Abstinence, je jouis ton nom !

media_xl_3617416A chaque être humain ses addictions. Pour certains, ce sera la cigarette. Pour d’autres un p’tit verre d’alcool dans le gosier régulièrement, pour accompagner leurs volutes. Les uns vont boire café sur café, tandis que d’autres vont s’adonner à des jeux vidéos jusqu’à plus d’heure. Quelques individus vont même s’exciter sur un jeu vidéo, une bière à portée de main, une clope au bec et avec un café en cours de préparation. Moi, rien de tout cela… Je ne bois pas, je ne fume pas, je ne me drogue pas, je n’aime pas le goût du café et les jeux vidéos m’agacent au bout de quelques minutes. Entre autres non-addictions. En revanche, si je devais m’en trouver une, ce serait probablement la gaudriole sans vêtements. Car j’ai toujours bien aimé le sexe.

Je me souviens de mes premières érections à 6 ans devant les modèles masculins, torse musclé et jambes velues, des pages sous-vêtements de la “Redoute”, d’avoir eu des envies d’heures de colle avec mon professeur de technologie au collège, aguicheur sans le savoir dans son jeans si moulant qu’on pouvait compter les pièces de monnaie dans sa poche. D’avoir été impatient de ma première relation sexuelle à 14 ans alors que je pratiquais régulièrement l’onanisme depuis mes 10 ans. Le sexe régulait ma vie. Je n’ai eu Internet que tardivement, vers mes 21 ans, aussi, mon imagination vagabondait et chaque nuit devenait un terrain de jeux extatique à base de fantasmes inavoués. Et quand Internet apparut enfin dans ma chambre, le porno, le vrai de vrai, se rajouta à mes envies et la masturbation prit une toute autre dimension. Mais alors que j’aurais pu rencontrer facilement des garçons pour de réelles parties de jambes en l’air, je n’osais franchir le pas et possédais alors une vision romantique du sexe, que j’avais pourtant déjà pratiqué (finalement sans grande conviction).

Chose étrange, comme si le sexe était un palliatif à un manque affectif, une fois en couple, je n’ai plus vraiment ressenti de telles pulsions au niveau du bas ventre, sauf exceptionnellement. Bien sûr, nous faisions l’amour régulièrement, bien sûr, j’avais des envies fugaces pour d’autres garçons que je voyais dans le métro ou au supermarché, mais un câlin, un bisou ou une petite attention devant un bon film et un bon plateau repas, me rassasiaient davantage qu’une partie de jambes en l’air.

En revanche, dans mes périodes de célibat (de plus en plus longues), pas de quartier ! Je ne suis pas de ceux qui ont un partenaire différent chaque soir et il peut m’arriver de passer des semaines entières sans la moindre tentation, mais j’ai tout de même bien vécu, niveau sexe. 2012 fut d’ailleurs pour moi le point d’orgue de mes prouesses sexuelles, ayant assouvi quelques fantasmes que je me réservais sous le coude, pensant ne jamais pouvoir les réaliser un jour. Une manière de combler l’absence totale de flirt, tant l’année dernière fut dépourvue du moindre mouvement du palpitant pour qui que ce fût, à mon grand dam. Tant et si bien, que je crains n’avoir atteint un certain écoeurement pour les choses de la bagatelle.

Car finalement, si les partenaires (réguliers ou non) sont différents, avec chacun ses spécialités et ses points faibles (je garde en mémoire certaines jouissances incroyables et frissonnantes et d’autres revers épouvantables à base de fellations dont le but ne pouvait être que ma circoncision), le rituel reste toujours immuable. On discute (quand on en prend la peine), on avance la main sur la cuisse de l’autre, prémices d’un tâtement entraînant un premier baiser, puis on ôte ses vêtements et hop, on suit le processus habituel : entre autres voluptés, caresses, exploration du corps, fellation, sodomie, éjaculation, Sopalin et/ou douche, rhabillage, poignée de main ou bise d’au revoir et voilà, on a exulté ses pulsions sans rien en retirer d’autre qu’un certain apaisement (et encore, si le jeu en valait la chandelle).

Du coup, cette année, j’ai décidé de découvrir pendant un laps de temps indéfini, l’envers du décor : l’abstinence. Juste comme ça, pour voir. Une sorte de purification du corps et de l’âme, de sevrage, avant de continuer à me vautrer dans la luxure. Puisqu’il ne s’agira plus que de cela, étant donné que j’ai décidé d’abdiquer tout sentiment (lire ici). Bien entendu, sinon, cela ne serait pas tenable, je continue d’avoir une petite dose de porno virtuel, pour ma cul… ture générale. Mais pour le reste, que pouic ou presque ! Je me suis autorisé bien peu depuis le début de l’année, quatre mois de presque rien après un an de presque tout et j’en retire une nouvelle sérénité.

Je ne me sens plus guidé par ma libido (heureusement, je n’en étais pas non plus au même point que le héros du décevant film Shame) et ce temps que je gagne, je l’utilise à des fins plus intéressantes, telles que l’écriture de nouveaux projets, des rencontres… Je sais que cet état de grâce pour l’esprit et de disgrâce pour mon pénis ne durera qu’un temps et que la Nature finira par me rappeler à l’ordre. En attendant, je goûte à ces moments de plénitude. J’essaye d’oublier, pour mieux la retrouver, la vieille routine du sexe, rengaine aussi excitante qu’amère, j’économise du Sopalin et des préservatifs, je tente de retrouver une virginité, une naïveté que je n’ai finalement jamais eue. J’admire d’ailleurs ceux qui parviennent naturellement à se soustraire à leurs pulsions et qui ne font jamais de rencontres sans lendemain. C’est une force de caractère que j’ignore totalement. Je sais dire non à une cigarette qu’on me propose, à un verre de vin pour tremper mes lèvres, à un joint qui tourne. Mais j’ai rarement su dire non à une proposition d’intimité dénudée, flatté que l’on veuille bien de moi, engrangeant expériences et souvenirs pour les vieux jours d’une abstinence qui sera cette fois non volontaire… Désormais, c’est chose faite.

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Les joies de la versatilité

Top-Or-BottomSi j’ai souvent abordé ici ce qui se passe au niveau du palpitant, je suis rarement descendu en dessous de la ceinture. Réparons cet oubli, voulez-vous ? Car la sexualité fait partie de l’équilibre de la vie, paraît-il et inverti et sexualité font justement bon ménage. Je vous rassure, je ne vais point vous conter les détails de ma vie sans vêtements avec autrui. Je vais plutôt m’intéresser à une spécificité qui ne concerne que les homosexuels masculins (et certains hétéros qui connaissent bien leur corps et n’ont point honte de leur zone érogène intérieure, savamment enfouie sous une tonne de préceptes de bonne morale et de prêches religieux) : la sodomie active et passive.

Dans mon billet “Si c’était à refaire”, je me chagrinais qu’il était plus difficile pour nous autres gays de rencontrer quelqu’un. Nous avions plus de chance de tomber sur un hétéro qu’un de nos semblables et quand cela arrivait enfin, il fallait qu’il y ait, en plus de l’alchimie, une véritable compatibilité possible sexuelle. Car si les choses peuvent rester à la surface à base de jolis câlins et de préliminaires qui sont parfois tout à fait suffisants pour mener à l’orgasme, cela devient un tantinet plus compliqué si l’on doit approfondir la question. Trois types de sexualité sont alors envisageables (j’écarte volontairement les rares garçons qui sont réfractaires à toute pénétration) : active, passive ou comme on dit, versatile (autrement appelée sur certains tchats : 50/50, auto-reverse comme les K7 audio ou T/B pour “Top or bottom” pour nos amis anglophiles).

