Exigez l’exigence !

rsz-botox-for-men-guideJe vous ai déjà narré les différents types de personnages que l’on peut dénicher sur les tchats gays (lire notamment Le Bal des goujats). Mais il est une espèce que je n’ai pas encore abordée et que nous appellerons en toute modestie, les “Parfaits”. Ces spécimens invertis vivent dans une dimension parallèle à celle du commun des mortels, dans un Olympe qu’ils ont reconstitué et que seuls les braves parmi les braves, qu’ils ont eux-mêmes adoubés, peuvent découvrir. Ces surhommes, ces dieux vivants, sont bien évidemment beaux et musclés, le poil savamment positionné sur les pectoraux au millimètre près, la peau hâlée en toutes circonstances, dotés d’un organe de plaisir surdimensionné et d’un postérieur dur comme du béton, mais lisse et doux comme celui d’un poupon. Intelligents et brillants, ces Titans sont en général cadres supérieurs, architectes, traders, avocats, parlent cinq langues couramment, pratiquent au moins quatre disciplines sportives, ont moult amis, des hobbies à foison essentiellement tournés vers la culture, les voyages et l’épicurisme. C’est à se demander pourquoi ces forces de la Nature consentent-elles à s’abaisser à se vendre à leur tour comme des produits de consommation sur les tchats gays. Ces surhommes n’ont-ils pas juste à paraître dans la rue, à la terrasse d’un café, pour attirer le chaland qui se jetterait sur eux comme des insectes sur les phares d’une voiture et remplir ainsi leur carnet de bal (”On se calme, il n’y en aura pas pour tout le monde”) ?

Il faut croire que non. Car ces spécimens rares, l’élite de l’élite, la crème de la crème, sur lesquels tout le monde se pâme, homos et femmes hétéros compris, ont un petit défaut. Trois fois rien. L’Exigence. Voilà qui est tout à fait normal et compréhensible, finalement. Pourquoi se mélanger à la plèbe quand Dame Nature vous a pourri d’autant de dons ? Cela relèverait du social pur et dur, mais rajouterait le mot “philanthropie” à leurs indénombrables qualités. Moi-même, inverti pourtant lambda, je nourris davantage d’exigences au fur et à mesure que je vieillis. Mon célibat forcé m’a permis de m’occuper enfin de moi. Je pensais toujours deux avant un, maintenant que je n’ai plus que moi dans ma ligne de mire, je me gâte, je me bichonne. Je me suis d’ailleurs sans doute un peu superficialisé dans l’affaire. Je ne faisais guère attention à mon look, il est désormais très soigné. Je me fichais de ma peau comme d’une guigne, désormais, je la dorlote avec des crèmes hydratantes anti-rides et anti-cernes. Le sport était un ennemi héréditaire, je l’ai dompté, afin de faire une activité physique cinq à six fois par semaine. Je vais très souvent au cinéma, au théâtre ou dans des expositions, pour un bain de foule et de culture devenu essentiel. Bref, le temps passant et ma solitude s’installant, je devrais revoir mes exigences à la baisse. Que nenni ! Les voici qui augmentent au contraire. Puisque moi, je suis capable de faire ces petites broutilles quotidiennes, alors n’importe qui d’autre peut en faire autant et je commence à voir d’un mauvais oeil ceux qui se contentent de simplement être, sans valeur ajoutée. Voilà qui ne va pas simplifier les choses…

Si j’en suis à ce stade, à mon humble niveau d’inverti lambda, que doivent donc ressentir les Olympiens parfaits ? Un ego surgonflé par les nombreuses sollicitations qu’ils reçoivent au quotidien, des carences sexuelles car ils ne souhaitent pas se mélanger avec autrui et au final, une solitude tout aussi peu enviable que celle des autres. Etre exigeant envers soi-même et son prochain a évidemment son prix. Le plus étonnant étant que ces surhommes ne se mélangent pas non plus entre eux. Sans doute sont-ils effrayés par ces doubles, ces miroirs qui leur renvoient tout ce qu’ils tentent de dissimuler afin de vendre du rêve à ceux qui sont leurs antipodes, pour continuer à être admirés et adulés. Mais sans pour autant tenter l’aventure sur la terre ferme et quitter leur univers parallèle protecteur.

