Nos combats LGBT

Par Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris de 2005 à fin juin 2012

Une nouvelle victoire des extrémistes religieux !

Après avoir été organisée en Inde, dans les Philippines et en Thaïlande, devait se tenir à  Surabaya, Indonésie, du vendredi 26 au lundi 29 mars, la conférence régionale Asie, de l’ILGA – The International Lesbian, Gay, Bisexual, Trans and Intersex Association -.

La police a annulé la conférence asiatique de l’ILGA après qu’une foule de fondamentalistes musulmans ait envahi le hall de l’hôtel où se déroulaient les réunions. Les extrémistes religieux ont exigé des policiers qu’ils chassent les délégués et annulent la conférence.  Des négociations entre les gérants de l’hôtel, les forces de police et les organisateurs de la conférence ont abouti à l’annulation de la Conférence.

Nous avons été informés par l’ILGA dont nous sommes membres,  que les 150 militants représentant une centaine d’associations LGBT de 16 pays d’Asie sont tous hors de danger ; ils ont été évacués dans des lieux plus sûrs après avoir été confinés 24 heures dans leurs chambres d’hôtel.

La présidente de l’association LGBT de Surabaya a déploré que les polices locales fassent la loi dans un pays où l’homosexualité n’est pas interdite.  

Le Comité IDAHO présent sur place a rappelé que cette année, l’International Day Against Homophobia est axé sur les relations entre religions et homophobie-transphobie.

L’ILGA communiquera de plus amples informations dans les prochaines heures. http://ilga.org/ilga/en/article/mlPTdpy1WQ

Nous en profitons pour rappeler l’importance de l’application des Principes de Jogjakarta – Djakarta-,  résultat d’un consensus unanime de 29 experts internationaux et indépendants en matière de Droits Humains, qui étendent la législation internationale des Droits Humains à l’orientation sexuelle et l’identité de genre. Ces principes n’édictent pas de nouveaux textes, il ne font qu’appliquer les principes existants aux personnes LGBT qui ont les mêmes droits que toute autre personne et donc toute discrimination à l’égard d’un individu pour des raisons d’orientation sexuelle ou d’identité de genre constitue un cas de violation des Droits humains. Un chapitre du Document est relatif au  «Droit à la sûreté de sa personne ».  Le Commissaire aux Droits Humains du Conseil de l’Europe, Thomas Hammarberg adhère aux principes de Jogjakarta et réclame leur adoption.

Rappeler que ces principes doivent être adoptés et appliqués mondialement et de façon urgente est une absolue nécessité !

“putophobe” ou STRASSphobe ?

  « Putophobe » ou STRASSphobe ?   

Brisons le tabou d’une mixité d’apparence !

 

Le 3 mars dernier,  j’ai publié sur mon blog «Nos combats LGBT » sur Têtue.com, le texte « Non votre féminisme n’est pas nouveau ! ». J’ai volontairement laissé passer deux semaines avant de revenir sur ce document qui a provoqué des réactions dont l’ampleur et la force m’ont étonnée. Je n’avais pas envisagé que ce texte révèlerait de tels clivages. 

L’objectif de ce nouveau post est double : dire comment j’ai reçu les diverses réactions ; proposer des hypothèses quant aux raisons de ce petit séisme et tenter d’apporter quelques pistes de réflexion afin de former les alliances nécessaires à un avenir commun.

 Des réactions très tranchées !

Il me semble important de préciser que si je suis bien présidente du Centre LGBT Paris idF, je suis également une citoyenne libre de ses convictions, comme tout un chacun. Lorsque je parle au nom du Centre, je signe de mon nom, suivi de ma fonction. Les communications signées au nom du Centre font l’objet d’un communiqué de presse et figurent sur le site Internet. Tel ne fut pas le cas pour ce papier. En outre,  si ce blog m’a été ouvert, c’est parce que je  suis présidente du Centre, mais aussi et surtout parce que j’exerce et ai exercé d’autres fonctions associatives et fréquemment pris position en faveur des droits LGBT. A l’évidence, ce blog donne une visibilité au Centre LGBT et à nos luttes, mais si je me contentais de ne poster que les communications du Centre, je limiterais l’utilité même d’un blog qui sert aussi à exprimer des avis bien plus personnels et sur des sujets plus divers.

 A l’exception d’un lecteur appelant à la sérénité,  les réactions reçues sont à ranger en deux catégories distinctes et opposées : d’un côté des commentaires où se disputaient au manque d’arguments construits et à propos, des interprétations, insultes,  menaces, diffamation et haine et de l’autre côté,  des manifestations de soutien, d’affection, des documents ; de rares tentatives de récupération aussi parfois.

Je l’affirme haut et fort, personne n’est légitime à me faire taire, le texte posté constituait un avis tout à fait décent, construit, pesé et partagé par un grand nombre de personnes LGBT et ou féministes ; il n’était en rien provoquant, injurieux ou menaçant. En outre, je pense avoir fait mes preuves en matière de militantisme LGBT. Je suis  engagée publiquement depuis une époque où il n’était pas si facile de s’afficher,  présidente de SOS homophobie un temps, j’ai ensuite contribué à relever le CGL de ses déboires passés pour en faire un Centre LGBT dont le bilan est positif et dont les membres m’ont réélue,  n’en déplaise à quelques bruyants détracteurs.

Je dois bien l’avouer, être traitée de « putophobe » et de « féministe de droite », recevoir des insultes sexistes et lesbophobes,  être menacée et diffamée… toute cette violence stérile n’a fait que décupler ma combativité, naturellement à un niveau déjà très élevé ! Tout ceci doit laisser bien perplexes ceux qui me considèrent comme bien trop à gauche ! Si ce n’était si grave,  cela serait à se tordre de rire !

La fonction expose, mais tout de même,  que de fantasmes et de personnalisation, alors que les questions soulevées par l’article sont éminemment collectives et politiques et que mes positions sont loin d’être particulièrement originales ou  isolées !