Et c’est là que le bât peut parfois blesser, sans mauvais jeu de mots. Je suis pour ma part totalement adaptable. Ce qui est bien pratique pour une aventure d’un soir : aucun problème en vue pour prendre l’un ou l’autre rôle, si je suis en galante compagnie d’un garçon totalement actif ou complètement passif. Nous sommes donc en présence d’un moment tout à fait classique et prévisible où chacun joue dans son camp, sur une partition connue d’avance. Mais cela devient pour moi un critère important si je dois m’engager dans une relation dite sérieuse : je refuse de sacrifier une partie de ma sexualité. J’entends bien qu’il faille faire des compromis en couple et en général, j’en fais plus que ma part. Mais je me connais assez bien pour savoir qu’être avec un compagnon exclusivement actif ou passif va finir par ternir la relation. Le sexe étant l’une des fondations du couple, être dévolu à un seul type de sexualité quand j’ai la chance de connaître le plaisir des deux côtés, je dis non tout de go.

Il n’en fut toutefois pas toujours ainsi. Pendant longtemps, je voyais la sodomie passive à la fois comme un fantasme et comme un acte de soumission à l’autre et j’avais du mal à tolérer cette idée pour moi-même. Aussi, avec mon premier concubin, je refusais toute forme de pénétration de mon postérieur sacré. Parce que je l’avais décrété dans ma tête, je brimai ainsi ce garçon (qui m’aimait bien trop) pendant de longues années d’un plaisir qu’il possédait autrefois et je m’en suis terriblement voulu. Finalement, alors que je voyais le dépucelage passif comme un acte d’amour, c’est un parfait inconnu qui m’a révélé des délices insoupçonnés. Et depuis, si je n’ai eu que deux compagnons durables, ils étaient tous les deux versatiles, ce qui offrait à nos jeux intimes une plus grande étendue et variété. Et bannissait ainsi la lassitude. L’acte commencé, nous ne savions pas du tout comment il allait se terminer : un seul allait-il connaître un postérieur endolori (mais apaisé) pendant les heures à venir ou bien les deux ? Un suspens digne des plus grands romans d’Agatha Christie.

Depuis, j’avoue être assez circonspect devant ces garçons qui n’usent qu’une partie de leur sexualité alors que nous avons l’opportunité d’en avoir deux et souvent, lorsque je pose la question à ces personnes, par pure curiosité, elles se braquent. Est-ce qu’une expérience s’est mal déroulée et suscite en eux depuis une crainte ? Est-ce une question de qu’en dira-t-on (certains pays qui aiment pendre les homosexuels sont d’ailleurs plus cléments envers celui qui “joue” l’homme et aurait donc trouvé simplement le premier orifice venu pour s’épancher, plutôt que pour son partenaire, infâme pêcheur à lapider) ? Certains n’ont même jamais eu l’idée d’explorer l’autre côté depuis leur première relation sexuelle, comme si c’était un rôle qui leur était dévolu jusqu’à la fin de leurs jours, telle une malédiction. D’autres refusent ne serait-ce qu’une main n’effleure leur postérieur, tandis qu’ils s’échinent à donner des coups de butoir sans ménagement et avec véhémence, ne connaissant aucunement les conséquences de leurs effets. Alors que les acteurs qui deviennent réalisateurs affirment qu’il leur est plus simple de diriger des comédiens parce qu’ils le sont eux-mêmes (la jolie métaphore cinéphile que voilà), comment donner du bonheur à l’autre sans l’avoir déjà ressenti ou éprouvé ?

Je m’interroge également sur ces couples qui se forment alors qu’ils sont tous deux d’un bord ou de l’autre. Je les vois fleurir sur les tchats, en quête d’un troisième partenaire (ou plus) qui saurait satisfaire ce qu’ils ne peuvent ou ne veulent sacrifier par amour. Le noble sentiment doit sans nul doute être la seule explication de leur pérennité. J’ai tenté moi-même cette expérience il y a quelque temps déjà, en commençant un début d’histoire avec un garçon uniquement passif. Et c’est lui finalement qui ne voulut pas aller plus loin : étant versatile, il s’imaginait (sans doute avec raison) que j’allais forcément manquer de quelque chose un jour et finir par le quitter. Il lui était en effet exclu de m’honorer, trouvant la chose dégradante (sic) et peu excitante et il m’interdisait l’usage d’un jouet produit à cet usage qu’il percevait comme un adversaire…

Rien de mieux et de beau que d’être en la personne que l’on aime, corps contre corps ou lui en vous, les jambes autour de sa taille. Des moments de symbiose que je ne saurais, finalement, accepter en un sens unique. Sans doute ai-je tort de rajouter ce critère de versatilité dans ma quête de bonheur futur. Sans doute des compromis sont réellement possibles dans ce domaine. Oui, sans doute. Mais si, pour un produit à monter soi-même, on peut en avoir un déjà tout prêt au même prix, pourquoi s’en priver ?

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Les amoureux de l’Amour

jlpjdlp3Il est une espèce de garçons plus terrible, dangereuse et sournoise encore que celle des hétéros ambigus : les amoureux de l’amour. Ce n’est pas vous, la prunelle de leurs yeux, vous n’êtes pas cet objet qui fait battre leur palpitant à tout rompre, ce n’est point pour vous ces mots tendres chuchotés à l’oreille, pas pour vous qu’ils sont prêts (en parole) à l’impossible, à l’indicible. Non, c’est pour le sentiment amoureux. Au nom de l’Amour, ils sacrifieraient père et mère, se trancheraient un membre avec une scie rouillée. Mais pour vous-même, vous en tant qu’être de chair et de sang, perclus d’humanité et donc de défauts, à peine oseraient-ils se piquer le bout du doigt avec une aiguille…

Heureusement, on peut les reconnaître facilement, si l’on prend la peine de fouiller quelque peu dans leur passé. L’amoureux de l’amour a grandi en solitaire ou s’est confiné dans son propre monde. Il s’est forgé l’esprit et le coeur à travers des lectures romantiques, passionnées, tragiques. Il s’émerveille facilement, un rien le touche, la moindre attention à son égard semble paroxystique. Il aime, oui, à n’en pas douter. Il peut vous déclamer des poèmes dithyrambiques, mais vous ne serez jamais ni sa muse ni son destinataire : c’est Cupidon qui l’est. Son amour de l’Amour est tel, qu’il préfère que la concrétisation du noble sentiment ne se réalise jamais, tout en souffrant qu’elle s’éloigne de lui. Mais cette souffrance le nourrit jusqu’à la lie, jusqu’à le rendre masochiste. “L’homme est un apprenti, la douleur est son maître et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert”, écrivit Musset qu’il récite par coeur, à tout crin.

Le coeur de l’amoureux de l’amour s’emballe pour un rien et souvent à sens unique. Il sait que son émoi ne sera jamais réciproque et cette impossibilité le trouble à la pâmoison. Un copain de classe, puis un collègue, un garçon croisé dans le métro ou dans la rue, il imagine chacun comme un chevalier sur son fidèle destrier, prêt à la conquête d’un lointain château et à qui il tendra son mouchoir. Il se sent Pénélope attendant inlassablement Ulysse. Même si cet Ulysse en question ignore tout de son existence. Et cet amour imaginaire lui suffit, le comble d’extase. Jusqu’au prochain coup de coeur.