Puisque j’aime émailler d’exemples concrets mes petits Invertissements, voici deux de ces dieux vivants que j’ai rencontrés récemment, qui ont consenti à descendre de leur piédestal pour se risquer à un rendez-vous avec un de ces garçons qui ne leur ressemblent pas, en l’occurrence, moi. Par curiosité, sans doute. Pour se désennuyer aussi, probablement. Pour se sentir vivants avant de retourner dans leur stratosphère intouchable, assurément. Prenons M. Parfait n°1. Il a été élevé dans l’exigence. Ses parents l’ont doté d’un prénom unique en son genre et, m’assura-t-il, pour ne pas les décevoir, il s’est échiné à être le plus parfait possible. Métisse aux yeux clairs, carrure musclée, tête aussi pleine que bien faite, le jeune homme avouait sans ambages plaire énormément mais ne sortir avec personne, car il était difficile à contenter. De plus, il n’avait aucun temps à consacrer à la bagatelle, étant surchargé de travail, de sport, de loisirs et d’amis. A se demander pourquoi il s’était fourvoyé dans un rendez-vous de plus de deux heures avec un inconnu qui ne lui correspondait en rien. La vie des Olympiens est décidément bien mystérieuse.

Quant à M. Parfait n°2, il savait être principalement attiré par les grands bruns. Mais il a tout de même souhaité me rencontrer. Moi qui suis plutôt petit et blond. Après tout, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Au téléphone, il me confirma son extrême exigence, me dépeignant un portrait de lui-même identique à celui que je viens de vous raconter en premier paragraphe. Autant le dire tout de suite, nous savions tous deux qu’il y aurait une déception à la clé, au fur et à mesure de la discussion. Lui, car son degré d’exigence semblait aussi élevé que l’Everest, moi parce que je n’ignorais pas me situer plus proche du centre de la Terre que des cimes enneigées. Et ce qui devait arriver arriva. M. Parfait n°2 prit la poudre d’escampette après notre rencontre, en ayant tout de même eu l’honnêteté de me dire que je ne lui plaisais pas, car non, désolé, je n’étais pas un grand brun (j’avais oublié de prendre 20 cm pendant mon sommeil et de me teindre les cheveux avant notre entrevue). N’écoutant que son bon coeur, le garçon m’envoya un message quelques jours après pour m’assurer que je n’étais tout de même pas laid pour autant.

Ouf, j’aurais pu être vexé.

Retrouvez moi également sur Twitter : https://twitter.com/invertissements ou écrivez-moi sur mesinvertissements@hotmail.fr

Chroniques d’une rupture – Saison 1

2940831197_1_3Certains m’écrivent parfois pour me demander si mes Invertissements sont véridiques. Si les situations que je raconte, tantôt amusantes, tantôt pathétiques, sont issues de mon imagination fertile ou de mon expérience vécue. Je profite de l’occasion qui m’est donnée pour (re)préciser ici, que tout est bel et bien vrai. Certes, je ne cite aucun nom, ne donne que des pseudos et enjolive le tout avec des mots un peu littéraires, mais tout est certifié conforme et authentique. Puis, en réfléchissant, je me suis aperçu que je ne m’étais point penché en détail sur l’une des raisons qui m’avaient conduit à créer ce blog, issu d’un traumatisme amoureux dont j’étais parvenu à me relever bravement et je souhaitais le relater et le partager. Finalement, ce but premier s’est éloigné, même si j’en ai déjà parlé en filigrane, lors de deux Invertissements (à savoir Un soir de septembre et surtout Le deuil du vivant).

Le moment tant attendu est donc arrivé. Chic alors ! Car cette semaine, j’ai célébré le premier anniversaire sans nouvelles de M. l’Ex, sans message toxique de sa part ou entrevue néfaste. Une rupture qui dura finalement aussi longtemps que notre couple. Et avec le recul, même si tout est digéré et dilué, j’avoue ne toujours pas comprendre qui était réellement ce garçon qui partagea quelques années de ma vie. Et pourquoi a-t-il agi avec moult manipulations psychologiques pour tenter de me détruire après notre séparation. Peut-être aurez-vous une idée sur la question. Mais fin de préambule, laissez-moi vous raconter cette mésaventure, en trois volets. Après “Plus belle la vie”, voici donc votre nouveau feuilleton à l’eau de rose fanée. Et vous constaterez devant vos yeux ébahis que, comme dans toute bonne série qui se respecte, le suspense va crescendo au fur et à mesure des saisons…

Saison 1 – Première année post-rupture.

