Exigez l’exigence !

rsz-botox-for-men-guideJe vous ai déjà narré les différents types de personnages que l’on peut dénicher sur les tchats gays (lire notamment Le Bal des goujats). Mais il est une espèce que je n’ai pas encore abordée et que nous appellerons en toute modestie, les “Parfaits”. Ces spécimens invertis vivent dans une dimension parallèle à celle du commun des mortels, dans un Olympe qu’ils ont reconstitué et que seuls les braves parmi les braves, qu’ils ont eux-mêmes adoubés, peuvent découvrir. Ces surhommes, ces dieux vivants, sont bien évidemment beaux et musclés, le poil savamment positionné sur les pectoraux au millimètre près, la peau hâlée en toutes circonstances, dotés d’un organe de plaisir surdimensionné et d’un postérieur dur comme du béton, mais lisse et doux comme celui d’un poupon. Intelligents et brillants, ces Titans sont en général cadres supérieurs, architectes, traders, avocats, parlent cinq langues couramment, pratiquent au moins quatre disciplines sportives, ont moult amis, des hobbies à foison essentiellement tournés vers la culture, les voyages et l’épicurisme. C’est à se demander pourquoi ces forces de la Nature consentent-elles à s’abaisser à se vendre à leur tour comme des produits de consommation sur les tchats gays. Ces surhommes n’ont-ils pas juste à paraître dans la rue, à la terrasse d’un café, pour attirer le chaland qui se jetterait sur eux comme des insectes sur les phares d’une voiture et remplir ainsi leur carnet de bal (”On se calme, il n’y en aura pas pour tout le monde”) ?

Il faut croire que non. Car ces spécimens rares, l’élite de l’élite, la crème de la crème, sur lesquels tout le monde se pâme, homos et femmes hétéros compris, ont un petit défaut. Trois fois rien. L’Exigence. Voilà qui est tout à fait normal et compréhensible, finalement. Pourquoi se mélanger à la plèbe quand Dame Nature vous a pourri d’autant de dons ? Cela relèverait du social pur et dur, mais rajouterait le mot “philanthropie” à leurs indénombrables qualités. Moi-même, inverti pourtant lambda, je nourris davantage d’exigences au fur et à mesure que je vieillis. Mon célibat forcé m’a permis de m’occuper enfin de moi. Je pensais toujours deux avant un, maintenant que je n’ai plus que moi dans ma ligne de mire, je me gâte, je me bichonne. Je me suis d’ailleurs sans doute un peu superficialisé dans l’affaire. Je ne faisais guère attention à mon look, il est désormais très soigné. Je me fichais de ma peau comme d’une guigne, désormais, je la dorlote avec des crèmes hydratantes anti-rides et anti-cernes. Le sport était un ennemi héréditaire, je l’ai dompté, afin de faire une activité physique cinq à six fois par semaine. Je vais très souvent au cinéma, au théâtre ou dans des expositions, pour un bain de foule et de culture devenu essentiel. Bref, le temps passant et ma solitude s’installant, je devrais revoir mes exigences à la baisse. Que nenni ! Les voici qui augmentent au contraire. Puisque moi, je suis capable de faire ces petites broutilles quotidiennes, alors n’importe qui d’autre peut en faire autant et je commence à voir d’un mauvais oeil ceux qui se contentent de simplement être, sans valeur ajoutée. Voilà qui ne va pas simplifier les choses…

Si j’en suis à ce stade, à mon humble niveau d’inverti lambda, que doivent donc ressentir les Olympiens parfaits ? Un ego surgonflé par les nombreuses sollicitations qu’ils reçoivent au quotidien, des carences sexuelles car ils ne souhaitent pas se mélanger avec autrui et au final, une solitude tout aussi peu enviable que celle des autres. Etre exigeant envers soi-même et son prochain a évidemment son prix. Le plus étonnant étant que ces surhommes ne se mélangent pas non plus entre eux. Sans doute sont-ils effrayés par ces doubles, ces miroirs qui leur renvoient tout ce qu’ils tentent de dissimuler afin de vendre du rêve à ceux qui sont leurs antipodes, pour continuer à être admirés et adulés. Mais sans pour autant tenter l’aventure sur la terre ferme et quitter leur univers parallèle protecteur.

