Complicité sur les bancs du lycée

lesnouveauxdelon“Mon premier TÊTU, je m’en souviens très bien. Je l’ai acheté dans une gare alors que je m’apprêtais à me prendre mon train après une longue semaine à l’internat. La couverture m’avait interpellé, trois hommes en la personne de Benoit Bouzekri, Hicham Nazzal et Salim Kechiouche y étaient sublimes. Mais je ne tiens pas m’éterniser sur mon cas.

En décembre 2011, il m’est arrivé une histoire assez particulière. Je sortais d’une grosse journée de cours et je rentrais chez moi. En chemin , je fis une halte dans la librairie qui se trouvait sur mon itinéraire. À l’intérieur, pas grand monde, une vieille dame au rayon feminin et un quinquagénaire qui achète des cigarettes. Dans cette librairie, j’y ai mes petites habitudes, chaque mois je viens y chercher le dernier numéro de TÊTU. C’est cette même habitude qui m’y avait fait entrer.

Je m’approchais donc du rayon de la presse masculine. TÊTU s’était longtemps trouvé coincé sur la plus haute étagère avec les revues pornographiques. Il avait fallu attendre l’arrivée d’une nouvelle propriétaire pour voir la revue atterrir à sa place actuelle. Le cover boy de ce mois-ci, Cyril Giustiniani, était magnifique. Je me mis à feuilleter le magazine. Après cela, je continue mon tour dans la librairie avec TÊTU dans la main, je me plonge alors dans la lecture d’un magazine sportif.

Alors que mon attention était posée sur un article sur le judo, je sens une main se poser sur mon épaule. Je me retourne et mon regard s’arrête sur un jeune gars, ce type ne m’est pas totalement inconnu. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de le croiser dans mon lycée. Il commence la discussion en balbutiant quelques mots, sa voix est à peine audible. Je ressens une certaine timidité de sa part. Face à ce léger malaise installé, je lui demande ce qu’il me veut. Il me répond après une longue hésitation si il était possible que j’achète TÊTU à sa place. Ma réponse ne se fait pas attendre et je lui dis oui. Il m’attendra dehors. Lire le reste de cet article »

Réveil militant

TÊTU185220298L’achat du premier TÊTU serait-il une étape incontournable dans la vie d’un homosexuel? Je ne peux pas prétendre que mon avis puisse être généralisé mais je pense sincèrement que c’est le cas. En premier lieu il y a la découverte de soi et l’acceptation de sa sexualité. Puis vient le temps du coming out, de parler à ses proches, famille et amis… Acheter TÊTU, c’est d’une certaine manière oser assumer sa différence aux yeux de la société, oser s’affranchir du regard de la vendeuse et des clients qui font la queue.

Quel homo n’a pas une fois lorgné sur les couvertures aguicheuses de TÊTU sans jamais ressortir du Point Presse avec le magazine en main? Ce fut mon cas de nombreuses fois. À chaque fois que je parcours les allées des revues, mon œil est inexorablement attiré par ces Apollons. Pire encore, il les cherche… Un instant de plaisir volé en quelques sortes.

Pour ma part j’ai franchi le cap TÊTU pas plus tard que la semaine dernière. Il faut dire que le coverboy du n°185 est particulièrement vendeur! Je n’ai pourtant aucune difficulté à assumer ma sexualité au grand jour. Mais dernièrement je me suis senti attaqué par les propos tenus par les opposants au mariage pour tous, cela m’a fait prendre conscience de ma fierté d’être homo. Jusqu’alors l’homophobie n’était qu’un concept auquel je n’avais encore jamais été confronté (tout le monde accepte mon orientation sexuelle dans mon entourage). Et voilà que je me suis senti la cible de jugements accablants très loin de tous les fondements de liberté et d’égalité qui me sont chers…et tout ça venant de la bouche de parfaits inconnus! Lire le reste de cet article »

Fenêtre sur le monde

couv-TÊTU-163Je m’en souviens encore comme si c’était hier. Je passais par le rayon journaux d’un centre commercial de Libreville, ville où j’exerce les métiers d’enseignant et d’animateur radio. Comme à mon habitude, je commençai à feuilleter machinalement des revues, quand mon attention fut captée par un titre assez évocateur: TÊTU. Ce magazine dont j’avais déjà entendu parler mais qu’il était difficile de trouver dans mon pays. Je suis Gabonais et bien qu’il n’existe aucune loi interdisant les pratiques homosexuelles, la stigmatisation des populations est encore extrême. C’est pourquoi je vis mon homosexualité de manière aussi discrète que paisible, loin du tourbillon sans limite des autres gays de la capitale, même si en intimité je m’assume totalement depuis plusieurs années.

