Un testicule dans ma soupe

miam-1J’ai déjà exprimé ici ou là, le parcours du combattant qui est le mien (et sûrement de nombreux autres confrères invertis) pour dégoter un vrai rendez-vous, via un site Internet (ne pouvant rencontrer dans la vie de tous les jours, suite aux problématiques que j’ai déjà soulevées). Il faut donc bien des conciliabules, bien des palabres, bien des interrogations écrites ou verbales, avant de parvenir d’un moment virtuel à une rencontre authentique, en chair et en os, autour d’un café (lire Jouons à (t)chat perché). Ou d’une bonne tasse de thé vert à la menthe dans mon cas. Et quand enfin, on se retrouve en tête à tête avec le prétendant en question, pour peu qu’il y ait un soupçon d’alchimie qui saupoudre cet instant, arrivent toujours, ou bien souvent, le double effet Kiss Kool, le grain de raisin qui se coince entre les dents, l’anguille sous la roche, le bâton dans les roues, bref, pour parler crûment, la couille dans le potage. Quelque chose va clocher et accroche-toi mon bonhomme, tu  n’es pas au bout de tes surprises…

Sont nommés dans la catégorie du “Meilleur testicule dans la soupe” (alias “Tu me plais bien, mais il faut que je te dise…”) :

-L’amoureux transi de son ex. Il vous rencontre pour passer le temps, pour oublier qu’il est en souffrance de l’absence de cet autre qu’il essaye vainement de retrouver en vous. Et il tente de tourner la page, grâce à vous, mille fois merci. Et crac ! Vous avez beau lui plaire, mais voilà, il est encore amoureux, il espère le retour de son promis, quitte à l’attendre éternellement. Je me suis ainsi retrouvé plusieurs fois bouche-trou officiel, jusqu’à prendre la poudre d’escampette quand le transfert d’un amour perdu sur ma personne devenait particulièrement déplaisant et malsain. Et que vous savez que vous ne pourrez pas lutter contre un ex aux myriades de qualités que vous n’aurez jamais.

-Le nouveau célibataire. C’est le cousin direct de l’amoureux de son ex. Il vient à peine de se séparer ou d’être largué par son cher et tendre et il se remet direct, comme lors d’une vente aux enchères, sur le marché, au plus offrant. Le problème, c’est que lui n’a plus rien à vous offrir. Il est exsangue de sentiments, il cherche juste à s’amuser, frétiller de nouveau, se remémorer ces moments de séduction, s’entraîner à draguer sporadiquement pour ne pas perdre la main, le tout, pendant son apprentissage de sa nouvelle vie de célibataire.

-Les trompeurs de marchandise. Ils sont tout simplement casés, aiment juste être séduits ou bien, vous confessent enfin, en vous rencontrant, ce qu’ils auraient dû vous avouer un peu plus tôt. “Au fait, j’ai dix ans de plus que ce que je t’ai raconté, mais je ne fais pas mon âge, comme tu peux le constater” – “Au fait, je suis en pause dans mon couple en ce moment, mais je croise les doigts pour que ça reparte, j’essaye juste de rendre mon mec jaloux, tiens, d’ailleurs, le voici” – “Au fait, ça te dérange si je n’ai qu’un seul bras ? Quoi, j’ai oublié de te mentionner ce détail ?”  - “Au fait, t’as rien contre les gens qui prennent des anti-dépresseurs forts ? Je soigne ma schizophrénie”. Ces situations, je les ai toutes vécues. Avec un sourire de plus en plus crispé. Ces dissimulations de vérités ne seraient pourtant point si délicates à entendre ou découvrir s’il ne s’agissait d’une rencontre qui intervenait plus d’un mois après la toute première discussion…

-Le garçon de passage. Il attend que vous soyez ferré pour vous annoncer qu’en fait, il est juste sur Paris pour quelques jours-semaines et qu’il va retourner chez lui très prochainement (si possible à l’autre bout du monde). Mais qu’il désirait tant vous rencontrer ! Voilà un bien meilleur souvenir qu’un T-Shirt “J’aime Paris” ! A ce petit jeu, j’ai déniché très récemment le grand gagnant dans cette catégorie. Le garçon m’aborde. Il me dit rechercher une histoire d’amour forte et durable. Nous conversons longuement et tout d’un coup, il m’annonce qu’il va devoir “prochainement” partir pour l’Amérique du Sud pour ses recherches et ce, durant “un certain temps”. Soit. Mais que son billet d’avion n’était pas encore acheté, sous-entendant que notre rencontre pourrait déterminer son avenir immédiat. Soit également, même si je n’ai pas envie de me sentir responsable de pareille chose. Arrive le rendez-vous tant attendu et avec lui, un jeu réciproque de séduction. Et lorsque je lui demande quand il compte partir et pour combien de temps exactement, voici sa réponse : “Dans trois semaines et pour six mois”. De quoi recracher le contenu de son verre. Surtout quand le garçon poursuit, le plus sérieusement du monde : “Mais nous pouvons vivre une belle histoire d’ici là, une histoire d’amour à date butoir certes, mais que l’on reprendrait peut-être à mon retour”. Je crus à une blague. Le garçon, toujours sûr de lui, continua. Je n’en étais pas au bout de mes surprises : “Je crois que pour éprouver l’amour, il faut vivre de nombreuses histoires et enfin, alors, je pourrai me stabiliser ; aussi, ces trois semaines de bonheur que je te propose, ne te seront pas exclusives, j’irai voir d’autres garçons en parallèle”. Traduction : emmagasiner le plus de moments de gaudriole possibles avant son départ, vu les six mois de carences sexuelles qui l’attendaient. Chouette, alors ! Comment refuser ? On s’y met quand ?

