Aire de départ

TEÌ‚TU-47---2“Juillet 2000, je vais avoir 15 ans dans quelques semaines, et, je ne le sais pas encore mais cet été va être celui des premières fois.

Comme tous les ans, mes vacances débutent par aller passer quelques jours chez mes grands-parents près d’Orléans mais cette année je vais prendre le train seul. Me voici donc à attendre sagement, sur un banc de la gare d’Austerlitz, le départ de mon train. Je suis face à un des nombreux kiosques à journaux et fixe l’affiche faisant la publicité de la sortie du dernier numéro de TÊTU. Ces affiches font mon bonheur depuis quelques mois car, comme certains se rincent l’œil sur les mannequins pour sous-vêtements de magazines d’achats par correspondance, moi je fantasme sur ses modèles qui font la une de ce magazine qui m’attire et me trouble.

Et si je l’achetais…comme ça…pour voir ?! Les questions se bousculent alors: et si je croise quelqu’un qui me connais ? Que va penser le vendeur quand je vais lui tendre le magazine, témoin de mes troubles d’adolescent ? Et s’il refuse de me le vendre parce que je suis trop jeune ? Mais je sens vraiment qu’il faut que je me lance. Je ne suis pas parisien et je ne croiserai plus jamais ce vendeur.

J’entre dans le kiosque, rouge et honteux comme un enfant qui s’apprête à voler un paquet de bonbon, et repère où se trouve le tas de magazines. Heureusement TÊTU n’est pas rangé avec les revues pornographiques (comme c’est encore trop souvent le cas!!). Je ressors de la boutique faisant mine de recevoir un coup de fil. J’attends qu’il n’y ait plus de client à l’intérieur pour entrer à nouveau. Non seulement je passe plusieurs fois devant TÊTU avant de le prendre mais je le cache entre deux autres magazines avant d’aller à la caisse. Le vendeur n’a bien entendu fait aucune remarque, ni jeté le moindre regard sur ma personne. J’ai rangé rapidement l’objet de toutes les convoitises dans mon sac. Je venais, pour la première fois, par cet acte (comme un rite de passage) de m’avouer à moi-même que j’étais homosexuel.

J’ai lu TÊTU dans les toilettes du train, comme un adolescent qui assume d’acheter mais pas encore de lire devant tout le monde, fasciné par l’ensemble des articles et l’ouverture d’esprit des journalistes… Et excité par les modèles et les quelques pages sur le porno. Il m’a été impossible de le prendre avec moi chez mes grands-parents de peur d’être découvert, donc je l’ai jeté dans la poubelle du train, mais persuadé que ce magazine allait me faire grandir.

Ce même été, je suis parti quelques semaines en Espagne, sans mes parents, et je suis tombé amoureux d’un garçon, pour la première fois. J’étais TÊTU pour de bon et j’aimais ça.”

Martin, 26 ans

Retour gagnant

TÊTUn°2“Mon premier TÊTU, il date du presque début de l’aventure du magazine. Cela s’est joué de peu qu’il fût le premier numéro. À la rentrée 1995, j’allais avoir 24 ans et je revenais d’un séjour de quelques mois en Afrique où j’avais vécu ma première véritable histoire d’amour avec un garçon. Après des années d’errance et de tâtonnement au sortir de l’adolescence, de périodes de refus de mon éventuelle sexualité, de relations furtives et vite oubliées, cette histoire m’avait profondément troublé puis construit, sans que je m’en aperçoive réellement. Une sorte d’évidence s’était faite en moi : de retour en France, encore ébloui par mon histoire, je ne voulais pas retomber dans ce déni et dans ce malaise avec moi-même.

Il m’était arrivé d’acheter auparavant des revues gay, en douce, dans les kiosques à journaux du quartier glauque de la gare de Bordeaux et de préférence tard la nuit. Mais là, maintenant réinstallé en ville, je me décidai à aller en pleine journée au kiosque situé place Gambetta, en plein cœur de la cité. Évidemment, il fallait fouiner dans la partie porno pour trouver ce que je cherchais et bien entendu j’avais l’impression que tout le monde me regardait. Mais en fin de compte, c’est très fier de moi que je me suis dirigé vers la caisse avec en main mon premier numéro de TÊTU, revue dont j’ignorais l’existence jusque là.