  

L’enjeu du débat

Je doute que le texte ait été lu attentivement par ceux qui m’ont agonie d’injures ; de nos jours, la somme d’informations à digérer rapidement, Internet et les réseaux sociaux, nous conduisent à zapper, cliquer, parcourir et rarement approfondir. Le texte est en ligne et peut toujours être lu, arguments et citations peuvent être relevés ; mais depuis, j’ai approfondi la question et la nature des critiques du STRASS et autres extrémistes, m’ont dévoilé les véritables raisons d’un tel tollé !

 Sur la question de la prostitution

Je dois l’avouer, j’ai commis quelques erreurs dans ce premier texte, je n’étais alors que peu informée sur la question, simplement exaspérée par les pressions qui s’exercent dans les sphères associatives et politiques.

Je ne vais pas reprendre ce que j’ai écrit dans mon premier post suffisamment détaillé, il suffit de relire ; mais je ne l’ai pas écrit assez clairement, en France, la prostitution est légale ; le racolage et le proxénétisme sont eux, interdits. Le combat fait donc rage entre tenants de l’abolition de la prostitution et de sa réglementation. Il est très clair qu’un des objectifs du  STRASS (Syndicat des travailleurs du sexe) est de dépénaliser le proxénétisme, c’est ce qu’il avoue en revendiquant « la décriminalisation de l’organisation du travail du sexe dont le racolage », oui dont, et donc aussi du proxénétisme !

Je ne l’ai pas assez dit non plus, je ne suis pas contre les prostituéEs, aucune féministe ne l’est, mais contre le système prostitutionnel, contre l’exploitation capitaliste et mondialisée des industries du sexe.

Je dénonce la loi LSI et le harcèlement des prostituéEs, également, les violences subies.  

 Dans la réponse publique qu’il m’a adressée, le STRASS tente de tout embrouiller, il accuse je ne sais trop qui d’ailleurs, de valeurs religieuses, de militantisme discret… et même en cherchant bien, je vois mal en quoi ceci répond aux problèmes posés de sexualité oppressive des hommes sur les femmes (rappelons tout de même qu’une écrasante majorité des prostituéEs sont des femmes  même si au STRASS on entend toujours s’exprimer les 2 ou 3 mêmes hommes – j’ai d’ailleurs noté qu’une porte-parole a récemment être mise en avant), de marchandisation du corps humain, d’endettement auprès du mac, de trafic, d’enlèvement, de menaces sur la famille, de maisons d’abattage et de dressage, de drogue pour tenir, d’assassinats … ? Vous voyez,  vous ?  

Le STRASS oppose des logiques individualiste et singulière, telle que le droit d’une personne à se prostituer,  à des rapports collectifs et sociaux  de domination/soumission et d’exploitation. Bien logiquement, il défend ses revenus, également en tant que syndicat, alors que nous parlons d’un système prostitutionnel et de ses ravages.

Que le STRASS n’ait pas de conscience politique passe encore, en revanche, le négationnisme dont il fait preuve est proprement inadmissible et terriblement dangereux comme tout négationnisme d’ailleurs.

“Le Doaré nous ressort le petit couplet classique sur les esclaves de l’Est et d’Afrique, et des gamins gays jetés de chez leurs parents, des traumatismes sexuels dans l’enfance, etc. Toujours les mêmes affirmations sans preuves. ”

Mais que fait donc le STRASS des enquêtes et études produites en quantité par Jeffreys, Farley, Dworkin, Russel, Poulin, Legardinier et tous les autres ? Que répond-il à celle-ci : La légalisation de la prostitution, une expérience sociale qui a échoué en Australie : http://sisyphe.org/spip.php?article723 ? ou celle-là : Extraits de l’étude de Bindel et Kelly de la London Metropolitan University ? * en fin de texte.

Hasards de l’actualité,  la semaine dernière, dans Envoyé Spécial, nous était présenté un reportage sur la prostitution des mineurs, fruit d’un sérieux travail d’investigation journalistique. Edifiants, ces témoignages de jeunes Rom à la Gare du Nord, de jeunes nigérianes aux mains des réseaux maffieux… Le STRASS nous répondra probablement que ces faits sont également sortis de  l’imaginaire des journalistes !

Quant au reste de la réponse, jargon incompréhensible, confusions historiques,  mauvaise foi,  et que dire de l’expression « nos partenaires sexuels » ? ! Ah bon, partenaires, même plus clients, mais au juste de quoi parle t’on ici et de qui se moque t’on ?

De quels prostituéEs le STRASS défend t’il donc les intérêts ? Ceux qui sont dans une misère économique et sociale, ceux qui sont plus ou moins forcés d’en passer par là, ceux qui sont victimes de la traite et des mafias ou bien d’une portion congrue de prostitution choisie, escortes ou  fils de bonne famille qui font leur petite révolution ?

Alors non, je ne suis pas putophobe, mais STRASSophobe, s’il faut l’être, et bien soyons-le !

 

 Sur la question « pro-sexe » 

Les tenants du « pro-sexe » ou « sexe positif » – récupération par les femmes des métiers du sexe et de la pornographie  (comme s’il n’y avait pas de sexe positif, d’énergie, de désir et de plaisir en dehors de la pornographie et de la prostitution !) –  verraient-ils d’un mauvais œil que l’on ne soit pas convaincu  par la nouvelle norme imposée d’une sexualité qui instrumentalise et déshumanise l’autre ?  N’a-t-on même pas le droit  d’être déçu par ce qui nous est  vendu sous le label  « pro-sexe » pour être créatif, subversif et libérateur ? Ne peut-on, le plus souvent, juger ces prestations ennuyeuses,  tristes, déconcertantes et de piètre qualité sans risquer d’être qualifié de prude ou d’imbécile ? Bien entendu il y a parfois quelques agréables surprises, elles sont si rares ! Tout n’est pas glauque et trash, certaines créations érotiques sont novatrices et offrent un  espace de liberté. 

