Numéro cadeau

TÊTU150“MON premier TÊTU, je l’avais acheté à Noël. Un cadeau de moi à moi. C’était en décembre 2009, donc le n°150. Quelle chance que mon premier soit ce numéro si exceptionnel… J’ai vu la couv et je me suis dit : « Ils sont trois en même temps sur la page, ça ne peut présager que du bon… ». J’étais allé faire mes courses de Noël à Bellecour (Lyon), dans le soir et le froid, je me dirigeais vers le métro, et puis je suis passé devant le kiosque de journaux et j’ai marqué un arrêt. Les bras chargés de sacs FNAC et Nature et Découvertes, je me suis approché et j’ai longuement regardé la sus-dite couv.

« Je le fais ou je le fais pas ? »

Pour moi, c’était l’instant ou jamais. Ce magazine était le seul lien, le seul îlot de gaytitude au milieu de l’océan de neutralité hétérosexuelle dans lequel je pataugeais inconfortablement. J’ai gardé mes sacs dans les bras, ce qui fait que j’ai dû un peu bousculer les piles de journaux en entrant dans le kiosque. J’ai regardé alentour, j’ai vu le TÊTU devant moi, mais j’ai quand même continué à chercher des yeux un peu partout, comme si je n’avais pas vu. Le vendeur a demandé au bout de vingt secondes :

« Je peux vous aider ?
- Euh… Non non, merci, je vais trouver… »

Mais quel couillon. Le magazine est là, sous ton nez. Prend-le. Allez. Prend-le vite. Quinze secondes s’écoulèrent encore… puis je me saisis du saint Graal et je le présente au vendeur. Je crois que j’ai peur. J’ai très peur. Le vendeur… Il va me regarder… Il va me juger… Je ne sais pas si je pourrai le supporter !

« Bonsoir, monsieur.
- Bonsoir ! Cinq euros.
- Voilà…
- Merci !
- Merci, au revoir.
- Au revoir, bon Noël ! »

Et ce fut tout. Quel con ! Mais quel con ! Comme si un vendeur en avait quoi que ce soit à foutre de ce qu’achètent les gens. Comme si les autres clients avaient forcément les yeux rivés sur ma pathétique personne. Comme si je devais avoir peur. Je rentre dans le métro. Je rentre chez moi. J’attends la fin du repas pour le lire dans ma chambre. Je monte dans ma chambre. Je me glisse dans le lit. Je lis.

Pas mal du tout ! Un magazine qui touche tous les aspects de la culture… Qui l’eut cru ? Je n’avais aucune idée de ce qu’il pouvait y avoir dans un magazine comme ça. Je découvre avec surprise toutes les rubriques : arts et culture (c’est important pour moi qui ne m’intéresse à rien), films, bouquins, fringues (intéressant), beaux mecs par paquets de douze, séries, chanteuses, dossier spécial témoignages (je l’ai lu en entier et mon coeur a fondu), ragots people (bof), villes de France, pornographie (oups!), interviews, jeux vidéo (le héros du jeu est bien gaulé ? c’est un jeu vidéo gay!) et surtout, SURTOUT, les chroniques !

Les gays et lesbiennes dans l’Histoire, enseignement qui DEVRAIT être connu de tous ! Journal d’Un Goujat, ou la sensibilité d’un homme simple et ses icones… Les boiboites de nuit, et ses photos marrantes. Et puis, aussi, In Bed With David, avec un mec qui a essayé de me faire croire, avec seulement 7% de LGBT en France, qu’un gay normal était capable de coucher avec d’autres CHAQUE MOIS… C’est cela, oui.

Et voilà.

Depuis ce jour, j’ai mieux cerné cette étrange facette de ma personnalité qui est d’être h-o-m-o. J’ai par la suite acheté mon premier film gay (Jamais sans toi) et je me suis beaucoup documenté sur la question. J’ai grandi. Je continue à aller acheter MON mag chaque mois, sans honte (mais dans un autre kiosque). Et ma vie est géniale.”

Eliot, 18 ans

4 commentaires

Content pour des jeunes comme Éliot que Têtu puisse être un outil d’information voire de formation pour cette jeunesse.

Seul petit bémol que je me permettrai de faire sur Têtu, comme il est vendu internationalement au Québec en l’occurence, je souhaiterais que la rédaction prenne en considération que ses lecteurs viennent aussi d’ailleurs. Quand verra-t-on des reportages mensuels sur ce qui se fait à l’extérieur de la France…

Écrit par Julesemile le 6 février 2012 à 13:21

Il y a 16 ans (1995), j’achetais le premier Tétu et je le suis resté.
Merci

Écrit par LasCasas le 6 février 2012 à 15:02

Je suis très heureux pour tous les jeunes…
moi 63 ans, et en plus étranger dans le Nord de France, je suis heureusement bi-langue , j’achète déjà à Gand lla ville de Charles Quint) depuis 1995 le têtu, même je ne comprends de temps en temps la moitié des mots…. mais ça m’a donné l’envie pour rester moi-même, fier d’être gay ,même dans mon travail comme chef-infimiers pendant 31 ans, j’ai véçu et jamais me cacher…et encore,. je fais tout le temps des belles rencontres avec des mecs dans les saunas de Lille, Gand et La Flandres Belges…..
Chez nous on peut tous comme gay, se marier, faire une adoption, demander l’euthanasie ou les soins palliatifs mieux que en France, 51 plus grand que la Belgique.
Quel pays en voie de développement la France en 2012…..et dire que on est dans le pays où les droits de l’homme sont inventés, mais pour moi peut-être par hasard, heureusement que Hazard joue chez le Losc….
Bonsoir mes compatriottes…..
..

Écrit par 'tchi Flamand le 6 février 2012 à 17:43

J’avais 24 ans en 1998 lors de ce premier achat dans un Tabac-presse à l’île de la Réunion. Ce fût mon premier choc culturel avant d’arriver à Paris quelques mois plus tard. Un magazine qui révélait enfin mon identité.

Écrit par Kila le 7 février 2012 à 22:23

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