Je fus l’un de ces hères. Dans mon adolescence, je tombais amoureux tous les jours, je me languissais, m’inventais un futur avec la personne sur qui j’avais jeté mon dévolu, un mariage, un voyage, une destinée. Je me souviens même avoir noté dans un carnet chaque fois que le premier garçon qui me révéla à moi-même, au lycée, me serrait la main. Mon coeur battait la chamade, l’Amour apparaissait enfin et revêtait ses traits. Mais avec le recul, ce n’était pas lui que j’affectionnais, mais l’idée d’avoir quelqu’un qui envahissait mes rêves et mes fantasmes. Fort heureusement (ou malheureusement, c’est selon), la réalité du monde gay a brisé mon côté fleur bleue, le piétinant joyeusement, m’aguerrissant de ces choses-là et j’ai su ce qu’aimer vraiment voulait dire, aimer quelqu’un et non la simple idée de l’aimer lui.

M. l’Ex était ainsi, lorsque je l’ai rencontré (pour ceux qui ne le connaissent pas, cliquez ici ou ). Il n’avait encore jamais vraiment eu de compagnon. Le seul copain qu’il eut précédemment le considérant plus comme un objet sexuel qu’autre chose. Dès lors, moi qui m’intéressais vraiment à lui, je devenais l’Amoureux avec un A si majuscule qu’il me fit peur. Lorsque je lui disais un mot un peu moins gentil que la veille (nous ne sommes pas toujours constants), je recevais le lendemain un mail de sa part, long comme la “Chanson de Roland”, dans lequel il tempêtait, clamait sa souffrance, s’imaginant au bord d’une falaise du haut de laquelle je le poussais dans le vide. Rien que ça. Mais si j’avais été particulièrement tendre et touchant, alors je recevais un autre mail, tout aussi long, vantant mes qualités qui paraissaient alors aussi innombrables que les étoiles du firmament. Constatant que j’avais affaire à un amoureux de l’Amour, je préférais briser le mythe qu’il créait autour de ma personne, pour lui révéler qui j’étais réellement, afin qu’il m’aime moi et non l’idée qu’il se faisait de moi (ce qui se retourna contre moi au bout du compte, mais ceci est une autre histoire). L’ambiguïté prit fin. Il a depuis regagné ses rêves peuplés de licornes bleutées, de farfadets facétieux et de romantiques ténèbres, avec un compagnon tout aussi tourmenté par l’amour version Rilke, joignant de concert leurs paumes ensanglantées en guise de serment éternel.

Je pourrais aussi vous citer Disneyman (surnommé ainsi pour son incommensurable passion pour les dessins animés estampillés Disney et les insupportables chansons qui vont avec). Trentenaire, bourré de charmes et de qualités, le garçon vivait seul et n’avait jamais connu les joies et peines du couple. Alors qu’il les désirait ardemment. Il est revenu dans ma vie régulièrement, lors de mes périodes de célibat. A chaque fois, je bénéficie d’une cour romantique et effrénée (j’ai tout de même réussi à échapper à la peluche Mickey qui tient un coeur dans ses mains à quatre doigts) et à chaque fois, nous franchissons des étapes qui pourraient conduire à une relation. Mais au moment fatidique, quand les choses commencent à se concrétiser tout doucement, il remballe ses élans et les emmène vers un autre garçon à qui il va compter fleurette de la même manière. Un peu comme un adulte qui n’en finirait plus de faire des études, s’inscrivant de fac en fac, afin de n’avoir jamais à affronter le monde du travail. Car l’amour est un travail, un vrai. Qui demande patience, énergie, force et courage, avec un salaire au bout (de misère ou le jackpot). Mais pour cela, il faut laisser ses rêves d’adolescent de côté et se laisser guider dans le monde réel. Et ce n’est visiblement pas donné à tout le monde…

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Exigez l’exigence !

rsz-botox-for-men-guideJe vous ai déjà narré les différents types de personnages que l’on peut dénicher sur les tchats gays (lire notamment Le Bal des goujats). Mais il est une espèce que je n’ai pas encore abordée et que nous appellerons en toute modestie, les “Parfaits”. Ces spécimens invertis vivent dans une dimension parallèle à celle du commun des mortels, dans un Olympe qu’ils ont reconstitué et que seuls les braves parmi les braves, qu’ils ont eux-mêmes adoubés, peuvent découvrir. Ces surhommes, ces dieux vivants, sont bien évidemment beaux et musclés, le poil savamment positionné sur les pectoraux au millimètre près, la peau hâlée en toutes circonstances, dotés d’un organe de plaisir surdimensionné et d’un postérieur dur comme du béton, mais lisse et doux comme celui d’un poupon. Intelligents et brillants, ces Titans sont en général cadres supérieurs, architectes, traders, avocats, parlent cinq langues couramment, pratiquent au moins quatre disciplines sportives, ont moult amis, des hobbies à foison essentiellement tournés vers la culture, les voyages et l’épicurisme. C’est à se demander pourquoi ces forces de la Nature consentent-elles à s’abaisser à se vendre à leur tour comme des produits de consommation sur les tchats gays. Ces surhommes n’ont-ils pas juste à paraître dans la rue, à la terrasse d’un café, pour attirer le chaland qui se jetterait sur eux comme des insectes sur les phares d’une voiture et remplir ainsi leur carnet de bal (”On se calme, il n’y en aura pas pour tout le monde”) ?

Il faut croire que non. Car ces spécimens rares, l’élite de l’élite, la crème de la crème, sur lesquels tout le monde se pâme, homos et femmes hétéros compris, ont un petit défaut. Trois fois rien. L’Exigence. Voilà qui est tout à fait normal et compréhensible, finalement. Pourquoi se mélanger à la plèbe quand Dame Nature vous a pourri d’autant de dons ? Cela relèverait du social pur et dur, mais rajouterait le mot “philanthropie” à leurs indénombrables qualités. Moi-même, inverti pourtant lambda, je nourris davantage d’exigences au fur et à mesure que je vieillis. Mon célibat forcé m’a permis de m’occuper enfin de moi. Je pensais toujours deux avant un, maintenant que je n’ai plus que moi dans ma ligne de mire, je me gâte, je me bichonne. Je me suis d’ailleurs sans doute un peu superficialisé dans l’affaire. Je ne faisais guère attention à mon look, il est désormais très soigné. Je me fichais de ma peau comme d’une guigne, désormais, je la dorlote avec des crèmes hydratantes anti-rides et anti-cernes. Le sport était un ennemi héréditaire, je l’ai dompté, afin de faire une activité physique cinq à six fois par semaine. Je vais très souvent au cinéma, au théâtre ou dans des expositions, pour un bain de foule et de culture devenu essentiel. Bref, le temps passant et ma solitude s’installant, je devrais revoir mes exigences à la baisse. Que nenni ! Les voici qui augmentent au contraire. Puisque moi, je suis capable de faire ces petites broutilles quotidiennes, alors n’importe qui d’autre peut en faire autant et je commence à voir d’un mauvais oeil ceux qui se contentent de simplement être, sans valeur ajoutée. Voilà qui ne va pas simplifier les choses…

Si j’en suis à ce stade, à mon humble niveau d’inverti lambda, que doivent donc ressentir les Olympiens parfaits ? Un ego surgonflé par les nombreuses sollicitations qu’ils reçoivent au quotidien, des carences sexuelles car ils ne souhaitent pas se mélanger avec autrui et au final, une solitude tout aussi peu enviable que celle des autres. Etre exigeant envers soi-même et son prochain a évidemment son prix. Le plus étonnant étant que ces surhommes ne se mélangent pas non plus entre eux. Sans doute sont-ils effrayés par ces doubles, ces miroirs qui leur renvoient tout ce qu’ils tentent de dissimuler afin de vendre du rêve à ceux qui sont leurs antipodes, pour continuer à être admirés et adulés. Mais sans pour autant tenter l’aventure sur la terre ferme et quitter leur univers parallèle protecteur.

