Alors, blasé-es ?

DSCF1454-150x150Pour vous, la Marche des Fiertés c’est : juste une marche de plus, plus la peine ou vous ne la manqueriez pour rien au monde ?

Les Marche des Fiertés d’Alger, de Dakar et du Caire n’auront pas lieu de sitôt.
Défiler pour revendiquer des droits ou la fierté d’appartenir à une minorité reste impensable dans de nombreux pays.
Même en Europe, c’est loin d’être gagné partout.
En Russie, le défilé de Moscou n’est pas autorisé et la poignée de manifestants qui s’acharne dans un contexte associatif divisé à se rassembler, s’expose à la fois aux violences policières et à la vindicte des opposants !

L’Union Européenne a légiféré pour protéger le droit de rassemblement des minorités, pourtant dans beaucoup de pays de l’est, défiler sans risque reste une gageure !
Participer, au sein d’une délégation de l’ILGA-Europe, à la gay pride de Budapest l’an dernier, c’était traverser une ville en compagnie d’une horde d’opposants et sous une pluie d’œufs pourris, de pierres et de cannettes de bière.
A la Baltic Pride de RIGA du 17 mai dernier, c’était défiler dans un parc et deux des quatre rues qui en font le tour, dans un quartier complètement fermé et sous haute protection policière.
Dans tous les cas, c’est se confronter à des environnements hostiles et prendre conscience que le chemin sera long avant que les LGBT d’Europe et à fortiori du monde entier, ne défilent partout, en toute liberté et sécurité.

A RIGA, cette année encore, la manifestation, en réalité un rassemblement d’environ 600 personnes, d’abord autorisée par la Mairie, a ensuite été annulée sous la pression d’une majorité des conseillers municipaux. L’association Mozaïka a saisi en référé le tribunal administratif qui a jugé que la Mairie portait atteinte à la liberté de rassemblement et autorisé la manifestation.
La stratégie de Mozaïka est exemplaire, l’association bénéficie du soutien diplomatique des ambassadeurs, des ONG telles qu’Amnesty International ou l’ILGA-Europe ; elle exige l’application des directives européennes et obtient une protection policière efficace lorsque justice lui est rendue.

En revanche, le saisissant face à face de part et d’autre des grilles du parc, entre les pacifiques manifestants LGBT et la horde de contre-manifestants qui a brutalement surgi à l’heure de la manifestation, n’aurait jamais dû se produire.
Vociférant des slogans haineux et brandissant d’odieuses pancartes, les opposants se pressaient contre les grilles du parc ; nombre d’entre eux filmaient dans le but d’exercer ensuite représailles et chantages et pensant ainsi décourager les personnes LGBT de s’afficher à l’avenir.

Cette contre-manifestation, pourquoi a-t-elle pu avoir lieu le même jour ? Pourquoi n’a-t-elle pas été dispersée ? N’est-il pas proprement scandaleux de laisser des fanatiques religieux et d’extrême droite ou même les dignes représentants d’une majorité bien pensante se rassembler pour nous menacer, insulter, intimider et agresser s’ils en ont l’occasion ?

Si nous éprouvons toujours le besoin de défiler une fois l’an pour affirmer la légitimité et fierté de notre orientation sexuelle ou identité de genre, c’est bien parce qu’il y a des lacunes en matière de prévention et d’éducation. Les autorités ne peuvent pas faire moins que de nous assurer une protection digne de ce nom et nous épargner de tels spectacles !
En France, le contexte nous est indéniablement plus favorable, ces dernières années, nous avons néanmoins déploré quelques incidents et même agressions, pendant la Marche.

D’année en année, des voix s’élèvent et mettent en doute l’utilité d’une marche revendicative alors que l’homphobie est désormais pénalisée et le Pacs entré dans les mœurs.
Est-il toujours opportun de marcher ?
Pour ma part, je considère que oui, l’égalité des droits reste un objectif à atteindre, en outre, les LGBTphobies ne vont pas disparaître de sitôt, enfin, nous ne sommes jamais à l’abri de retour-arrière politiques et sociaux.

Dans les pays ayant accordé le droit au mariage et à l’adoption aux personnes LGBT, la pride est néanmoins maintenue chaque année.

A Paris, j’ai l’intuition que nous continuerons longtemps de défiler fièrement et résolument, conscients des progrès accomplis mais vigilants et soucieux de devenir des citoyens en tous points égaux.



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