“Juillet 2000, je vais avoir 15 ans dans quelques semaines, et, je ne le sais pas encore mais cet été va être celui des premières fois.
Comme tous les ans, mes vacances débutent par aller passer quelques jours chez mes grands-parents près d’Orléans mais cette année je vais prendre le train seul. Me voici donc à attendre sagement, sur un banc de la gare d’Austerlitz, le départ de mon train. Je suis face à un des nombreux kiosques à journaux et fixe l’affiche faisant la publicité de la sortie du dernier numéro de TÊTU. Ces affiches font mon bonheur depuis quelques mois car, comme certains se rincent l’œil sur les mannequins pour sous-vêtements de magazines d’achats par correspondance, moi je fantasme sur ses modèles qui font la une de ce magazine qui m’attire et me trouble.
Et si je l’achetais…comme ça…pour voir ?! Les questions se bousculent alors: et si je croise quelqu’un qui me connais ? Que va penser le vendeur quand je vais lui tendre le magazine, témoin de mes troubles d’adolescent ? Et s’il refuse de me le vendre parce que je suis trop jeune ? Mais je sens vraiment qu’il faut que je me lance. Je ne suis pas parisien et je ne croiserai plus jamais ce vendeur.
J’entre dans le kiosque, rouge et honteux comme un enfant qui s’apprête à voler un paquet de bonbon, et repère où se trouve le tas de magazines. Heureusement TÊTU n’est pas rangé avec les revues pornographiques (comme c’est encore trop souvent le cas!!). Je ressors de la boutique faisant mine de recevoir un coup de fil. J’attends qu’il n’y ait plus de client à l’intérieur pour entrer à nouveau. Non seulement je passe plusieurs fois devant TÊTU avant de le prendre mais je le cache entre deux autres magazines avant d’aller à la caisse. Le vendeur n’a bien entendu fait aucune remarque, ni jeté le moindre regard sur ma personne. J’ai rangé rapidement l’objet de toutes les convoitises dans mon sac. Je venais, pour la première fois, par cet acte (comme un rite de passage) de m’avouer à moi-même que j’étais homosexuel.
J’ai lu TÊTU dans les toilettes du train, comme un adolescent qui assume d’acheter mais pas encore de lire devant tout le monde, fasciné par l’ensemble des articles et l’ouverture d’esprit des journalistes… Et excité par les modèles et les quelques pages sur le porno. Il m’a été impossible de le prendre avec moi chez mes grands-parents de peur d’être découvert, donc je l’ai jeté dans la poubelle du train, mais persuadé que ce magazine allait me faire grandir.
Ce même été, je suis parti quelques semaines en Espagne, sans mes parents, et je suis tombé amoureux d’un garçon, pour la première fois. J’étais TÊTU pour de bon et j’aimais ça.”
Martin, 26 ans
- Par Louis |
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“Mon premier TÊTU, il date du presque début de l’aventure du magazine. Cela s’est joué de peu qu’il fût le premier numéro. À la rentrée 1995, j’allais avoir 24 ans et je revenais d’un séjour de quelques mois en Afrique où j’avais vécu ma première véritable histoire d’amour avec un garçon. Après des années d’errance et de tâtonnement au sortir de l’adolescence, de périodes de refus de mon éventuelle sexualité, de relations furtives et vite oubliées, cette histoire m’avait profondément troublé puis construit, sans que je m’en aperçoive réellement. Une sorte d’évidence s’était faite en moi : de retour en France, encore ébloui par mon histoire, je ne voulais pas retomber dans ce déni et dans ce malaise avec moi-même.
“J’ai 20 ans et cela fait à peu près 5 ans que j’ai fait mon coming out mais pourtant je n’ai jamais participé à aucune Gay Pride ou autres associations LGBT. J’ai rencontré TÊTU il y a quelques mois. Oui je sais je parle de ce magazine comme un entité personnifiée parce que voilà : il m’aide à m’assumer et me dit que je ne suis pas seul, qu’il y a des situations d’homophobie pire dans le monde… Quand je lis TÊTU, je ressens cela comme une chance, une liberté que peu de citoyens du monde peuvent se vanter d’avoir.
“Si je m’attendais à cela: acheter TÊTU au sortir du métro! Je suis la maman d’un jeune homme de bientôt 17 ans qui a eu le courage de me faire part de son attirance les hommes, il y a maintenant un an. Le choc a été amorti par le fait que je fréquente moi-même depuis longtemps des personnes homossexuelles et par le fait que je fais des études de psychologie: ça m’a obligée à avoir une posture d’ouverture et acceptation. Je sais (mais c’est encore un tabou) que son grand-père paternel est aussi homo. Le plus difficile semble, pour les plus jeunes comme mon fils, la honte ressentie et la peur d’être stigmatisé.
“MON premier TÊTU, je l’avais acheté à Noël. Un cadeau de moi à moi. C’était en décembre 2009, donc le n°150. Quelle chance que mon premier soit ce numéro si exceptionnel… J’ai vu la couv et je me suis dit : « Ils sont trois en même temps sur la page, ça ne peut présager que du bon… ». J’étais allé faire mes courses de Noël à Bellecour (Lyon), dans le soir et le froid, je me dirigeais vers le métro, et puis je suis passé devant le kiosque de journaux et j’ai marqué un arrêt. Les bras chargés de sacs FNAC et Nature et Découvertes, je me suis approché et j’ai longuement regardé la sus-dite couv.
“16 ans, une grande envie de tout envoyer péter, de m’affirmer (une belle crise d’adolescence) et de montrer à quel point j’étais heureux d’être un pédé ! C’est passé par la cigarette, le joint, les cours séchés mais aussi par l’achat de t-shirts Adidas taille 10 ans, d’un rêve absolu de pouvoir porter des Buffalos (merci à mes amis de m’y avoir fait renoncer) et de l’achat de mon premier TÊTU !
La première fois que j’ai allumé une cigarette, j’avais 15 ans. Avec quelques garnements d’un collège sans histoire, nous étions persuadés de transgresser enfin, loin des regards culpabilisants des parents, des interdits. Le goût âcre de la première taffe, la nausée et l’odeur si difficile à voiler ensuite nous ont fait dire que nous ne recommencerions jamais. Bien sûr, j’ai recommencé.
C’est en 2002 que j’ai acheté mon premier TÊTU. J’avais à l’époque 15 ans et ma vie se résumait au schéma classique d’un lycéen de banlieue, coincé entre mes cours, mes camarades de classe, et les inévitables parents. Bien-sûr tout ne s’est pas fait d’un coup, et il m’a fallu du temps avant d’aller affronter le regard du kiosquier. Cette année est celle de mon coming-out, et par chance, les médias  commençaient à nous renvoyer une image positive de l’homosexualité, ou du moins c’est le sentiment que j’en avais à l’époque – peut-être parce que j’y faisais plus attention? J’écoutais alors en boucle la nouvelle chanson de Zazie, Adam et Yves, et suivais l’air de rien les aventures de Thomas dans Loft Story 2. Le soir je feuilletais avec attention le programme télé pour prévoir éventuellement l’enregistrement d’un téléfilm niais sur le coming-out d’un ado, en attendant que mes parents soient couchés pour surfer sur les forums de discussion AOL, Planet Gay…