Puisque j’aime émailler d’exemples concrets mes petits Invertissements, voici deux de ces dieux vivants que j’ai rencontrés récemment, qui ont consenti à descendre de leur piédestal pour se risquer à un rendez-vous avec un de ces garçons qui ne leur ressemblent pas, en l’occurrence, moi. Par curiosité, sans doute. Pour se désennuyer aussi, probablement. Pour se sentir vivants avant de retourner dans leur stratosphère intouchable, assurément. Prenons M. Parfait n°1. Il a été élevé dans l’exigence. Ses parents l’ont doté d’un prénom unique en son genre et, m’assura-t-il, pour ne pas les décevoir, il s’est échiné à être le plus parfait possible. Métisse aux yeux clairs, carrure musclée, tête aussi pleine que bien faite, le jeune homme avouait sans ambages plaire énormément mais ne sortir avec personne, car il était difficile à contenter. De plus, il n’avait aucun temps à consacrer à la bagatelle, étant surchargé de travail, de sport, de loisirs et d’amis. A se demander pourquoi il s’était fourvoyé dans un rendez-vous de plus de deux heures avec un inconnu qui ne lui correspondait en rien. La vie des Olympiens est décidément bien mystérieuse.

Quant à M. Parfait n°2, il savait être principalement attiré par les grands bruns. Mais il a tout de même souhaité me rencontrer. Moi qui suis plutôt petit et blond. Après tout, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Au téléphone, il me confirma son extrême exigence, me dépeignant un portrait de lui-même identique à celui que je viens de vous raconter en premier paragraphe. Autant le dire tout de suite, nous savions tous deux qu’il y aurait une déception à la clé, au fur et à mesure de la discussion. Lui, car son degré d’exigence semblait aussi élevé que l’Everest, moi parce que je n’ignorais pas me situer plus proche du centre de la Terre que des cimes enneigées. Et ce qui devait arriver arriva. M. Parfait n°2 prit la poudre d’escampette après notre rencontre, en ayant tout de même eu l’honnêteté de me dire que je ne lui plaisais pas, car non, désolé, je n’étais pas un grand brun (j’avais oublié de prendre 20 cm pendant mon sommeil et de me teindre les cheveux avant notre entrevue). N’écoutant que son bon coeur, le garçon m’envoya un message quelques jours après pour m’assurer que je n’étais tout de même pas laid pour autant.

Ouf, j’aurais pu être vexé.

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Un testicule dans ma soupe

miam-1J’ai déjà exprimé ici ou là, le parcours du combattant qui est le mien (et sûrement de nombreux autres confrères invertis) pour dégoter un vrai rendez-vous, via un site Internet (ne pouvant rencontrer dans la vie de tous les jours, suite aux problématiques que j’ai déjà soulevées). Il faut donc bien des conciliabules, bien des palabres, bien des interrogations écrites ou verbales, avant de parvenir d’un moment virtuel à une rencontre authentique, en chair et en os, autour d’un café (lire Jouons à (t)chat perché). Ou d’une bonne tasse de thé vert à la menthe dans mon cas. Et quand enfin, on se retrouve en tête à tête avec le prétendant en question, pour peu qu’il y ait un soupçon d’alchimie qui saupoudre cet instant, arrivent toujours, ou bien souvent, le double effet Kiss Kool, le grain de raisin qui se coince entre les dents, l’anguille sous la roche, le bâton dans les roues, bref, pour parler crûment, la couille dans le potage. Quelque chose va clocher et accroche-toi mon bonhomme, tu  n’es pas au bout de tes surprises…

Sont nommés dans la catégorie du “Meilleur testicule dans la soupe” (alias “Tu me plais bien, mais il faut que je te dise…”) :

-L’amoureux transi de son ex. Il vous rencontre pour passer le temps, pour oublier qu’il est en souffrance de l’absence de cet autre qu’il essaye vainement de retrouver en vous. Et il tente de tourner la page, grâce à vous, mille fois merci. Et crac ! Vous avez beau lui plaire, mais voilà, il est encore amoureux, il espère le retour de son promis, quitte à l’attendre éternellement. Je me suis ainsi retrouvé plusieurs fois bouche-trou officiel, jusqu’à prendre la poudre d’escampette quand le transfert d’un amour perdu sur ma personne devenait particulièrement déplaisant et malsain. Et que vous savez que vous ne pourrez pas lutter contre un ex aux myriades de qualités que vous n’aurez jamais.

-Le nouveau célibataire. C’est le cousin direct de l’amoureux de son ex. Il vient à peine de se séparer ou d’être largué par son cher et tendre et il se remet direct, comme lors d’une vente aux enchères, sur le marché, au plus offrant. Le problème, c’est que lui n’a plus rien à vous offrir. Il est exsangue de sentiments, il cherche juste à s’amuser, frétiller de nouveau, se remémorer ces moments de séduction, s’entraîner à draguer sporadiquement pour ne pas perdre la main, le tout, pendant son apprentissage de sa nouvelle vie de célibataire.

-Les trompeurs de marchandise. Ils sont tout simplement casés, aiment juste être séduits ou bien, vous confessent enfin, en vous rencontrant, ce qu’ils auraient dû vous avouer un peu plus tôt. “Au fait, j’ai dix ans de plus que ce que je t’ai raconté, mais je ne fais pas mon âge, comme tu peux le constater” – “Au fait, je suis en pause dans mon couple en ce moment, mais je croise les doigts pour que ça reparte, j’essaye juste de rendre mon mec jaloux, tiens, d’ailleurs, le voici” – “Au fait, ça te dérange si je n’ai qu’un seul bras ? Quoi, j’ai oublié de te mentionner ce détail ?”  - “Au fait, t’as rien contre les gens qui prennent des anti-dépresseurs forts ? Je soigne ma schizophrénie”. Ces situations, je les ai toutes vécues. Avec un sourire de plus en plus crispé. Ces dissimulations de vérités ne seraient pourtant point si délicates à entendre ou découvrir s’il ne s’agissait d’une rencontre qui intervenait plus d’un mois après la toute première discussion…

-Le garçon de passage. Il attend que vous soyez ferré pour vous annoncer qu’en fait, il est juste sur Paris pour quelques jours-semaines et qu’il va retourner chez lui très prochainement (si possible à l’autre bout du monde). Mais qu’il désirait tant vous rencontrer ! Voilà un bien meilleur souvenir qu’un T-Shirt “J’aime Paris” ! A ce petit jeu, j’ai déniché très récemment le grand gagnant dans cette catégorie. Le garçon m’aborde. Il me dit rechercher une histoire d’amour forte et durable. Nous conversons longuement et tout d’un coup, il m’annonce qu’il va devoir “prochainement” partir pour l’Amérique du Sud pour ses recherches et ce, durant “un certain temps”. Soit. Mais que son billet d’avion n’était pas encore acheté, sous-entendant que notre rencontre pourrait déterminer son avenir immédiat. Soit également, même si je n’ai pas envie de me sentir responsable de pareille chose. Arrive le rendez-vous tant attendu et avec lui, un jeu réciproque de séduction. Et lorsque je lui demande quand il compte partir et pour combien de temps exactement, voici sa réponse : “Dans trois semaines et pour six mois”. De quoi recracher le contenu de son verre. Surtout quand le garçon poursuit, le plus sérieusement du monde : “Mais nous pouvons vivre une belle histoire d’ici là, une histoire d’amour à date butoir certes, mais que l’on reprendrait peut-être à mon retour”. Je crus à une blague. Le garçon, toujours sûr de lui, continua. Je n’en étais pas au bout de mes surprises : “Je crois que pour éprouver l’amour, il faut vivre de nombreuses histoires et enfin, alors, je pourrai me stabiliser ; aussi, ces trois semaines de bonheur que je te propose, ne te seront pas exclusives, j’irai voir d’autres garçons en parallèle”. Traduction : emmagasiner le plus de moments de gaudriole possibles avant son départ, vu les six mois de carences sexuelles qui l’attendaient. Chouette, alors ! Comment refuser ? On s’y met quand ?