Enfin, je n’ai jamais dit que je souhaitais remplacer le « pro-sexe » par le « no-sexe » en vogue aux Etats-Unis, je les renvoie simplement dos à dos comme étant de simples phénomènes de mode !

Indéniablement,  « pro-sexe » et féminisme ne font que très rarement bon ménage, le féminisme supposant tout de même d’appréhender l’autre dans sa globalité, à égalité, et en dehors de toute exploitation, à fortiori marchande.

 

 Sur la question du relativisme culturel

Je ne parle pas du voile, mais de la burqa ou du niqab, artifices effaçant les femmes pour mieux les isoler.

Le relativisme culturel pratiqué sur cette question à l’égard des femmes n’est selon moi que du sexisme. En quoi cet artifice serait-il respectable au seul motif que la femme qu’il efface n’est pas de culture occidentale ? Comment, une personne progressiste peut-elle ne pas défendre le droit à l’émancipation de toutes les femmes partout dans le monde ?

Pourquoi n’écouter que les intégristes ou celles et ceux qu’ils ont conditionnés ? Chacun le sait, les oppresseurs doivent trouver des relais parmi les opprimés pour que le système fonctionne. Pourquoi ne pas écouter toutes ces femmes laïques ou musulmanes, progressistes, féministes, qui nous demandent l’interdiction de ces outils d’oppression et de négation des femmes ?

Stupéfiant de la part de ceux qui clament à longueur de temps que nous n’écoutons pas les prostituéEs !

                                                                                          

Les raisons du séisme, des clivages profonds qu’il nous faudra bien dépasser.

Le plus curieux tout de même, il faut bien le noter, c’est que les pro-réglementation de la prostitution sont aussi le plus souvent pro-sexe, pro-voile, pro-drogues, pro… un peu tout et rien en fait… et le plus souvent, dans une grande démagogie… Une sorte de laboratoire expérimental, dans lequel nous devrions tous nous immerger, peu importe si les dénouements sont pour le moins aléatoires ! 

 Le tabou de la Mixité d’apparence

Je suis une farouche défenseuse des Droits Humains, sociaux et économiques également.

La société est mixte, je crois donc en la mixité ! Pour ceux qui en douteraient, je pense l’avoir incontestablement prouvé, investie depuis des années dans la lutte contre les LGBTphobies et pour l’égalité des droits, à laquelle j’ai amplement pris part ; alors, que les spécialistes du procès d’intention s’abstiennent !

Partisane de la mixité, je n’ai pour autant jamais dissocié cette lutte, des luttes féministes.  Les LGBTphobies s’expliquent selon moi par le sexisme patriarcal de nos sociétés. La contrainte à l’hétérosexualité et les rôles traditionnellement impartis aux hommes et aux femmes se sont maintenus par la domination masculine exercée sur les femmes. Tout est lié et nous ne vaincrons pas l’un sans l’autre.

Pourtant, depuis que je milite dans le mouvement mixte LGBT, il m’est arrivé régulièrement, d’être confrontée à la misogynie, voire à la lesbophobie de certains gays. J’ai toujours voulu considérer ces cas comme isolés et ne pas remettre en cause pour autant mon engagement, convaincue que la plupart de mes compagnons de route avaient analysé les mécanismes liés de toutes nos oppressions, admis ce qu’ils devaient aux luttes féministes,  compris que nous étions des alliés objectifs, bien plus forts ensemble que séparés.  Avec acharnement j’ai partagé, échangé, pour que l’on se rejoigne, toujours.

La mixité en laquelle je crois ne s’improvise pas, ne se décrète pas, c’est un travail, un long chemin. Une mixité authentique, de confrontation, qui déconstruit pour reconstruire et ne se contente pas d’apparence et de juxtaposition.

Et c’est peut-être bien là que réside le problème.   Des gays ont apporté une contribution théorique à la déconstruction du patriarcat et de l’homophobie, certains continuent mais ils sont rares, isolés.  

 Que constatons-nous aujourd’hui dans la plupart des associations mixtes ?

A de rares exceptions près (SOS homophobie…), les lesbiennes y sont peu nombreuses,  leurs spécificités peu priorisées et surtout, il n’y a guère d’échanges entre les gays et les lesbiennes sur la double oppression de femme et de lesbienne (ni de celle de trans. et de lesbienne ou de gay). Tout le monde fait plus ou moins comme si nous étions à égalité dans une société sans discriminations sexistes, sans privilèges. Je ne vais pas reprendre la plate-forme des revendications élaborées par le CNDF (Collectif National pour les Droits des Femmes) pour la Journée Internationale des Droits des Femmes, il suffit de revenir au post précédant, mais chacun sait parfaitement que cela est faux ! 

La mixité est le plus souvent une mixité d’apparence, même si certaines associations font plus d’efforts que d’autres pour y remédier.

 C’est encore plus flagrant avec les associations de lutte contre le sida, certes, les lesbiennes sont touchées par le sida, mais elles le sont bien plus encore par d’autres IST et par certains cancers ; c’est de gynécologie médicale dont il faut parler dans notre cas, et pour le faire correctement,  il faut des fonds et tout un tas de moyens qui ne sont pas mis en œuvre.

 Il me semble que plus les groupes sont radicaux, plus la mixité authentique est un leurre.

Pas étonnant dans ces conditions que les thèses  pro-réglementation de la prostitution et  pro-sexe rencontrent un grand succès parmi leurs membres.

