Mariage pour tous et tous pour un !

mariage-gay-460x287J’ai toujours voulu me marier. J’aime la symbolique de l’alliance à l’annulaire, que l’on brandit presque comme un trophée. Mon coeur appartient à quelqu’un et en voici son écusson en forme d’anneau doré. Car oui, il y a parfois en moi un fond de princesse de Disney. Moi aussi, j’ai cru qu’un jour mon prince viendrait et non son régiment d’ersatz à sa solde. Quand j’ai compris que je devenais inverti, j’étais surtout désolé d’une chose : je n’allais probablement jamais pouvoir me marier et j’avais alors pris sur moi d’enterrer ce rêve d’enfant. D’autant que par la suite, mes conjoints se révélèrent peu soucieux de la question. Aucun n’a voulu se pacser avec moi, ni même adopter une bague symbolique pour compenser. Nous restions finalement dans l’ombre, totalement. Bien entendu, nul besoin de cet anneau que Gollum chérirait précieusement, mais pour moi, c’était une part non négligeable de mon couple idéalisé qu’il fallait, pour la peine, que j’accepte d’oublier.

Aussi, en ce dimanche 16 décembre, j’ai revêtu mes habits de militant et je suis redescendu dans la rue et cette fois-ci non pour revendiquer une retraite à 60 ans (”on s’est battu pour la gagner, on se battra pour la garder”), mais pour une autre utopie, une autre promesse électorale qui risque de nous passer sous le nez, le fameux “Mariage pour tous” (sans oublier l’adoption et la PMA). Car je préfère être honnête, je doute que cette loi du mariage pour tous, en l’état, ne passe. Et cela me consterne quand on sait que des pays ultra catholiques et/ou conservateurs (cela va souvent de pair. Ne dirait pas le contraire madame Boutin qui ferme les yeux sur ses principes religieux quand ça l’arrange, mais ceci est une autre histoire, l’inceste sera jugé par Saint-Pierre avant tout), tels que l’Argentine, l’Espagne, le Portugal, l’Afrique du Sud, certains états des USA, etc, autorisent l’impensable. Mais pour cela, il a fallu non seulement un gouvernement fort qui imposa avec fermeté une ligne directrice claire et précise, mais aussi descendre dans la rue. Alors, je suis descendu dans la rue, puisque pour la fermeté, on repassera à un autre moment. Non parce que je compte me marier un jour (je sais bien que cela ne m’arrivera jamais), mais parce que je ne comprends pas pourquoi, dans le pays qui a initié les Droits de l’Homme (et les brandit de temps à autre), il y aurait des citoyens aptes à le faire et pas d’autres. On ne peut pas d’un côté prélever des impôts aux homos et de l’autre refuser de leur prélever leur sang (encore une autre histoire) ou leur interdire de s’unir civilement. Et comme il ne s’agit que d’un mariage civil, les diatribes religieuses n’ont aucune légitimité sur le sujet.

Dans mon sillage, j’ai essayé d’entraîner mes amis hétéros. Certains m’ont poliment dit “On pensera à toi dimanche”, d’autres ont suivi. Et ils ont eux-mêmes été rejoints par d’autres hétéros. Car finalement, cette manifestation, c’est plus pour eux et par eux qu’elle prend corps et son importance. Nous, invertis, sommes déjà (pour la plupart) déjà tout acquis à cette noble cause. Il y avait donc des familles (homoparentales ou non), des personnes âgées, des lycéens, des associations de tous horizons, des élus de gauche, des gens de droite, des couples improbables, des Femen peinturlurées, du folklore, du Lady Gaga et du Michèle Torr dans les hauts-parleurs, des confettis, des slogans par centaines (certains plus heureux que d’autres), des autocollants, de la merguez, des colliers de fleurs en tissus… 150 000 personnes selon les organisateurs (10 selon la police), tous unis pour une seule et même cause et il était touchant de voir autant d’homosexuels réunis autrement qu’autour de chars garnis de drag queens en micro-short et de bears en marcel. Cette communion des genres était pour le moins réjouissante, même si le cortège étant tantôt disparate et résonnait comme une veillée funèbre, tantôt réuni en une seule et même voix orgasmique, incarnée par des milliers de corps et de choeurs.

De la Bastille au Luxembourg, nous avons donc écrit une partie de notre histoire collective. Nous avons réussi à ne faire qu’un avec nos pairs hétéros, sans le moindre heurt, pour le bien de tous. Pour une société enfin plus juste, pour que des enfants puissent être élevés sous le joug d’une seule et même loi, avec les mêmes droits. Cela semble encore toutefois une utopie, même si on touche au but comme jamais auparavant (après tout, l’homosexualité n’est plus reconnue comme maladie mentale que depuis trente ans). Et j’avoue qu’il est ironique que pour que le changement soit maintenant, il nous faille utiliser un slogan sarkozyste : “Ensemble, tout devient possible”. Puissent désormais députés et sénateurs nous écouter et puisse le chef de l’Etat clamer haut et fort que son 31e engagement ne servait pas simplement à enjoliver son programme et rameuter le vote des homosexuels. Un premier pas a été franchi des deux côtés. Maintenant, retrouvons-nous.