Puisque j’aime émailler d’exemples concrets mes petits Invertissements, voici deux de ces dieux vivants que j’ai rencontrés récemment, qui ont consenti à descendre de leur piédestal pour se risquer à un rendez-vous avec un de ces garçons qui ne leur ressemblent pas, en l’occurrence, moi. Par curiosité, sans doute. Pour se désennuyer aussi, probablement. Pour se sentir vivants avant de retourner dans leur stratosphère intouchable, assurément. Prenons M. Parfait n°1. Il a été élevé dans l’exigence. Ses parents l’ont doté d’un prénom unique en son genre et, m’assura-t-il, pour ne pas les décevoir, il s’est échiné à être le plus parfait possible. Métisse aux yeux clairs, carrure musclée, tête aussi pleine que bien faite, le jeune homme avouait sans ambages plaire énormément mais ne sortir avec personne, car il était difficile à contenter. De plus, il n’avait aucun temps à consacrer à la bagatelle, étant surchargé de travail, de sport, de loisirs et d’amis. A se demander pourquoi il s’était fourvoyé dans un rendez-vous de plus de deux heures avec un inconnu qui ne lui correspondait en rien. La vie des Olympiens est décidément bien mystérieuse.

Quant à M. Parfait n°2, il savait être principalement attiré par les grands bruns. Mais il a tout de même souhaité me rencontrer. Moi qui suis plutôt petit et blond. Après tout, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Au téléphone, il me confirma son extrême exigence, me dépeignant un portrait de lui-même identique à celui que je viens de vous raconter en premier paragraphe. Autant le dire tout de suite, nous savions tous deux qu’il y aurait une déception à la clé, au fur et à mesure de la discussion. Lui, car son degré d’exigence semblait aussi élevé que l’Everest, moi parce que je n’ignorais pas me situer plus proche du centre de la Terre que des cimes enneigées. Et ce qui devait arriver arriva. M. Parfait n°2 prit la poudre d’escampette après notre rencontre, en ayant tout de même eu l’honnêteté de me dire que je ne lui plaisais pas, car non, désolé, je n’étais pas un grand brun (j’avais oublié de prendre 20 cm pendant mon sommeil et de me teindre les cheveux avant notre entrevue). N’écoutant que son bon coeur, le garçon m’envoya un message quelques jours après pour m’assurer que je n’étais tout de même pas laid pour autant.

Ouf, j’aurais pu être vexé.

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9 commentaires

BONJOUR… pour commencer j’ai bien aimé votre article about “les hommes parfait” (Les Olympiens). Je me reconnais moi meme dans plussieurs aspect de votre article. Je me identifie alors un peu comme vou, un genre de lambda. Me voila au milieux de deux mondes completement diferants et en cour de transformation… j’ai comme meme été bien doté depuis mon enfance, si beau, mignon, dynamique, atractif, etc mais dans le cadre “normal”. pour quelques uns l’homme parfait mais pour les “hommes parfaits”…… mmmm….. pas tres remarcable. Tout comme vous, en vieillissant, mes exigences augmentent et plus je prends soin de moi meme de mon corp, sprit, et enrichement mental et cultural plus mes exigeances deviennent agresives aux yeux des autres. Pas voulu, mais je m’ameliore alors pour quoi tomber dans le conformisme?… oui il y a un prix a tout cela aussi… la difficulté a trouver son autre moitier. Mais je me demande, il y a t il une solution a tout cela ou on es tous condamnés, soit, a devenir des bons olympiens “homme parfait” mais intouchable a cause de leurs propres exigeances parfoit catalogué narcisiques et meme egoistes, soit de rester dans la simplicité et se laisser aller comme cochon dans une grange? il y a t il une facon de contrarester nos exigenances une fois devenu terriblement trop parfait et etre plus sensible et ouvert a d’autres option? ou faut attendre l’impossible ou tous deviendrons les bons athletes?