Il y a bien d’autres testicules qui tombent dans la soupe. Parfois, il y en a tellement dans l’écuelle qu’on ne voit même plus le potage qu’elle contient. Je ne les ai heureusement pas encore tous rencontrés. Mais je peux toutefois me targuer d’avoir un plus grand sens des valeurs que tous ces garçons un peu perdus. Je n’ai jamais menti sur mon âge, j’essaye d’être honnête envers moi-même et envers les autres. Aussi, quand j’étais dans les affres de la douleur sentimentale, je n’ai jamais cherché à promettre la lune à qui que ce soit, sachant que si mon ex sonnait à ma porte à ce moment-là, il aurait eu, lui, toutes mes faveurs et attentions. J’annonce ainsi toujours la couleur au départ, afin d’éviter la moindre once de déception. Et j’ai, du coup, l’impression d’être une espèce en voie de disparition. Ah ! Des valeurs ! Voilà qui donnerait une toute autre saveur à ma soupe aux testicules…

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10 commentaires

A un certain moment (vécu comme toi), ce n’est plus la couille qui fait tâche dans la soupe ; c’est la soupe qui fait tâche dans une forêt de couilles…

Écrit par JulienG le 11 février 2013 à 12:29

Merci beaucoup Julien pour cette jolie formule !

Écrit par Lesoirquipenche le 11 février 2013 à 13:25

Tu oublies une catégorie de garçon que l’on rencontre TRÈS souvent sur le net,
ceux qui comme toi se sont auto persuadés que les rencontres amoureuses ne pouvaient se faire que sur Internet… et surtout pas ailleurs.

Je trouve tes arguments un peu facile (timidité, peu d’amis gays, hors milieu…). On est beaucoup dans ce cas là.. Il faut juste se faire violence par moment. C’est pas comme ci, il n’y avait pas d’homo autour de toi à Paris (métro, rue, café, commerce, ciné, resto..)
Si tu rencontrais un beau mec au boulot (ou ailleurs), tu ferais quoi? tu attendrais de le croiser sur grindr pour lui adresser la parole?
Internet, c’est bien, c’est un accélérateur de rencontres, et j’y ai fait des belles rencontres je le reconnais, mais honnêtement c’est pas mal de temps en temps de lâcher le clavier.. ;)
La semaine dernière, j’ai pris un verre avec un mec rencontré au boulot, et je t’assure que c’est très agréable de découvrir quelqu’un dont tu ne sais ni l’âge, ni le poids, ni les gouts sexuels.. ni même s’il est célibataire, voire même s’il est gay..

Voila, une idée pour ton prochain post : “J’ai lâché internet”… ;)

Écrit par tété le 11 février 2013 à 14:05

Génial j’adore !!!! vous avez une belle plume (ne voyez pas de connotation particulière mdr)

Écrit par Wiloooo le 11 février 2013 à 14:13

A Tété : j’ai déjà expliqué moult fois pourquoi Internet, alors je vais le refaire… Je travaille dans un milieu entièrement hétéro. Je suis le seul gay. Et je suis entouré de quadra et de quinqua mariés avec des enfants, qui ne connaissent rien à la chose homosexuelle (et qui d’ailleurs militent contre le mariage pour tous). De plus, la plupart de mes amis sont hétéros. Je n’ai jamais ô grand jamais eu la moindre rencontre avec un mec dans la vie de tous les jours. Et quand ça arrive, ce sont des filles ou des mecs mariés ou en couple. Je ne vais pas dans le Marais, dans le métro rien, au ciné rien, dans les cafés, rien, etc et ce n’est pas marqué sur la gueule des gens qu’ils sont gays et célibataires. Je ne demande que ça, une histoire due au hasard, mais ça n’a jamais eu lieu, tout simplement. Et ce que je mets comme argument ici, dans ce billet, serait tout aussi valable que pour les rencontres Internet. Malheureusement.

Écrit par Lesoirquipenche le 11 février 2013 à 15:25

Je trouve que tu as une façon très manichéenne de présenter les choses. Tu dis quand même: “ne pouvant rencontrer dans la vie de tous les jours, suite aux problématiques que j’ai déjà soulevées”, comme ci les choses étaient irréversibles et que tu ne pouvais pas les changer…

Les histoires peuvent être tout aussi belles sur internet que dans la “vraie vie”, la dessus je suis d’accord avec toi. C’est pas le sujet. Je parle juste de “rencontres”
Je suis étonné que tu n’aies jamais eu la force d’aller au delà de ta timidité pour aborder un garçon.