Les filles se fondent dans l’urgence des revendications des garçons ; nécessairement elles se diluent et ce ne sont pas les quelques lesbiennes,  pas nécessairement alibis,  mais qui n’ont pas le temps ni les moyens de travailler sur les questions spécifiquement lesbiennes, ou alors de façon très marginale, qui peuvent y changer quelque chose. Et d’ailleurs le souhaitent-elles ? En discutant avec certaines,  j’ai parfois eu l’impression que par de curieux raccourcis, elles tendaient plutôt à s’identifier aux garçons et à gommer leurs propres spécificités, parce qu’il peut sembler plus facile d’endosser leurs  libertés et modes de vies que d’arracher les leurs. Une illusion qui peut fonctionner à condition de ne pas trop se mêler à la société et de vivre plus ou moins en circuit fermé.

 En revanche, j’ai bien noté que nombre de lesbiennes renonçaient à la mixité,  ne trouvant pas leur place parmi nous. Elles militent à la Coordination Lesbienne en France, Cineffable… Au sein de nouveaux groupes féministes comme La Barbe ou Osez le féminisme !… ou de regroupements informels autour d’universitaires… Récemment invitée à un anniversaire, j’ai rencontré en une seule soirée,  environ 75 lesbiennes « politisées », féministes ou radicales, que je n’avais jamais croisées dans les mouvements LGBT.  

 Ce n’est pas par hasard si le STRASS et les gays et lesbiennes de groupes radicaux  ont violemment rejeté le texte « Non votre féminisme n’est pas nouveau ! », alors que quelques gays et lesbiennes du mouvement mixte attentif à une mixité authentique et surtout les lesbiennes et féministes hors mixité, l’ont approuvé.  

Je suggère qu’il est temps de briser les tabous du silence et de l’apparence et de travailler sur la mixité, que les gays nous donnent des signes qu’ils se solidarisent avec nous, aussi avec les femmes progressistes et féministes sur les questions de société qui nous importent ; à défaut, la mixité dans les mouvements LGBT ne profitera pas autant, à tout le monde.

Faut-il le préciser, ce texte est un message de rassemblement et d’espoir.

 Christine Le Doaré

 

 * Une étude comparative Australie et Pays Bas réalisée en 2004 par Bindel et Kelly de la London Metropolitan University démontre les effets pervers de la légalisation du proxénétisme. Les liens entre prostitution et crime organisé ne font qu’augmenter : «… En octobre 2003, la mairie d’Amsterdam a décidé de fermer la zone de tolérance ouverte à la prostitution de rue. Le maire a invoqué “un dilemme diabolique” en expliquant qu’il “apparaissait impossible de créer pour les femmes prostituées une zone saine et contrôlable qui ne soit pas récupérée par le crime organisé….”. « … La légalisation ne fait pas disparaître la prostitution de rue ni les dangers qui y sont liés. On a même enregistré une augmentation significative dans le Victoria avec des niveaux plus élevés de viols et de violences.De même, les bordels légaux tendent à être pris en main par les entrepreneurs de l’industrie du sexe et il n’est pas facile pour les femmes elles-mêmes d’organiser et de maintenir des collectifs de prostituées…. » « …Dans le Victoria, entre 2000 et 2002, on a enregistré une augmentation de 91% du nombre de femmes présentant une infection au HIV, pour une augmentation de 56 % dans la population globale…. ».

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Pas de commentaires ouverts sur ce post, inutile de reproduire ce qui s’est produit avec le post “Non, votre féminisme n’est pas nouveau !”.

Les commentaires seraient identiques… et le propos de ce nouveau texte est de suggérer que nous devons,  dans nos associations travailler sur la mixité. Travailler avec sérénité, au coeur de nos associations.

Assez de violence sexiste et homophobe !

Les locaux du MAG, l’association des jeunes LGBT,  ont été vandalisés dans la nuit du samedi au dimanche,  le premier week end de mars. Le Centre LGBT Paris IdF leur a exprimé toute  sa  solidarité et leur apportera, le cas échéant, toute l’aide dont ils pourraient avoir besoin.

Les vandales n’ont rien volé, en revanche, les symboles LGBT, tels que le drapeau arc-en-ciel notamment, ont été arrachés, il semble donc qu’il s’agisse avant tout d’un acte homophobe.

Cette année le MAG fête ces 25 ans, c’est un bien vilain cadeau !  Le CGL de Nantes avait  quant à lui été tagué le mois dernier.

Nous déplorions dans un récent communiqué une recrudescence d’agressions commises à l’encontre de lesbiennes, gays et trans., y compris dans le quartier du Marais.  

La haine à l’encontre des femmes, des lesbiennes, des trans. et des gays ne semble plus trouver de limites dans notre société de plus en plus violente.

Les évènements s’enchaînent et nous accablent : le comportement inadmissible d’intégristes devant Notre dame lors du Kiss in de la Saint Valentin ; le crime immonde dont a été victime à Bézier la semaine dernière une jeune lesbienne de 32 ans. Le Collectif contre l’homophobie de Montpelier a révélé le cauchemar vécu par cette jeune femme violée et torturée en raison de son orientation sexuelle par deux hommes qui l’ont accompagnée chez elle après qu’elle ait dans une soirée,  déclaré être lesbienne.

Cette semaine nous célébrons le centième anniversaire du  8 mars,  journée internationale des droits des femmes. Dans un récent communiqué, le Centre LGBT rappelait l’importance de lutter contre le sexisme, les discriminations et les violences commises à l’encontre des femmes,   sans oublier les lesbiennes et les trans, chez nous en France et dans le monde entier.

En effet les femmes libres, les lesbiennes à fortiori,  remettent en question l’ordre patriarcal établi.  Elles s’affranchissent du contrôle des hommes sur leur vie et leur sexualité, certains ne le supportent pas et prétendent en commettant de tels viols, les remettre dans le droit chemin, se les réapproprier.

Toutes ces violences sexistes, lesbophobes, transphobes et homophobes sont intolérables.  Les pouvoirs publics doivent mettre en œuvre tous les moyens pour les contenir et ceci commence par des programmes adaptés de prévention et d’éducation destinés aux plus jeunes, qui doivent dés l’école primaire réapprendre le respect des autres et de leurs différences.