Il y a bien d’autres testicules qui tombent dans la soupe. Parfois, il y en a tellement dans l’écuelle qu’on ne voit même plus le potage qu’elle contient. Je ne les ai heureusement pas encore tous rencontrés. Mais je peux toutefois me targuer d’avoir un plus grand sens des valeurs que tous ces garçons un peu perdus. Je n’ai jamais menti sur mon âge, j’essaye d’être honnête envers moi-même et envers les autres. Aussi, quand j’étais dans les affres de la douleur sentimentale, je n’ai jamais cherché à promettre la lune à qui que ce soit, sachant que si mon ex sonnait à ma porte à ce moment-là, il aurait eu, lui, toutes mes faveurs et attentions. J’annonce ainsi toujours la couleur au départ, afin d’éviter la moindre once de déception. Et j’ai, du coup, l’impression d’être une espèce en voie de disparition. Ah ! Des valeurs ! Voilà qui donnerait une toute autre saveur à ma soupe aux testicules…

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Jouons à (t)chat perché !

ulriccollette_Phil_chatonIl y a quelques mois, j’avais donné ici un cours rapide sur le langage des tchats gays (ou bien, sur un thème proche, abordé le problème de la tromperie sur marchandise). Malheureusement pour moi, je les fréquente encore, ces tchats qui font payer le badaud en manque d’amour en lui promettant le bonheur, signe que je n’ai pas trouvé ce que je recherchais. Car la donne n’a pas changé : mes amis sont toujours hétéros pour la plupart et je suis leur seule caution gay (gage d’exotisme, de coolitude et de tolérance (”je ne peux pas être homophobe, j’ai un ami gay”)), je travaille dans un milieu hétéro et ma timidité m’empêche de sourire bêtement dans le métro ou dans la rue à un charmant garçon qui serait dans mon champ de vision. Restent donc les tchats qui m’ont apporté deux couples sérieux et solides. Alors pourquoi pas trois ?

Mais j’ai l’impression d’être devenu, entre temps, sociologue, voire anthropologue. Et le comportement de mes semblables paraît on ne peut plus prévisible. Lorsque quelqu’un m’aborde, je pourrais presque écrire, à l’avance, mot pour mot, faute d’orthographe pour faute d’orthographe, pourquoi il vient me trouver. Même s’il y a parfois quelques surprises, pas toujours (dés)agréables. L’anonymat des tchats permet de se fondre en un personnage de fiction en une fraction de seconde et de pouvoir ainsi tout dire à l’autre, sans aucune retenue ni diplomatie. Sur certains de ces sites, on peut même évaluer la personne sur son physique, lui dire qu’elle est attirante, intéressante, sexy ou complètement repoussante. Il suffit d’un simple petit clic et le message est passé. Mais ce qui résumerait le mieux ces espaces de rencontres, royaume des garçons un peu perchés (d’où le fin jeu de mots de mon article et cette photo, sacré moi !), ce serait le terme “paradoxe”.

Il y a les paradoxaux amnésiques. Ils sont venus vous saluer, vous leur rendez la pareille mais vous leur précisez gentiment et poliment ne pas être intéressé. Qu’à cela ne tienne, comme un mauvais rhume qui ne passe pas, ils reviennent à la charge, quelques semaines plus tard (voire quelques heures pour les plus Alzheimer d’entre eux). Au cas où vous auriez changé d’avis ou seriez devenus particulièrement désespéré. Dans la même catégorie, certains amnésiques qui vous snobaient avec un profond mépris se montrent tout d’un coup sous de meilleurs atours lorsque vous modifiez votre photo. Je ne compte plus les garçons réticents à la base que j’ai pu rencontrer grâce à ce subterfuge. Qui donne un sentiment de puissance éphémère car il est alors à votre tour de jouer les dédaigneux et de refuser leurs avances.

Il y a les paradoxaux culottés. Leur profil est pour le moins rudimentaire : vide de toute substance et surtout de ce qui fait le seul intérêt des tchats : savoir à qui l’on parle. Donc aucun cliché pour identifier la personne. Mais cette dernière a tout de même son originalité : elle refuse de discuter avec ceux qui n’ont pas un profil rempli en bonne et due forme et qui ne présentent pas de photos. “Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais”, tel est leur credo qui prête à sourire.

Il y a les paradoxaux impudiques. On ne voit pas leur visage, ils ne présentent que leur appendice de volupté ou leur séant dévêtu. Mais dans leur profil, point de recherche gaillarde. Non, non, non, ces phallus bavards et ces postérieurs aux aguets sont là pour discuter sentiments et trouver l’Elu, le Bon, le Prince charmant et surtout pas de parties de jambes en l’air, bien trop vulgaires pour eux. A l’inverse, il y a ceux qui sont en col roulé ou en costume trois-pièces, qui affichent rechercher l’amour et d’autres louables intentions et qui vous sollicitent pour un 5 à 7 expéditif entre deux portes cochères ou une partie de rigolade à plusieurs dans une cave.

Il y a les paradoxaux sexuels. Certains de ces tchats sont scindés en deux. Il y a la partie dite “rencontres sérieuses” (où j’ai davantage parlé sexe que de relation durable) et la partie dite “purement sexe” (où a contrario, j’ai eu des discussions politiques, philosophiques et sentimentales inattendues). Et là encore, comme le Pays des Merveilles, dans cette seconde partie, plus lubrique, les codes semblent inversés. Il n’est pas rare que des garçons montrent leur sexe et parlent de leurs mensurations avantageuses pour afficher une passivité hors norme et d’autres, purement actifs, à quatre pattes sur leur lit, le fessier en offrande. Un mystère que je ne m’explique toujours pas.

Il y a les paradoxaux expéditifs. Ils font la démarche de venir vous parler. Vous recevez ainsi un sympathique “Bonjour” ou “Hello toi” ou même un compliment. Vous répondez à pareille politesse, bien évidemment. Et tout d’un coup, sans crier gare, votre interlocuteur clôt la conversation. Comme ça, gratuitement. Etant un peu teigneux et désirant comprendre le comment du pourquoi, je relance le malotrus par cette interrogation existentielle : “Pourquoi m’aborder si c’est pour fermer la conversation lorsque je te réponds ?” L’interlocuteur, interloqué, clôt de plus belle et met ainsi à mal ma terrible curiosité.

Il y a les paradoxaux purs et durs. Ils veulent une relation sérieuse. Oh, ça oui ! Ils l’affirment haut et fort, sur leur profil, leurs photos, leurs mots quand ils vous parlent. Vous commencez à avoir une conversation intéressante avec eux, vous nouez des liens virtuels, vous passez des heures à discuter de tout et de rien, à dénicher des points communs ou des points d’achoppement. Ils vous proposent une rencontre, une vraie de vraie, vous acceptez et… Fin de la discussion. Ils disparaissent comme ils sont venus. Certains vous donnent même leur numéro, mais laissent leur téléphone sur le mode “sonnerie plaintive”. Personne au bout du fil. Le fantôme s’en est allé hanter un autre hôte virtuel.

Mais le plus grand paradoxe de tous, réside en ceci. Lorsque vous avez connu ces tchats d’un peu trop près, se crée une sorte d’addiction. Vous les abhorrez autant que vous les adorez. Vous voulez les quitter au plus vite, mais ils reviennent aussitôt entre vos doigts, sous vos yeux. Pourtant, en couple, j’ai réussi à ne plus y retourner, ressentant tout de même en moi une sorte de manque qu’il a fallu réprimer et sevrer. Et désormais, maintenant que je les ai arpentés en long, en large et surtout en travers, je n’aspire qu’à une seule chose : qu’ils demeurent, à jamais, un lointain souvenir. Qui sait ?

