Je vous ai déjà narré les différents types de personnages que l’on peut dénicher sur les tchats gays (lire notamment Le Bal des goujats). Mais il est une espèce que je n’ai pas encore abordée et que nous appellerons en toute modestie, les “Parfaits”. Ces spécimens invertis vivent dans une dimension parallèle à celle du commun des mortels, dans un Olympe qu’ils ont reconstitué et que seuls les braves parmi les braves, qu’ils ont eux-mêmes adoubés, peuvent découvrir. Ces surhommes, ces dieux vivants, sont bien évidemment beaux et musclés, le poil savamment positionné sur les pectoraux au millimètre près, la peau hâlée en toutes circonstances, dotés d’un organe de plaisir surdimensionné et d’un postérieur dur comme du béton, mais lisse et doux comme celui d’un poupon. Intelligents et brillants, ces Titans sont en général cadres supérieurs, architectes, traders, avocats, parlent cinq langues couramment, pratiquent au moins quatre disciplines sportives, ont moult amis, des hobbies à foison essentiellement tournés vers la culture, les voyages et l’épicurisme. C’est à se demander pourquoi ces forces de la Nature consentent-elles à s’abaisser à se vendre à leur tour comme des produits de consommation sur les tchats gays. Ces surhommes n’ont-ils pas juste à paraître dans la rue, à la terrasse d’un café, pour attirer le chaland qui se jetterait sur eux comme des insectes sur les phares d’une voiture et remplir ainsi leur carnet de bal (”On se calme, il n’y en aura pas pour tout le monde”) ?
Il faut croire que non. Car ces spécimens rares, l’élite de l’élite, la crème de la crème, sur lesquels tout le monde se pâme, homos et femmes hétéros compris, ont un petit défaut. Trois fois rien. L’Exigence. Voilà qui est tout à fait normal et compréhensible, finalement. Pourquoi se mélanger à la plèbe quand Dame Nature vous a pourri d’autant de dons ? Cela relèverait du social pur et dur, mais rajouterait le mot “philanthropie” à leurs indénombrables qualités. Moi-même, inverti pourtant lambda, je nourris davantage d’exigences au fur et à mesure que je vieillis. Mon célibat forcé m’a permis de m’occuper enfin de moi. Je pensais toujours deux avant un, maintenant que je n’ai plus que moi dans ma ligne de mire, je me gâte, je me bichonne. Je me suis d’ailleurs sans doute un peu superficialisé dans l’affaire. Je ne faisais guère attention à mon look, il est désormais très soigné. Je me fichais de ma peau comme d’une guigne, désormais, je la dorlote avec des crèmes hydratantes anti-rides et anti-cernes. Le sport était un ennemi héréditaire, je l’ai dompté, afin de faire une activité physique cinq à six fois par semaine. Je vais très souvent au cinéma, au théâtre ou dans des expositions, pour un bain de foule et de culture devenu essentiel. Bref, le temps passant et ma solitude s’installant, je devrais revoir mes exigences à la baisse. Que nenni ! Les voici qui augmentent au contraire. Puisque moi, je suis capable de faire ces petites broutilles quotidiennes, alors n’importe qui d’autre peut en faire autant et je commence à voir d’un mauvais oeil ceux qui se contentent de simplement être, sans valeur ajoutée. Voilà qui ne va pas simplifier les choses…
Si j’en suis à ce stade, à mon humble niveau d’inverti lambda, que doivent donc ressentir les Olympiens parfaits ? Un ego surgonflé par les nombreuses sollicitations qu’ils reçoivent au quotidien, des carences sexuelles car ils ne souhaitent pas se mélanger avec autrui et au final, une solitude tout aussi peu enviable que celle des autres. Etre exigeant envers soi-même et son prochain a évidemment son prix. Le plus étonnant étant que ces surhommes ne se mélangent pas non plus entre eux. Sans doute sont-ils effrayés par ces doubles, ces miroirs qui leur renvoient tout ce qu’ils tentent de dissimuler afin de vendre du rêve à ceux qui sont leurs antipodes, pour continuer à être admirés et adulés. Mais sans pour autant tenter l’aventure sur la terre ferme et quitter leur univers parallèle protecteur.
