois, je veux tuer mon voisin parce qu’il est bruyant, etc. merci de me mettre tout ça en forme !

En admettant que la GPA soit réglementée en France, il est raisonnable de penser qu’elle ne concernerait qu’un nombre infime de femmes disposées, étant donné la nature de l’implication, à la pratiquer.

Dans ces conditions, ce débat doit-il déchirer les personnes et associations LGBT, féministes, comme il le fait actuellement ?

Si l’argument qui consiste à dire que l’encadrement de la GPA en France est motivé par la nécessité d’éviter qu’elle ne se pratique à l’étranger dans des conditions épouvantables, est sincère, pourquoi dans ce cas ne pas plutôt se mobiliser pour tenter de la réglementer, voire de  l’interdire, à l’échelon international ?

  

GPA (Gestation pour autrui) et parent social

La société est en mouvement, les luttes féministes et LGBT permettent d’interroger  les déséquilibres dans les rapports sociaux de sexe et la hiérarchie en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre. Elles aboutissent à l’invention de  nouveaux liens et façons de vivre, notamment en matière de parentalité.

La parentalité sociale n’est pas qu’un concept intéressant, c’est aussi une réalité qui jusqu’ici n’avait pas de nom mais existait bel et bien. Le parent c’est en effet celui qui élève l’enfant, lui transmet une éducation et des valeurs, lui apporte une sécurité affective et sociale, ce que tous les parents biologiques n’accomplissent pas toujours.

Pour autant, faut-il tout envisager et autoriser ? Certes dans certains pays on choisit déjà sur catalogue les caractéristiques génétiques de son futur enfant et presque son bébé sur étagère, mais ne serait-il pas extraordinairement paradoxal que la GPA, présentée comme une solution moderne et progressiste, ne soit en réalité qu’un réactionnaire instrument patriarcal de mise à disposition du corps des femmes (cas particuliers au sein d’une famille, don entre sœurs, ou entre proches, mis à part) ?

Prétendre que la GPA est l’alpha et l’oméga de la parentalité sociale, qu’elle tord le cou à la bonne vieille parentalité biologique, n’est pas très honnête. La GPA n’est en rien affaire de parentalité sociale mais bien de parentalité biologique puisque tout l’enjeu de cette forme de parentalité consiste bien à reproduire ses gênes (Une GPA n’est que rarement conçue sans les gamètes du père).

D’ailleurs, l’adoption n’est-elle pas la seule véritable parentalité sociale sans lien biologique ?

 

En conclusion

La liberté sans égalité réelle n’est pas la liberté de tous et encore moins de toutes.  Dans une société libre et égale, dans une société féministe, la GPA pourrait peut-être s’envisager, je ne sais pas. Dans notre société patriarcale,  j’émets de sérieuses réserves et avant d’éventuellement les lever, j’attends d’être convaincue par des arguments étayés, précis, progressistes et féministes.  Tout le reste serait hors sujet.

 30 mai 2011,

Christine Le Doaré

Un agenda parlementaire de circonstance !

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A la veille de la Marche des Fiertés du 25 juin prochain, nous sommes pour une fois bien servis par l’agenda parlementaire.

Au menu, Assistance Médicale à la procréation ou AMP (Ancienne PMA, il s’agit des techniques de procréation médicalement assistées comme l’insémination artificielle etc.) accessible aux femmes seules et couples de lesbiennes et  mariage ouvert aux couples de même sexe.

Mercredi 25 mai dernier, dans le cadre des Lois de bioéthique, l’amendement du groupe parlementaire SRC sur l’Assistance médicale à la procréation (AMP), après avoir été adopté par le Sénat,  était de nouveau en séance d’examen à l’Assemblée Nationale.

La veille au soir, à l’appel de l’Inter-LGBT, des associations LGBT rejointes par des associations féministes manifestaient devant l’Assemblée nationale afin d’interpeller les députés et de leur demander d’ouvrir l’AMP aux femmes seules et couples de lesbiennes. En effet, l’AMP n’est actuellement accessible qu’aux couples hétérosexuels stables depuis au moins deux ans et cette discrimination contraint les couples de femmes à se rendre à l’étranger, dans les pays qui l’autorisent comme en Belgique ou en Espagne.