Merci pour votre article et votre temps…

Écrit par Axel le 25 février 2013 à 14:03

Pauvre petite fille riche… Je suis amusé et intrigué par ce très bon billet d’humeur. Vous avez un certain talent à l’écriture. Pour le sujet qui nous intéresse, c’est pour moi consternant… je fais partis, on va dire des lambda moins… mais je suis complètement épanouis… je commence a apprécier ma condition de “moyen moins”. Loin de toutes ses tracasseries de ceux qui ont tout et ne désire plus rien, parce que c’est bien de “désir” dont il s’agit. Je vous conseille la lecture du très controversé Alain SORAL “Misère du désir”, le livre décortique comment on a casser le désir et aliéné les populations. A Méditer. Reflet d’une société individualiste, ultra-libérale et égocentrée… faut pas croire que ça touche que les “olympiens”… dans toute les catégories de population on retrouve ces dynamiques nocives… ne fustigiez pas les autres c’est bien vous qui entretenez cette misère, aidez par les médias, la mode, etc… Bref, suis moche, gros mais heureux, c’est l’essentiel …Non ?

Écrit par Laurent G. Montpellier le 25 février 2013 à 14:46

Et la suite de chroniques d’une rupture???

Écrit par François le 25 février 2013 à 22:39

A François, un peu de suspens, c’est comme lors d’une attente de diffusion d’une nouvelle saison en télé ;)

Écrit par Lesoirquipenche le 25 février 2013 à 23:38

Pour être sorti quelques semaines avec un Olympien dont je suis resté l’amant 9 ans, moi pauvre lambda, je serais assez d’accord avec Laurent G sur le fait qu’on retrouve ces dynamiques chez des mecs moins beaux, cultivés, riches et influents. Mon Olympien est franchement plus agréable à fréquenter que la plupart des gens que j’ai croisés.
C’est un omnivore, c’est-à-dire qu’il sortira ou couchera avec un mec qui, pour une raison ou une autre (souvent la culture ou l’esprit), lui plaira, sans fonder uniquement son choix sur le physique, le pouvoir ou l’argent.
Je l’imagine assez passer deux heures, comme vos deux M. Parfaits, à discuter avec un mec qui l’avait intéressé, histoire de voir s’il y a une certaine alchimie. Les mecs avec qui je l’ai vu rester le plus longtemps étaient des mecs normaux et non les mannequins qu’il s’est tapés et qui selon lui étaient pour beaucoup d’assez mauvais coups.

Écrit par emmanuel le 26 février 2013 à 18:34

Cette article me déprime… pour vous. Je lis avec plus ou moins d’assiduité chacun de vos posts mais à chaque fois la même chose me dérange : vous critiquez ce que vous faites et ce à quoi vous adhérez. Quel courage y a-t-il là dedans ? Aucun assurément. Quelle critique alors ? Aucune, sinon une critique hypocrite, qui se réfléchit elle même. Bref, creuse.
C’est dommage, d’autant plus que vous écrivez bien. Mais toutes les métaphores du monde ne sauraient exprimer cette intuition, pourtant remarquable, que vous avez des travers du monde gay. A un moment, il faut contester ou se taire, au risque de passer pour un petit grincheux pathétique et frustré. Pour ma part je donnerais bien à votre rubrique le nom de : “Quoi de neuf dans la communauté des pintades ? Rien.”
Oh et pour éviter tout malentendu, je suis moi même homosexuel.

Écrit par Longplay le 28 février 2013 à 17:17

A Longplay : il ne faut absolument pas être déprimé pour moi. Tout va très bien dans le meilleur des mondes. Encore une fois, ce blog n’est pas forcément à prendre au premier degré, je l’ai précisé moult fois. Ce ne sont que des billets d’humeur, que des bribes d’observation, à prendre ou à jeter. Je ne critique pas, je reste au contraire en surface : je dis juste ce que j’observe et comment moi, je vis les choses. Il y a des éléments que je vais reproduire comme mes semblables ou au contraire m’en éloigner totalement. Je ne fais que dépeindre mon quotidien et celui des autres, de notre belle communauté. Rien de plus, rien de moins !

Écrit par Lesoirquipenche le 28 février 2013 à 17:34

Miroir, mon beau miroir… Votre article me fait penser un peu à ça. Ce type de personnes, j’en ai vus mais je ne jamais osé les aborder. Ceci dit, la vie m’a montré qu’en fait, tout est possible : des hommes très beaux peuvent être attirés par quelqu’un jugé (et souvent par l’entourage plus que par le bellâtre vraiment attiré, lui) moins beau ou quelconque. Heureusement le charme, l’aura, la prestance existent aussi et peuvent sublimer un corps. C’est du vécu.