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Cacher ce bonheur que je ne saurais voir ?

bonheursmileyIl y a quelques jours, une amie très proche, tout excitée, me racontait sa relation passionnée avec son nouveau copain. “Je suis tellement heureuse, très amoureuse, c’est une évidence lui et moi, on a tout le temps besoin de se voir, de se toucher” et autres témoignages de félicité béate. Tout d’un coup, elle s’interrompit en me disant : “Oh, mais je me tais, je te fais part de mon bonheur, alors que toi, tu es si seul depuis tellement longtemps… J’espère qu’un jour tu connaîtras un tel amour !” Or, à ce moment précis, je me réjouissais sincèrement pour elle et je n’avais même pas projeté dans ma tête l’idée qu’effectivement, ce qu’elle vivait m’était étranger depuis des lustres. En sortant de chez elle, je me suis mentalement placé au niveau de mes amis. J’étais l’un des derniers Mohicans à ne pas être casé. Retournement de situation, car il y a douze ans, date de ma première histoire sérieuse, j’étais l’un des seuls à avoir fait le grand bond en avant, en emménageant à deux. Je n’avais donc pas suivi le schéma traditionnel (études, amusement et ensuite trouver l’amour) et vivais l’inverse de ce qu’il convenait de vivre dans notre société.

La plupart de mes amis sont en couple, déjà parents ou en passe de le devenir. Processus normal des trentenaires installés dans la vie active. Lors de fêtes ou de grandes tablées, je suis désormais celui que l’on place en bout de table, car non accompagné. Et tous de s’enlacer, de s’embrasser, de raconter leurs dernières vacances à deux ou en famille ou de confier leurs projets d’avenir. Il y a quelques mois encore, tout ceci m’aurait profondément perturbé et je m’imaginais devenir plus tard un Tonton Daniel, aigri, asocial et misanthrope. Aujourd’hui, je suis simplement un peu blasé de ma situation, parfaitement intégrée par tous : je suis célibataire et on ne songe même plus qu’un jour, je pourrais ne plus l’être. Un tel changement serait presque perçu comme une incongruité, remisant mes couples passés au rayon des contes et légendes. Ils n’ont jamais existé. Je me demande d’ailleurs parfois si effectivement, je n’ai pas rêvé ces neuf années de relations.

Cela étant dit, je n’ai pas toujours aussi bien vécu mon célibat. Ou du moins, toléré, dans un demi-sourire. Au début de ma dernière rupture, je ne parlais plus à personne ou presque, j’essayais de comprendre le comment du pourquoi, je pourrissais dans le cercle non vertueux de la dépression. Quand j’ai relevé la tête, c’était pour partir seul à l’autre bout du monde, sac à dos et loin de tout. Je vivais en effet cette histoire comme un échec et les sollicitudes des uns et des autres me rendaient encore plus malheureux. Un peu plus tard, je soupirais de mélancolie (car oui, la mélancolie peut être soupirée), en voyant des couples s’embrasser à pleine bouche, gobant leurs langues dans le métro, au cinéma, au restaurant… J’avais même l’impression d’une conspiration car tout d’un coup, les couples avaient décidé de mettre leur amour au grand jour sur mon passage, comme une haie d’honneur qui brandirait ce que je n’aurais jamais plus. J’en venais même à détester les films qui présentaient des histoires de couples heureux et je me languissais devant les histoires de passions tragiques : même si ce n’était que pure fiction, d’autres souffraient tout autant que moi et cela me rassurait. Je crois même avoir eu une courte période égoïste où le fait que des amis s’engagent eux aussi sur le terrible chemin d’une séparation, me réjouissait presque. Je n’allais plus être le seul à connaître les affres de l’amour détruit. Et à mon tour, je pourrais me sentir utile en étant à l’écoute d’une autre souffrance que la mienne.

Cette période était également masochiste. Je partais seul à la découverte de villes réputées romantiques. Ainsi, à Prague, j’étais perpétuellement entouré de couples souriants qui se tenaient par la main, à la découverte des splendeurs de cette capitale effectivement vouée à l’amour partagé. Que je daigne m’y promener en solitaire paraissait même un terrible sacrilège. Pour ma défense, je rêvais de visiter Prague à deux, mais si je devais attendre d’être amoureux pour faire des activités culturelles ou voyager, je serais bel et bien cloué chez moi, une boîte de Kleenex à portée de main (et pas seulement pour sécher mes larmes).

Je prends donc le taureau par les cornes. Oui, je m’en vais dans des endroits romantiques, en étant mon seul compagnon. Oui, je vais au cinéma seul et quand on me demande si le siège à côté de moi est vide, je ne pleure pas en retirant mon manteau qui aurait pu servir de caution à un accompagnateur parti chercher du pop-corn. Oui, je vais dans des fêtes où je suis l’unique à ne pas venir en couple et tant pis si tout le monde répand son bonheur comme du riz sur des jeunes mariés. Oui, des gens s’embrassent contre mon épaule dans le métro sans que je ne trouve rien à en redire, du moment que personne ne me bave dessus. J’ai ainsi l’impression que plus rien ne peut m’atteindre. Que mon célibat n’est plus une humiliation. Que je ne le subis plus. Et j’ignore s’il s’agit d’une avancée ou au contraire, d’un désabusement total. J’ai eu ma part, un jour, de ce bonheur. Il n’est plus. Il est ailleurs désormais, dans les petits plaisirs que je me concède. Je me gâte, j’apprends à m’aimer. Alors ne cachez donc plus ce bonheur qui vous étreint, éclaboussez-le ! Il sera, qui sait, peut-être contagieux…

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