Le(s) collectionneur(s) de blonds

Niels-Schneider-torse-nuJe l’ai déjà dit dans ces pages virtuelles, j’aurais voulu être né brun à la peau mate, au regard sombre. Soit ce genre d’homme qui séduit universellement, depuis la nuit des temps et qui a encore de beaux jours devant lui. On voudrait être ce que l’on n’est pas. Au lieu de cela, j’ai hérité de cheveux blonds, d’une peau blanche (qui rougit au soleil et ne se dore jamais) et des yeux très clairs. Une banalité aryenne confondante qui m’aurait érigé en modèle il y a quelques années, pour de mauvaises raisons. Et si j’ai toujours bien vécu d’être gay, j’ai beaucoup moins supporté d’être blond. Surtout que ma chevelure s’est à peine foncée depuis ma tendre enfance.

Car outre la réputation de niaiserie qui caractériserait les personnes dotées de cheveux blonds, de nombreux clichés subsistent. Notre rareté (le gêne de la blondeur est voué à la disparition dixit une récente étude scientifique) provoque quolibets, ostracisme, mais également fascination et apologie. Et je retrouve tout ceci sur les tchats gays. De nombreux profils affichent ainsi clairement leur dégoût (”Surtout pas de blonds ou pire, de roux”) ou leur nette préférence à notre endroit (”Blonds plus que bienvenus”). Nous sommes ainsi tantôt qualifiés d’”insipides”, de “sans saveur”, de “minets”, mais également d’”anges” ou d’”elfes”. Le blond est forcément doux et tendre, passif et soumis et les films pornographiques enfoncent bien souvent le clou (je n’ai parlé que de clou), avec de jeunes éphèbes aux boucles d’or à la merci de seniors libidineux, la croupe bien offerte.

Ceci est mon lot quotidien. Je suis tantôt honni par les anti-blonds qui ne répondent même pas à mes salutations cordiales (auraient-ils peur d’être éblouis par ma peau laiteuse ?), ou tantôt poursuivi par l’assaut de blondophiles particulièrement collants. Je pensais qu’en vieillissant et en me virilisant (j’ai toujours fait plus jeune que mon âge), j’allais échapper aux mélopées angéliques que l’on m’envoie ou aux propositions de sodomies violentes par des bruns poètes. Eh bien non. A 34 ans, je reste pour certains un “minet à soumettre”. Tout ce que je ne suis pourtant pas. Récemment, un de ces fétichistes des blonds s’est vanté de “féconder du minet blond à la chaîne” et me proposait d’être son “trou régulier”. Comment résister à une si belle déclaration d’amour ?

Il est déjà bien difficile de rencontrer quelqu’un, surtout dans notre société zapping actuelle, mais si en plus la couleur de cheveu devient un obstacle, on n’en finit plus. Et cela m’a valu bien des aventures. Parfois merveilleuses (mon premier compagnon pendant six ans et demi me voyait comme son type de garçon idéal, j’incarnais son fantasme vivant, mais dans un respect de ma personne inégalé), tantôt laborieuses. Je me souviens ainsi d’un garçon rencontré il y a deux ans, le premier qui avec qui j’ai tenté d’effacer de mes pensées mon dernier copain et qui avait de nombreuses marottes et collections : les instruments de musique (son appartement en était jonché, de violoncelles en trompettes, de piano en flûtes traversières), les reproductions de sculptures de Camille Claudel et Rodin (il était ainsi impossible de faire un pas sans rencontrer un encombrant bibelot) et… les blonds. Le garçon était célibataire depuis sept années, mais je compris pourquoi : il n’y avait chez lui de la place pour personne. Aussi, il alternait les coups de coeur, exclusivement pour des blonds. Nous nous succédions sans temps mort. Le pire fut le moment où il me montra les photos de tous mes prédécesseurs, un peu comme un amateur d’art qui feuilletterait un catalogue de tout ce qu’il possédait (ou avait possédé, plus exactement). Se sentir le numéro d’une longue série fut pour le moins particulier. Avec la désagréable impression d’être une denrée périssable : il était hors de question pour lui que je prenne des rides, du poids et de perdre mes cheveux. J’ai préféré en rester là afin de laisser la place vacante à un autre blond plus jeune et plus docile.

