Fenêtre sur le monde

couv-TÊTU-163Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Je passais par le rayon journaux d’un centre commercial de Libreville, ville où j’exerce les métiers d’enseignant et d’animateur radio. Comme à mon habitude, je commençai à feuilleter machinalement des revues, quand mon attention fut captée par un titre assez évocateur: TÊTU. Ce magazine dont j’avais déjà entendu parler mais qu’il était difficile de trouver dans mon pays. Je suis Gabonais et bien qu’il n’existe aucune loi interdisant les pratiques homosexuelles, la stigmatisation des populations est encore extrême. C’est pourquoi je vis mon homosexualité de manière aussi discrète que paisible, loin du tourbillon sans limite des autres gays de la capitale, même si en intimité je m’assume totalement depuis plusieurs années.

Je m’empressai d’extraire l’exemplaire de la pile (il était rangé parmi des revues pornos) et d’y jeter un coup d’œil. C’était le numéro 163, nous étions en février 2011. Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur un magazine gay! Et ma surprise fut encore plus grande, lorsque je vis qu’il n’y avait aucun contenu à caractère sexuel: tout n’était qu’articles, reportages, interviews, tendances…

Séduit, je rangeai vite le numéro dans le reste de mes courses. Mais au moment de passer devant la caissière, je fus saisi de panique: j’appréhendais le moment où la caissière saisirait le magazine pour consulter le prix à travers le code barre; je la voyais déjà s’arrêter dessus, puis me jeter un regard insistant avant de me lancer: « Mon frère, faut pas lire ce genre de livre, Dieu n’aime pas ça! C’est de l’abomination »… Mais, ouf! Il n’en fut rien. C’est à peine si elle s’y était attardée.

Je rempilais donc vite fait mes courses et me précipitais vers la sortie, le coeur haletant mais soulagé. Très vite, je sautais dans le premier taxi, impatient d’arriver chez moi, loin des regards indiscrets, afin de lire calmement TÊTU et découvrir ce qu’il pouvait me dévoiler : rubrique sur les activités des associations LGBT à travers le monde, portraits de militaires gays qui s’assument ou non, reportages instructifs et motivants.

Depuis le magazine n’est plus disponible à Libreville puisque plus aucun kiosque ne le propose. Mais je continue à suivre le TÊTU sur le site internet.

Marcellin, 34 ans

Un commentaire

Mon frère,
Je suis au Cameroun et je n’ai pas encore eu le courage de m’en procurer un. Heureusement il y’a internet

Écrit par mecmortel le 10 décembre 2012 à 22:26

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