Puisque j’aime émailler d’exemples concrets mes petits Invertissements, voici deux de ces dieux vivants que j’ai rencontrés récemment, qui ont consenti à descendre de leur piédestal pour se risquer à un rendez-vous avec un de ces garçons qui ne leur ressemblent pas, en l’occurrence, moi. Par curiosité, sans doute. Pour se désennuyer aussi, probablement. Pour se sentir vivants avant de retourner dans leur stratosphère intouchable, assurément. Prenons M. Parfait n°1. Il a été élevé dans l’exigence. Ses parents l’ont doté d’un prénom unique en son genre et, m’assura-t-il, pour ne pas les décevoir, il s’est échiné à être le plus parfait possible. Métisse aux yeux clairs, carrure musclée, tête aussi pleine que bien faite, le jeune homme avouait sans ambages plaire énormément mais ne sortir avec personne, car il était difficile à contenter. De plus, il n’avait aucun temps à consacrer à la bagatelle, étant surchargé de travail, de sport, de loisirs et d’amis. A se demander pourquoi il s’était fourvoyé dans un rendez-vous de plus de deux heures avec un inconnu qui ne lui correspondait en rien. La vie des Olympiens est décidément bien mystérieuse.
Quant à M. Parfait n°2, il savait être principalement attiré par les grands bruns. Mais il a tout de même souhaité me rencontrer. Moi qui suis plutôt petit et blond. Après tout, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Au téléphone, il me confirma son extrême exigence, me dépeignant un portrait de lui-même identique à celui que je viens de vous raconter en premier paragraphe. Autant le dire tout de suite, nous savions tous deux qu’il y aurait une déception à la clé, au fur et à mesure de la discussion. Lui, car son degré d’exigence semblait aussi élevé que l’Everest, moi parce que je n’ignorais pas me situer plus proche du centre de la Terre que des cimes enneigées. Et ce qui devait arriver arriva. M. Parfait n°2 prit la poudre d’escampette après notre rencontre, en ayant tout de même eu l’honnêteté de me dire que je ne lui plaisais pas, car non, désolé, je n’étais pas un grand brun (j’avais oublié de prendre 20 cm pendant mon sommeil et de me teindre les cheveux avant notre entrevue). N’écoutant que son bon coeur, le garçon m’envoya un message quelques jours après pour m’assurer que je n’étais tout de même pas laid pour autant.
Ouf, j’aurais pu être vexé.
Retrouvez moi également sur Twitter : https://twitter.com/invertissements ou écrivez-moi sur mesinvertissements@hotmail.fr
- Par Lesoirquipenche |
- Commentaires (9) |
- 3 336 vues

Certains m’écrivent parfois pour me demander si mes Invertissements sont véridiques. Si les situations que je raconte, tantôt amusantes, tantôt pathétiques, sont issues de mon imagination fertile ou de mon expérience vécue. Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour (re)préciser ici, que tout est bel et bien vrai. Certes, je ne cite aucun nom, ne donne que des pseudos et enjolive le tout avec des mots un peu littéraires, mais tout est certifié conforme et authentique. Puis, en réfléchissant, je me suis aperçu que je ne m’étais point penché en détail sur l’une des raisons qui m’avaient conduit à créer ce blog, issu d’un traumatisme amoureux dont j’étais parvenu à me relever bravement et je souhaitais le relater et le partager. Finalement, ce but premier s’est éloigné, même si j’en ai déjà parlé en filigrane, lors de deux Invertissements (à savoir
J’ai déjà exprimé ici ou là, le parcours du combattant qui est le mien (et sûrement de nombreux autres confrères invertis) pour dégoter un vrai rendez-vous, via un site Internet (ne pouvant rencontrer dans la vie de tous les jours, suite aux problématiques que j’ai déjà soulevées). Il faut donc bien des conciliabules, bien des palabres, bien des interrogations écrites ou verbales, avant de parvenir d’un moment virtuel à une rencontre authentique, en chair et en os, autour d’un café (lire
Connaissez-vous le film culte “Dans la peau d’une blonde” ? Dans ce dernier, un play boy qui enchaînait les femmes à son palmarès comme des perles sur un fil, finit malencontreusement par décéder. Voilà qui était fort contrariant pour notre pauvre don Juan, mais qui se vit offrir un marché au Purgatoire : il irait au Paradis si et seulement si, à nouveau sur Terre, il se ferait aimer d’une femme. Et pour faciliter les choses, Dieu étant quelque peu facétieux, il se retrouva dans la peau d’une belle blonde qui subit à son tour les assauts de ses semblables en costume-cravate. Tout ce petit préambule pour vous poser cette question existentielle : si vous, vous aviez l’occasion de revenir sur Terre après avoir passé de vie à trépas, choisiriez-vous de redevenir homosexuel(le) ou opteriez-vous plutôt pour la voie plus traditionnelle des hétéros ?