Les députés sont restés sourds à ces appels et lors de l’examen du texte en seconde lecture, ils ont rejeté l’amendement déposé par le groupe SRC visant à ouvrir l’AMP à tous les couples dont les couples de femmes. Ils considèrent légitime de traiter  de l’infertilité « biologique » mais pas « sociale ».

Le 9 juin prochain, ce sera la proposition de loi du groupe SRC relative à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, qui sera examinée  en commission des lois.

Nous espérons ne pas assister à d’autres déclarations scandaleuses comme celles de Brigitte Barèges, députée UMP : « et pourquoi pas l’union avec des animaux ? Ou la polygamie ? ». Nous avons été habitués aux navrantes déclarations homophobes et lesbophobes dès les premières discussions sur le PaCS, c’était alors monnaie courante. Dans tous les cas, nous serons attentifs à la tenue des débats.

Les députés auront cette fois l’occasion de mettre fin à une discrimination de moins en moins tolérée de par le monde. L’Afrique du sud, l’Argentine, la Belgique, le Canada, l’Espagne, Mexico, la Norvège, le Portugal, les Pays-Bas, la Suède et plusieurs états américains y ont mis fin.

Après le vote négatif sur l’ouverture de l’AMP aux couples de lesbiennes, nous ne nous faisons guère d’illusion sur les résultats du vote relatif à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Pourtant, l’opinion publique est majoritairement favorable à cette mesure revendiquée depuis fort longtemps par le mouvement LGBT.

Et puis qui sait, les députés ont raté le coche du 25 mai, alors peut-être vont-ils se rattraper le 9 juin et ajouter la France à la liste des pays qui ont fait évoluer leur législation sans pour autant disparaître dans le gouffre de l’enfer !

Dans tous les cas, pour cette revendication comme pour toutes celles toujours en souffrance (Evolution du Pacs, ouverture du mariage, parentalité, éducation, prévention, etc.), le samedi 25 juin, avec la Marche des Fiertés parisienne, nous marcherons pour l’égalité réelle, pour moins de sexisme, de lesbophobie, d’homophobie et de transphobie, en pensant aux présidentielles de 2012 !

Toujours dans la perspective de la Marche des Fierté du 25 juin, nous exprimons notre solidarité à la  Pride de Moscou qui a lieu ce samedi 28 mai malgré son interdiction et nous espérons que les soutiens internationaux conduiront les autorités de la ville de Moscou à protéger les militants LGBT comme une décision de la Cour Européenne des Droits Humains les y a contraints.

Liberté oui, mais en toute égalité !

41102695_FPrésomption d’innocence. Tout peut se résumer dans ces deux mots à condition que les deux protagonistes puissent s’en prévaloir. Que Dominique Strauss Kahn soit innocenté ou non, ce qui m’a interpelée dans cette affaire ce sont les premières réactions de la presse, des politiques, des philosophes, de la population dans son ensemble (sondages) et même des militants PS, voire LGBT.

 Les premiers commentaires prenaient fait et cause pour M. Strauss Kahn, il s’agissait d’un complot international, un homme aussi intelligent et riche, présidentiable qui plus est,  ne pouvait commettre une telle erreur, d’autant plus qu’il peut « se payer n’importe quelle femme » ; les uns et les autres pensaient à lui, à sa famille et jugeaient le système judiciaire américain inhumain. C’est clair il n’est pas tendre, mais s’il ne l’est pas pour M. Strauss Kahn, puissant et capable de s’attacher la défense des meilleurs avocats, pensons au justiciable lambda et considérons au moins qu’il aura permis d’engranger rapidement des éléments scientifiques utiles à l’enquête tels que les prélèvements,  marques de griffures etc.