Le numéro 2. Je ne me rappelle plus bien de la couverture, en fait. Mais ce dont je me souviens, c’est que je me suis dit : « Tiens, ce journal a l’air différent. » Et c’est cela, surtout, qui m’avait plu. C’était différent. C’était comme moi.”

Nicolas, 40 ans

Relation particulière

TÊTU170“J’ai 20 ans et cela fait à peu près 5 ans que j’ai fait mon coming out mais pourtant je n’ai jamais participé à aucune Gay Pride ou autres associations LGBT. J’ai rencontré TÊTU il y a quelques mois. Oui je sais je parle de ce magazine comme un entité personnifiée parce que voilà: il m’aide à m’assumer et me dit que je ne suis pas seul, qu’il y a des situations d’homophobie pire dans le monde… Quand je lis TÊTU, je ressens cela comme une chance, une liberté que peu de citoyens du monde peuvent se vanter d’avoir.

J’ai souvent hésité à l’acheter, on me disait : « c’est un magazine pervers, asocial », mais c’est en fait c’est un magazine timide, voire pudique, qui ne fait pas beaucoup parler de lui et qui quand on l’ouvre nous sort tout son coeur, et sa sympathie.

Cette histoire d’amour commence dans la petite gare de ma ville, dans l’Allier (03). Ayant un voyage de 4 heures pour arriver à Paris en train je me décide à aller au magasin de presse de la gare pour prendre ce fameux TÊTU dont j’avais fait la connaissance 2 mois avant sur la page Facebook. C’est l’air timide que je lutte pour trouver ce magazine mais après 5 minutes de recherches je parviens à poser les yeux sur lui : il était en haut avec les revues pornos… Allez savoir pourquoi !

J’avais de la chance, c’était le premier numéro de la nouvelle formule (je n’ai pas connu l’ancienne) avec ce beau Emmanuel Moire. Avide d’histoires gays, de minets de mon âge, et d’infos sur le monde, je me suis plongé dedans pendant ces 4 heures. Je me suis délecté de ce fabuleux nectar de riches informations au contenu et anecdotes drôles et crues comme par exemple les chroniques de Patrick Thévenin, je les adores! J’ai aussi bien apprécié les rubriques “Sexo”, et “15-20ans”. Maintenant je ne peux plus me passer de ma Bible gay… Patrick je suis ton fan !

Depuis, je participe aussi sur le site Internet, où je donne mon avis sur les diverses actualités. Voilà je tenais sincèrement à faire vivre cette communauté – que dit-je – MA communauté. En laissant la marque de mon soutient et de mon affection à TÊTU.”

Romain, 20 ans

Family outing

172“Si je m’attendais à cela: acheter TÊTU au sortir du métro! Je suis la maman d’un jeune homme de bientôt 17 ans qui a eu le courage de me faire part de son attirance les hommes, il y a maintenant un an. Le choc a été amorti par le fait que je fréquente moi-même depuis longtemps des personnes homossexuelles et par le fait que je fais des études de psychologie: ça m’a obligée à avoir une posture d’ouverture et acceptation. Je sais (mais c’est encore un tabou) que son grand-père paternel est aussi homo. Le plus difficile semble, pour les plus jeunes comme mon fils, la honte ressentie et la peur d’être stigmatisé.

Je vois donc l’affiche de TÊTU, qui présente un “brave hétéro connu et souriant” en couverture qui nous dit “le vécu de l’exclusion”, et “s’être déjà senti comme un homo”: ça m’a l’air rassurant! Puis, en bas, à gauche, “je ne suis pas le seul gay de ma famille”: je me sens concernée. Donc je veux en savoir davantage.

Le magazine m’a l’air sérieux à ce moment. Je le demande donc au vendeur – non sans bafouiller :

“Vous auriez le TESTU présenté à l’extérieur du kiosque…? Ou peut-être TÊTU?”