Aucun mot, aucune lettre d’amour à un mec que tu croisais tous les jours à l’école, à la fac, dans le commerce en bas de chez toi ?
Aucune approche maladroite à la machine à café, dans l’amphi, dans le bus, n’importe ou ?
Aucune rencontre dans le cadre du boulot ou t’es dit “tiens si j’essayais de le retrouver, de le recontacter, de lui écrire ?..”
Aucune rencontre que tu aurais pu faire en voyageant ?

Je me suis pris beaucoup de vents dans ce genre de situation, car oui comme tu dis “ce n’est pas marqué sur la gueule des gens qu’ils sont gays et célibataires”… et alors ?
Aujourd’hui ça me laisse de beaux souvenirs, plus beaux et plus marquants que la plupart de mes rencontres internet. Elle est surtout là la différence, et que je ne suis d’accord avec ta dernière phrase.

Et je trouve dommage que tu te crois que ces choses là te soient impossibles.. Et j’ai dit ça en pensant aux quelques garçons que j’ai pu rencontrer sur le net et qui étaient dans le même état d’esprit que toi.

Écrit par tété le 11 février 2013 à 20:16

Tété, ce n’est pas un état d’esprit, mais un état de fait… A la fac, que des hétéros, j’étais dans des petits amphis et les mecs étaient en couple avec leurs copines. Donc non. Plus tard au boulot, j’ai bossé longtemps en indépendant, donc seul chez moi. Puis dans des rédactions remplies de femmes ou de mecs mariés. Donc non. Au théâtre, je pensais rencontrer des gays et encore non, j’étais le seul, les copines attendaient leurs gars à la sortie des cours. En voyage, non plus, vu que je voyage un peu roots avec sac à dos chez l’habitant. Il n’y a jamais eu une telle occasion en 12 ans que je suis sur Paris. Je ne vois pas pourquoi ça changerait d’un coup alors que ma vie se résume à RER bondé où personne ne se regarde, boulot où je connais tout le monde, re-RER bondé et amis. Je pense que ce n’est pas la rencontre qui compte, mais ce qu’on en fait après et désolé si ça te chagrine. Mais c’est ainsi. Je ne dis pas que ça n’arrivera jamais, peut-être que si, je ne ferme bien évidemment pas la porte à une telle rencontre. Mais elle n’a encore jamais eu lieu. Tu as de la chance si ce fut le cas pour toi. Et encore une fois, ce blog ne concerne que mon petit nombril et n’est pas parole d’Evangile ;)

Écrit par Lesoirquipenche le 11 février 2013 à 21:19

Je suis une autre espèce en voie de disparition car je n’ai pas de compte Facebook ou de Twitter, je ne vais pas sur les sites de rencontres. Je ne fréquente pas les lieux branchés (je n’aime pas) mais je fais beaucoup de rencontres. Mon dernier c’est au coin de la rue que je l’ai rencontré, une regard ça suffit surtout quand on se comprend. Au boulot, j’ai de la chance, j’ai de nombreuses sollicitations mais boulot oblige je ne répond pas. Les véritables rencontres existent et pas sur le net. Au supermarché surtout en été, les T-shirt c’est mieux que les manteaux en laine…. Et pourtant je suis un GROS TIMIDE… mais je crois aux rencontres classiques. Il faut laisser une place au romantisme.

Écrit par OnDi le 11 février 2013 à 21:23

Toujours aussi remarquablement bien rédigé, je félicite Lesoirquipenche pour ses billets qui décrivent si bien ce que peut ressentir un (ou une ça doit aussi marcher) homosexuel romantique. L’étant également je compatis à ton histoire ; toutefois si tu l’es toi il y a forcément quelqu’un d’autre qui ressent la même chose, c’est une question de statistiques ! Je ne dis que “je compatis” et non pas “je comprends” parce que n’ayant que 16 ans, je ne peux pas parler d’expérience, mais si le milieu gay est terrible à ce point je dois avouer que je n’ai aucune envie de le fréquenter. La seule résolution que j’ai adopté à ce sujet est de croire au Prince Charmant, de saisir la moindre occasion de le rencontrer et de toujours s’armer d’un optimisme à toute épreuve pour multiplier les chances. Bon courage à tous les romantiques, pensez aux statistiques !

Écrit par Luigi le 11 février 2013 à 23:36

Merci Luigi pour ton gentil commentaire, mais il ne faut surtout pas que tu changes d’opinion sur l’amour et le milieu gay à ton si jeune âge, forge-toi ta propre expérience, elle n’en sera que différente de la mienne. Merci de me lire en tout cas et à bientôt !

Écrit par Lesoirquipenche le 12 février 2013 à 10:48

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