“Il faisait chaud en cette journée de juillet 1995 et la chaleur se faisait d’autant plus ressentir que l’audience pour laquelle j’étais venu en déplacement à Lyon avait duré plus longtemps que prévu. Moi, jeune avocat de 25 ans, condamné à prendre le dernier vol, je devais alors attendre 3 heures à l’aéroport et je n’avais pas envie de me plonger dans le dossier que j’avais emporté avec moi. Robe (d’avocat) sous le bras, je me dirige vers le kiosque presse de Satolas où j’attrape difficilement le premier numéro de TÊTU, haut perché dans le rayon pornographique, faisant tomber des revues X gay voisines et m’attirant ainsi le regard réprobateur du buraliste et d’une grand-mère.
Attablé au bar j’ai feuilleté une à une les pages, tenant TÊTU en mains pour ostensiblement montrer la couverture à l’entourage. J’avais, je me souviens, le sentiment d’accomplir un acte militant en lisant cette revue dans un endroit public, comme s’il s’agissait de n’importe quel autre titre de presse. Il y a 17 ans c’était moins courant que maintenant… Assis dans l’avion entre deux passagers j’ai continué ma lecture, passant un peu vite je l’avoue sur les quelques photos coquines. Je me rappelle des coups d’oeil furtifs de mon voisin de droite qui semblait horrifié à la vue de celles-ci.
Au moment du passage du stewart pour le service des boissons, j’ai mis en évidence la couverture sur la tablette guettant une réaction de sa part … réaction qui, à ma grande déception, ne vint pas. Mon voisin de gauche m’a demandé la permission de le feuilleter et me l’a rendu avec ce sobre commentaire prononcé d’un air pincé: “intéressant”.
L’histoire se répète tout comme le magazine a su traverser l’époque: depuis mon premier TÊTU j’ai garde l’habitude de l’acheter dans les aéroports et de le lire dans des lieux publics, hommage au jeune militant que j’ai été, en cette chaude journée de juillet 1995.”
Louis, 41 ans
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