Il rit de ma confusion, je ris aussi. Il me désigne toujours en souriant ce coin du kiosque où l’on trouve des tas de revues pornos. Je ris à nouveau… Pour masquer ma gêne. Je me dis qu’il est toujours bon d’aller à l’aventure, de s’ouvrir à l’inconnu… Mais bon, heureusement que l’humour et Jamel Debbouz sont au rendez-vous!

Toute excitée par ce “passage à l’acte”, j’appelle ma meilleure amie (nouvellement hétéro), pour l’informer de cet acte, que j’espère constructif. J’arrive chez moi, encore pendue à mon portable. Mon compagnon à qui je montre rapidement mon achat me signifie avec sa main droite que je suis folle. Gag: me voilà cachant vite fait le magazine dans ma chambre. Il ne s’agirait pas que mon fils le découvre!

Je commence à le lire, pas complètement mais déjà suffisamment pour apprécier et mon geste salutaire et le magazine : sensible, intelligent, léger, pas racoleur comme je le craignais… Je décide alors, très rapidement de témoigner ma reconnaissance. Et aussi de demander s’il est possible de faire distribuer ce magazine du côté de ceux dit “des gens normaux”: il serait temps de faire la part des choses entre orientation sexuelle générant une culture et une solidarité (aujourd’hui nécessaire) et perversion.

Je compte sur TÊTU pour que, si un jour mon fils est tenté de s’offrir ce magazine, il puisse le faire… sans honte. Merci d’exister.”

Nathalie, 42 ans

Témoignage paru dans le TÊTU n°174

Numéro cadeau

TÊTU150“MON premier TÊTU, je l’avais acheté à Noël. Un cadeau de moi à moi. C’était en décembre 2009, donc le n°150. Quelle chance que mon premier soit ce numéro si exceptionnel… J’ai vu la couv et je me suis dit : « Ils sont trois en même temps sur la page, ça ne peut présager que du bon… ». J’étais allé faire mes courses de Noël à Bellecour (Lyon), dans le soir et le froid, je me dirigeais vers le métro, et puis je suis passé devant le kiosque de journaux et j’ai marqué un arrêt. Les bras chargés de sacs FNAC et Nature et Découvertes, je me suis approché et j’ai longuement regardé la sus-dite couv.

« Je le fais ou je le fais pas ? »

Pour moi, c’était l’instant ou jamais. Ce magazine était le seul lien, le seul îlot de gaytitude au milieu de l’océan de neutralité hétérosexuelle dans lequel je pataugeais inconfortablement. J’ai gardé mes sacs dans les bras, ce qui fait que j’ai dû un peu bousculer les piles de journaux en entrant dans le kiosque. J’ai regardé alentour, j’ai vu le TÊTU devant moi, mais j’ai quand même continué à chercher des yeux un peu partout, comme si je n’avais pas vu. Le vendeur a demandé au bout de vingt secondes :

« Je peux vous aider ?
- Euh… Non non, merci, je vais trouver… »

Mais quel couillon. Le magazine est là, sous ton nez. Prend-le. Allez. Prend-le vite. Quinze secondes s’écoulèrent encore… puis je me saisis du saint Graal et je le présente au vendeur. Je crois que j’ai peur. J’ai très peur. Le vendeur… Il va me regarder… Il va me juger… Je ne sais pas si je pourrai le supporter !

« Bonsoir, monsieur.
- Bonsoir ! Cinq euros.
- Voilà…
- Merci !
- Merci, au revoir.
- Au revoir, bon Noël ! »

Et ce fut tout. Quel con ! Mais quel con ! Comme si un vendeur en avait quoi que ce soit à foutre de ce qu’achètent les gens. Comme si les autres clients avaient forcément les yeux rivés sur ma pathétique personne. Comme si je devais avoir peur. Je rentre dans le métro. Je rentre chez moi. J’attends la fin du repas pour le lire dans ma chambre. Je monte dans ma chambre. Je me glisse dans le lit. Je lis.