Etant un peu perspicace, je savais que la rupture pointait son nez. M. l’Ex s’acharnait de plus en plus dans sa jalousie maladive (lire Ah ! Cruelle jalousie !), marchait à deux kilomètres devant moi dans la rue, choisissait une rame différente de métro lorsque nous le prenions ensemble et s’énervait pour un rien. Constatant que notre relation stagnait, je lui demandai si nous allions franchir un jour le cap fatidique de la vie commune (il était encore dorloté par ses parents) et, soyons fous, du Pacs. Réponse : “Je veux d’abord m’acheter mon propre appartement, vivre dedans seul quelques années et alors nous pourrons considérer la question”. Comme le garçon ne travaillait pas, ce futur qu’il me dépeignait me paraissait fantasmagorique. Surtout que je venais de fêter mes 31 ans et qu’une stabilité n’aurait pas été de refus, merci. Un couperet mit terme à cette conversation. Il me signifia notre rupture. Comme tout bon quitté qui se respecte, je lui demandai s’il y avait quelqu’un d’autre dans sa vie : “Non. Je veux simplement brûler ma jeunesse”. Il partit, mais sans me rendre mes clés. Auparavant, je lui avais précisé qu’il n’y aurait aucune amitié possible entre nous : puisque je l’aimais toujours, le revoir serait une souffrance et je n’envisageais pas de passer d’amoureux à pote, sans transition, comme il me le proposait si gentiment.

Car M. l’Ex ne supportait pas l’idée que je puisse ne plus désirer de ses nouvelles, quand je songeais égoïstement à me protéger. Pendant les semaines qui ont suivi la rupture, à bout de forces, je cessai de me battre pour le récupérer, me heurtant à un mur bétonné par le mépris qu’il nourrissait à mon endroit. Le garçon s’ingéniait à m’écrire régulièrement que je n’avais pas compté, que je ne lui manquais pas et qu’il désirait aimer le maximum d’hommes possibles, me listant tous ceux qui lui tournaient autour. Voyant que je me terrais dans le silence, il continua derechef. “En fait non, je ne veux en aimer qu’un seul. Et ce ne sera jamais toi”. En parallèle, il me proposait tous les jours d’aller au cinéma avec lui et comme je m’obstinais dans mon mutisme, il se faisait de plus en plus virulent. Caressant dans sa demande, puis destructeur quand il n’obtenait pas ce qu’il voulait.

Je consentis une fois à le revoir, notamment pour récupérer mes clés qu’il possédait toujours. J’avais alors la naïveté de me dire que s’il les gardait encore, c’était pour un hypothétique retour, une fois qu’il aurait achevé sa crise existentielle et consumé sa splendide jeunesse. Il me dépeignit sa vie de liberté avec un sourire désarmant, tout en m’assurant que la rupture lui était difficile, mes clés au fond de sa poche, comme un trophée. Je rentrai chez moi effondré et me jurai de ne plus jamais le contacter. Pourtant, M. l’Ex persistait à m’écrire régulièrement. Quand il se montrait cajoleur, l’espoir me regagnait et je lui répondais. Il redevenait alors superbement hautain dans le message suivant. J’étais tantôt son cher et tendre, tantôt un inconnu qu’il saluait au passage, concluant sa missive d’un lapidaire “A plus !”. Je cessai de le lire.

La vie faisant curieusement les choses, je reçus des nouvelles de Mini-Jake (lire L’Argentin). Il me proposa de le rejoindre à Buenos Aires. Ni une, ni deux, je me concoctai un petit voyage d’un mois en solitaire, afin de parcourir l’Argentine. Je verrais quelques jours Mini-Jake et le reste du temps, je découvrirais les splendeurs de la Patagonie, seul, sac au dos. M. l’Ex apprit la nouvelle. Comment, je l’ignore encore. Et il m’écrivit ceci : “J’imagine que tu vas en Argentine coeur contre coeur ou pour retrouver Mini-Jake. Cela n’a aucune importance, puisque moi, j’ai rencontré le Bon. Adieu”. Etait-ce une énième provocation ?  Il obtint gain de cause : je lui répondis, pour la première fois depuis des semaines. Je le félicitai pour sa nouvelle histoire et lui demandai de me rendre mes clés et de ne plus m’écrire. S’ensuivit une salve de mails de sa part, que je supprimai sans les ouvrir. Suite à mon absence de réponse, il utilisa l’objet du mail pour me signifier sa haine : j’étais ainsi obligé de le lire, sans mon consentement. Je faillis rire en découvrant ces mots : “Cesse de te mêler de ma vie amoureuse”. L’hôpital aimait donc réellement se foutre de la charité… M. l’Ex porta même le culot aux nues, en recontactant mes amis pendant mon périple argentin, afin qu’ils me le racontent et me gâchent ainsi ce voyage que j’espérais initiatique.