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(Couple) libre or not libre ?

776646_a-chained-egyptian-activist-holds-his-fists-in-front-of-egyptian-riot-police-during-an-anti-torture-protest-marking-the-egyptian-police-day-in-cairoOn a toujours attribué aux invertis que nous sommes, des moeurs pour le moins légères. Dans l’imaginaire collectif, nous virevoltons de corps en corps, jour après jour, ne laissant aucun moment de répit à nos pulsions en rut. Mais en voyant aujourd’hui une affiche en 4×3 dans le métro indiquant l’adresse d’un site pour relations extra-conjugales conçu par et pour des femmes, j’ai doucement souri dans ma barbe de quatre jours. Ainsi donc, les gourgandines en veulent également leur part, envoyant valdinguer les liens sacrés du mariage, à l’heure où d’autres les réclament sans les obtenir, alors qu’ils vivent, quant à eux, une relation de fidélité et d’exclusivité.

Car infidélité et passions volages ne sont évidemment pas l’apanage des seuls homos. Les hétéros sont nos égaux sur ce sujet, même s’ils n’osent évidemment pas le crier sur tous les toits. Les homos ayant par contre la fâcheuse tendance à se répandre sur leurs pratiques de débauches orgiaques à qui mieux mieux. Ce qui a vite fait de tous nous placer dans le même panier. Et du coup, pourquoi donc faudrait-il attribuer le mariage à des êtres si dénués de valeurs et de vertus ? Ah, quelle image pour la société ! Ah, quel sacrilège pour nos chères petites têtes blondes (que l’on érige ainsi en otage de la bonne conscience) ! Pourtant, les couples hétéros ne sont pas un gage flagrant de bonnes moeurs, bien au contraire. On ne compte plus les amants et maîtresses cachés dans les placards, les couples libertins, les enfants non-reconnus, les sites Internet qui invitent à la gaudriole malgré l’alliance à l’annulaire… Mais après tout, si personne ne souffre dans l’affaire (pour vivre heureux, baisons cachés), pourquoi alors s’en offusquer ?

Car chacun vit son couple de la manière dont il l’entend, du moment que la part est identique entre les deux conjoints. Et j’ai vécu les miens de manière bien différente. J’ai ainsi testé pour vous le couple libre et le couple exclusif. Pour ma part, je ne pourrais pas tromper quelqu’un et le garder pour moi. La perspective d’une double vie, même pour un instant de jambes en l’air, me révulse et je ne pourrais plus regarder l’autre en face, le toucher, l’embrasser. Comme je ne pourrais pas non plus m’engager dans une partie à trois (ou plus si affinités) avec mon compagnon. Le voir avec un autre, même si je participe à la débandade, ne me plairait diablement pas. Aussi, je prône la fidélité absolue. Mais en parallèle, je comprends que l’on puisse avoir des envies prégnantes d’un autre corps. Et à partir du moment où la chose est entendue et tolérée par les deux partis, alors le mal n’existe plus.

Lors de ma première histoire, de six ans et demi, nous ne trouvions pas de compromis sexuel. Nous étions tous deux bien peu dégourdis sur la chose à cette époque et surtout, il n’y avait pas d’étincelles au lit, alors que nous avions une parfaite communion d’âme. Au bout d’un an de ce régime, il en allait de notre couple. Aussi, nous décidâmes de nous partager avec d’autres, si l’occasion se présentait. Ainsi, si lui ou moi, rencontrions quelqu’un et que ce quelqu’un était favorable à un moment d’intimité, nous y allions, en prévenant notre conjoint de la situation. Honnêteté avant tout. Nous avions établi des règles strictes : personne d’étranger chez nous, indiquer à l’autre où l’on se trouvait précisément, avec qui et à quelle heure on pensait rentrer. Notamment par mesure de sécurité, on ne sait jamais sur qui l’on tombe. Puis, une fois la chose accomplie, (comme un devoir extra-conjugal), nous nous expliquions sur l’oreiller, développions nos nouvelles techniques et réussîmes à nous épanouir sexuellement, jusqu’à ne plus avoir besoin de ces soupapes de passage.

J’avais bien conscience que ce mode de fonctionnement n’était pas tout à fait dans la norme. Pour avoir discuté avec d’autres garçons qui pratiquaient l’amour libre, eux taisaient la chose à leur conjoint. Il était entendu qu’ils allaient voir ailleurs si le lit y était plus frais, mais en aucune façon ils ne précisaient où, quand et avec qui. Alors qu’avec mon compagnon, nous étions dans une honnêteté déconcertante, dans tous les domaines. Mais je sus toutefois, à l’issue de cette histoire, que je ne renouvellerais plus l’opération. Et c’est d’ailleurs ce qui se passa lors de ma seconde longue relation. Qui m’a beaucoup questionné. Comme j’étais le deuxième garçon de ce jeune homme, bibliquement parlant, j’eus peur que sa jeunesse ne se réveille un jour en manque d’expériences nouvelles. D’autant qu’il était terrorisé par la peur d’être volage (voir mon précédent billet). Aussi, nous convînmes que si un jour, une occasion coquine événementielle se présentait, il ne fallait surtout pas la manquer par peur de frustration qui finirait par poindre un jour ou l’autre. Mais le reste du temps, fi-dé-li-té absolue.

Je peux pardonner, sur cette règle réciproque, en prenant sur moi, une infidélité de passage. Je ne crois en effet pas que l’homme soit fait pour vivre à deux toute sa vie durant sans nourrir d’autres désirs, même si je rêve qu’une telle utopie se réalise (ça doit bien, en effet, se produire quelques fois). Mais je ne tolère en revanche pas qu’un autre amour se développe à mon encontre. Car cet ex-compagnon, au bout de deux ans de relation, se pâma pour un autre garçon, qui, malheureusement pour lui, se révéla hétéro. Et je devais, selon lui, composer avec. Or, pour moi, rien de pire que l’infidélité de coeur. Le corps n’est qu’une enveloppe, vouée à se flêtrir et à ne plus être un objet de déliquescence. Mais le coeur, lui, c’est autre chose. C’est l’essence-même d’une histoire. Et de ça, pour toujours, je clamerai l’absence de liberté. Désirant, égoïstement, être pour celui de mon compagnon, le seul propriétaire. Du moins, tant qu’il battra pour moi.

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Dans la salle de sport…

ballet,cross,dress,funny,muscle,tutu-7b4b9c67aa2c892d16ba917e2fbcbf7f_hSi vous n’allez pas dans le milieu gay, le milieu gay ira vers vous, grâce à la salle de sport… Club Med Gym et consoeurs incarnent les maisons mères des garçons sensibles qui prennent soin de leur apparence et de leur corps (soit 98% de cette population). Et je ne suis pas en reste, moi non plus. Pendant longtemps, le sport et moi étions des ennemis silencieux. Nous nous ignorions l’un l’autre et cela était juste et bon. J’avais tenté le judo, mais on m’y a retiré après l’obtention de ma ceinture jaune, parce que je regardais le professeur amoureusement. Puis, ce fut le golf. Mais dans un désert de cailloux africain, ce n’était guère aisé. Puis, plus rien, pendant de longues années. Jusqu’à ce que j’atteignisse les trente ans et découvrisse avec horreur que mon ventre se mettait à pousser petit à petit, à cause de la sécurité du couple dans lequel je me lovais et des petits plats qui l’accompagnaient. Heureusement, à côté de mon travail d’alors, une piscine municipale m’ouvrait grand ses bassins et je décidai de m’y rendre à chaque pause déjeuner, afin de retrouver une silhouette ragoutante. Une fois mon couple en miettes, ce fut encore plus draconien : je cessais de m’alimenter (ou très peu) et je noyais mon chagrin en nageant jusqu’à six fois par semaine. Dix kilos en moins plus tard, l’ombre de moi-même, mais avec quelques abdos sur mon squelette, je trouvai un nouveau travail plus épanouissant, mais dépourvu de piscine. Et la nature reprit ses droits et moi, quelques kilos.

