On ne sait jamais à quoi s’attendre en rencontrant quelqu’un autour d’un verre après une conversation virtuelle. Ressemblera-t-il à ses photos ? Sera-t-il efféminé ? Aurons-nous, en face à face, autant d’atomes crochus qu’à l’écrit ou au téléphone ? Ce verre, décisif, conduit à trois choix possibles : une amitié potentielle à venir, un amour coup de foudre ou un rejet total (et donc un moment fort ennuyeux à passer ou à infliger à l’autre).
Des rencontres de ce genre, j’en ai fait plus que de raisons. Avec moult surprises. Je passe sur ceux qui annoncent faire 1m80 pour 70 kilos et qui font en fait 1m60 pour un bon quintal et vous regardent avec gourmandise. Je passe sur ce garçon qui tripotait ses cicatrices le long de son bras et confie, dans un demi-sourire, qu’il sort d’un hôpital psychiatrique pour automutilation aggravée. Ou encore ceux, contradictoires, qui vous donnent rendez-vous en précisant par avance qu’ils n’iront pas plus loin, n’aimant pas ce type de rencontres. Le plus étonnant, ce sont ceux qui restent avec vous plus de quatre heures à converser autour d’un verre agréable et interminable, qui vous invitent, disent se consumer littéralement de vous revoir et ne donnent ensuite plus aucune nouvelle. Mais, il y a aussi les goujats, qui ne doutent de rien (alors qu’ils devraient) et dont je retiendrai deux exemples récents.
Prenons Goujat numéro 1. Rendez-vous à une terrasse ensoleillée. Le garçon est charmant et il le sait. Il pose de nombreuses questions au même débit que Julien Lepers, sans attendre les réponses et pendant que vous tentez de communiquer avec lui, il chatte simultanément sur Grindr et sur un site de rencontres dont il avait téléchargé l’application sur Smartphone, tout en me disant “Mais tu sais, je peux faire les deux en même temps, t’écouter et discuter avec ces mecs qui me harcèlent”. Au bout de trois quart d’heure de ce régime (l’endroit étant agréable, cela m’a permis de tenir le coup), il annonce tout de go : “Voilà, ça fait 45 minutes que l’on discute ensemble et je vais devoir y aller. Sur combien tu veux que je te note ?” Interloqué, je crois à une blague. Mais il est hélas très sérieux. Il poursuit : “Sur 10 ou sur 20 ? Bon, allons pour 20 ! Au début, niveau charme, je t’ai mis 4. Mais finalement, j’ai envie de te mettre 18. Pour la sympathie, pareil, un bon 18. Et je vois dans tes yeux que tu brûles d’envie d’un second rendez-vous. Tu l’auras, va”. Pourtant, tout ce qu’on pouvait lire dans mon regard, c’était de la consternation. Je n’ai jamais donné suite.
Pour Goujat numéro 2, les choses se sont déroulées un peu autrement. J’avais prévenu que je ne buvais pas d’alcool, aussi, il m’invita dans un bar à vin. Le jeune homme était aux antipodes de ses photos, mais avait un aplomb démesuré, se croyant irrésistible, refusant (tel un Don Quichotte gay du 21ème siècle) les assauts de garçons en furie sur son passage. Partant du principe qu’un premier rendez-vous est à la base fait pour séduire l’autre (même si on sait d’avance que les dés sont jetés et que ce sera une heure d’ennui à subir), il est pour le moins agaçant que votre interlocuteur se retourne toutes les cinq minutes sur chaque bermuda qui passe, en proférant haut et fort : “Ah quel cul il a celui-là, on le caresserait bien, voire plus, qu’en penses-tu ?”. Une fois est déjà pénible, mais au bout d’une demi-douzaine, on a surtout envie de partir en catimini (et on est heureux de ne pas avoir mis de bermuda). Mais Goujat numéro 2 ne s’en est pas tenu là. Il tenait à me raccompagner jusqu’au métro, comme le galant homme qu’il est. Et en chemin, un garçon charmant me jeta un regard furtif. Etonnement de mon goujat : “Tu te rends compte, il t’a regardé, TOI !”. Inutile de préciser que ce furent ses derniers mots, avant que je ne m’engouffre rapidement dans la bouche de métro.
