Si vous n’allez pas dans le milieu gay, le milieu gay ira vers vous, grâce à la salle de sport… Club Med Gym et consoeurs incarnent les maisons mères des garçons sensibles qui prennent soin de leur apparence et de leur corps (soit 98% de cette population). Et je ne suis pas en reste, moi non plus. Pendant longtemps, le sport et moi étions des ennemis silencieux. Nous nous ignorions l’un l’autre et cela était juste et bon. J’avais tenté le judo, mais on m’y a retiré après l’obtention de ma ceinture jaune, parce que je regardais le professeur amoureusement. Puis, ce fut le golf. Mais dans un désert de cailloux africain, ce n’était guère aisé. Puis, plus rien, pendant de longues années. Jusqu’à ce que j’atteignisse les trente ans et découvrisse avec horreur que mon ventre se mettait à pousser petit à petit, à cause de la sécurité du couple dans lequel je me lovais et des petits plats qui l’accompagnaient. Heureusement, à côté de mon travail d’alors, une piscine municipale m’ouvrait grand ses bassins et je décidai de m’y rendre à chaque pause déjeuner, afin de retrouver une silhouette ragoutante. Une fois mon couple en miettes, ce fut encore plus draconien : je cessais de m’alimenter (ou très peu) et je noyais mon chagrin en nageant jusqu’à six fois par semaine. Dix kilos en moins plus tard, l’ombre de moi-même, mais avec quelques abdos sur mon squelette, je trouvai un nouveau travail plus épanouissant, mais dépourvu de piscine. Et la nature reprit ses droits et moi, quelques kilos.
Il faut dire que faire des longueurs et des kilomètres aquatiques, j’en avais ras les nageoires. C’est alors que je me suis souvenu que je vivais à une minute à pied d’un Club Med Gym. Je savais que si je choisissais une salle de sport moins chère (et donc moins tape-à-l’oeil), mais loin de chez moi, je n’aurai pas le courage d’y aller régulièrement. Là, il me suffit d’enfiler ma tenue de combat et hop, en deux enjambées, je me retrouve sur un rameur, un vélo, un tapis de course, un appareil de musculation… Pratique. J’y vais donc à l’ouverture, chaque matin, afin d’éviter de me battre pour avoir le droit de souffrir sur une machine diabolique, sans être envahi par des odeurs de transpiration omniprésentes. Et un gentil et charmant coach que je rencontre une fois tous les deux mois, m’établit un programme dont mon corps se souviendra toute sa vie. Le but : me plaire à moi-même dans un premier temps et qui sait, plaire à d’autres dans un second.
Et c’est ainsi que je pénétrai dans la succursale des tchats gays. Un peu comme si on se retrouvait nez-à-nez, en vrai, avec les modèles d’un catalogue que l’on viendrait de feuilleter. Que des têtes connues virtuellement à la ronde. En trois dimensions et tout en muscles, voici ceux qui ne vous contactent jamais, qui vouent votre profil aux gémonies, ignorent votre existence (et continuent de le faire). Mais les voilà qui se dandinent, qui zozotent, qui se trémoussent comme des petites danseuses en tutu, la voix haut perchée, faisant des petits pas ridicules dans leurs survêtements D&G, portant, avec plus ou moins de grâce, leur lourde carcasse virile, épilée de près, tatouée et bronzée aux UV. Ils se font la bise et la moue dans les vestiaires ou quand il s’aperçoivent dans la salle, se donnent du “Ma chérie” (ou du “Ma salope”) en veux-tu en voilà, se racontent leurs dernières nuits de débauche, passent leur temps sur Grindr entre deux séances de soulèvement de poids. Ils s’acoquinent en bande de copines, bras dessus, bras dessous et essayent de retrouver l’image qu’ils renvoient sur Internet, celle de machos virils, quand ils font face à un nouveau venu, sans y parvenir toutefois. Et dans les douches, ce défilé de stars se poursuit. A ceci près que s’y rajoutent les vieux concupiscents qui restent se changer dans les vestiaires pendant une éternité (se rendent-ils seulement dans la salle de sport à un moment donné ?), d’autres étouffent dans le sauna où ils stagnent pendant des heures, la peau presque en lambeaux, afin de tenter de scruter libidineusement un bout de testicules qui dépasserait d’une serviette.