Cela me fit d’ailleurs réfléchir. Nombre de ces garçons adeptes de blonds m’ont fait part que ma peau blafarde en contraste avec leur peau mate, ma minceur, mes yeux verts et mes cheveux blonds étaient ce qu’ils préféraient chez moi, mettant totalement de côté ma personnalité ou tout ce que je pouvais offrir. Le jour où je gagnerai en bide, perdrai en cheveux, que va-t-il se passer ? Le désert de Gobi ? Car ne sont pas Brad Pitt et Di Caprio qui veulent…

Mais je ne peux pas leur en vouloir. Moi-même, à la base, je ne suis pas adepte de mes semblables. Et pourtant, il y a les exceptions qui confirment la règle et des blonds qui m’attirent tout autant que des bruns. D’ailleurs, il y a quelques années, un garçon m’a retourné la tête et le coeur et il était encore plus blond que moi. Quatre mois d’une passion dévorante que je n’oublierai jamais. Mais il avait les yeux noirs. L’honneur est sauf.

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8 commentaires

Je suis blond et plutôt heureux de l’être, sans doute un petit plaisir de se sentir une espèce en voie de disparition…Sensation renforcée par le fait que je vis dans un pays où les bonds ne sont pas légion.
Le problème dans notre cas est que les stéréotypes ont la vie dure. Malgré tout, avec l’âge on prend un peu de recul face à toutes ces imbécillités et on se rend finalement compte que sous une masse de cheveux roux existe un cerveau qui fonctionne aussi bien que celui enfoui sous une touffe brune!

Écrit par alexbresil le 21 janvier 2013 à 14:14

J’adore les blonds , et même les roux, aux yeux clairs, c’est plein de couleurs ! un brun aux yeux sombre c’est d’un fade :)

Écrit par Orion3115 le 21 janvier 2013 à 18:46

Ouah !!!

Je suis, encore à mon âge (45), encore blond, virant vers le châtain clair (j’ai bien perdu quelques cheveux, mais aucun n’a encore blanchi, ce qui ne saurait tarder). Je n’ai jamais subi aucune discrimination liée à ma couleur de cheveux, jamais, même lorsque mes cheveux avaient la couleur des blés. Je ne doute pas qu’elle existe ; jamais je ne l’ai rencontrée. Et si je devais en être l’objet, je m’en foutrais royalement.

Peut-être as-tu subi une agression, signifiante pour toi, de ce type (je m’avance sans aucune preuve ni indice ; mes dires ici sont contestables). Tu sembles entendre, dans l’esprit des “blondophobes”, l’association blond = homosexuel = passif. J’aime toutes les couleurs de cheveux, de peaux, et n’est pas né celui qui viendra me faire sentir mal dans MA peau de blond qui ne sais prendre que des coups de soleil sans jamais bronzer (m’exposant moins, j’éviterai le mélanome !).

Les futiles et les discriminants nous veulent-ils du mal : ils ne méritent même pas notre mépris, mais notre indifférence. Aime-toi, trouve-toi beau, les autres te verront au travers de tes yeux : beau !

Écrit par Erb le 22 janvier 2013 à 1:47

Aime toi et le ciel t’aimera!

Écrit par OnDi le 23 janvier 2013 à 21:31

Ce n’est pas parce que je ne suis pas né comme je l’aurais souhaité que je ne m’aime pas pour autant ;)

Écrit par Lesoirquipenche le 24 janvier 2013 à 13:21

Tout le monde a quelque idéal que ce soit. Si les blonds en sont l’objet, c’est en effet directement lié à leur rareté.
La rareté intéresse les uns et les autres et cristallise les détermination des goûts. On va aimer les blonds, on va ne pas aimer. Quid des châtains ? on se pose même pas la question. Souvent on est fasciné par ce qu’on ne connait pas. Personnellement, je n’en ai jamais cotoyé. Forcément ça nourrit un peu le fantasme. Et pourtant le fantasme apparait avec des yeux noirs et pas forcément passif. Comme quoi tu vois. Il y a des sites x où des blonds sont actifs, enfin je ne citerai pas de nom^^

Écrit par azkam le 25 janvier 2013 à 3:32

J’ai adoré l’article et je te comprends tout à fait…à la différence que je suis asiatique ! Sur les tchats gays des profils affichent d’entrée de jeu qu’ils ne sont absolument pas intéressés par les asiatiques et que ces derniers peuvent passer leur chemin (pas de problème, les goûts et les couleurs…) Et moi même je ne suis pas intéressé par les asiatiques ! Du coup moi aussi ça m’aurait bien arrangé d’être brun ténébreux (je m’accepte tel que je suis quand même), ça m’aurait bien aidé lol !

Écrit par PabloMitch le 2 février 2013 à 17:37

C’est vrai qu’à égalité avec les blonds, je vois souvent des profils où il est demander aux Asiatiques d’aller voir ailleurs s’ils le sont… Bienvenue au club !

Écrit par Lesoirquipenche le 2 février 2013 à 17:52

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