On a toujours attribué aux invertis que nous sommes, des moeurs pour le moins légères. Dans l’imaginaire collectif, nous virevoltons de corps en corps, jour après jour, ne laissant aucun moment de répit à nos pulsions en rut. Mais en voyant aujourd’hui une affiche en 4×3 dans le métro indiquant l’adresse d’un site pour relations extra-conjugales conçu par et pour des femmes, j’ai doucement souri dans ma barbe de quatre jours. Ainsi donc, les gourgandines en veulent également leur part, envoyant valdinguer les liens sacrés du mariage, à l’heure où d’autres les réclament sans les obtenir, alors qu’ils vivent, quant à eux, une relation de fidélité et d’exclusivité.
Car infidélité et passions volages ne sont évidemment pas l’apanage des seuls homos. Les hétéros sont nos égaux sur ce sujet, même s’ils n’osent évidemment pas le crier sur tous les toits. Les homos ayant par contre la fâcheuse tendance à se répandre sur leurs pratiques de débauches orgiaques à qui mieux mieux. Ce qui a vite fait de tous nous placer dans le même panier. Et du coup, pourquoi donc faudrait-il attribuer le mariage à des êtres si dénués de valeurs et de vertus ? Ah, quelle image pour la société ! Ah, quel sacrilège pour nos chères petites têtes blondes (que l’on érige ainsi en otage de la bonne conscience) ! Pourtant, les couples hétéros ne sont pas un gage flagrant de bonnes moeurs, bien au contraire. On ne compte plus les amants et maîtresses cachés dans les placards, les couples libertins, les enfants non-reconnus, les sites Internet qui invitent à la gaudriole malgré l’alliance à l’annulaire… Mais après tout, si personne ne souffre dans l’affaire (pour vivre heureux, baisons cachés), pourquoi alors s’en offusquer ?
Car chacun vit son couple de la manière dont il l’entend, du moment que la part est identique entre les deux conjoints. Et j’ai vécu les miens de manière bien différente. J’ai ainsi testé pour vous le couple libre et le couple exclusif. Pour ma part, je ne pourrais pas tromper quelqu’un et le garder pour moi. La perspective d’une double vie, même pour un instant de jambes en l’air, me révulse et je ne pourrais plus regarder l’autre en face, le toucher, l’embrasser. Comme je ne pourrais pas non plus m’engager dans une partie à trois (ou plus si affinités) avec mon compagnon. Le voir avec un autre, même si je participe à la débandade, ne me plairait diablement pas. Aussi, je prône la fidélité absolue. Mais en parallèle, je comprends que l’on puisse avoir des envies prégnantes d’un autre corps. Et à partir du moment où la chose est entendue et tolérée par les deux partis, alors le mal n’existe plus.
Lors de ma première histoire, de six ans et demi, nous ne trouvions pas de compromis sexuel. Nous étions tous deux bien peu dégourdis sur la chose à cette époque et surtout, il n’y avait pas d’étincelles au lit, alors que nous avions une parfaite communion d’âme. Au bout d’un an de ce régime, il en allait de notre couple. Aussi, nous décidâmes de nous partager avec d’autres, si l’occasion se présentait. Ainsi, si lui ou moi, rencontrions quelqu’un et que ce quelqu’un était favorable à un moment d’intimité, nous y allions, en prévenant notre conjoint de la situation. Honnêteté avant tout. Nous avions établi des règles strictes : personne d’étranger chez nous, indiquer à l’autre où l’on se trouvait précisément, avec qui et à quelle heure on pensait rentrer. Notamment par mesure de sécurité, on ne sait jamais sur qui l’on tombe. Puis, une fois la chose accomplie, (comme un devoir extra-conjugal), nous nous expliquions sur l’oreiller, développions nos nouvelles techniques et réussîmes à nous épanouir sexuellement, jusqu’à ne plus avoir besoin de ces soupapes de passage.