A mon retour, silence de sa part. Je crus naïvement que je n’entendrais plus jamais parler de lui, faisant une croix sur l’idée de retrouver mes clés un jour et songeant à changer la serrure. C’était bien mal le connaître. Il avait un plan. Et quel plan… La suite ici et la fin, !

Retrouvez moi également sur Twitter : https://twitter.com/invertissements ou écrivez-moi sur mesinvertissements@hotmail.fr

Un testicule dans ma soupe

miam-1J’ai déjà exprimé ici ou là, le parcours du combattant qui est le mien (et sûrement de nombreux autres confrères invertis) pour dégoter un vrai rendez-vous, via un site Internet (ne pouvant rencontrer dans la vie de tous les jours, suite aux problématiques que j’ai déjà soulevées). Il faut donc bien des conciliabules, bien des palabres, bien des interrogations écrites ou verbales, avant de parvenir d’un moment virtuel à une rencontre authentique, en chair et en os, autour d’un café (lire Jouons à (t)chat perché). Ou d’une bonne tasse de thé vert à la menthe dans mon cas. Et quand enfin, on se retrouve en tête à tête avec le prétendant en question, pour peu qu’il y ait un soupçon d’alchimie qui saupoudre cet instant, arrivent toujours, ou bien souvent, le double effet Kiss Kool, le grain de raisin qui se coince entre les dents, l’anguille sous la roche, le bâton dans les roues, bref, pour parler crûment, la couille dans le potage. Quelque chose va clocher et accroche-toi mon bonhomme, tu  n’es pas au bout de tes surprises…

Sont nommés dans la catégorie du “Meilleur testicule dans la soupe” (alias “Tu me plais bien, mais il faut que je te dise…”) :

-L’amoureux transi de son ex. Il vous rencontre pour passer le temps, pour oublier qu’il est en souffrance de l’absence de cet autre qu’il essaye vainement de retrouver en vous. Et il tente de tourner la page, grâce à vous, mille fois merci. Et crac ! Vous avez beau lui plaire, mais voilà, il est encore amoureux, il espère le retour de son promis, quitte à l’attendre éternellement. Je me suis ainsi retrouvé plusieurs fois bouche-trou officiel, jusqu’à prendre la poudre d’escampette quand le transfert d’un amour perdu sur ma personne devenait particulièrement déplaisant et malsain. Et que vous savez que vous ne pourrez pas lutter contre un ex aux myriades de qualités que vous n’aurez jamais.

-Le nouveau célibataire. C’est le cousin direct de l’amoureux de son ex. Il vient à peine de se séparer ou d’être largué par son cher et tendre et il se remet direct, comme lors d’une vente aux enchères, sur le marché, au plus offrant. Le problème, c’est que lui n’a plus rien à vous offrir. Il est exsangue de sentiments, il cherche juste à s’amuser, frétiller de nouveau, se remémorer ces moments de séduction, s’entraîner à draguer sporadiquement pour ne pas perdre la main, le tout, pendant son apprentissage de sa nouvelle vie de célibataire.

-Les trompeurs de marchandise. Ils sont tout simplement casés, aiment juste être séduits ou bien, vous confessent enfin, en vous rencontrant, ce qu’ils auraient dû vous avouer un peu plus tôt. “Au fait, j’ai dix ans de plus que ce que je t’ai raconté, mais je ne fais pas mon âge, comme tu peux le constater” – “Au fait, je suis en pause dans mon couple en ce moment, mais je croise les doigts pour que ça reparte, j’essaye juste de rendre mon mec jaloux, tiens, d’ailleurs, le voici” – “Au fait, ça te dérange si je n’ai qu’un seul bras ? Quoi, j’ai oublié de te mentionner ce détail ?”  - “Au fait, t’as rien contre les gens qui prennent des anti-dépresseurs forts ? Je soigne ma schizophrénie”. Ces situations, je les ai toutes vécues. Avec un sourire de plus en plus crispé. Ces dissimulations de vérités ne seraient pourtant point si délicates à entendre ou découvrir s’il ne s’agissait d’une rencontre qui intervenait plus d’un mois après la toute première discussion…

