Si l’on me permet de faire un peu la fine bouche, je dois dire que physiquement, le journaliste et animateur Yann Barthès, ne correspond pas vraiment à mes critères. Une tête disproportionnée sur un petit corps, une bouche très fine en forme de virgule horizontale… Pourtant, à mesure qu’on le regarde et qu’on l’écoute (son timbre de voix et son look étant plutôt agréables), son charme agit et alors, peu à peu, sans crier gare, on est conquis. Et c’est ce qui m’est (presque) arrivé, avec son (presque) sosie lors du premier semestre 2012.
Oui, j’ai succombé à un effet d’annonce purement et simplement diabolique : vous faire croire que j’allais parler d’une hypothétique liaison avec Yann Barthès, alors que ce ne fut qu’avec une personne lui ressemblant de manière troublante. Tout ça pour avoir des lecteurs supplémentaires, je tombe bien bas. Mais je poursuis sur ma lancée. Il y a quelques mois, donc, Yann (nous l’appellerons Yann), me contacte sur un tchat. Une surprise pour moi qui me souvenais avoir déjà tenté d’aborder cet individu des années auparavant, sans aucun succès. Mais le voici qui dialogue avec moi, longuement, de manière plaisante. Et au bout de quelques semaines (le monsieur prenant son temps et jouant avec les nerfs pour rencontrer ses interlocuteurs), nous convenons enfin d’un premier rendez-vous. Magie du RER, j’arrive en retard. Et quand je le retrouve, il est déjà attablé à un bar et m’observe avec un sourire en coin, les yeux malicieux. Je reste médusé. Il ressemble tellement à Yann Barthès que je meure d’envie de lui poser des questions sur les rouages et coulisses du “Petit Journal”. Mais ce Yann-ci est cadre dans le monde du commerce. Déception. Et tout comme l’original, l’effet “presque Barthès” agit sur moi : rien de séduisant de prime abord, mais au fur et à mesure de la conversation, humour et esprit en tête, je le trouve plutôt attirant, alors qu’il est aux antipodes de ce qui pourrait habituellement me plaire, surtout avec son haleine fortement caféinée. Et la réciproque semble être de mise, puisque nous convenons d’un second rendez-vous.
Il s’agira d’une marche nocturne dans la capitale, comme deux Titis Parisiens en goguette, le long des rues et des quais. Nous nous racontons nos vies, nous rions des rencontres pathétiques qui les ont jalonnées, nous nous découvrons des points communs et Yann me propose même, à brûle-pourpoint, de partir avec lui en week end à Londres, prochainement. Alors même que nous ne nous sommes encore jamais fait la bise ou serré la main, tant le garçon reste distant et peu tactile. Une telle folie spontanée ayant le don de me séduire, j’accepte la proposition. Mais pendant un mois et demi, plus aucune nouvelle de sieur Presque Barthès. Pas de texto, pas de coup de fil, rien. Et au bout de ce terme, il ressurgit avec fracas, comme si de rien n’était. Je l’interpelle à ce sujet. L’invective même un peu. Il s’excuse faiblement, sans toutefois donner d’explication et m’invite à dîner chez lui. J’accepte. Car malgré moi, j’ai envie de le revoir.
Son appartement est à son image : d’apparence austère, mais qui délite peu à peu un charme certain. Yann prépare un savoureux repas, son chat se love sur mes genoux et le voici (presque) tout excusé de son absence de nouvelles. Je l’invite à mon tour chez moi et nous passons ainsi d’exquises soirées à discuter de tout et de rien, mais sans jamais nous toucher ou nous rapprocher physiquement. Je savoure cette situation : un peu de cour comme au bon vieux temps est agréable. Un soir, alors que toute la journée nous avions longuement prévu de ce que nous allions faire ensemble, plus de nouvelles, subitement. Le silence ressurgit. Et s’éternise. Yann réapparaît pourtant une semaine plus tard, encore une fois sans explication et m’invite encore une fois chez lui, pour profiter ensemble de la soirée du second tour des présidentielles. Je lui donne ainsi une énième chance, sans comprendre pourquoi j’étais autant attiré par quelqu’un doté d’une telle muflerie, balayée en un sourire taquin.
Et là, Yann se lâche enfin : il me donne toutes ses coordonnées possibles, telles que mails et numéros de téléphone professionnels et personnels, compte Facebook… Tout est fait pour que nous soyons toujours connectés et il ose poser sa tête sur mon épaule et me faire la bise en me disant au revoir, me proposant de petit-déjeuner avec lui le dimanche suivant. J’ignorais alors que je ne le reverrais jamais. Car ce fameux dimanche, tandis que je me lève tôt pour le rejoindre, aucune nouvelle de lui. Jamais deux sans trois, me dis-je. Vers midi, il m’annonce se lever seulement. Je lui propose de m’accompagner à une exposition dont j’avais deux invitations, il refuse, arguant qu’il y aurait trop de monde et qu’il voulait être tranquille chez lui. Mais que je pouvais le rejoindre là, maintenant, tout de suite. Mais je me rends tout de même à mon exposition. Ce qui signa ma condamnation : ne supportant pas que je lui aie préféré un musée, il coupa tout échange avec moi. Le néant à nouveau et pour de bon. Plus aucune réponse de sa part à mes mails, textos et coups de fil. Bloqué de Facebook. Et je m’aperçus que j’avais été en contact non pas avec un sosie de Yann Barthès, mais avec son fantôme fantasmeur, élevé à la lâcheté. Je n’aurai jamais compris ni mes élans pour lui, ni sa personnalité changeante. Un coup d’épée dans l’eau pour une presque histoire. Presque rien qui aurait pu être presque tout.
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- Par Lesoirquipenche |
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9 commentaires
Magnifique texte, et l’histoire bien que parisienne interpellera la quasi totalité des gays. Wi, questionnement gay sur la sexualité masculine. On adore! Moi qu’est c’ que j’ai souffert les 2 premières années de ma sexualité gay!! Maintenant rangé en couple avec toujours cette énorme tentation dans le slip….
C’est vraiment une histoire à la fois triste et melancolique chapeau. J’espere que tu t’en es remis.
Au sinon le vrai Yann, c’est quand qu’il dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas? On a parlé de Mikka, Yann le prochain?
C’était (presque) bien !
Oui, oui, bien remis. Déçu sur le coup, impression de perte de temps surtout. Mais bon, je pars toujours du principe que si les choses ne sont font pas, c’est qu’elles ne devaient pas se faire…
“que je meurs”, “qui délivre” et pas “délite”.
Au subjonctif, si… Et même à l’indicatif, dîtes-donc…
http://la-conjugaison.nouvelobs.com/du/verbe/deliter.php
J’ai beaucoup aimé ce court texte. On aurait dit du Maupassant dans le bon sens du terme. Détaillé mais pas chiant, accessible et cependant bien écrit. Je suis tombé sur ça par accident en cherchant la date de naissance de Yann Barthes. Voilà, c’est tout. Bonsoir…
Eh bien merci beaucoup pour les compliments, même si dans mon texte, point d’informations concernant sieur Barthès
A bientôt peut-être !