Je m’empressai d’extraire l’exemplaire de la pile (il était rangé parmi des revues pornos) et d’y jeter un coup d’œil. C’était le numéro 163, nous étions en février 2011. Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur un magazine gay! Et ma surprise fut encore plus grande, lorsque je vis qu’il n’y avait aucun contenu à caractère sexuel: tout n’était qu’articles, reportages, interviews, tendances… Lire le reste de cet article »

Lecture publique

TÊT1“Il faisait chaud en cette journée de juillet 1995 et la chaleur se faisait d’autant plus ressentir que l’audience pour laquelle j’étais venu en déplacement à Lyon avait duré plus longtemps que prévu. Moi, jeune avocat de 25 ans, condamné à prendre le dernier vol, je devais alors attendre 3 heures à l’aéroport et je n’avais pas envie de me plonger dans le dossier que j’avais emporté avec moi. Robe (d’avocat) sous le bras, je me dirige vers le kiosque presse de Satolas où j’attrape difficilement le premier numéro de TÊTU, haut perché dans le rayon pornographique, faisant tomber des revues X gay voisines et m’attirant ainsi le regard réprobateur du buraliste et d’une grand-mère.

Attablé au bar j’ai feuilleté une à une les pages, tenant TÊTU en mains pour ostensiblement montrer la couverture à l’entourage. J’avais, je me souviens, le sentiment d’accomplir un acte militant en lisant cette revue dans un endroit public, comme s’il s’agissait de n’importe quel autre titre de presse. Il y a 17 ans c’était moins courant que maintenant… Assis dans l’avion entre deux passagers j’ai continué ma lecture, passant un peu vite je l’avoue sur les quelques photos coquines. Je me rappelle des coups d’oeil furtifs de mon voisin de droite qui semblait horrifié à la vue de celles-ci. Lire le reste de cet article »

Sweet sixteen

Sans-titre-1“1997, l’été de mes 16 ans… Voici le parfum qui embaume mon premier TÊTU.

Je ne sais plus comment j’ai appris l’existence du magazine à cette époque qui n’avait pas encore vu l’avènement d’internet: l’homosexualité n’était que très peu abordée à la télévision, dans cette période d’avant Pacs. Sans doute à force de voir l’affiche en kiosque cette idée a parcouru son bout de chemin, toutefois je sais que cela m’a demandé du temps et du courage pour me lancer dans l’achat de mon premier numéro. Si je me souviens bien, j’ai justement attendu d’avoir mes 16 ans pour le faire. Je savais que ce n’était pas un magazine porno, mais je me disais que ça passerait mieux auprès du libraire si il me demandait mon âge.

Je suis né en juin. Je crois bien que j’étais en vacances avec mes parents ou mes grands-parents quand je me suis lancé le défi de glisser TÊTU entre Star Club et Anime Land. Je passais mes étés en camping dans le sud, et, signe du destin, la chanson du moment était je me souviens Maria, d’un certain… Ricky Martin. J’étais toujours solitaire, je m’enfermais dans la chambre ou la tente pour lire chaque ligne de ce numéro juillet-août, n°16, plusieurs fois par jours, et tous les jours…

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Aire de départ

couv-47mod“Juillet 2000, je vais avoir 15 ans dans quelques semaines, et, je ne le sais pas encore mais cet été va être celui des premières fois.

Comme tous les ans, mes vacances débutent par aller passer quelques jours chez mes grands-parents près d’Orléans mais cette année je vais prendre le train seul. Me voici donc à attendre sagement, sur un banc de la gare d’Austerlitz, le départ de mon train. Je suis face à un des nombreux kiosques à journaux et fixe l’affiche faisant la publicité de la sortie du dernier numéro de TÊTU. Ces affiches font mon bonheur depuis quelques mois car, comme certains se rincent l’œil sur les mannequins pour sous-vêtements de magazines d’achats par correspondance, moi je fantasme sur ses modèles qui font la une de ce magazine qui m’attire et me trouble.

Et si je l’achetais…comme ça…pour voir ?! Les questions se bousculent alors: et si je croise quelqu’un qui me connais ? Que va penser le vendeur quand je vais lui tendre le magazine, témoin de mes troubles d’adolescent ? Et s’il refuse de me le vendre parce que je suis trop jeune ? Mais je sens vraiment qu’il faut que je me lance. Je ne suis pas parisien et je ne croiserai plus jamais ce vendeur.

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Retour gagnant

TÊTUn°2“Mon premier TÊTU, il date du presque début de l’aventure du magazine. Cela s’est joué de peu qu’il fût le premier numéro. À la rentrée 1995, j’allais avoir 24 ans et je revenais d’un séjour de quelques mois en Afrique où j’avais vécu ma première véritable histoire d’amour avec un garçon. Après des années d’errance et de tâtonnement au sortir de l’adolescence, de périodes de refus de mon éventuelle sexualité, de relations furtives et vite oubliées, cette histoire m’avait profondément troublé puis construit, sans que je m’en aperçoive réellement. Une sorte d’évidence s’était faite en moi : de retour en France, encore ébloui par mon histoire, je ne voulais pas retomber dans ce déni et dans ce malaise avec moi-même.

