Je vous vois venir. Non, il ne s’agit pas ici de mes dernières prouesses en matière d’ébats débridés. Souvenez-vous plutôt. Il y a quelques mois, je vous avais relaté comment j’avais su que j’étais gay. Vous pouvez même vous en (re)délecter ici. Mais s’il est une chose de le savoir, de se l’avouer, il en est une autre d’en faire part à son entourage. J’avais bien tenté d’aborder la question avec ma mère en tâtant le terrain à l’orée de mon adolescence, je me heurtai à un mur insondable. Mon militaire de père ayant assez peu de tolérance sur le sujet, j’éludai mon problème existentiel (qui n’en était pas un car je m’acceptai totalement comme j’étais) et camouflai mes véritables inclinations à ma famille. J’avais suffisamment lu de témoignages d’enfants rejetés et mis à la porte par leurs parents à cause de leur homosexualité (il n’y avait alors aucune association du type Le Refuge), aussi, il me fallait assurer mon avenir avant tout.
Mon salut arriva lorsque je m’installai avec mon premier compagnon, quelques mois après notre rencontre. Je quittai la maison familiale, ma ville de province, pour gagner la capitale dont j’étais amoureux. Nous nous connaissions finalement assez peu, mon copain et moi, mais quand il me demanda de le rejoindre, je n’hésitai pas une seconde : ma valise fut prête en un clin d’oeil. Restait à faire fructifier cette histoire : il m’aurait été difficile de faire machine arrière et de retourner dans un climat familial qui finissait par m’étouffer. De son côté, mon compagnon vivait mal le fait que sa mère, catholique traditionaliste, ait désapprouvé son coming out au point de ne plus voir son fils que sporadiquement. Je m’interrogeai du coup quant au mien, de coming out. Allais-je moi aussi être confronté au changement de regard de mes proches quand je leur dirais la vérité ? Que j’avais décidé de vivre à Paris non pas pour un travail, mais pour un garçon, de huit ans de plus âgé que moi ?
Après tout, il n’existe pas d’hétéro qui vienne vous voir et vous avoue, sur le ton de la confidence : “Je ne peux plus me taire : je suis hétéro et j’espère que cette révélation ne changera rien entre nous”. Apanage de la majorité, celui de n’avoir rien à cacher, de vivre au grand jour. Non, nous, les gays, nous devons “confesser” notre véritable identité sexuelle, comme s’il s’agissait d’une maladie honteuse, heureusement non contagieuse, voire d’un crime. Nous devons presque nous excuser d’être gay, préciser qu’il ne s’agit pas de notre faute, ni d’un choix, que nous sommes nés ainsi, que nous n’y pouvons rien, mais voilà… Certains payent cher ce délestage de fardeau existentiel. Parfois même de leur vie. On qualifie de “placard” le fait de garder pour soi ce qui finalement, ne regarde que nous. Mais je ne pouvais plus ne rien dire à personne. Je pris donc le risque de tout perdre. Ou de tout gagner.
Je décidai de faire en premier lieu mon coming out à ma mère. Elle était la personne qui comptait le plus pour moi, il était normal qu’elle sache que son fils unique préfèrait les garçons et d’ailleurs vivait avec l’un d’entre eux. Ce fut un soir. J’étais de passage chez mes parents. Je pris le prétexte de parler d’un ami d’enfance que je revoyais sur Paris et qui m’avait avoué être homo et habiter avec son copain, depuis quelques mois. La coïncidence nous avait fait bien rire. Ma mère détestant la sienne depuis le jour où cette dernière avait émis une critique sur notre maison, elle se gaussa royalement de cette nouvelle. Mon ami était gay, la tête que devait faire sa mère ! Mais la mienne eut sans doute la même expression lorsque je continuai mon histoire par “Et moi aussi”. Elle blêmit, encaissa le choc d’un “Tu es pédé ?” (adjectif que j’ai toujours trouvé méprisable, d’autant plus dans sa bouche). Je lui contai alors toute mon histoire. Puis, je sortis mon téléphone portable de ma poche (j’avais tout prévu à l’avance) et lui dis : “Je vais composer le numéro de mon copain et vous allez vous parler”. Ce que je fis. Mon compagnon décrocha, je passai l’appareil à ma mère et l’un comme l’autre eurent la conversation la plus surréaliste qui fut. Ma mère dialoguant pour la première fois avec celui avec qui je vivais et lui, comprenant que j’avais eu le courage d’offrir sa réalité à l’auteure de mes jours. Le lendemain, ma mère et moi restâmes cois, mais paisibles. Elle rencontra mon copain quelques semaines plus tard et ils devinrent inséparables. Une situation qui lui pesa toutefois : il aurait tant aimé que sa mère réagisse comme la mienne, ce qu’elle ne fera jamais. Ou trop tardivement.
