Les galipettes d’un côté, les sentiments de l’autre

images-1Je suis toujours parvenu à distinguer sexe et sentiments. Je dois avoir un petit côté vieux jeu sur ce coup, puisque pour moi, une relation qui commencerait tout de suite par des galipettes effrénées, ne saurait se transformer en une véritable histoire. Et pourtant, je sais que c’est possible, puisqu’un ami d’enfance a déniché son compagnon pour la vie (comme cela fait 12 ans qu’ils sont ensemble, on peut qualifier ce record de “pour la vie” dans notre milieu) après une partie endiablée de jambes qui d’en l’air, sans chaussettes, se sont ancrées dans le sol avec des pantoufles. Sacrés veinards. Mais de mon côté, impossible. Sitôt que j’ai vu nue la personne et que nous avons commis des actes que la morale pudibonde ne réprouve, je n’arrive pas à la voir autrement et j’en reste là, à la surface des choses.

Cela fait partie des barrières que je place tout autour de moi, lors d’une relation légère d’amusement sans vêtements. Je n’embrasse pas toujours, je ne dors pas avec la personne, je ne me douche pas avec elle, je reste cordial et sympathique, sans donner une possibilité d’un ailleurs en parallèle. Nous nous sommes connus dans un lit, nous n’approfondirons pas la question autour d’un café ou dans une salle de cinéma. Et de fait, j’ai attendu, comme au bon vieux temps, plus d’un mois avec mes dernières histoires durables, avant de passer à l’acte avec elles. Et ce jour de découverte mutuelle est alors source de joie et d’impatience, de passion et d’émerveillement (bon, j’exagère un brin). Et si d’aventure, ces galipettes s’avéraient juste dignes d’une roulade sans originalité plutôt que d’un salto noté aux Jeux Olympiques, ce n’était pas bien grave dans le fond : les sentiments étaient déjà là, pardonnaient tout et l’on pouvait progresser ensemble à partir de cette base décevante peu ou prou.

Certains me disent que cette règle est archaïque, voire ridicule… Surtout à l’heure du fantasme du PQR qui peut déraper en un autre chose, véhiculé par des livres, pièces et films sans intérêt. Dans mon métier, cet acronyme renvoie à Presse Quotidienne Régionale. Désormais, il s’agit de Plan Q Régulier. Quelque chose encore, que j’ai tenté, sans l’adopter où l’on reste pétri de frustrations : voici un amant idyllique, sympathique et charmant que l’on doit laisser repartir et qui vous sonne ou que vous appelez en cas d’envie pressante, sans émettre le moindre sentiment derrière. Un couple au goût frelaté en somme. Les avantages sans les inconvénients, alors que ce sont justement ces inconvénients qui font le piment d’une histoire. Alors, puisqu’il ne faut pas mourir idiot, à l’aube de la fin du monde, j’ai tenté de passer d’ami de gaudriole à compagnon. Et cela m’a conforté dans mon archaïsme…

Il y a un an donc, j’avais rencontré le temps d’un après-midi sensuel et sexuel, un garçon fort original. Il avait pourtant à la base tout ce qui pouvait me déplaire moralement parlant, mais une partie de moi était mystérieusement attirée par lui et lui de même. Comme quoi, moins par moins, cela faisait vraiment plus. Et pour couronner le tout, ma peau était attirée par la sienne, ce qui n’est pas toujours le cas lors d’un moment de sexe sans lendemain. Nous convenons de nous revoir et à chaque fois, nous passons autant de temps à discuter de tout et de rien qu’à copuler fougueusement. Au bout de quelques semaines, je prends sur moi et l’invite à dîner à la maison. Il accepte. Tout en jouant le rôle du gars sûr de lui qui n’en a rien à faire, une carapace que j’essaye de briser petit à petit. Au cours du dîner, il baisse la garde, me parle de son enfance, de ses rêves, de ses projets, met une jambe sur les miennes pendant un DVD. Mais se rendant compte qu’il rompait avec son personnage impassible, il me dit tout de go “Bon maintenant, faut qu’on baise”. Ce que nous ne parvînmes pas à faire, étonnamment.

Je n’ai plus eu de ses nouvelles pendant de longs mois. Nous étions “amis Facebook”, mais sans rapport particulier. Le jour de son anniversaire, je le lui souhaite et il rebondit sur l’occasion pour me proposer un rendez-vous. Nous retrouvons nos habitudes : discussions longue durée et sexe parfait. Je lui propose d’aller dîner dans un restaurant, il accepte. Pendant tout le repas, nous flirtons effrontément, nous nous contons des choses intimes rarement révélées. Il me fait part de sa solitude, qu’il a aimé trop de “cons qui l’ont utilisé”, qu’il veut changer de mode de vie et se libérer de ses propres contraintes. Entre autres joyeusetés. En nous séparant au métro, il m’enlace, me fait une bise sur la joue et me dit “A bientôt”. Battant le fer pendant qu’il était encore chaud, je lui envoie un sms humoristique dans lequel je lui fais comprendre que ma carapace était aussi en train de se lézarder et qu’il me plaisait bien. Il me répondit le lendemain d’un lapidaire et pathétique “Ouais, t’es mignonne, soyons potes car j’aime encore trop mes vieux démons”.

On ne pourra pas dire que je n’ai pas tenté de dépasser le stade d’intimité physique pour celui de l’intimité psychique qui mènerait (ou non) à quelque chose de beau (ou pas). Mais cela me conforte dans mes positions : ce qui se passe dans le lit, reste dans le lit. Reste donc le jeu de l’amour et du hasard. Qui fait bien souvent mal les choses.

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4 commentaires

Je me délecte toujours de ces billets tantôt drôles tantôt profonds qui nous renvoient, froidement parfois, à nos réalités. Alors que j’écris ce commentaire, j’en regrette déjà le contenu à venir!
“Je n’ai plus eu de ces nouvelles pendant de longs mois” ou devrais-je dire de ses nouvelles? :-)
je suis odieux je l’admets mais c’est, bien évidemment, sans méchanceté aucune.

A ton prochain billet,

Rafael

Écrit par Rafael le 16 octobre 2012 à 9:08

Bien vu, Rafael, je corrige de suite et merci pour ton commentaire !

Écrit par Lesoirquipenche le 16 octobre 2012 à 9:46

Un délice a lire…
Merci ….

Écrit par nounoursmadinina le 17 octobre 2012 à 7:12

Pauvre lapin! ça arrive, hélas…comme dit un bon ami, la mère des connards est toujours enceinte!
C’est en tout cas toujours un plaisir de te lire!

Écrit par alexbresil le 22 octobre 2012 à 17:37

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