Je pense que certaines personnes que j’ai rencontrées ont pu être déçues par moi. On projette tellement de fantasmes avant l’instant T ! C’est un peu l’espérance que le Bon va franchir la porte du café, s’asseoir en face de vous et vous emporter dans son monde et dans sa vie. C’est aussi le moyen de passer du temps en compagnie de quelqu’un qui pourrait devenir important dans votre existence, sans trop pouvoir imaginer en quelles circonstances précises. Mais jamais, même si la personne me déplaisait, je ne me suis montré grossier envers elle. Et pourtant, j’aurais pu l’être bien des fois. Mais je dois avoir encore en moi des relents de valeurs que l’on m’a inculquées et beaucoup de chemin à parcourir pour me “goujatiser”. De toute manière, le problème est désormais réglé : aucun goujat ne s’assiéra plus en face de moi avant longtemps, puisque j’ai décidé de ne plus rencontrer de cette manière. Ce ne seront désormais plus que des goujats lambdas, croisés au gré de soirées, de vernissages ou dans un métro. Mais je pense qu’ils vaudront tout autant le détour…
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- Par Lesoirquipenche |
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17 commentaires
Tellement véridique…
Goujat N°1 est proprement hallucinant ! Je n’en reviens pas de cet aplomb, si tant est que l’on puisse définir ça comme de l’aplomb…
c’est exactement ça…les choses pourraient être tellement plus simple…. des fois j’ai l’impression de ne pas être à ma place dans le monde gau et que je ne trouverai personne quand je vois ce tpe de comportement qui retire tous du rêve à une vie de couple homo…. les déceptions s’enchainent et on en retient que leurs mauvais coté….
enfin comme tu le dis dans ton article, j’ai moi aussi encore quelques valeurs qui tiennent à resister et j’espere tomber sur cette personne qui me donnera simplement le sourire
merci pour ton article
Avec ma petite vie de Gay, j`ai rencontré des belles et aussi des insolites… celui qui m`a marqué à ce jour, on se rejoind à une terrasse d`un café, il n`avait aucune discussion et me fixait comme un lion affamé devant sa future proie… mais le pire c`est qu`il se tripotait l`antre jambe.. et me demanda d`un coup “vient on va dans les toilettes, je veux voir ton manche” …que faire? Tout simplement regler son verre et lui souhaiter une bonne journée
Je viens de découvrir ton blog et ce post est en effet assez édifiant.
J’ai moi aussi, il y a quelques années, pratiqué ces rendez-vous….Jamais rien de bon n’en est sorti! Même s’il y a eu quelques rencontres sympathique.
On a dû te le dire 100 fois mais rien ne vaut la “vraie” vie pour trouver quelqu’un. Qui plus est, je suis désormais convaincu, après une étude empirique sur mes amis, sans aucun fondement scientifique, que plus on cherche et moins on trouve. Et LE bon n’existe pas. Il y en a plusieurs mais on ne le découvre qu’au fur et à mesure!
En tout cas, c’est bien écrit et agréable à lire! Bonne continuation!
Merci à toi… Dans la vraie vie, je ne demande que ça… Mais quand on n’a que des amis hétéros pour la plupart, que l’on est hors milieu, que l’on est dans un boulot entouré de femmes (dont certaines vous draguent, ça fera l’objet d’un sujet) et qu’en plus on est timide, dur, dur… Personnellement, en 12 ans bientôt que je suis sur Paris, ça ne m’est jamais arrivé.
Ah Paris, une ville difficile pour les gays…J’y ai vécu jusqu’à partir pour là où je suis maintenant (très loin, hémisphère sud). Je suis pas un bon exemple car j’ai rencontré celui qui est désormais mon mari en vacances à Lisbonne…
Les rencontres intéressantes sur Paris, c’était dans des expositions (pas les grands musées mais des expos de quartier) et dans les bibliothèques publiques (dans ces endroits, c’est super simple, même en étant timide de démarrer une conversation). Presque tous mes amis étaient hétéros aussi.
Je suis impatient de lire le post sur un gay dragué au bureau par des filles car je peux dire que ça m’a cassé les pieds un certain nombre de fois!
En tout cas, garde la pêche et l’envie d’aller vers les autres, le reste viendra à toi tranquillement (parfois très tranquillement….je n’ai rencontré ma moitié qu’à 33 ans)
C`est quand votre prochaine expo pour que je puisse vous croiser
@ Lesoirquipenche
Si on pouvait aussi arrêter de lire à tout bout de champ cette expression qui ne veut strictement rien dire, “hos milieu”.
Pour toi, elle ne veut peut-être rien dire, mais pour moi, elle signifie beaucoup. Je suis contre toute forme de ghetto, quel qu’il soit et je ne me reconnais pas dans celui que certains gays se sont créés. Je suis donc hors de ce milieu. Donc désolé, mais je continuerai à utiliser cette expression. Et à foison si possible.