Il ne me restait plus que trois personnes importantes dans ma famille qui “devaient” savoir. Mon père, ma grand-mère maternelle et ma marraine. La veille d’une lourde opération que je devais subir, quelques années plus tard, je pris ma décision. Fataliste, je me disais que si les choses tournaient mal, je ne voulais pas qu’ils restassent dans l’ignorance de ce que j’étais réellement. Je leur écris donc à chacun une longue lettre. Après sa lecture, mon père eut envie de prendre l’autoroute à contre-sens, mais il se ressaisit. Et si je dois lui refaire un coming-out après chaque rupture, il cesse de proférer “Gros pédé” comme insulte favorite à tue-tête et de vouloir que je me retourne devant chaque jupon qui passe. Ma grand-mère, quant à elle, considéra mon compagnon comme son petit-fils et correspondit régulièrement avec lui. Ma marraine eut plus de mal à accepter cette information épistolaire, mais désormais, elle ne me souhaite qu’une seule chose : rencontrer quelqu’un de bien.
Quant à mes amis… Je mis longtemps à leur avouer que mon colocataire (alors qu’il n’y avait qu’un lit dans l’appartement) partageait en fait ma vie amoureuse. Je protégeais farouchement ce secret, dans la crainte de perdre quelqu’un en cours de route. Mais après tout, quiconque ne m’accepterait pas tel que j’étais n’aurait pas lieu d’être mon ami(e)… Et nul rejet, finalement, après ma confession intime. Si aujourd’hui, tout reste à refaire à chaque nouvelle rencontre, ce n’est, heureusement, plus qu’une simple formalité.
Je croise ici ou là quelques garçons qui n’ont toujours pas osé ou voulu, à trente ans passés et une vie de couple stable, affirmer leur identité sexuelle à leurs proches. Ils en souffrent, mais préfèrent souffrir en silence, de peur de faire subir aux autres une déception. Je me suis montré égoïste sur ce point. Peu m’importait de décevoir. Je souhaitais simplement me montrer dans mon honnêteté la plus nue et tant pis si les réactions n’étaient pas celles attendues ou espérées. J’ai eu de la chance, d’autres ne l’ont pas eue. Mais si j’avais été en proie au rejet par ceux qui disaient m’aimer tel que j’étais, je serais resté en paix avec moi-même. Cette paix n’a pas de prix : nous n’avons qu’une vie et tant pis si elle n’est pas acceptée par les autres… Eux seuls sont les perdants.
Et pour vous, comment s’est passée votre sortie du placard ?
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- Par Lesoirquipenche |
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7 commentaires
mon père l’a appris par une voisine qui m’a vu rentré un soir tardivement avec un garçon (qui cela dit en passant était hétéro et juste pote mais bon…) il m’a mis à la porte…je n’ai eu de nouvelles de lui qu’une fois décédé, quand il a fallu régler l’administration… La famille de mon copain de l’époque m’a alors recueilli et aujourd’hui encore malgré que nous ne soyons plus ensemble je suis toujours invité aux réunions familiales et considéré comme “le cousin”
Suite à un chagrin d’amour quelques années plus tard j’en parlais à ma soeur et à ma mère puis à mon beau père et à mon frère (qui s’est mis à rire en me demandant si je l’appelait seulement pour lui dire ça lol). Ma soeur, mon frère et moi nous sommes rapprochés, mes parents n’ont pas changés mais on n’en parle pas, il ne faut pas le dire… J’en parle avec mes cousines, certaines de mes tantes mais avec mes parents c’est un peu comme si j’étais un ange… je n’ai pas de sexualité
fini les “et alors t’as une copine?”
c’est un peu triste au fond mais bon ils savent
au taff je n’en parle pas… beaucoup trop d’homophobie à mon gout..
