Cacher ce bonheur que je ne saurais voir ?

bonheursmileyIl y a quelques jours, une amie très proche, tout excitée, me racontait sa relation passionnée avec son nouveau copain. “Je suis tellement heureuse, très amoureuse, c’est une évidence lui et moi, on a tout le temps besoin de se voir, de se toucher” et autres témoignages de félicité béate. Tout d’un coup, elle s’interrompit en me disant : “Oh, mais je me tais, je te fais part de mon bonheur, alors que toi, tu es si seul depuis tellement longtemps… J’espère qu’un jour tu connaîtras un tel amour !” Or, à ce moment précis, je me réjouissais sincèrement pour elle et je n’avais même pas projeté dans ma tête l’idée qu’effectivement, ce qu’elle vivait m’était étranger depuis des lustres. En sortant de chez elle, je me suis mentalement placé au niveau de mes amis. J’étais l’un des derniers Mohicans à ne pas être casé. Retournement de situation, car il y a douze ans, date de ma première histoire sérieuse, j’étais l’un des seuls à avoir fait le grand bond en avant, en emménageant à deux. Je n’avais donc pas suivi le schéma traditionnel (études, amusement et ensuite trouver l’amour) et vivais l’inverse de ce qu’il convenait de vivre dans notre société.

La plupart de mes amis sont en couple, déjà parents ou en passe de le devenir. Processus normal des trentenaires installés dans la vie active. Lors de fêtes ou de grandes tablées, je suis désormais celui que l’on place en bout de table, car non accompagné. Et tous de s’enlacer, de s’embrasser, de raconter leurs dernières vacances à deux ou en famille ou de confier leurs projets d’avenir. Il y a quelques mois encore, tout ceci m’aurait profondément perturbé et je m’imaginais devenir plus tard un Tonton Daniel, aigri, asocial et misanthrope. Aujourd’hui, je suis simplement un peu blasé de ma situation, parfaitement intégrée par tous : je suis célibataire et on ne songe même plus qu’un jour, je pourrais ne plus l’être. Un tel changement serait presque perçu comme une incongruité, remisant mes couples passés au rayon des contes et légendes. Ils n’ont jamais existé. Je me demande d’ailleurs parfois si effectivement, je n’ai pas rêvé ces neuf années de relations.

Cela étant dit, je n’ai pas toujours aussi bien vécu mon célibat. Ou du moins, toléré, dans un demi-sourire. Au début de ma dernière rupture, je ne parlais plus à personne ou presque, j’essayais de comprendre le comment du pourquoi, je pourrissais dans le cercle non vertueux de la dépression. Quand j’ai relevé la tête, c’était pour partir seul à l’autre bout du monde, sac à dos et loin de tout. Je vivais en effet cette histoire comme un échec et les sollicitudes des uns et des autres me rendaient encore plus malheureux. Un peu plus tard, je soupirais de mélancolie (car oui, la mélancolie peut être soupirée), en voyant des couples s’embrasser à pleine bouche, gobant leurs langues dans le métro, au cinéma, au restaurant… J’avais même l’impression d’une conspiration car tout d’un coup, les couples avaient décidé de mettre leur amour au grand jour sur mon passage, comme une haie d’honneur qui brandirait ce que je n’aurais jamais plus. J’en venais même à détester les films qui présentaient des histoires de couples heureux et je me languissais devant les histoires de passions tragiques : même si ce n’était que pure fiction, d’autres souffraient tout autant que moi et cela me rassurait. Je crois même avoir eu une courte période égoïste où le fait que des amis s’engagent eux aussi sur le terrible chemin d’une séparation, me réjouissait presque. Je n’allais plus être le seul à connaître les affres de l’amour détruit. Et à mon tour, je pourrais me sentir utile en étant à l’écoute d’une autre souffrance que la mienne.

Cette période était également masochiste. Je partais seul à la découverte de villes réputées romantiques. Ainsi, à Prague, j’étais perpétuellement entouré de couples souriants qui se tenaient par la main, à la découverte des splendeurs de cette capitale effectivement vouée à l’amour partagé. Que je daigne m’y promener en solitaire paraissait même un terrible sacrilège. Pour ma défense, je rêvais de visiter Prague à deux, mais si je devais attendre d’être amoureux pour faire des activités culturelles ou voyager, je serais bel et bien cloué chez moi, une boîte de Kleenex à portée de main (et pas seulement pour sécher mes larmes).

Je prends donc le taureau par les cornes. Oui, je m’en vais dans des endroits romantiques, en étant mon seul compagnon. Oui, je vais au cinéma seul et quand on me demande si le siège à côté de moi est vide, je ne pleure pas en retirant mon manteau qui aurait pu servir de caution à un accompagnateur parti chercher du pop-corn. Oui, je vais dans des fêtes où je suis l’unique à ne pas venir en couple et tant pis si tout le monde répand son bonheur comme du riz sur des jeunes mariés. Oui, des gens s’embrassent contre mon épaule dans le métro sans que je ne trouve rien à en redire, du moment que personne ne me bave dessus. J’ai ainsi l’impression que plus rien ne peut m’atteindre. Que mon célibat n’est plus une humiliation. Que je ne le subis plus. Et j’ignore s’il s’agit d’une avancée ou au contraire, d’un désabusement total. J’ai eu ma part, un jour, de ce bonheur. Il n’est plus. Il est ailleurs désormais, dans les petits plaisirs que je me concède. Je me gâte, j’apprends à m’aimer. Alors ne cachez donc plus ce bonheur qui vous étreint, éclaboussez-le ! Il sera, qui sait, peut-être contagieux…

Retrouvez moi également sur Twitter : https://twitter.com/invertissements ou écrivez-moi sur mesinvertissements@hotmail.fr

2 commentaires

J’ai aussi connu Prague en célibataire mais j’avais vraiment envie de prendre un fusil et de perpétrer un massacre sur le pont Charles….
Mais aujourd’hui le fait d’être célibataire ne doit vraiment pas être vécu comme une punition ni comme un moment entre deux relations. Etre célibataire, ça peut aussi être très agréable, ça permet de faire beaucoup de choses différentes sans parfois avoir à “négocier” avec son partenaire. Avant de rencontrer mon mari, j’ai vécu 32 ans de quasi célibat: J’en garde un très bon souvenir!

Écrit par alexbresil le 3 décembre 2012 à 17:27

Qui ne dit mot consent, 690 vues c’est pas mal pour un article!

Écrit par OnDi le 5 décembre 2012 à 22:22

Réagissez