Ce qui est dérangeant, c’est quand à partir du moment où l’on juge qu’on est exigeant avec soi-même, on se permet de l’être avec autrui selon SES propres critères. L’exigence n’est pas le pb, par contre les bases sur laquelle elle se fonde le sont. En effet, nous nous percevons dans une amélioration selon notre point de vue et jugeons les autres en + ou – selon ce point de vue mais en fait, tandis que nous exigeons de nous-mêmes sur certains points (corps, culture), d’autres peuvent choisir de progresser sur des sujets qui ne nous intéressent pas du tout (a priori) : spiritualité, philosophie, écologie, économie, passe-temps particuliers originaux…. Une véritable rencontre amoureuse c’est aussi & surtout ça : se laisser surprendre et se voir envahi par un intérêt vers des thèmes inattendus pour nous voire complémentaires des nôtres. Et même si les passions de l’autre continuent à nous laisser indifférents, il y a toujours quelques intérêts communs.

En fait, la notion d’exigence telle que vous la décrivez (augmentant avec l’âge) va de paire avec l’égoïsme : elle ne laisse aucune place (ou si peu) à l’empathie, l’humilité, le respect pourtant nécessaires pour s’ouvrir à quelqu’un TEL qu’il EST & non pas comme on voudrait qu’il soit. C’est une manière de vivre la relation extrêmement nombriliste et qui ne permet que des échanges très superficiels : on ne rencontre jamais l’autre en tant que personne humaine , on en reste aux apparences et à ce qui satisfait chacun mutuellement. Or, une véritable relation amoureuse, c’est accepter AUSSI ce qui nous déplaît chez l’autre. :-) … et faire avec. C’est un enseignement qui fait vraiment grandir. Prétendre que parce qu’on exige de soi, on peut exiger des autres n’est juste qu’une attitude toute perso, en rien un droit justifié : les autres ne nous doivent rien. Si on est exigeant avec soi-même , ça ne regarde que nous ! Si d’autres ne veulent pas être ainsi, en tout cas pas sur les mêmes sujets que nous, c’est leur vie… et leur liberté. C’est surtout ce point qui me dérange : l’exigence avec soi imposée comme référence aux autres, c’est vouloir mettre la main sur leur liberté d’être en sous-entendant “Si tu veux me plaire, tu devras changer ça et aussi ça.” C’est tout simplement injuste. C’est se placer au-dessus de l’autre en prétendant détenir la vérité selon ses critères à soi. Evidemment, vouloir vivre une authentique histoire d’amour (entendre liaison durable et ressourçante) sur de telles bases est utopique. On vivra des relations ou des coups mais avec insatisfaction.

Heureusement que la vie met sur notre chemin des gens qui savent dépasser ces limites imposées par les critères sociaux et que l’amour, le vrai, peut faire sauter ses barrières sur la situation professionnelle, le physique et le reste. mais il est vrai que souvent ces personnes ont une intelligence relationnelle avec la vie : ils n’ont aucun a priori sur ce qui devrait être ou pas, ni sur les gens. Du coup, ils laissent libre cours à toute rencontre. C’est ce que rappelle Emmanuel plus haut avec son “omnivore” qui est en fait un gourmand de la vie, une personne en phase avec elle, sans préjugés. J’aimerais être plus souvent ainsi : savoir profiter d’un temps avec quelqu’un librement, sans exigence inopportune et pour tout dire malsaine. Mais j’y travaille. Eh oui, si c’est naturel pour certains, c’est + compliqué pour d’autres.

Cordialement

Écrit par Ellypso Waratahs le 4 mars 2013 à 16:27

Je suis tout à fait d’accord… Je me limite ici à la surface des choses car quand on rencontre quelqu’un, c’est sa physionomie que l’on juge en premier lieu. La personnalité, le charme, l’humour, viennent ensuite. Mais ce qui frappe au visage, c’est évidemment le physique. Après, loin de moi de vouloir transformer l’Autre. Ne serait-ce que parce que je n’ai aucun critère particulier : aucun de mes compagnons ne se ressemblent… Ils ont juste en point commun le fait d’être myope et d’avoir ainsi un regard particulier. Mais entre un blond un peu dodu, un grand brun trentenaire et un eurasien de 20 ans, tout est différent et je me suis contenté de ce que l’Amour voulait bien m’offrir. En revanche, mon exigence envers moi-même est soumise à rude épreuve : je suis de plus en plus intransigeant envers moi-même.

Écrit par Lesoirquipenche le 4 mars 2013 à 16:32

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