 Ce qui me préoccupe le plus dans cette affaire c’est le peu de considération et d’intérêt accordé dans les premiers temps à la femme de ménage présumée victime de l’agression sexuelle. Au mieux elle était oubliée, au pire elle ne pouvait qu’être l’instrument du complot ou plus grave encore, une menteuse, désireuse d’atteindre à l’intégrité du puissant Directeur du FMI. N’est-il pas plus raisonnablement de penser, dans l’état actuel du dossier,  qu’à l’instar de la plupart des américains, elle ne savait pas du tout qui est Monsieur Strauss Kahn ?

 Que Monsieur Strauss Kahn soit innocenté ou pas est affaire de justice, mais ce qui a déjà été établi, c’est que l’imaginaire collectif français soutient généralement l’idée que le harceleur sexuel est certes un peu lourd, mais surtout  viril et entreprenant. Pourtant, qu’est-il d’autre sinon un prédateur qui abuse de son pouvoir physique et / ou  social, financier, professionnel, etc. pour s’imposer aux femmes qu’il considère être avant tout, des objets sexuels ?

L’agresseur et le violeur sont quant à eux supposés être des sortes d’aliens alors que depuis des années, les féministes s’époumonent pour démontrer et expliquer à qui veut bien entendre, qu’il n’y a pas de profil type du violeur, le cliché de l’étranger ou du pervers est erroné et  le voisin, le collègue, l’ami ou même le mari peut commettre un viol tout en menant une vie sociale et familiale parfaitement « normale ».

 Il aura fallu quelques textes  féministes publiés sur les blogs de Clémentine Autin, A dire d’elles, Osez le féminisme !, etc.… pour réveiller les consciences et commencer ça et là à entendre des voix, jusqu’à enfin la déclaration de Martine Aubry première Secrétaire du PS, s’élever et s’intéresser à la femme de chambre, au cataclysme, dans sa vie aussi.

 Sans présumer du tout de l’issue judiciaire de cette affaire, je trouve particulièrement inquiétante, cette profonde scission (de trop rares exceptions : Patrick Jean, etc.),  entre les femmes d’un côté et de l’autre, les hommes, gays ou pas d’ailleurs, liés dans un même élan de communauté d’intérêt masculin. Une fois de plus, la démonstration est faite : en matière de sexe et / ou de genre, au 21è siècle, les femmes ne peuvent toujours compter que sur elles-mêmes.

La domination masculine a de beaux jours devant elle, les mentalités ne sont pas là de changer.

 Comment espérer dans ce cas, que l’homophobie, la lesbophobie, la bi-phobie et la transphobie puissent réellement reculer en profondeur et pas seulement dans une égalité de droits qui est nécessaire mais insuffisante, puisque nous le savons, le  rejet des différences est essentiellement lié au profond sexisme de notre société ?

 Tant que des hommes, gays compris, ne remettront pas véritablement en question le machisme séculaire de notre culture, nous tournerons en rond et ce ne sont pas les pseudos théories « queers-féministes » qui y changeront quelque chose.

 Les « marches des salopes » ou théories « pro-sexe » ne font rien d’autre qu’ajouter à la confusion générale ; elles nous parlent de liberté, oui, mais jamais d’égalité.

Les « queers-féministes » veulent nous faire croire que le patriarcat a été vaincu, que les différences entre les femmes et les hommes sont abolies, que les contraintes de genres sont renversées,  que nous sommes désormais juste et tous queers et donc que nous pouvons toutes et tous librement nous adonner à toutes les formes de sexualité, à la prostitution aussi, sans que cela ne pose aucun problème d’égalité.

Ce n’est évidement qu’une théorie qui n’a pas grand-chose à voir avec la vie des femmes et des hommes de ce pays, indifféremment d’ailleurs de leur orientation sexuelle.