8 mars 2010, Journée Internationale des Droits des Femmes

super womanL’égalité n’est pas une alternative, c’est une impérieuse nécessité ; n’est-il pas extravagant qu’au 21è siècle, elle ne soit toujours pas achevée ?

Cette année encore, est organisée pour marquer cette journée,  le lundi 8 mars à 18h30 Place de la Nation, une manifestation à laquelle participeront des groupes féministes mais aussi de nombreuses associations et des partis politiques.

La plate-forme revendicative du Collectif National des Droits des Femmes rappelle que la nécessité de lutter contre l’oppression des femmes est toujours d’actualité. 

Les inégalités demeurent dans le monde du travail où les femmes représentent 80 % des travailleurs pauvres, les salaires des femmes à qualifications et expériences égales sont toujours inférieurs et elle accèdent beaucoup moins aux fonctions d’encadrement ; la représentativité politique de femmes reste  très déséquilibrée ;  les violences conjugales, les agressions physiques  et les viols sont  de véritables fléaux ; les centres d’IVG et du Planning Familial, la gynécologie médicale sont menacés. Les conditions de vie des familles monoparentales sont particulièrement difficiles. Les femmes immigrées sont souvent isolées et dépendantes de leurs conjoints ou familles pour survivre.  La liste semble infinie.

Les injonctions de normes et les rôles impartis traditionnellement aux hommes et aux femmes frappent doublement les lesbiennes ;  invisibilisées, lorsqu’elles  osent s’afficher,  elles  subissent des  discriminations et des violences. Le Rapport de SOS homophobie a établi que la seule présomption de leur orientation sexuelle déclenchait l’agressivité de leurs agresseurs ; en 2009 de nombreuses agressions à l’encontre de lesbiennes sont à déplorer en France.

Les Trans. aussi sont discriminés et agressés, qu’ils ou elles transitionnent pour se revendiquent femme ou homme ou encore s’affranchissent du genre. Les stéréotypes ont la vie dure !

Dans beaucoup de pays,  la situation des femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle ou identité de genre,  est encore plus critique, viols systématiques dans les pays en guerre,  crimes d’honneur, assassinats.

Pour l’indépendance et la liberté des  femmes du monde entier, le Centre LGBT Paris IdF conscient de ce que les luttes LGBT doivent aux luttes féministes et convaincu de la nécessité de lutter aussi contre le sexisme pour faire reculer les LGBTphobies, participera cette année encore à la manifestation unitaire du Collectif National du Droit des Femmes le lundi 8 mars 2010.

Non, votre féminisme n’est pas nouveau !

Non, votre féminisme n’est pas nouveau !

 

8 mars, Journée internationale des femmes oblige, laissons de côté quelques instants nos combats LGBT. La moitié ou à peu près de l’humanité mérite tout de même bien ça !

 

Depuis toujours récupéré, dévoyé, dévalorisé, parfois même ridiculisé, le féminisme est bel et bien toujours pertinent pour changer les relations entre les êtres et espérer un jour vivre dans un monde plus égalitaire et apaisé.

 

L’égalité n’est pas une alternative, c’est une impérieuse nécessité ; n’est-il pas extravagant qu’au xxie siècle elle ne soit toujours pas achevée ?

 

Le 8 mars est organisée une manifestation à laquelle participeront de nombreux groupes féministes, mais aussi associations et quelques partis politiques. La plate-forme revendicative est accessible sur le site du Collectif national des droits des femmes (CNDF) : monde du travail – inégalité des salaires, 80 % des travailleurs pauvres, plafond de verre… –, représentativité politique, sexualité et contraception, santé, violences et viols, prise en compte des revendications lesbiennes…

 

Le CNDF est un collectif, le mouvement des femmes n’a d’ailleurs jamais été uniforme : entre psy et po (psychanalyse et politique) et les femmes de l’extrême gauche, ça n’a jamais été le grand amour et les lesbiennes n’ont pas toujours non plus été accueillies bras ouverts ! Au sein d’un collectif se confrontent des positions parfois divergentes, ce qui permet d’apprendre des autres et d’évoluer, à condition toutefois d’adhérer aux fondamentaux fondateurs.

 

Une « nébuleuse alternative » constituée de groupuscules et individus en appelle à « un nouveau féminisme » et propose une autre manifestation que celle du CNDF. Par nature curieuse, j’ai voulu comprendre les raisons d’un tel besoin de séparation et de visibilité ; alors j’ai comparé leurs revendications avec celles de la plate-forme du CNDF. J’ai aussi consulté leurs échanges sur le groupe Internet « Un nouveau féminisme est possible » et j’y ai retrouvé, sans surprise, quelques militants de la nébuleuse des alternatifs « pro-sexe » ou « sexe positif ».

 

Quel bilan tirer de la comparaison des revendications ? Si on les survole, elles sont similaires : contre l’oppression, l’appropriation du corps des femmes, l’injonction aux normes, aux rôles ; contre les violences, le viol, les violences conjugales ; contre la précarisation des femmes, les différences de salaire ; contre la sous-représentation politique des femmes ; pour la sauvegarde de la gynécologie médicale, l’IVG… Je précise que toutes ces revendications m’agréent à 100 %.

 

La « nébuleuse alternative » s’intéresse peut-être plus – et à juste titre – aux questions de choix de sexe, genre et sexualité. Indéniablement, beaucoup de féministes sont éloignées des questions trans ; pourtant, des trans sont devenues, deviendront des femmes, d’autres ne veulent pas être assimilées au genre masculin, d’autres encore veulent s’affranchir du genre.

Notre « nébuleuse alternative » insiste aussi sur les problèmes des femmes « racialisées » ; étrange expression tout de même, si l’on considère qu’il n’existe qu’une seule race, la race humaine. J’ai un peu de mal à imaginer que le CNDF et la Marche Mondiale des Femmes ne soient pas convaincu de la nécessité de lutter contre le racisme et surtout de l’exigence d’inclure plutôt que de parler en leur nom les femmes de couleur, les femmes immigrées qui doivent enfin avoir voix au chapitre pour dénoncer leur double, voire triple oppression !