J’en ai d’abord parlé à mes amis et aucun ne m’a tourné le dos. Puis est venu ma mère (je pense qu’on peut tout dire à une mère, je ne sais pas pourquoi mais elle ont une faculté à tout encaisser assez incroyable), puis à mon père qui, même si on peut le ranger dans la catégorie du français moyen vaguement homophobe a mis un moment à digérer la nouvelle et s’en accommode plutôt pas mal maintenant. Je n’en ai pas parlé dans mon ancien boulot (BTP), seuls quelques collègues étaient au courant. Aujourd’hui j’en parle ouvertement dans mon autre taf et tout se passe bien. Et quand je rencontre une nouvelle tête, le sujet finit toujours pas arriver mais de façon telle qu’il n’y a aucun besoin de faire un coming out. On peut simplement dire, “ce week end j’ai déjeuner avec les parents de mon copain”, et basta. Plus personne n’en fait un plat.
En tout cas, quel sens du timing, ce post publié le jour même où Jodie Foster l’annonce publiquement…
Salut avant de commencer je vais vous planter le décor, je suis black j’ai 30 ans grandi en afrique, venant d’un milieu plutôt aisé, catho, coincé où la religion estd’une importance capitale. J’ai grandi au cameroun, comme vous le savez fais souvent tristement la une dans quelque articles sur ce site.
Je suis arrivé en france où j’ai obtenu mon bac et continué le reste de mon cursus. Si l’homosexualité reste une donnée assez compliquée de manière générale, elle l’est encore plus pour des personnes comme moi venant d’Afrique les données economique, sociales, demographiques inérant à ces pays compliquent en plus la donne.
Pendant qu’en occident notamment en france on se baqt pour le mariage, nous onen est encore à vivre dans la clandestiné, à se battre pour ne pas se faire arrêter.
Je tiens à préciser que je sais aussi qu’n occident il y’a des babarismes, des difficultés, de l’homophobie etc……
Mon propos ici n’est pas de minimiser ça, car je sais une chose l’homophobie, le coming out, le fait de s’assumer sont des données partagées par tous quelque soit l’endroit du monde, c’est juste le contexte qui change.
Ceci étant dit je tenais juste à vous situer le contexte dans lequel j’ai grandi , evolué
Bon mon coming out n’a pas été une franche rigolade. Quand je l’ai fait, j’avais 25 ans j’ai commence par mes meilleur(e)s ami(es), certains s’en doutaient, d’autre se posaient la question. Pour moi dans les réactions positives etaient cindées en 2 parties, il y’avait ceux qui n’etaient pas du tout homophobes donc s’en foutaient, puis les autres qui ont accepté l’annonce parce qu’ils amaient moi, mais ils étaient mal à l’aise avec l’homosexualité.
Ensuite mes cousins c’est passé comme une lettre à la poste, mais avec un questionnaire digne d’une déclaration d’impôt.
Bon on termine par le plus complique ma famille de sang comme je dirai, c’est à dire mes soeurs, ma mère, car mon père ne nous pas fait ll’honneur de nous élever, quant à mon beau père, nous sommes aussi proches que l’eau et le feu.
Alors en leur faisant mon coming out je m’attendais à ce qu’elles le prennent assez mal surtout ma mère.
Sa réaction a dépassé tout ce que j pouvais imaginer de pire, insultes pleurs, menaces, chantage affectif, détestation de ma personne, j’ai eu droit aux versets bibliques, la condamnation de mon âme, ma mère ne m’a pas parlé pendant 1 an, etant étudiant à l’epoque, je dépendais financièrement d’elle, elle a continué à faire son devoir. plus pour éviter le qu’en dira t on si elle me jetait à la rue, qu à un amour débordant pour son fils
Mes soeurs voyant ma mère souffrir ont décidé dans un souci héroique de la protéger et m’ont lâchement abandonné, Leur mère souffrait, Leur mère était devenu cardiaque , deux fois plus croyante tout ça à cause moi.
