A chaque être humain ses addictions. Pour certains, ce sera la cigarette. Pour d’autres un p’tit verre d’alcool dans le gosier régulièrement, pour accompagner leurs volutes. Les uns vont boire café sur café, tandis que d’autres vont s’adonner à des jeux vidéos jusqu’à plus d’heure. Quelques individus vont même s’exciter sur un jeu vidéo, une bière à portée de main, une clope au bec et avec un café en cours de préparation. Moi, rien de tout cela… Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue pas, je n’aime pas le goût du café et les jeux vidéos m’agacent au bout de quelques minutes. Entre autres non-addictions. En revanche, si je devais m’en trouver une, ce serait probablement la gaudriole sans vêtements. Car j’ai toujours bien aimé le sexe.
Je me souviens de mes premières érections à 6 ans devant les modèles masculins, torse musclé et jambes velues, des pages sous-vêtements de la “Redoute”, d’avoir eu des envies d’heures de colle avec mon professeur de technologie au collège, aguicheur sans le savoir dans son jeans si moulant qu’on pouvait compter les pièces de monnaie dans sa poche. D’avoir été impatient de ma première relation sexuelle à 14 ans alors que je pratiquais régulièrement l’onanisme depuis mes 10 ans. Le sexe régulait ma vie. Je n’ai eu Internet que tardivement, vers mes 21 ans, aussi, mon imagination vagabondait et chaque nuit devenait un terrain de jeux extatique à base de fantasmes inavoués. Et quand Internet apparut enfin dans ma chambre, le porno, le vrai de vrai, se rajouta à mes envies et la masturbation prit une toute autre dimension. Mais alors que j’aurais pu rencontrer facilement des garçons pour de réelles parties de jambes en l’air, je n’osais franchir le pas et possédais alors une vision romantique du sexe, que j’avais pourtant déjà pratiqué (finalement sans grande conviction).
Chose étrange, comme si le sexe était un palliatif à un manque affectif, une fois en couple, je n’ai plus vraiment ressenti de telles pulsions au niveau du bas ventre, sauf exceptionnellement. Bien sûr, nous faisions l’amour régulièrement, bien sûr, j’avais des envies fugaces pour d’autres garçons que je voyais dans le métro ou au supermarché, mais un câlin, un bisou ou une petite attention devant un bon film et un bon plateau repas, me rassasiaient davantage qu’une partie de jambes en l’air.
En revanche, dans mes périodes de célibat (de plus en plus longues), pas de quartier ! Je ne suis pas de ceux qui ont un partenaire différent chaque soir et il peut m’arriver de passer des semaines entières sans la moindre tentation, mais j’ai tout de même bien vécu, niveau sexe. 2012 fut d’ailleurs pour moi le point d’orgue de mes prouesses sexuelles, ayant assouvi quelques fantasmes que je me réservais sous le coude, pensant ne jamais pouvoir les réaliser un jour. Une manière de combler l’absence totale de flirt, tant l’année dernière fut dépourvue du moindre mouvement du palpitant pour qui que ce fût, à mon grand dam. Tant et si bien, que je crains n’avoir atteint un certain écoeurement pour les choses de la bagatelle.
Car finalement, si les partenaires (réguliers ou non) sont différents, avec chacun ses spécialités et ses points faibles (je garde en mémoire certaines jouissances incroyables et frissonnantes et d’autres revers épouvantables à base de fellations dont le but ne pouvait être que ma circoncision), le rituel reste toujours immuable. On discute (quand on en prend la peine), on avance la main sur la cuisse de l’autre, prémices d’un tâtement entraînant un premier baiser, puis on ôte ses vêtements et hop, on suit le processus habituel : entre autres voluptés, caresses, exploration du corps, fellation, sodomie, éjaculation, Sopalin et/ou douche, rhabillage, poignée de main ou bise d’au revoir et voilà, on a exulté ses pulsions sans rien en retirer d’autre qu’un certain apaisement (et encore, si le jeu en valait la chandelle).
Du coup, cette année, j’ai décidé de découvrir pendant un laps de temps indéfini, l’envers du décor : l’abstinence. Juste comme ça, pour voir. Une sorte de purification du corps et de l’âme, de sevrage, avant de continuer à me vautrer dans la luxure. Puisqu’il ne s’agira plus que de cela, étant donné que j’ai décidé d’abdiquer tout sentiment (lire ici). Bien entendu, sinon, cela ne serait pas tenable, je continue d’avoir une petite dose de porno virtuel, pour ma cul… ture générale. Mais pour le reste, que pouic ou presque ! Je me suis autorisé bien peu depuis le début de l’année, quatre mois de presque rien après un an de presque tout et j’en retire une nouvelle sérénité.
Je ne me sens plus guidé par ma libido (heureusement, je n’en étais pas non plus au même point que le héros du décevant film Shame) et ce temps que je gagne, je l’utilise à des fins plus intéressantes, telles que l’écriture de nouveaux projets, des rencontres… Je sais que cet état de grâce pour l’esprit et de disgrâce pour mon pénis ne durera qu’un temps et que la Nature finira par me rappeler à l’ordre. En attendant, je goûte à ces moments de plénitude. J’essaye d’oublier, pour mieux la retrouver, la vieille routine du sexe, rengaine aussi excitante qu’amère, j’économise du Sopalin et des préservatifs, je tente de retrouver une virginité, une naïveté que je n’ai finalement jamais eue. J’admire d’ailleurs ceux qui parviennent naturellement à se soustraire à leurs pulsions et qui ne font jamais de rencontres sans lendemain. C’est une force de caractère que j’ignore totalement. Je sais dire non à une cigarette qu’on me propose, à un verre de vin pour tremper mes lèvres, à un joint qui tourne. Mais j’ai rarement su dire non à une proposition d’intimité dénudée, flatté que l’on veuille bien de moi, engrangeant expériences et souvenirs pour les vieux jours d’une abstinence qui sera cette fois non volontaire… Désormais, c’est chose faite.