-Le garçon de passage. Il attend que vous soyez ferré pour vous annoncer qu’en fait, il est juste sur Paris pour quelques jours-semaines et qu’il va retourner chez lui très prochainement (si possible à l’autre bout du monde). Mais qu’il désirait tant vous rencontrer ! Voilà un bien meilleur souvenir qu’un T-Shirt “J’aime Paris” ! A ce petit jeu, j’ai déniché très récemment le grand gagnant dans cette catégorie. Le garçon m’aborde. Il me dit rechercher une histoire d’amour forte et durable. Nous conversons longuement et tout d’un coup, il m’annonce qu’il va devoir “prochainement” partir pour l’Amérique du Sud pour ses recherches et ce, durant “un certain temps”. Soit. Mais que son billet d’avion n’était pas encore acheté, sous-entendant que notre rencontre pourrait déterminer son avenir immédiat. Soit également, même si je n’ai pas envie de me sentir responsable de pareille chose. Arrive le rendez-vous tant attendu et avec lui, un jeu réciproque de séduction. Et lorsque je lui demande quand il compte partir et pour combien de temps exactement, voici sa réponse : “Dans trois semaines et pour six mois”. De quoi recracher le contenu de son verre. Surtout quand le garçon poursuit, le plus sérieusement du monde : “Mais nous pouvons vivre une belle histoire d’ici là, une histoire d’amour à date butoir certes, mais que l’on reprendrait peut-être à mon retour”. Je crus à une blague. Le garçon, toujours sûr de lui, continua. Je n’en étais pas au bout de mes surprises : “Je crois que pour éprouver l’amour, il faut vivre de nombreuses histoires et enfin, alors, je pourrai me stabiliser ; aussi, ces trois semaines de bonheur que je te propose, ne te seront pas exclusives, j’irai voir d’autres garçons en parallèle”. Traduction : emmagasiner le plus de moments de gaudriole possibles avant son départ, vu les six mois de carences sexuelles qui l’attendaient. Chouette, alors ! Comment refuser ? On s’y met quand ?

Il y a bien d’autres testicules qui tombent dans la soupe. Parfois, il y en a tellement dans l’écuelle qu’on ne voit même plus le potage qu’elle contient. Je ne les ai heureusement pas encore tous rencontrés. Mais je peux toutefois me targuer d’avoir un plus grand sens des valeurs que tous ces garçons un peu perdus. Je n’ai jamais menti sur mon âge, j’essaye d’être honnête envers moi-même et envers les autres. Aussi, quand j’étais dans les affres de la douleur sentimentale, je n’ai jamais cherché à promettre la lune à qui que ce soit, sachant que si mon ex sonnait à ma porte à ce moment-là, il aurait eu, lui, toutes mes faveurs et attentions. J’annonce ainsi toujours la couleur au départ, afin d’éviter la moindre once de déception. Et j’ai, du coup, l’impression d’être une espèce en voie de disparition. Ah ! Des valeurs ! Voilà qui donnerait une toute autre saveur à ma soupe aux testicules…

Retrouvez moi également sur Twitter : https://twitter.com/invertissements ou écrivez-moi sur mesinvertissements@hotmail.fr.

Si c’était à refaire…

iStock_000015517876XSmallConnaissez-vous le film culte “Dans la peau d’une blonde” ? Dans ce dernier, un play boy qui enchaînait les femmes à son palmarès comme des perles sur un fil, finit malencontreusement par décéder. Voilà qui était fort contrariant pour notre pauvre don Juan, mais qui se vit offrir un marché au Purgatoire : il irait au Paradis si et seulement si, à nouveau sur Terre, il se ferait aimer d’une femme. Et pour faciliter les choses, Dieu étant quelque peu facétieux, il se retrouva dans la peau d’une belle blonde qui subit à son tour les assauts de ses semblables en costume-cravate. Tout ce petit préambule pour vous poser cette question existentielle : si vous, vous aviez l’occasion de revenir sur Terre après avoir passé de vie à trépas, choisiriez-vous de redevenir homosexuel(le) ou opteriez-vous plutôt pour la voie plus traditionnelle des hétéros ?

Je me suis souvent interrogé sur ce point ces derniers temps. Et d’autant plus après ma petite aventure de ce début de soirée. Oh, trois fois rien, je vous rassure (comment ça, vous n’étiez pas inquiets ?). J’étais paisiblement au cinéma lorsqu’un garçon, jeune et joli, s’assit juste devant moi. Et le voici empêtré avec le strapontin qui lui servait de siège à côté de lui et où il tentait désespérément de poser ses affaires. Je l’aidai, n’écoutant que ma bonté d’âme. Nous échangeâmes alors quelques mots de civilité et le film terminé, nous nous regardâmes maintes fois avant de prendre chacun notre chemin, séparément. J’aurais pu lui demander, subrepticement, “Alors, comment avez-vous trouvé le film ?”, mais non, gorge nouée. Si j’avais été un homme hétéro et lui une femme, les choses auraient été bien plus simples, j’aurais osé l’interpeller. Mais là, qu’un garçon homo parle à un autre sans connaître ses préférences, le courage m’a manqué, comme souvent dans pareille situation.