Il m’était arrivé d’acheter auparavant des revues gay, en douce, dans les kiosques à journaux du quartier glauque de la gare de Bordeaux et de préférence tard la nuit. Mais là, maintenant réinstallé en ville, je me décidai à aller en pleine journée au kiosque situé place Gambetta, en plein cœur de la cité. Évidemment, il fallait fouiner dans la partie porno pour trouver ce que je cherchais et bien entendu j’avais l’impression que tout le monde me regardait. Mais en fin de compte, c’est très fier de moi que je me suis dirigé vers la caisse avec en main mon premier numéro de TÊTU, revue dont j’ignorais l’existence jusque là.

Le numéro 2. Je ne me rappelle plus bien de la couverture, en fait. Mais ce dont je me souviens, c’est que je me suis dit : « Tiens, ce journal a l’air différent. » Et c’est cela, surtout, qui m’avait plu. C’était différent. C’était comme moi.”

Nicolas, 40 ans

Relation particulière

TÊTU170“J’ai 20 ans et cela fait à peu près 5 ans que j’ai fait mon coming out mais pourtant je n’ai jamais participé à aucune Gay Pride ou autres associations LGBT. J’ai rencontré TÊTU il y a quelques mois. Oui je sais je parle de ce magazine comme un entité personnifiée parce que voilà: il m’aide à m’assumer et me dit que je ne suis pas seul, qu’il y a des situations d’homophobie pire dans le monde… Quand je lis TÊTU, je ressens cela comme une chance, une liberté que peu de citoyens du monde peuvent se vanter d’avoir.

J’ai souvent hésité à l’acheter, on me disait : « c’est un magazine pervers, asocial », mais c’est en fait c’est un magazine timide, voire pudique, qui ne fait pas beaucoup parler de lui et qui quand on l’ouvre nous sort tout son coeur, et sa sympathie.

Cette histoire d’amour commence dans la petite gare de ma ville, dans l’Allier (03). Ayant un voyage de 4 heures pour arriver à Paris en train je me décide à aller au magasin de presse de la gare pour prendre ce fameux TÊTU dont j’avais fait la connaissance 2 mois avant sur la page Facebook. C’est l’air timide que je lutte pour trouver ce magazine mais après 5 minutes de recherches je parviens à poser les yeux sur lui : il était en haut avec les revues pornos… Allez savoir pourquoi !

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Family outing

172“Si je m’attendais à cela: acheter TÊTU au sortir du métro! Je suis la maman d’un jeune homme de bientôt 17 ans qui a eu le courage de me faire part de son attirance les hommes, il y a maintenant un an. Le choc a été amorti par le fait que je fréquente moi-même depuis longtemps des personnes homossexuelles et par le fait que je fais des études de psychologie: ça m’a obligée à avoir une posture d’ouverture et acceptation. Je sais (mais c’est encore un tabou) que son grand-père paternel est aussi homo. Le plus difficile semble, pour les plus jeunes comme mon fils, la honte ressentie et la peur d’être stigmatisé.

Je vois donc l’affiche de TÊTU, qui présente un “brave hétéro connu et souriant” en couverture qui nous dit “le vécu de l’exclusion”, et “s’être déjà senti comme un homo”: ça m’a l’air rassurant! Puis, en bas, à gauche, “je ne suis pas le seul gay de ma famille”: je me sens concernée. Donc je veux en savoir davantage.

Le magazine m’a l’air sérieux à ce moment. Je le demande donc au vendeur – non sans bafouiller :

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Numéro cadeau

TÊTU150“MON premier TÊTU, je l’avais acheté à Noël. Un cadeau de moi à moi. C’était en décembre 2009, donc le n°150. Quelle chance que mon premier soit ce numéro si exceptionnel… J’ai vu la couv et je me suis dit : « Ils sont trois en même temps sur la page, ça ne peut présager que du bon… ». J’étais allé faire mes courses de Noël à Bellecour (Lyon), dans le soir et le froid, je me dirigeais vers le métro, et puis je suis passé devant le kiosque de journaux et j’ai marqué un arrêt. Les bras chargés de sacs FNAC et Nature et Découvertes, je me suis approché et j’ai longuement regardé la sus-dite couv.

« Je le fais ou je le fais pas ? »

Pour moi, c’était l’instant ou jamais. Ce magazine était le seul lien, le seul îlot de gaytitude au milieu de l’océan de neutralité hétérosexuelle dans lequel je pataugeais inconfortablement. J’ai gardé mes sacs dans les bras, ce qui fait que j’ai dû un peu bousculer les piles de journaux en entrant dans le kiosque. J’ai regardé alentour, j’ai vu le TÊTU devant moi, mais j’ai quand même continué à chercher des yeux un peu partout, comme si je n’avais pas vu. Le vendeur a demandé au bout de vingt secondes :

« Je peux vous aider ?
- Euh… Non non, merci, je vais trouver… »

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