Je comprends aussi que les membres de la « nébuleuse alternative » reprochent au CNDF d’exclure des individus ou groupes du cortège du 8 mars. L’exclusion n’est peut-être pas une réponse adaptée en effet, mais ce sont en partie les mêmes qui veulent chasser Gaylib (les LGBT de l’UMP) de la Marche des Fiertés LGBT ! Comprend qui peut…

À condition d’adhérer aux principes fondamentaux de la plate-forme revendicative et de ne pas trahir les principes fondateurs de la lutte, quelles que soient par ailleurs leurs différences politiques et stratégiques, tous ceux qui défendent les droits des personnes LGBT et ne s’opposent pas à l’égalité des droits ne doivent-ils pas pouvoir participer à la Marche des Fiertés, et tous ceux qui défendent les droits des femmes pouvoir défiler à la manifestation féministe du 8 mars ? Je crois bien que si.

 

Nous venons de le vérifier, les revendications convergent. Reste une question à élucider : la « nébuleuse alternative » contrevient-elle aux principes fondamentaux du féminisme ?

Il faut persévérer un peu, au bout de la liste des revendications, je crois bien avoir trouvé la raison de la vindicte des féministes à leur encontre : « Parce que nous subissons de front la loi sur la sécurité intérieure (LSI). Parce qu’on nous dit qu’on ne peut pas faire ce qu’on veut de nos corps et de nos vies. Parce que les prostituéEs sont criminaliséEs, harceléEs, violentéEs. Parce que ce sont d’abord elles et eux qui sont précariséEs et misEs en danger par la pénalisation des clients. Parce que c’est la loi sur le racolage et la clandestinisation supplémentaire des étrangères qui sont dangereuses, pas le travail du sexe quand il est choisi, et s’il est autogéré et protégé par le droit commun. »

Cette phrase indique sans ambiguïté que des « travailleurs du sexe » sont membres du groupe et que ce groupe revendique la réglementation de la prostitution.

 

Les travailleurs du sexe qui s’expriment notamment au travers du Syndicat des travailleurs du sexe (STRASS) affirment qu’ils se prostituent librement ; ce sont majoritairement des hommes « biologiques », également quelques trans femmes (M to F), mais plus rares sont les prostituées femmes « biologiques » ou les trans masculins (F to M) en leur sein.

Ces travailleurs du sexe sont particulièrement doués en matière de communication et avec quelques prostituées de luxe, escortes filles et garçons, sur Internet, ils monopolisent l’attention des médias sur la question ; rien de bien surprenant en cela, ils ravissent la bonne conscience de beaucoup d’hommes, allez disons-le, qui rechignent à questionner leur rapport à l’autre dans le domaine du sexe et plus généralement de l’intime.

À l’inverse, les esclaves modernes que sont les prostituées en provenance des pays de l’Est ou d’Afrique notamment ou les gamins gay mis à la porte de chez eux et n’ayant pas d’autre alternative pour survivre n’intéressent guère les médias car lorsqu’ils s’expriment, c’est pour raconter leur cauchemar, à des années-lumière de tout glamour ! Il faut avoir entendu ces garçons raconter leur histoire ; ces filles qui n’ont aucune échappatoire car leurs familles sont menacées, décrire jusqu’à la nausée les violences subies, la drogue et l’alcool, elles enchaînent les passes, leurs conditions de vie sont lamentables et beaucoup sont assassinées dans l’indifférence générale.

 

J’ai visionné récemment un documentaire sur la prostitution sur Arte, j’ai bien écouté les prostituées « volontaires », toutes rêvent d’en sortir, l’une de celles qui dit s’être librement prostituée confiait sans ciller être actuellement amoureuse et donc ne plus se prostituer ! Tiens donc, mais pour quelle raison, s’il s’agit comme le prétendent les travailleurs du sexe, d’un métier comme un autre ? En France, 92 % des prostituées veulent en sortir, mais ce sont les 8 % de « volontaires » qui fascinent les médias ! En outre, creuser un peu leur discours, c’est vite comprendre que pour beaucoup d’entre elles, la prostitution fait office de thérapie paradoxale pour tenter de dépasser un traumatisme, le plus souvent des violences sexuelles dans l’enfance.

Sans même questionner le caractère « volontaire » proclamé par quelques prostitué(e)s, pour un ou une prostitué(e) « volontaire », combien de centaines de prostitué(e)s forcé(e)s ?

 

Si tout le monde est bien convaincu de la nécessité de ne pas stigmatiser les prostitué(e)s, mais plutôt de lutter contre les violences et discriminations commises à leur encontre, en revanche, les avis divergent sur les modalités pour y parvenir et sur leur finalité.

Pour quelles raisons les « pro-sexe » et pro-prostitution plus généralement ne disent-ils jamais que les féministes sont favorables à la poursuite des proxénètes et des industriels du sexe, également des clients (sans client, pas de marché), mais pas du tout à la poursuite des prostitué(e)s ? Ils ne parlent jamais non plus de l’expérience des féministes australiennes qui se sont battues pour réglementer la prostitution et le regrettent aujourd’hui, le bilan étant désastreux.

La légalisation de la prostitution, une expérience sociale qui a échoué en Australie : http://sisyphe.org/spip.php?article723

En fait, ils ne donnent que peu d’arguments, jamais de chiffres, ils se contentent de nier en bloc, de prétendre que les abolitionnistes et les féministes en particulier sont malhonnêtes et n’ont rien compris. Seulement voilà, il faut juste les croire sur parole !