Pas mal du tout ! Un magazine qui touche tous les aspects de la culture… Qui l’eut cru ? Je n’avais aucune idée de ce qu’il pouvait y avoir dans un magazine comme ça. Je découvre avec surprise toutes les rubriques : arts et culture (c’est important pour moi qui ne m’intéresse à rien), films, bouquins, fringues (intéressant), beaux mecs par paquets de douze, séries, chanteuses, dossier spécial témoignages (je l’ai lu en entier et mon coeur a fondu), ragots people (bof), villes de France, pornographie (oups!), interviews, jeux vidéo (le héros du jeu est bien gaulé ? c’est un jeu vidéo gay!) et surtout, SURTOUT, les chroniques !

Les gays et lesbiennes dans l’Histoire, enseignement qui DEVRAIT être connu de tous ! Journal d’Un Goujat, ou la sensibilité d’un homme simple et ses icones… Les boiboites de nuit, et ses photos marrantes. Et puis, aussi, In Bed With David, avec un mec qui a essayé de me faire croire, avec seulement 7% de LGBT en France, qu’un gay normal était capable de coucher avec d’autres CHAQUE MOIS… C’est cela, oui.

Et voilà.

Depuis ce jour, j’ai mieux cerné cette étrange facette de ma personnalité qui est d’être h-o-m-o. J’ai par la suite acheté mon premier film gay (Jamais sans toi) et je me suis beaucoup documenté sur la question. J’ai grandi. Je continue à aller acheter MON mag chaque mois, sans honte (mais dans un autre kiosque). Et ma vie est géniale.”

Eliot, 18 ans

Coup double

TÊTU32“16 ans, une grande envie de tout envoyer péter, de m’affirmer (une belle crise d’adolescence) et de montrer à quel point j’étais heureux d’être un pédé ! C’est passé par la cigarette, le joint, les cours séchés mais aussi par l’achat de t-shirts Adidas taille 10 ans, d’un rêve absolu de pouvoir porter des Buffalos (merci à mes amis de m’y avoir fait renoncer) et de l’achat de mon premier TÊTU !

Le tabac-presse (qui n’existe plus aujourd’hui) était situé sur cette petite place, pas loin du Palais des Expositions, prise en sandwich entre le Boulevard Risso et l’Avenue de la République. Combien de fois suis-je passé devant ? Une vingtaine de fois au minimum avant de décider à entrer.

Je le cherche aux côtés de Paris-Match, Voici, je ne le vois pas… Mais au fait ? Comment il est ? Logo ? Couleurs ? Je ne sais rien, je sais juste qu’il existe. Je continu à chercher, et je fais tous les rayons un par un. Toujours rien. Demander à la caisse ? Jamais de la vie ! Un seul rayon oublié, celui du X. Le rayon tout en hauteur, juste en face de ce gros vendeur, transpirant qui me regardait avec réprobation ! Je lève la tête et je regarde. Je tombe sur le TÊTU entre deux magazines pornos hétéros. Je regarde le gros vendeur, occupé à vendre un paquet de clopes, je lève ma main pour attraper le magazine. Il est là, entre mes mains!

“VEUILLEZ REPOSER CE MAGAZINE MONSIEUR ET SORTIR DU MAGASIN”

Je crois que je n’ai jamais eu aussi peur et honte de ma vie… Mais maintenant je connais le magazine, je l’ai vu de mes propres yeux, et je sais dans quel rayon il est!

Changement de tactique. Direction un relais-presse. Je rentre, tête baissée, me dirige vers le rayons pornos. Je le repère plus vite que la première fois, je le prends. J’attends la voix du vendeur me demandant de le reposer. Rien ! Le paiement se fait sans histoire. Je crois que le mec s’en foutait royalement que je sois homo… Grand bien lui fasse, il était devenu mon relais-presse de référence !

Le monde s’ouvrait à moi, ainsi que l’écriture. Je me confiais à TÊTU dans le magazine avec Amélie Moresmo en couverture. 13 ans de plus je me confie par mail.