En réalité,  les ardents défenseurs des théories « queers-féministes » sont majoritairement des hommes qui adorent les filles et les garçons qui jouent aux « putes ». A part défendre les intérêts des clients et des industries capitalistes du sexe, on ne comprend pas bien comment ils et elles comptent, en récupérant la colère légitime des femmes injuriées et traitées quotidiennement de salope, aider notre société et particulièrement les jeunes femmes gavées d’images ultrasexualisées et de pornographie, à s’affranchir de l’image survalorisée de la « salope » !

A mon sens, si les femmes doivent s’affirmer, dans les rues et dans leur vie quotidienne, dans leurs relations, leurs familles et dans l’entreprise, c’est bien pour rejeter tout amalgame avec le mépris et l’injure et au contraire, pour revendiquer leur liberté,  en toute  égalité, ce qui signifie aussi le droit à l’intégrité physique.

 Notre société pourrait tout y gagner si les femmes et les hommes de bonne volonté, « peuple de gauche » compris, voulaient bien lâcher un peu les vieux réflexes de notre culture si machiste et prêter un peu plus d’attention aux fondamentaux du féminisme que certains se plaisent à discréditer pour mieux conserver leurs privilèges.

Liberté oui, mais en toute égalité !

IDAHO 2011 Solidarité !

uganda_original IDAHO 2011, solidarité avec les LGBT ougandais et du monde entier !

Un peu partout dans le monde, vont avoir lieu des évènements organisés à l’occasion de la Journée Mondiale de lutte contre l’homophobie du  17 mai, l’IDAHO (International Day Against Homophobia).

Il est opportun de rappeler que sont impliquées les institutions européennes et mondiales, nationales également puisque la France a officialisé l’IDAHO, l’an dernier.

Les  ONG telles que Human Rigths Watch, le  Comité IDAHO, l’ILGA (International Lesbian and Gay Association) et bien d’autres dont nos associations sont membres, si elles œuvrent toute l’année contre les LGBTphobies,  sont particulièrement mobilisées pour marquer l’évènement.

Enfin, n’oublions pas que de précieux outils sont disponibles pour lutter au plan mondial contre l’homophobie : Les principes de Yogyakarta produits en 2006.  Ils sont une série de règles relatives à l’application du droit international des Droits Humains en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre,  pour la protection et pour l’interdiction absolue de la discrimination contre les personnes LGBT et intersexuelles, conformément à la Déclaration universelle des Droits Humains. Ils furent adoptés sous l’influence de Louise Arbour, Haut-commissariat des Nations unies aux droits Humains et parmi les signataires  figure Mary Robinson, présidente d’Irlande puis Haut-commissariat des Nations Unis.

A quelques jours de l’évènement, l’actualité ougandaise requiert toute notre attention. David Kato était assassiné fin janvier 2011, dans ce pays où les LGBT sont pourchassés.

Sous l’influence des pasteurs évangélistes américains,  le gouvernement Ougandais qui cherche des dérivatifs aux problèmes socio-économiques, fait des LGBT des boucs émissaire et se propose d’adopter une loi Anti-homosexualité qui prévoit d’aggraver la législation à l’encontre des gays et des lesbiennes, également des personnes séropositives.

Malgré les vives réactions internationales, il semblerait que le gouvernement ougandais ait décidé d’adopter la loi « anti-gays » dans les prochaines heures, aussi, invitons-nous chacun et chacune à se rendre sur le site Internet www.ALLOUT.org qui propose de signer massivement et rapidement une pétition pour demander au président Museveni de condamner publiquement la loi et de s’engager à appliquer son veto en cas de besoin.   

Nous demandons au gouvernement français d’intervenir auprès du gouvernement ougandais pour tenter de le convaincre de ne pas adopter ce texte qui aurait des conséquences dramatiques puisque l’homosexualité serait passible de la peine de mort. Nous lui demandons également de ne pas renvoyer dans leurs pays les  réfugiés ougandais qui craignent pour leur vie à raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. 

Enfin, nous rappelons que dans le cadre du programme IDAHO proposé par le Centre LGBT Paris IdF, nous projetterons le mercredi 18 mai, le film « Ouganda au nom de Dieu » qui précisément traite de ce sujet, en présence de militants ougandais.