Il y a quelques mois, j’avais donné ici un cours rapide sur le langage des tchats gays (ou bien, sur un thème proche, abordé le problème de la tromperie sur marchandise). Malheureusement pour moi, je les fréquente encore, ces tchats qui font payer le badaud en manque d’amour en lui promettant le bonheur, signe que je n’ai pas trouvé ce que je recherchais. Car la donne n’a pas changé : mes amis sont toujours hétéros pour la plupart et je suis leur seule caution gay (gage d’exotisme, de coolitude et de tolérance (”je ne peux pas être homophobe, j’ai un ami gay”)), je travaille dans un milieu hétéro et ma timidité m’empêche de sourire bêtement dans le métro ou dans la rue à un charmant garçon qui serait dans mon champ de vision. Restent donc les tchats qui m’ont apporté deux couples sérieux et solides. Alors pourquoi pas trois ?
Mais j’ai l’impression d’être devenu, entre temps, sociologue, voire anthropologue. Et le comportement de mes semblables paraît on ne peut plus prévisible. Lorsque quelqu’un m’aborde, je pourrais presque écrire, à l’avance, mot pour mot, faute d’orthographe pour faute d’orthographe, pourquoi il vient me trouver. Même s’il y a parfois quelques surprises, pas toujours (dés)agréables. L’anonymat des tchats permet de se fondre en un personnage de fiction en une fraction de seconde et de pouvoir ainsi tout dire à l’autre, sans aucune retenue ni diplomatie. Sur certains de ces sites, on peut même évaluer la personne sur son physique, lui dire qu’elle est attirante, intéressante, sexy ou complètement repoussante. Il suffit d’un simple petit clic et le message est passé. Mais ce qui résumerait le mieux ces espaces de rencontres, royaume des garçons un peu perchés (d’où le fin jeu de mots de mon article et cette photo, sacré moi !), ce serait le terme “paradoxe”.
Il y a les paradoxaux amnésiques. Ils sont venus vous saluer, vous leur rendez la pareille mais vous leur précisez gentiment et poliment ne pas être intéressé. Qu’à cela ne tienne, comme un mauvais rhume qui ne passe pas, ils reviennent à la charge, quelques semaines plus tard (voire quelques heures pour les plus Alzheimer d’entre eux). Au cas où vous auriez changé d’avis ou seriez devenus particulièrement désespéré. Dans la même catégorie, certains amnésiques qui vous snobaient avec un profond mépris se montrent tout d’un coup sous de meilleurs atours lorsque vous modifiez votre photo. Je ne compte plus les garçons réticents à la base que j’ai pu rencontrer grâce à ce subterfuge. Qui donne un sentiment de puissance éphémère car il est alors à votre tour de jouer les dédaigneux et de refuser leurs avances.
Il y a les paradoxaux culottés. Leur profil est pour le moins rudimentaire : vide de toute substance et surtout de ce qui fait le seul intérêt des tchats : savoir à qui l’on parle. Donc aucun cliché pour identifier la personne. Mais cette dernière a tout de même son originalité : elle refuse de discuter avec ceux qui n’ont pas un profil rempli en bonne et due forme et qui ne présentent pas de photos. “Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais”, tel est leur credo qui prête à sourire.
Il y a les paradoxaux impudiques. On ne voit pas leur visage, ils ne présentent que leur appendice de volupté ou leur séant dévêtu. Mais dans leur profil, point de recherche gaillarde. Non, non, non, ces phallus bavards et ces postérieurs aux aguets sont là pour discuter sentiments et trouver l’Elu, le Bon, le Prince charmant et surtout pas de parties de jambes en l’air, bien trop vulgaires pour eux. A l’inverse, il y a ceux qui sont en col roulé ou en costume trois-pièces, qui affichent rechercher l’amour et d’autres louables intentions et qui vous sollicitent pour un 5 à 7 expéditif entre deux portes cochères ou une partie de rigolade à plusieurs dans une cave.
Il y a les paradoxaux sexuels. Certains de ces tchats sont scindés en deux. Il y a la partie dite “rencontres sérieuses” (où j’ai davantage parlé sexe que de relation durable) et la partie dite “purement sexe” (où a contrario, j’ai eu des discussions politiques, philosophiques et sentimentales inattendues). Et là encore, comme le Pays des Merveilles, dans cette seconde partie, plus lubrique, les codes semblent inversés. Il n’est pas rare que des garçons montrent leur sexe et parlent de leurs mensurations avantageuses pour afficher une passivité hors norme et d’autres, purement actifs, à quatre pattes sur leur lit, le fessier en offrande. Un mystère que je ne m’explique toujours pas.