Et je reste tapi dans l’ombre à observer ce triste cinéma. Car c’est bien de cinéma qu’il s’agit. Je suis là dans mes vêtements de sport dénués de marque et donc d’intérêt, à tenter de me souvenir des exercices que je dois faire, quotidiennement. En presque un an que j’y suis, je n’ai adressé la parole à personne et je dois incarner pour tous un élément du décor. J’avais eu l’idée, sous-jacente, qu’il s’agirait là d’un nouveau moyen pour rencontrer quelqu’un, mais c’est finalement la solitude que j’y ai trouvé. J’exagère toutefois : un être issu du CPEM (Club des Princesses Epilées et Musclées) est venu m’aborder, un matin. Il me suivait à chaque endroit où je me rendais, moulé dans un short si court qu’il lui ravageait littéralement l’entrejambe, annihilant ainsi tout espoir de descendance. Il croisait les bras et me regardait faire, sans perdre une miette de chacun de mes gestes. Gêné, je finis par lui demander s’il faisait partie du personnel (tout en connaissant la réponse par avance). Il me répondit simplement qu’il avait juste envie de m’observer. J’écourtai ma séance. J’ignore si je finirai un jour par obtenir le corps dont je rêve (dans une dizaine d’années, sans doute, quand la peau se flétrira pour recouvrir le moindre muscle), mais je sais en tout cas à qui je ne veux pas ressembler : celui que j’étais et ceux qu’ils sont.
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- Par Lesoirquipenche |
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Retour à la préhistoire. C’est bien beau de parler de ses atermoiements, de ses doutes, de ses mésaventures sentimentales et sexuelles, mais quid des origines de tout ceci ? Je commence par la fin sans évoquer le début ! Tout le monde a un rapport différent avec son homosexualité : innée pour les uns ou accident de parcours pour d’autres, progressive ou bifurcation naturelle, chacun a son propre vécu d’inverti. C’est en essayant de répondre à une amie qui m’a demandé récemment comment j’avais su que j’étais gay, que j’ai eu l’envie de le traduire par des mots et de vous les livrer.
Je suis toujours parvenu à distinguer sexe et sentiments. Je dois avoir un petit côté vieux jeu sur ce coup, puisque pour moi, une relation qui commencerait tout de suite par des galipettes effrénées, ne saurait se transformer en une véritable histoire. Et pourtant, je sais que c’est possible, puisqu’un ami d’enfance a déniché son compagnon pour la vie (comme cela fait 12 ans qu’ils sont ensemble, on peut qualifier ce record de “pour la vie” dans notre milieu) après une partie endiablée de jambes qui d’en l’air, sans chaussettes, se sont ancrées dans le sol avec des pantoufles. Sacrés veinards. Mais de mon côté, impossible. Sitôt que j’ai vu nue la personne et que nous avons commis des actes que la morale pudibonde ne réprouve, je n’arrive pas à la voir autrement et j’en reste là, à la surface des choses.
Si les Mayas l’ont dit, c’est que ça doit être vrai. Dans quelques semaines, le 21 décembre prochain, nous allons tous mourir, tous ensemble, tous ensemble, tous. Personne ne sera seul pour le Grand Départ, l’humanité tout entière se déintègrera de concert. Mais si je pouvais avoir une main dans la mienne pour ce salut général, je ne serais pas contre… Et comme un blog, c’est aussi et surtout un concentré d’égoïsme, je lance mon appel. Celui du 7 octobre, bientôt aussi célèbre, à n’en pas douter, que celui d’un certain appel du 18 juin.