Cela dit, il serait intéressant, une autre fois, dans un autre endroit, de se pencher un peu sur cette notion du “hors milieu” car ça me fait aussi penser à ce que certains appellent le lobby gay. Plus je cogite et moins je trouve que cela fait sens (je parle du “milieu vs hors milieu” car je pense que tout le monde est d’accord pour dire que le lobby gay est une invention stupide).
Par exemple, je suis gay, j’habite dans le 15ème, j’ai une vie sociale où se croise des gays et des hétéros, je bosse dans une boite où la préférence sexuelle n’intéresse vraiment personne. On peut considérer que je suis “hors milieu”. Mais, de temps en temps avec un bon ami gay, nous allons boire un verre où se faire un restau dans le marais. Pas pour draguer mais juste pour se sentir plus à l’aise si on veut parler de sujets plus intimes ou tout simplement parce que le restau est boni…Je me retrouve donc “milieu”?
Autre exemple, j’ai des poils dans le dos que je veux faire enlever, je me fais épiler chez N**** de la rue des Francs-Bourgeois, je suis “milieu”? Un ami hétéro avec le même “problème” me demande une bonne adresse et je lui passe celle-là…il est quoi? “hors mileu” car hétéro? Serais-je moins “milieu” si je me faisais épiler chez le N***** du Printemps?
Bref, il y a tout un tas de combinaisons possible et j’en viens à me demander si vraiment il y a des gays 100% “milieu” qui passeraient tout le temps libre aux terrasses des bars gay ou dans des salles de sport gay, dans des magasins gay, des restaus gay, des entreprises gay (un peu suffocant à la longue non?)…ça me semble assez caricatural….
Il faudrait pouvoir s’installer à une terrasse de café et pouvoir en parler pendant plus longtemps….mais d’un coup, ne basculerions nous pas dans le “milieu” avec notre conversation de pédé?….
@alexbresil
Je ne peux aller que dans ton sens. Ce qui en tout premier lieu me dérange dans l’expression et dans la revendication des homos qui se disent “hors-milieu” c’est le rejet de ce que l’homosexualité peut être sous un certain angle et à certains moments.
Je le dis de façon très provocatrice mais il est impossible d’être gay et ne pas être en même temps “milieu”. Notre orientation sexuelle, au même titre que d’autres aspects de notre existence que nous n’avons pas choisit, nous oriente malgré nous et nous incline inéluctablement. C’est ce qu’on appelle le caractère ou idiosyncrasie.
J’ai surement eu de la chance d’évoluer en province, je n’ai jamais connu cela…
C’est le caractère idiosyncratique de l’homosexualité en effet! -félicitations pour ce mot… Idiosyncrasie… si rare et si joli
[...] différents types de personnages que l’on peut dénicher sur les tchats gays (lire notamment Le Bal des goujats). Mais il est une espèce que je n’ai pas encore abordée et que nous appellerons en toute [...]
Bienvenus dans le supermarché de l’Amour… c’est pathétique… Ce n’est pas internet et ses sites de rencontre qui sont bancal… c’est l’humain qui est comme ça. Il y a quand même des individus qui valent le coup et il ne faut pas fermer la porte… faut être vigilant et ne pas accepter n’importe quoi. La franchise, savoir dire Non et se respecter font fuir pas mal de ces goujats, il faut éclaircir ses idées et se rendre bien compte qu’ils ont un problème… Fuyiez… et taché de ne pas devenir comme eux. C’est avant tout un autre être humain que l’on rencontre et l’on peux dire simplement sans faire du mal que l’on ne ressent pas d’affinités. Le premier rendez-vous n’engage à rien, c’est une rencontre, point. Il faut savoir rester correct et ne pas être méchant. On peux étre facilement le Goujat de l’Autre… relisez bien votre article… qui avez vous pu vexer ? Allez cherchez bien…
A @alexbresil.
Je suis homo et comme ont dis “hors milieu”. Ma préférence sexuelle et affective ne me rapproche pas plus des personnes qui ont la même sexualité que des autres. Je refuse d’être assimilé a une “communauté” en particulier. C’est justement ça le problème avec ce “milieu” qui se croit au centre… au centre de quoi ?
Dans cette pseudo communauté y a t-il une solidarité ? une entre-aide ? une vie ensemble ? …. Non ! Ce n’est juste qu’un groupe de confort, il n’existe que pour permettre de faire la fête, de revendiquer et surtout de baiser… au delà de ça il n’y a rien… donc non… je ne fait pas partis de ce Milieu. Sans agressivité, ni amertume aucune.
Il y a une vie en dehors du Marais et de Myconos…