Il y a les paradoxaux expéditifs. Ils font la démarche de venir vous parler. Vous recevez ainsi un sympathique “Bonjour” ou “Hello toi” ou même un compliment. Vous répondez à pareille politesse, bien évidemment. Et tout d’un coup, sans crier gare, votre interlocuteur clôt la conversation. Comme ça, gratuitement. Etant un peu teigneux et désirant comprendre le comment du pourquoi, je relance le malotrus par cette interrogation existentielle : “Pourquoi m’aborder si c’est pour fermer la conversation lorsque je te réponds ?” L’interlocuteur, interloqué, clôt de plus belle et met ainsi à mal ma terrible curiosité.
Il y a les paradoxaux purs et durs. Ils veulent une relation sérieuse. Oh, ça oui ! Ils l’affirment haut et fort, sur leur profil, leurs photos, leurs mots quand ils vous parlent. Vous commencez à avoir une conversation intéressante avec eux, vous nouez des liens virtuels, vous passez des heures à discuter de tout et de rien, à dénicher des points communs ou des points d’achoppement. Ils vous proposent une rencontre, une vraie de vraie, vous acceptez et… Fin de la discussion. Ils disparaissent comme ils sont venus. Certains vous donnent même leur numéro, mais laissent leur téléphone sur le mode “sonnerie plaintive”. Personne au bout du fil. Le fantôme s’en est allé hanter un autre hôte virtuel.
Mais le plus grand paradoxe de tous, réside en ceci. Lorsque vous avez connu ces tchats d’un peu trop près, se crée une sorte d’addiction. Vous les abhorrez autant que vous les adorez. Vous voulez les quitter au plus vite, mais ils reviennent aussitôt entre vos doigts, sous vos yeux. Pourtant, en couple, j’ai réussi à ne plus y retourner, ressentant tout de même en moi une sorte de manque qu’il a fallu réprimer et sevrer. Et désormais, maintenant que je les ai arpentés en long, en large et surtout en travers, je n’aspire qu’à une seule chose : qu’ils demeurent, à jamais, un lointain souvenir. Qui sait ?
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- Par Lesoirquipenche |
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Je l’ai déjà dit dans ces pages virtuelles, j’aurais voulu être né brun à la peau mate, au regard sombre. Soit ce genre d’homme qui séduit universellement, depuis la nuit des temps et qui a encore de beaux jours devant lui. On voudrait être ce que l’on n’est pas. Au lieu de cela, j’ai hérité de cheveux blonds, d’une peau blanche (qui rougit au soleil et ne se dore jamais) et des yeux très clairs. Une banalité aryenne confondante qui m’aurait érigé en modèle il y a quelques années, pour de mauvaises raisons. Et si j’ai toujours bien vécu d’être gay, j’ai beaucoup moins supporté d’être blond. Surtout que ma chevelure s’est à peine foncée depuis ma tendre enfance.
Je vous vois venir. Non, il ne s’agit pas ici de mes dernières prouesses en matière d’ébats débridés. Souvenez-vous plutôt. Il y a quelques mois, je vous avais relaté comment j’avais su que j’étais gay. Vous pouvez même vous en (re)délecter
Lorsque j’ai compris que j’étais voué à jouer avec les garçons plutôt qu’avec les filles pour le restant de mes jours, je n’avais qu’une seule crainte : que cela se voit. Que je fasse homosexuel. Qu’on me lapide aussi bien avec des pierres qu’avec des mots. Il faut dire qu’enfant, la seule vision que j’avais de l’homosexualité était celle du travelot, de la folle, du gros moustachu en cuir, au gré des reportages télévisés ou des films (souvent des comédies qui singeaient l’homosexualité en la drapant de garçons efféminés, un foulard noué autour du cou et aux pantalons moulants). Je ne voulais surtout pas devenir comme ça, notamment pour ne pas décevoir mon militaire de père qui menaçait régulièrement de briser sa télévision s’il revoyait encore une fois un couple de mecs s’embrasser, même pour de faux (par contre, étrangement, deux femmes qui copulaient voluptueusement le contraignaient à rester devant son petit écran, en solitaire).