Il faut dire que faire des longueurs et des kilomètres aquatiques, j’en avais ras les nageoires. C’est alors que je me suis souvenu que je vivais à une minute à pied d’un Club Med Gym. Je savais que si je choisissais une salle de sport moins chère (et donc moins tape-à-l’oeil), mais loin de chez moi, je n’aurai pas le courage d’y aller régulièrement. Là, il me suffit d’enfiler ma tenue de combat et hop, en deux enjambées, je me retrouve sur un rameur, un vélo, un tapis de course, un appareil de musculation… Pratique. J’y vais donc à l’ouverture, chaque matin, afin d’éviter de me battre pour avoir le droit de souffrir sur une machine diabolique, sans être envahi par des odeurs de transpiration omniprésentes. Et un gentil et charmant coach que je rencontre une fois tous les deux mois, m’établit un programme dont mon corps se souviendra toute sa vie. Le but : me plaire à moi-même dans un premier temps et qui sait, plaire à d’autres dans un second.

Et c’est ainsi que je pénétrai dans la succursale des tchats gays. Un peu comme si on se retrouvait nez-à-nez, en vrai, avec les modèles d’un catalogue que l’on viendrait de feuilleter. Que des têtes connues virtuellement à la ronde. En trois dimensions et tout en muscles, voici ceux qui ne vous contactent jamais, qui vouent votre profil aux gémonies, ignorent votre existence (et continuent de le faire). Mais les voilà qui se dandinent, qui zozotent, qui se trémoussent comme des petites danseuses en tutu, la voix haut perchée, faisant des petits pas ridicules dans leurs survêtements D&G, portant, avec plus ou moins de grâce, leur lourde carcasse virile, épilée de près, tatouée et bronzée aux UV. Ils se font la bise et la moue dans les vestiaires ou quand il s’aperçoivent dans la salle, se donnent du “Ma chérie” (ou du “Ma salope”) en veux-tu en voilà, se racontent leurs dernières nuits de débauche, passent leur temps sur Grindr entre deux séances de soulèvement de poids. Ils s’acoquinent en bande de copines, bras dessus, bras dessous et essayent de retrouver l’image qu’ils renvoient sur Internet, celle de machos virils, quand ils font face à un nouveau venu, sans y parvenir toutefois. Et dans les douches, ce défilé de stars se poursuit. A ceci près que s’y rajoutent les vieux concupiscents qui restent se changer dans les vestiaires pendant une éternité (se rendent-ils seulement dans la salle de sport à un moment donné ?), d’autres étouffent dans le sauna où ils stagnent pendant des heures, la peau presque en lambeaux, afin de tenter de scruter libidineusement un bout de testicules qui dépasserait d’une serviette.

Et je reste tapi dans l’ombre à observer ce triste cinéma. Car c’est bien de cinéma qu’il s’agit. Je suis là dans mes vêtements de sport dénués de marque et donc d’intérêt, à tenter de me souvenir des exercices que je dois faire, quotidiennement. En presque un an que j’y suis, je n’ai adressé la parole à personne et je dois incarner pour tous un élément du décor. J’avais eu l’idée, sous-jacente, qu’il s’agirait là d’un nouveau moyen pour rencontrer quelqu’un, mais c’est finalement la solitude que j’y ai trouvé. J’exagère toutefois : un être issu du CPEM (Club des Princesses Epilées et Musclées) est venu m’aborder, un matin. Il me suivait à chaque endroit où je me rendais, moulé dans un short si court qu’il lui ravageait littéralement l’entrejambe, annihilant ainsi tout espoir de descendance. Il croisait les bras et me regardait faire, sans perdre une miette de chacun de mes gestes. Gêné, je finis par lui demander s’il faisait partie du personnel (tout en connaissant la réponse par avance). Il me répondit simplement qu’il avait juste envie de m’observer. J’écourtai ma séance. J’ignore si je finirai un jour par obtenir le corps dont je rêve (dans une dizaine d’années, sans doute, quand la peau se flétrira pour recouvrir le moindre muscle), mais je sais en tout cas à qui je ne veux pas ressembler : celui que j’étais et ceux qu’ils sont.

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Les galipettes d’un côté, les sentiments de l’autre

images-1Je suis toujours parvenu à distinguer sexe et sentiments. Je dois avoir un petit côté vieux jeu sur ce coup, puisque pour moi, une relation qui commencerait tout de suite par des galipettes effrénées, ne saurait se transformer en une véritable histoire. Et pourtant, je sais que c’est possible, puisqu’un ami d’enfance a déniché son compagnon pour la vie (comme cela fait 12 ans qu’ils sont ensemble, on peut qualifier ce record de “pour la vie” dans notre milieu) après une partie endiablée de jambes qui d’en l’air, sans chaussettes, se sont ancrées dans le sol avec des pantoufles. Sacrés veinards. Mais de mon côté, impossible. Sitôt que j’ai vu nue la personne et que nous avons commis des actes que la morale pudibonde ne réprouve, je n’arrive pas à la voir autrement et j’en reste là, à la surface des choses.

Cela fait partie des barrières que je place tout autour de moi, lors d’une relation légère d’amusement sans vêtements. Je n’embrasse pas toujours, je ne dors pas avec la personne, je ne me douche pas avec elle, je reste cordial et sympathique, sans donner une possibilité d’un ailleurs en parallèle. Nous nous sommes connus dans un lit, nous n’approfondirons pas la question autour d’un café ou dans une salle de cinéma. Et de fait, j’ai attendu, comme au bon vieux temps, plus d’un mois avec mes dernières histoires durables, avant de passer à l’acte avec elles. Et ce jour de découverte mutuelle est alors source de joie et d’impatience, de passion et d’émerveillement (bon, j’exagère un brin). Et si d’aventure, ces galipettes s’avéraient juste dignes d’une roulade sans originalité plutôt que d’un salto noté aux Jeux Olympiques, ce n’était pas bien grave dans le fond : les sentiments étaient déjà là, pardonnaient tout et l’on pouvait progresser ensemble à partir de cette base décevante peu ou prou.

Certains me disent que cette règle est archaïque, voire ridicule… Surtout à l’heure du fantasme du PQR qui peut déraper en un autre chose, véhiculé par des livres, pièces et films sans intérêt. Dans mon métier, cet acronyme renvoie à Presse Quotidienne Régionale. Désormais, il s’agit de Plan Q Régulier. Quelque chose encore, que j’ai tenté, sans l’adopter où l’on reste pétri de frustrations : voici un amant idyllique, sympathique et charmant que l’on doit laisser repartir et qui vous sonne ou que vous appelez en cas d’envie pressante, sans émettre le moindre sentiment derrière. Un couple au goût frelaté en somme. Les avantages sans les inconvénients, alors que ce sont justement ces inconvénients qui font le piment d’une histoire. Alors, puisqu’il ne faut pas mourir idiot, à l’aube de la fin du monde, j’ai tenté de passer d’ami de gaudriole à compagnon. Et cela m’a conforté dans mon archaïsme…

Il y a un an donc, j’avais rencontré le temps d’un après-midi sensuel et sexuel, un garçon fort original. Il avait pourtant à la base tout ce qui pouvait me déplaire moralement parlant, mais une partie de moi était mystérieusement attirée par lui et lui de même. Comme quoi, moins par moins, cela faisait vraiment plus. Et pour couronner le tout, ma peau était attirée par la sienne, ce qui n’est pas toujours le cas lors d’un moment de sexe sans lendemain. Nous convenons de nous revoir et à chaque fois, nous passons autant de temps à discuter de tout et de rien qu’à copuler fougueusement. Au bout de quelques semaines, je prends sur moi et l’invite à dîner à la maison. Il accepte. Tout en jouant le rôle du gars sûr de lui qui n’en a rien à faire, une carapace que j’essaye de briser petit à petit. Au cours du dîner, il baisse la garde, me parle de son enfance, de ses rêves, de ses projets, met une jambe sur les miennes pendant un DVD. Mais se rendant compte qu’il rompait avec son personnage impassible, il me dit tout de go “Bon maintenant, faut qu’on baise”. Ce que nous ne parvînmes pas à faire, étonnamment.