J’avais tout de même trouvé ma réponse, grâce à lui : oui, si c’était à refaire, si on daignait, Là-Haut, me redonner une nouvelle vie, recommencer à zéro, pourquoi pas au moment-même de ma naissance première, alors j’aurais demandé, s’il était possible, si ce n’était pas trop abuser, à devenir un garçon hétéro. Car quand même, il faut bien l’avouer, nous autres invertis, vivons un véritable chemin de croix dans cette société hétéro-normée.

Quand mes parents ont su que j’étais gay, leurs principales sources d’inquiétude furent que je finisse seul, sans personne à mes côtés (pour eux, l’amour homosexuel n’était qu’une lointaine légende urbaine) et que je subisse le joug de tous les autres à cause de ma “différence”. Finalement, j’ai vécu neuf années en couple et je n’ai jamais, je touche du bois, eu à subir la moindre remarque homophobe où que ce fut. Mais maintenant que je suis célibataire durablement, je comprends un peu mieux leurs craintes légitimes. Car boudiou, qu’il est ardu ce chemin qui mène vers la félicité amoureuse homosexuelle !

Déjà, nous ne représentons qu’un faible pourcentage de la population. La probabilité de rencontrer un garçon gay est donc aussi forte que de trouver un neurone dans le cerveau de Justin Bieber. Mais supposons qu’on en dégote un tout de même. Point de mariage pour tous pour le moment, donc point d’alliance à l’annulaire. Il y a donc encore une chance sur deux pour que ledit garçon soit casé. Mais supposons que nous avons affaire à un garçon gay et célibataire. Et que l’on trouve intéressant de surcroît. Encore faut-il que lui-même soit intéressé… Le plus difficile. Eh bien soit, soyons fous, décidons que nous sommes face à un spécimen gay, libre et suspendu à vos lèvres. Encore faut-il pimenter l’ensemble d’une donnée que les hétéros ne connaissent pas : sommes-nous compatibles sexuellement ? Enième rempart à franchir pour tenter de commencer quelque chose. Car le plus dur est ensuite à faire : construire quelque chose de simple et de durable à travers cette relation qui semble déjà bien compliquée à la base…

Etre hétéro ôterait toutes ces barrières. Je verrais une fille et n’aurais qu’une faible probabilité pour qu’elle soit lesbienne. J’oserais davantage la séduire, n’ayant rien à craindre, après tout. Nous ne nous poserions point la question du droit légitime et égalitaire au mariage, à la reproduction et à l’adoption. Nous le ferions sans que cela ne gène le commun des mortels et n’oblige des harpies catholiques à manifester contre notre amour. Nous pourrions nous balader main dans la main dans la rue, nous embrasser goulument sans la crainte de nous faire caillasser dans un coin sombre. Nous ne serions pas obligés de confesser notre hétérosexualité en nous excusant presque d’être nés ainsi. Nous connaîtrions véritablement les préceptes de liberté, d’égalité, de fraternité. Et peut-être encouragerions-nous nos amis homos à se battre pour leurs droits, d’un oeil amusé. La vie ne serait sans doute pas plus belle, mais elle paraîtrait en tout cas plus simple.

Alors jeune homme qui ne savait pas se servir d’un strapontin, vois où notre absence de mots pour sous-titrer nos regards m’ont conduit ? A formuler des questions intimes que beaucoup ne soupçonneraient pas. Car sans doute ces derniers auraient osé te demander si tu avais aimé ou non ce film très moyen, si tu venais souvent dans ce coin, si tu n’irais pas, là, boire un verre, pourquoi pas, après tout ? Mais ces interrogations sont un luxe. Celui, finalement, d’un homo caucasien, qui a beaucoup de chance : un travail, la santé, un toit au-dessus de sa tête, des amis, des loisirs. Il ne lui manque donc pas l’essentiel. Ou si peu.

Retrouvez moi également sur Twitter : https://twitter.com/invertissements ou écrivez-moi sur mesinvertissements@hotmail.fr.