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- Par Lesoirquipenche |
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Si j’ai souvent abordé ici ce qui se passe au niveau du palpitant, je suis rarement descendu en dessous de la ceinture. Réparons cet oubli, voulez-vous ? Car la sexualité fait partie de l’équilibre de la vie, paraît-il et inverti et sexualité font justement bon ménage. Je vous rassure, je ne vais point vous conter les détails de ma vie sans vêtements avec autrui. Je vais plutôt m’intéresser à une spécificité qui ne concerne que les homosexuels masculins (et certains hétéros qui connaissent bien leur corps et n’ont point honte de leur zone érogène intérieure, savamment enfouie sous une tonne de préceptes de bonne morale et de prêches religieux) : la sodomie active et passive.
Il est une espèce de garçons plus terrible, dangereuse et sournoise encore que celle des
Je vous ai déjà narré les différents types de personnages que l’on peut dénicher sur les tchats gays (lire notamment
J’ai déjà exprimé ici ou là, le parcours du combattant qui est le mien (et sûrement de nombreux autres confrères invertis) pour dégoter un vrai rendez-vous, via un site Internet (ne pouvant rencontrer dans la vie de tous les jours, suite aux problématiques que j’ai déjà soulevées). Il faut donc bien des conciliabules, bien des palabres, bien des interrogations écrites ou verbales, avant de parvenir d’un moment virtuel à une rencontre authentique, en chair et en os, autour d’un café (lire
Il y a quelques mois, j’avais donné ici un cours rapide sur
On a toujours attribué aux invertis que nous sommes, des moeurs pour le moins légères. Dans l’imaginaire collectif, nous virevoltons de corps en corps, jour après jour, ne laissant aucun moment de répit à nos pulsions en rut. Mais en voyant aujourd’hui une affiche en 4×3 dans le métro indiquant l’adresse d’un site pour relations extra-conjugales conçu par et pour des femmes, j’ai doucement souri dans ma barbe de quatre jours. Ainsi donc, les gourgandines en veulent également leur part, envoyant valdinguer les liens sacrés du mariage, à l’heure où d’autres les réclament sans les obtenir, alors qu’ils vivent, quant à eux, une relation de fidélité et d’exclusivité.
Si vous n’allez pas dans le milieu gay, le milieu gay ira vers vous, grâce à la salle de sport… Club Med Gym et consoeurs incarnent les maisons mères des garçons sensibles qui prennent soin de leur apparence et de leur corps (soit 98% de cette population). Et je ne suis pas en reste, moi non plus. Pendant longtemps, le sport et moi étions des ennemis silencieux. Nous nous ignorions l’un l’autre et cela était juste et bon. J’avais tenté le judo, mais on m’y a retiré après l’obtention de ma ceinture jaune, parce que je regardais le professeur amoureusement. Puis, ce fut le golf. Mais dans un désert de cailloux africain, ce n’était guère aisé. Puis, plus rien, pendant de longues années. Jusqu’à ce que j’atteignisse les trente ans et découvrisse avec horreur que mon ventre se mettait à pousser petit à petit, à cause de la sécurité du couple dans lequel je me lovais et des petits plats qui l’accompagnaient. Heureusement, à côté de mon travail d’alors, une piscine municipale m’ouvrait grand ses bassins et je décidai de m’y rendre à chaque pause déjeuner, afin de retrouver une silhouette ragoutante. Une fois mon couple en miettes, ce fut encore plus draconien : je cessais de m’alimenter (ou très peu) et je noyais mon chagrin en nageant jusqu’à six fois par semaine. Dix kilos en moins plus tard, l’ombre de moi-même, mais avec quelques abdos sur mon squelette, je trouvai un nouveau travail plus épanouissant, mais dépourvu de piscine. Et la nature reprit ses droits et moi, quelques kilos.
Je suis toujours parvenu à distinguer sexe et sentiments. Je dois avoir un petit côté vieux jeu sur ce coup, puisque pour moi, une relation qui commencerait tout de suite par des galipettes effrénées, ne saurait se transformer en une véritable histoire. Et pourtant, je sais que c’est possible, puisqu’un ami d’enfance a déniché son compagnon pour la vie (comme cela fait 12 ans qu’ils sont ensemble, on peut qualifier ce record de “pour la vie” dans notre milieu) après une partie endiablée de jambes qui d’en l’air, sans chaussettes, se sont ancrées dans le sol avec des pantoufles. Sacrés veinards. Mais de mon côté, impossible. Sitôt que j’ai vu nue la personne et que nous avons commis des actes que la morale pudibonde ne réprouve, je n’arrive pas à la voir autrement et j’en reste là, à la surface des choses.
Ils sont là, partout autour de nous. Ils nous singent. Ils savent que l’on est attiré par eux et en rajoutent. Ils sont le ver dans le fruit, la carotte qui fait avancer l’âne, au bout d’un bâton que l’on ne saurait saisir. Ils sont la goupille d’un coeur qui ne demande qu’à être déclenché. Ils sont notre pire ennemi, camouflés sous un masque de séduction inaccessible en forme de sourire espiègle et complice. Eux, ce sont les hétéros ambigus… Ils ressemblent aux gays, ont les goûts des gays, mais se lovent et se reproduisent avec le sexe opposé. Et nous laissent dans le trouble et la déception.