Je n’ai plus eu de ses nouvelles pendant de longs mois. Nous étions “amis Facebook”, mais sans rapport particulier. Le jour de son anniversaire, je le lui souhaite et il rebondit sur l’occasion pour me proposer un rendez-vous. Nous retrouvons nos habitudes : discussions longue durée et sexe parfait. Je lui propose d’aller dîner dans un restaurant, il accepte. Pendant tout le repas, nous flirtons effrontément, nous nous contons des choses intimes rarement révélées. Il me fait part de sa solitude, qu’il a aimé trop de “cons qui l’ont utilisé”, qu’il veut changer de mode de vie et se libérer de ses propres contraintes. Entre autres joyeusetés. En nous séparant au métro, il m’enlace, me fait une bise sur la joue et me dit “A bientôt”. Battant le fer pendant qu’il était encore chaud, je lui envoie un sms humoristique dans lequel je lui fais comprendre que ma carapace était aussi en train de se lézarder et qu’il me plaisait bien. Il me répondit le lendemain d’un lapidaire et pathétique “Ouais, t’es mignonne, soyons potes car j’aime encore trop mes vieux démons”.

On ne pourra pas dire que je n’ai pas tenté de dépasser le stade d’intimité physique pour celui de l’intimité psychique qui mènerait (ou non) à quelque chose de beau (ou pas). Mais cela me conforte dans mes positions : ce qui se passe dans le lit, reste dans le lit. Reste donc le jeu de l’amour et du hasard. Qui fait bien souvent mal les choses.

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Les hétéros ambigus

Shaving-Ken-a-raser-1999Ils sont là, partout autour de nous. Ils nous singent. Ils savent que l’on est attiré par eux et en rajoutent. Ils sont le ver dans le fruit, la carotte qui fait avancer l’âne, au bout d’un bâton que l’on ne saurait saisir. Ils sont la goupille d’un coeur qui ne demande qu’à être déclenché. Ils sont notre pire ennemi, camouflés sous un masque de séduction inaccessible en forme de sourire espiègle et complice. Eux, ce sont les hétéros ambigus… Ils ressemblent aux gays, ont les goûts des gays, mais se lovent et se reproduisent avec le sexe opposé. Et nous laissent dans le trouble et la déception.

Qui d’entre nous n’a pas été piégé (in)volontairement par ces hétéros que l’on croirait être nos semblables ? Métrosexuels, tactiles, ils travaillent dans le monde artistique, de la communication, de l’événementiel ou de la mode, ils aiment la musique que vous écoutez, boivent un verre dans les lieux gay friendly, sont au courant des derniers potins, ne vous invitent pas à une partie de poker, mais à une exposition où a lieu une performance de danse contemporaine. Sans s’en rendre compte, ils sèment le chaos dans votre tête, brouillent vos codes et vos radars. Surtout quand arrive leur femme ou leur copine, généralement tout aussi sympathique et charmante qu’eux et avec qui sait, même, un petit mouflet au bout du bras ou accroché dans le dos. Et ces compagnes savent que leur cher et tendre plaît aux homos, acceptent qu’il danse un slow avec eux, qu’il les enlace, puisque c’est dans leur lit à elles qu’il les rejoindra, semant un peu partout des coeurs brisés (et des flaques). Plusieurs fois, je me suis surpris à penser (et espérer) que le garçon si souriant, si tolérant envers nous, les amis les gays, si drôle et distingué, soit du même bord que moi. Surtout quand il donne l’impression de flirter outrageusement. Mais cette ambiguïté est jouissive. Elle emmène dans des fantasmes sentimentaux et sensoriels encore plus forts que si le tour était déjà joué d’avance. Est-il homo, hétéro ? Il ne porte pas d’alliance, mais ça ne veut plus rien dire de nos jours. Il est allé au dernier concert de Madonna, mais il a pu avoir une invitation. Tout de même, quand il m’a proposé d’aller boire un verre avec ce petit clin d’oeil, n’était-ce pas là un signe ? Et l’esprit divague, s’échappe. On attend d’atteindre le septième ciel avec lui ou au contraire, de s’écraser au plus vite, en le voyant embrasser fougueusement sa compagne. Heureusement, dans mon malheur, je ne fais pas partie de ceux qui rêvent de détourner un hétéro de son chemin tout tracé et de le convertir aux joies de la sodomie décomplexée. Sinon, la déception serait encore plus grande.

J’ai souvenir d’au moins quatre déconvenues de ce genre. La première était dans un célèbre cours de théâtre que j’ai fréquenté il y a quelques années. Un jeune homme de ma classe, sosie de Matthew McConaughey du temps de sa splendeur, était venu m’aborder, suite à l’une de mes prestations. Il avait été embarqué dans mon histoire et désirait travailler avec moi sur quelques scènes. De fil en aiguille, nous sommes allés boire quelques verres ensemble, au cinéma, au théâtre et un soir, il me demanda si je voulais bien dormir chez lui un week end. J’acceptai avec joie, sans me douter que chez lui, nous serions trois : moi, lui et sa copine… Un autre encore, pendant que je travaillais dans une grande entreprise culturelle, afin de me payer mes études. Petit, mignon, aux grands yeux bleus expressifs. J’étais le seul avec qui il parlait. Il m’attendait pour déjeuner, venait me voir dans mon secteur d’activité au détriment du sien… Un jour, il me tendit un petit bout de papier où était inscrit “Voici mon numéro, appelle-moi”. Mon sang ne fit qu’un tour : se pouvait-il que les cieux deviennent enfin cléments à mon égard ? Nous nous donnâmes rendez-vous pour un cinéma où il me narra en détails, avec une grivoiserie qu’il espérait complice, le dernier film pornographique lesbien sur lequel il s’était tripoté la veille, tout en draguant la voisine d’à côté.

Un autre encore, rencontré dans le métro, avec une jeune fille avec qui il se chamaillait comme on le ferait avec une amie ou une soeur. Nous avions vu la même pièce de théâtre et la commentâmes. Avant de nous apercevoir que nous étions presque voisins. Il me fit la bise en sortant de la rame, en me proposant qu’on se revoit un de ces quatre. Avant d’enlacer la dite jeune fille, de l’embrasser sur la bouche avec tendresse, tout en lui mettant une main aux fesses qui la fit glousser de plaisir. Ou encore dernièrement, au travail, un jeune trentenaire que je devais interviewer, chemise entrouverte jusqu’au nombril, une main sur mon épaule pendant tout l’entretien et tout heureux de me parler de sa femme et de ses deux petites filles…

Le problème, avec tous ces hétéros ambigus, c’est que désormais, je n’ose plus aborder qui que ce soit (si tant est que je parvienne à le faire, une autre histoire). De peur de faire fausse route, une fois de plus. Qu’une femme va surgir à tout instant et emporter l’objet de ma convoitise loin de moi. Alors je reste avec mes rêves et mes (dés)espoirs. Et me contente de les regarder de loin, du plus loin possible… En soupirant.

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