 

Ce que je trouve plus accablant encore, c’est que des universitaires, des chercheurs, sans surprise très majoritairement masculins, sont de fervents adeptes de la réglementation et de la banalisation de la prostitution ; ceux-là devancent ou cautionnent les mouvements pro-réglementation.

Du haut de leurs privilèges, ils défendent notamment qu’il n’est pas pire de se prostituer que de se faire exploiter dans des emplois « classiques ». Bien sûr, ils ne s’intéressent qu’à la prostitution « choisie », balayent tout le reste d’un revers de la main, et surtout font comme s’ils ne savaient pas que l’argent facile du ou de la prostituté(e) est aussi l’argent qui les détruit, l’argent qu’il faut pour payer toutes les substances et autres artifices nécessaires pour tenir sur la longueur et que les « carrières » ne durent pas ! Plus grave encore, ils ignorent les conclusions des rapports établis par les pays qui ont adopté la légalisation. L’objectif premier de la réglementation consiste à soustraire les industries du sexe au crime organisé ; ces rapports révèlent pourtant clairement que le contrôle des mafias et du crime organisé sur ces industries est, après réglementation, pire que jamais ; également qu’il n’est plus possible de faire la chasse à la prostitution forcée, car interdire le trafic tout en autorisant la prostitution revient exactement au même que vouloir interdire la traite tout en autorisant l’esclavage !

 

Face à une telle mauvaise foi, je finis par me demander à qui profitent de telles positions et qui les finance ? Une amie, jeune chercheuse, m’a récemment confiée avoir voulu entreprendre une thèse féministe sur la prostitution : elle a fini par abandonner, sa directrice de thèse ayant été menacée.

 

En France, c’est donc la guerre entre partisans de la réglementation et ceux de la prohibition et quelque chose me dit que les féministes de la manifestation unitaire du 8 mars ne défendent pas les intérêts des industries du sexe, prostitution comprise, qui drainent sans complexe les capitaux néocoloniaux et exploitent souvent jusqu’à la mort des femmes, parfois des garçons, du monde entier, toujours plus nombreux et plus jeunes.

 

C’est indéniable, défendre les industries capitalistes et mondialisées du sexe ne fait pas partie des fondamentaux du féminisme, n’en déplaise aux partisans « pro-sexe » !

 

Les « pro-sexe » prétendent que les féministes subissent une influence religieuse et morale ou encore qu’elles sont dépassées, qu’il s’agit d’une question de génération. Pourtant, de très jeunes féministes sont abolitionnistes et certains « pro-sexe » ont amplement passé soixante ans !

En réalité, ce sont tout à la fois une conscience aiguë de l’oppression des femmes et de la domination masculine, également une remise en question des mythes naturalistes relatifs à la sexualité et surtout une forte conscience de classe qui motivent leur position. Yolande Geadah l’a fort bien résumé : « La morale puritaine bourgeoise, inspirée du christianisme, selon laquelle l’idéal féminin réside dans la virginité ou la maternité, interdit les relations sexuelles libres pour les femmes, mais tolère ou encourage la prostitution pour assouvir les besoins sexuels des hommes célibataires tout en préservant la chasteté des jeunes filles de bonne famille. » Ce n’est pas par hasard si Christine Boutin est favorable aux maisons closes !

 

Les féministes et pro-féministes refusent la forme ultime de l’exploitation de l’homme par l’homme ou de la femme par l’homme (sans oublier la prostitution gay). Je ne peux m’empêcher de citer ici un fameux philosophe du xixe siècle, insoupçonnable d’une quelconque influence religieuse : « Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange, de trafic et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc. – où tout enfin passa dans le commerce. C’est le temps de la corruption générale, de la vénalité universelle, ou, pour parler en termes d’économie politique, le temps où toute chose, morale ou physique, étant devenue valeur vénale, est portée au marché » (Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847, cité par Richard Poulin dans La Mondialisation des industries du sexe). Édifiant, non ?

 

Ce sociologue canadien qui déclare « La prostitution prétendument “libre” relève du libéralisme et non de la liberté » a également observé que les victimes de la prostitution sont dans leur immense majorité des femmes et des enfants issus « de couches sociales défavorisées, aux revenus précaires et limités, de minorités ethniques, de groupes indigènes, de réfugiés, d’immigrants clandestins, du tiers monde, des pays déstructurés par leur transition vers l’économie capitaliste ».

 

Nous comprenons mieux pourquoi notre « nébuleuse alternative » ne peut déployer ses banderoles pro-prostitution dans le cortège féministe du 8 mars. Ce jour est la Journée internationale du droit des femmes : drôle d’idée tout de même que de vouloir intégrer un cortège féministe pour revendiquer le droit de se prostituer alors que l’écrasante majorité des prostitués sont des femmes qui exercent sous la contrainte ! Si la question de la prostitution devait être abordée lors de cette manifestation, ce serait pour dénoncer les industries du sexe, les mafias, les trafics, les profits des patrons de maisons closes, les violences, les viols, la drogue…

 

Personnellement, je trouve que le modèle suédois qui sanctionne toute forme de proxénétisme et tout achat de services sexuels, mais n’inquiète jamais directement les prostitué(e)s qui peuvent ainsi porter plainte sans risque pour des faits de violences ou des viols, constitue peut-être bien l’une des meilleures réponses existantes. Reste peut-être à étudier mieux encore la question et les solutions à mettre en œuvre chez nous.

 

Aussi, quel étrange mélange des genres de se revendiquer « pour un féminisme qui refuse de voir son discours récupéré à des fins racistes, qui sache se démultiplier, concevoir l’émancipation sous toutes ses formes, et se revendique aussi des féminismes anticolonialiste, pro-sexe, trans et lesbiennes » ? Qu’ont donc en commun les théories anticolonialistes et les assertions des « pro-sexe » et pour quelles obscures raisons s’arrogent-ils l’exclusivité ou la spécificité des luttes antiracistes ? Peut-on m’expliquer en quoi défendre les droits des lesbiennes et ceux des trans serait lié aux théories « pro-sexe » ? Comme des milliers d’autres, je suis lesbienne, féministe, je défends ardemment les droits des trans, plus généralement des personnes LGBT, je combats toute forme de racisme, les discriminations vécues par les personnes handicapées me révoltent aussi… et pourtant, les préoccupations « pro-sexe » au mieux m’indiffèrent et souvent m’exaspèrent !