J’ai eu droit à,” t’as pas essayé assez avec les filles,” “Je suis déçu” ceci est d’autant plus incroyable, car mes soeurs et moi avions un rapport fusionnel.Je peux vous dire que là la rupture était consommée
Tout ceci c’est passé en 2007.
Maitenant les choses vont beaucoup mieux avec mes soieurs qui l’acceptent, quant à ma mère même si on est redevenu proche, elle prie toujours pour qu’un miracle arrive, je le sens chaque fois qu’ elle me regarde, je vois cette petite lueur s’allumer quand je lui dit que j’etais avec une amie. Lais non Maman tu n’auras que des beux-fils.
Au final je m’estime heureux car je n’ai pas eu de rejet total de mon entourage, aujourd’hui mon entourage se mélange sans aucun souci bon sauf ma mummy vous vous en doutez. Quelque part j’estime que c’est quasiment un miracle car voyant le milieu d’où je viens, j’estime avoir eu au final de la chance..
Eh oui, Jodie Foster m’a fait de l’ombre, la vilaine
Mais très très beau discours de sa part !
Si aucune de mes amis n’a été choqué d’apprendre que j’étais lesbienne, mes parents ont été clairement une autre affaire. Mon père a comme d’habitude, encaissé en silence, puis dit à mes soeurs que je faisais bien ce que je voulais de ma vie intime, ma mère l’a pris autrement : elle a mis la table de la cuisine entre nous, et a hurlé pendant trois heures, où je restais collée au frigo, terrifiée. Après s’être bien énervée du fait que je lui ai “caché” ma relation avec celle qu’elle pensait être “ma plus proche amie” depuis un an et demi, elle n’a plus rien dit et la soirée s’est passée normalement.
Le lendemain, par contre, elle ne me parlait que d’un ton froid, et me demandait si je faisais le bon choix en sortant avec une femme (quel autre choix a-t-on, je me le demande encore), et que la société n’allait pas accepter, et patati et patata. Je viens d’une famille strictement athée, et l’opinion du voisin n’a jamais beaucoup compté pour ma famille, sa remarque m’avait surprise. Je devais aller en cours – j’étais en 1ère à ce moment-là – et avant de refermer la porte, elle m’a dit : “Si je te demande de rompre avec ‘elle’, je compte sur toi pour ne pas fuguer de la maison.”
Bon.
Assez choquée par cette énième remarque, j’ai pris les devants après mes cours de l’après-midi, l’appelant sur son lieu de travail, pendant sa pause. Je pleurais en lui disant que je refusais de rompre avec ma petite amie, que je l’aimais et que faire ce genre de confessions, ce n’était pas facile et que je ne comprenais pas sa réaction. Tout ce qu’elle a trouvé à me répondre avant de raccrocher fut “C’est ça, sors les violons, je suis émue.”
A partir de ce jour et pendant deux semaines, elle ne m’a pas adressé la parole. Pendant ce temps, ma petite amie, incapable de prendre en charge ma tristesse, m’a laissée seule remuer ma peine. Heureusement, ma soeur de 5 ans mon aînée, qui a récemment fait son coming-out (décidément…), s’est occupée de moi pendant cette période. Après cela, ma mère a fait comme si de rien n’était, mais le prénom de ma petite amie n’est revenue dans sa bouche qu’au bout de six mois. Et après notre rupture, ma mère pensait que j’aimais les garçons “à nouveau”. Ce qui n’avait jamais vraiment été le cas.
je n’étais pas seule. Je peux donc me considérer comme chanceuse, compte tenu de mon âge. Mais c’est comme une plaie mal refermée, ça pique toujours encore un peu quand j’y repense, même si maintenant, ma mère accepte pleinement ma sexualité, et soutient le mariage pour tous, l’adoption etc.
Comme m’a dit ma soeur pour dénoncer l’hypocrisie de ma mère: c’est acceptable dans les autres familles mais pas dans la sienne.
Désolée pour ce long commentaire, et encore une fois, j’aime beaucoup vos articles !
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