Family outing

172“Si je m’attendais à cela: acheter TÊTU au sortir du métro! Je suis la maman d’un jeune homme de bientôt 17 ans qui a eu le courage de me faire part de son attirance les hommes, il y a maintenant un an. Le choc a été amorti par le fait que je fréquente moi-même depuis longtemps des personnes homossexuelles et par le fait que je fais des études de psychologie: ça m’a obligée à avoir une posture d’ouverture et acceptation. Je sais (mais c’est encore un tabou) que son grand-père paternel est aussi homo. Le plus difficile semble, pour les plus jeunes comme mon fils, la honte ressentie et la peur d’être stigmatisé.

Je vois donc l’affiche de TÊTU, qui présente un “brave hétéro connu et souriant” en couverture qui nous dit “le vécu de l’exclusion”, et “s’être déjà senti comme un homo”: ça m’a l’air rassurant! Puis, en bas, à gauche, “je ne suis pas le seul gay de ma famille”: je me sens concernée. Donc je veux en savoir davantage.

Le magazine m’a l’air sérieux à ce moment. Je le demande donc au vendeur – non sans bafouiller :

“Vous auriez le TESTU présenté à l’extérieur du kiosque…? Ou peut-être TÊTU?”

Il rit de ma confusion, je ris aussi. Il me désigne toujours en souriant ce coin du kiosque où l’on trouve des tas de revues pornos. Je ris à nouveau… Pour masquer ma gêne. Je me dis qu’il est toujours bon d’aller à l’aventure, de s’ouvrir à l’inconnu… Mais bon, heureusement que l’humour et Jamel Debbouz sont au rendez-vous!

Toute excitée par ce “passage à l’acte”, j’appelle ma meilleure amie (nouvellement hétéro), pour l’informer de cet acte, que j’espère constructif. J’arrive chez moi, encore pendue à mon portable. Mon compagnon à qui je montre rapidement mon achat me signifie avec sa main droite que je suis folle. Gag: me voilà cachant vite fait le magazine dans ma chambre. Il ne s’agirait pas que mon fils le découvre!

Je commence à le lire, pas complètement mais déjà suffisamment pour apprécier et mon geste salutaire et le magazine : sensible, intelligent, léger, pas racoleur comme je le craignais… Je décide alors, très rapidement de témoigner ma reconnaissance. Et aussi de demander s’il est possible de faire distribuer ce magazine du côté de ceux dit “des gens normaux”: il serait temps de faire la part des choses entre orientation sexuelle générant une culture et une solidarité (aujourd’hui nécessaire) et perversion.

Je compte sur TÊTU pour que, si un jour mon fils est tenté de s’offrir ce magazine, il puisse le faire… sans honte. Merci d’exister.”

Nathalie, 42 ans

Témoignage paru dans le TÊTU n°174

Un commentaire

[...] » de Nathalie (Vincennes) dans TÊTU n°174 de février 2012 (le témoignage est aussi visible dans le blog Mon Premier TÊTU ndlr). C’est ta semaine, quel est ton coup de cœur/coup de gueule que tu veux partager? [...]

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