 

Tout ceci ne relève-t-il pas d’une forme de mystification qui n’a de progressiste ou révolutionnaire que le nom ? Que ce soit en matière de prostitution où je rejoins Yolande Geadah (« Les réglementaristes acquiescent, sciemment ou non, au célèbre adage thatchérien : “Je ne connais pas de société, je ne connais que des individus” ») comme dans tous les autres domaines d’ailleurs.

Face aux théories, événements, comportements, productions, créations qualifiés de « pro-sexe », je reste souvent perplexe, rarement séduite.

 

Tout d’abord, se revendiquer « pro-sexe » sous-entend nécessairement que d’autres sont contre. Mais qui sont donc ces autres ? L’Église, la bourgeoisie, les générations précédentes ? Il y a longtemps que les apôtres de la pudibonderie ont perdu la bataille ! Pourquoi alors ce besoin de promouvoir le sexe ; serait-il menacé ? Il me semble pourtant que le sexe est à l’aise partout, omniprésent dans les programmes télé, au cinéma, dans la rue, sur les affiches ; les enfants y sont désormais confrontés dès leur plus jeune âge… Partout des incitations à jouir sans entraves, jusque dans nos assiettes avec tous ces aliments et compléments alimentaires aphrodisiaques dont on nous rebat les oreilles. Mais quels sont donc les problèmes des « pro-sexe » avec le sexe pour être ainsi dans la surenchère et s’imaginer être plus libres, créatifs, émoustillants et exaltants que les autres et que produisent-ils donc de si alléchant ?

 

Toujours motivée par ma curiosité, les performances « artistiques » que j’ai pu découvrir relèvent, à de rares exceptions près, de l’amateurisme le plus déplaisant ; le propos y est somme toute assez pauvre, le jeu des acteurs très approximatif. Que l’on souhaite s’amuser en privé, je comprends et alors tout est bon à prendre, mais capturer un public et lui faire payer un droit d’entrée pour de bien piètres prestations, j’ai plus de mal à suivre. Les films porno quant à eux sont souvent déconcertants, parfois même d’une tristesse et d’une laideur confondantes, les corps sont ultra-instrumentalisés, plus les godes sont énormes et les situations glauques, mieux c’est ! Les soirées sex-club sont promues comme un must incontournable et terriblement in. En réalité, il ne s’agit que de reproduire ce qui se joue dans n’importe quel sex-club depuis des décennies : esclave sexuel tenu en laisse, voyeurisme, exhibition, artifices et instruments, pratiques sadomaso… Bien entendu, certains produits sont mieux aboutis et plus convaincants que d’autres et soyons clair, je ne porte aucun jugement moral sur tout ceci : élevée par des parents athées, je considère que chacun choisit sa sexualité et les pratiques qui lui conviennent à partir du moment ou tout se passe entre adultes consentants, mais je n’ai toujours pas compris ce que tout ceci pouvait bien avoir de particulièrement excitant, encore moins de nouveau et surtout de subversif !

 

À vrai dire, l’univers « pro-sexe » m’inspire au mieux un sévère ennui, au pis je perçois tant de souffrances et d’entraves dans ce qui nous est montré à voir et entendre par certains et surtout certaines que je crois comprendre ce qui se joue là en réalité mais ne se dit pas, ne se discute jamais. Ceci me bouleverse et m’intéresse infiniment plus.

Ce qui nous est vendu là, car c’est aussi un business ne nous y trompons pas, pour être une géniale débauche de sexe ultradécomplexé et en toute convivialité, me conduit à me demander jusqu’où les « pro-sexe » iront dans une forme de thérapie financée par un public quelque peu naïf et généreux, prêt à soutenir, avec beaucoup d’indulgence, ce que produit sa communauté !

 

Allez, j’ose le dire, le sexe est en effet génial, comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs, mais celui qui me comble et me trouble, c’est celui que je partage avec l’autre que je ne perds jamais de vue dans sa globalité, celui qui peut avec le moins d’artifices et de mise en scène possible nous transporter ; pas étonnant que les performances « pro-sexe » me déçoivent le plus souvent. Je ne leur en veux bien sûr pas pour ça, mais parce qu’ils prétendent ériger en nouveaux standards de la sexualité et de la jouissance moderne et subversive leurs modèles tristes et glacés à pleurer ; fort heureusement pour eux, beaucoup de personnes LGBT ont un humour, une patience et une solidarité à toute épreuve et réclament rarement un remboursement !

 

À peine connues et déjà dépassées, les théories « pro-sexe », malgré mon agacement, ne méritaient peut-être pas autant d’attention, d’ailleurs, de nos jours c’est le mouvement « no sex » qui les supplante ! Oui, l’alternance en quelque sorte, trop de pression à consommer du sexe conduit, par opposition, les adeptes du « no sex » à refuser tout échange sexuel et c’est furieusement tendance aux États-Unis.

En France, avec notre petit retard habituel, les « pro-sexe » exercent encore une fascination sur des personnes mystifiées par ce qui n’est rien d’autre que de la poudre aux yeux. Il est vrai qu’il n’est pas si facile de déconstruire de séduisantes théories apparemment révolutionnaires et admettre qu’elles peuvent se révéler réactionnaires.

N’est-ce pas terrible de réaliser notamment que les mafieux du crime organisé et les patrons des industries du sexe ne pouvaient pas rêver de meilleurs alliés ?

 

Non, votre féminisme n’est pas nouveau, il n’est tout simplement pas si féministe que ça !

 Christine Le Doaré