Entre temps ? Une rupture avec TÊTU que je viens de retrouver avec la nouvelle formule ! Et cette fois-ci à côté de Paris-Match et Voici”

Julien, 32 ans

Plaisirs coupables

students 200La première fois que j’ai allumé une cigarette, j’avais 15 ans. Avec quelques garnements d’un collège sans histoire, nous étions persuadés de transgresser enfin, loin des regards culpabilisants des parents, des interdits. Le goût âcre de la première taffe, la nausée et l’odeur si difficile à voiler ensuite nous ont fait dire que nous ne recommencerions jamais. Bien sûr, j’ai recommencé.

La première fois que j’ai couché avec un garçon, j’avais 17 ans. Rencontré au hasard d’un site déjà vieillissant, je pensais enfin que le grand soir était arrivé. Les rapports humains relativement absents, la douleur limite insupportable, la peur et finalement la honte m’ont fait dire de ne jamais recommencer. Bien sûr, j’ai recommencé.

La première fois que j’ai voté, j’avais 19 ans. Enfin convaincu, enfin engagé, j’allais apporter ma pierre aux cours d’éducation civique. Réalisant que mon vote n’avait absolument rien changé à l’affaire et prenant à cÅ“ur mon échec politique je me suis juré de ne jamais recommencer. Bien sûr, j’ai recommencé.

La première fois que je suis tombé amoureux, j’avais 19 ans. CÅ“ur virevoltant, l’air plus léger et tout ça. La blessure narcissique stupide, s’emballer pour rien, le ridicule d’après coup m’ont convaincu de ne jamais recommencer. Bien sûr, j’ai recommencé.

La première fois que j’ai acheté Têtu j’avais 17 ans. Caché sous un manteau après avoir bafouillé quelques mots incompréhensibles au malheureux vendeur, il allait enfin me révéler tous ses secrets, que ses alléchantes couvertures me faisaient entrevoir. Au gré des pages, des photos et des articles, le frisson passé, je me suis dit que je n’avais pas appris grand chose et que somme toute je ne recommencerai jamais. Bien sûr j’ai recommencé. Et bien sûr, ce n’est pas fini.

Simon, 26 ans

Cette année là

tetu69C’est en 2002 que j’ai acheté mon premier TÊTU. J’avais à l’époque 15 ans et ma vie se résumait au schéma classique d’un lycéen de banlieue, coincé entre mes cours, mes camarades de classe, et les inévitables parents. Bien-sûr tout ne s’est pas fait d’un coup, et il m’a fallu du temps avant d’aller affronter le regard du kiosquier. Cette année est celle de mon coming-out, et par chance, les médias  commençaient à nous renvoyer une image positive de l’homosexualité, ou du moins c’est le sentiment que j’en avais à l’époque – peut-être parce que j’y faisais plus attention? J’écoutais alors en boucle la nouvelle chanson de Zazie, Adam et Yves, et suivais l’air de rien les aventures de Thomas dans Loft Story 2. Le soir je feuilletais avec attention le programme télé pour prévoir éventuellement l’enregistrement d’un téléfilm niais sur le coming-out d’un ado, en attendant que mes parents soient couchés pour surfer sur les forums de discussion AOL, Planet Gay…

Et puis il y a eu l’élection présidentielle avec Le Pen au deuxième tour. Événement marquant de la décennie, c’est surtout pour moi l’époque ou je fréquentais mon premier copain, qu’il fallait rejoindre en RER, préférant mes rendez-vous planqués aux manifs antifascistes auxquelles se rendaient mes copains de lycée. J’étais heureux de cette vie secrète. L’achat de mon premier TÊTU c’est un peu la conclusion de cette lente négociation avec moi même. A force de tourner autour du kiosque, de frissonner à cette idée, j’ai fini un jour d’été, la boule au ventre, par me décider à assumer mon achat. Le numéro juillet-août au titre fabuleux: Actif Passif, le match de l’été, dossier dont la lecture me laissa quelque peu perplexe (mais après tout les images se suffisaient à elles-mêmes). Et surtout, j’étais sûr d’une chose, j’étais gay et j’en étais fier. J’étais libre, enfin.

Mathieu, 25 ans