J’avais bien conscience que ce mode de fonctionnement n’était pas tout à fait dans la norme. Pour avoir discuté avec d’autres garçons qui pratiquaient l’amour libre, eux taisaient la chose à leur conjoint. Il était entendu qu’ils allaient voir ailleurs si le lit y était plus frais, mais en aucune façon ils ne précisaient où, quand et avec qui. Alors qu’avec mon compagnon, nous étions dans une honnêteté déconcertante, dans tous les domaines. Mais je sus toutefois, à l’issue de cette histoire, que je ne renouvellerais plus l’opération. Et c’est d’ailleurs ce qui se passa lors de ma seconde longue relation. Qui m’a beaucoup questionné. Comme j’étais le deuxième garçon de ce jeune homme, bibliquement parlant, j’eus peur que sa jeunesse ne se réveille un jour en manque d’expériences nouvelles. D’autant qu’il était terrorisé par la peur d’être volage (voir mon précédent billet). Aussi, nous convînmes que si un jour, une occasion coquine événementielle se présentait, il ne fallait surtout pas la manquer par peur de frustration qui finirait par poindre un jour ou l’autre. Mais le reste du temps, fi-dé-li-té absolue.
Je peux pardonner, sur cette règle réciproque, en prenant sur moi, une infidélité de passage. Je ne crois en effet pas que l’homme soit fait pour vivre à deux toute sa vie durant sans nourrir d’autres désirs, même si je rêve qu’une telle utopie se réalise (ça doit bien, en effet, se produire quelques fois). Mais je ne tolère en revanche pas qu’un autre amour se développe à mon encontre. Car cet ex-compagnon, au bout de deux ans de relation, se pâma pour un autre garçon, qui, malheureusement pour lui, se révéla hétéro. Et je devais, selon lui, composer avec. Or, pour moi, rien de pire que l’infidélité de coeur. Le corps n’est qu’une enveloppe, vouée à se flêtrir et à ne plus être un objet de déliquescence. Mais le coeur, lui, c’est autre chose. C’est l’essence-même d’une histoire. Et de ça, pour toujours, je clamerai l’absence de liberté. Désirant, égoïstement, être pour celui de mon compagnon, le seul propriétaire. Du moins, tant qu’il battra pour moi.
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- Par Lesoirquipenche |
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6 commentaires
Encore un article très puissant!
Mais ces garçons qui apparaissaient pour des moments intimes arrivaient ils de nulle part? Un contact avait dû être tissé à un moment donné non? L’infidélité de coeur n’avait elle pas commencé à prendre place à ce moment là?
Non Arthur, tu confonds de compagnon : avec le premier, couple libre, sans infidélité de coeur, avec le second, couple fidèle, mais avec une infidélité de coeur de sa part
L’infidélité touche tous les couples sans distinction. Pour moi, s’il y a infidélité de coeur, la messe est dite et mieux vaut mettre un terme à la relation. Maintenant pour la partie physique c’est autre chose. Si demain, dans le vestiaire de ma salle de sport, je tombe nez à nez avec un Apollon qui me ferait les yeux doux pour une partie de jambes en l’air, je ne sais pas si je ne me laisserais pas tenter.
Maintenant, je fais une différence entre ce fantasme et le fait d’aller sciemment chercher l’aventure sur des sites internet car il y a pour moi une vraie différence entre laisser faire le hasard et provoquer l’infidélité….
Dans tous les cas, si je devais “fauter” un jour (dans la circonstance citée di dessus), je pense que je n’en aviserais pas mon mari….
Je n’ai appris qu’une chose de ma vie : ne pas posséder, ni appartenir, c’est cela ce qu’aimer veut dire. Et ici, je parle du corps comme du coeur…
Souvent objet de la tromperie mais jamais celui qui trompe, j’ai souvent ce dilemme. Dois-je répondre aux nombreuses sollicitations ? Les propositions ne manquent pas, l’envie non plus mais je dis souvent NON si l’autre est en couple (quand je le sais). Quoi de plus terrible de voler le compagnon d’un autre, même pour une nuit. Être trompé, c’est mon problème, c’est à moi de savoir si je pardonne ou non, l’amour c’est savoir pardonné (autre débat)…
Mais je refuse de faire du bien à l’un pour faire de la peine à l’autre même si je le connais pas, même si on me dit que c’est la liberté, j’ai l’impression de me faire plumé. On peut être libre de dire non ! Je n’aime pas l’hypocrisie, les couples libres consentis, cela n’existe pas, la plupart du temps, c’est le soumis qui prend sur lui et passe l’éponge. Alors arrêtons de se mentir, l’amour ce n’est pas appartenir, n’y posséder mais c’est tenir son engagement : celui de chérir l’être aimé tout simplement.
bof pour moi c’est pas l’un sans l’autre, fidélité du coeur et du corps!!! Et nous sommes bien comme cela. Mais je ne me permets pas ici de juger, chacun chacune devant trouver à l’autre la recette qui lui convient