Ils sont là, partout autour de nous. Ils nous singent. Ils savent que l’on est attiré par eux et en rajoutent. Ils sont le ver dans le fruit, la carotte qui fait avancer l’âne, au bout d’un bâton que l’on ne saurait saisir. Ils sont la goupille d’un coeur qui ne demande qu’à être déclenché. Ils sont notre pire ennemi, camouflés sous un masque de séduction inaccessible en forme de sourire espiègle et complice. Eux, ce sont les hétéros ambigus… Ils ressemblent aux gays, ont les goûts des gays, mais se lovent et se reproduisent avec le sexe opposé. Et nous laissent dans le trouble et la déception.
Qui d’entre nous n’a pas été piégé (in)volontairement par ces hétéros que l’on croirait être nos semblables ? Métrosexuels, tactiles, ils travaillent dans le monde artistique, de la communication, de l’événementiel ou de la mode, ils aiment la musique que vous écoutez, boivent un verre dans les lieux gay friendly, sont au courant des derniers potins, ne vous invitent pas à une partie de poker, mais à une exposition où a lieu une performance de danse contemporaine. Sans s’en rendre compte, ils sèment le chaos dans votre tête, brouillent vos codes et vos radars. Surtout quand arrive leur femme ou leur copine, généralement tout aussi sympathique et charmante qu’eux et avec qui sait, même, un petit mouflet au bout du bras ou accroché dans le dos. Et ces compagnes savent que leur cher et tendre plaît aux homos, acceptent qu’il danse un slow avec eux, qu’il les enlace, puisque c’est dans leur lit à elles qu’il les rejoindra, semant un peu partout des coeurs brisés (et des flaques). Plusieurs fois, je me suis surpris à penser (et espérer) que le garçon si souriant, si tolérant envers nous, les amis les gays, si drôle et distingué, soit du même bord que moi. Surtout quand il donne l’impression de flirter outrageusement. Mais cette ambiguïté est jouissive. Elle emmène dans des fantasmes sentimentaux et sensoriels encore plus forts que si le tour était déjà joué d’avance. Est-il homo, hétéro ? Il ne porte pas d’alliance, mais ça ne veut plus rien dire de nos jours. Il est allé au dernier concert de Madonna, mais il a pu avoir une invitation. Tout de même, quand il m’a proposé d’aller boire un verre avec ce petit clin d’oeil, n’était-ce pas là un signe ? Et l’esprit divague, s’échappe. On attend d’atteindre le septième ciel avec lui ou au contraire, de s’écraser au plus vite, en le voyant embrasser fougueusement sa compagne. Heureusement, dans mon malheur, je ne fais pas partie de ceux qui rêvent de détourner un hétéro de son chemin tout tracé et de le convertir aux joies de la sodomie décomplexée. Sinon, la déception serait encore plus grande.
J’ai souvenir d’au moins quatre déconvenues de ce genre. La première était dans un célèbre cours de théâtre que j’ai fréquenté il y a quelques années. Un jeune homme de ma classe, sosie de Matthew McConaughey du temps de sa splendeur, était venu m’aborder, suite à l’une de mes prestations. Il avait été embarqué dans mon histoire et désirait travailler avec moi sur quelques scènes. De fil en aiguille, nous sommes allés boire quelques verres ensemble, au cinéma, au théâtre et un soir, il me demanda si je voulais bien dormir chez lui un week end. J’acceptai avec joie, sans me douter que chez lui, nous serions trois : moi, lui et sa copine… Un autre encore, pendant que je travaillais dans une grande entreprise culturelle, afin de me payer mes études. Petit, mignon, aux grands yeux bleus expressifs. J’étais le seul avec qui il parlait. Il m’attendait pour déjeuner, venait me voir dans mon secteur d’activité au détriment du sien… Un jour, il me tendit un petit bout de papier où était inscrit “Voici mon numéro, appelle-moi”. Mon sang ne fit qu’un tour : se pouvait-il que les cieux deviennent enfin cléments à mon égard ? Nous nous donnâmes rendez-vous pour un cinéma où il me narra en détails, avec une grivoiserie qu’il espérait complice, le dernier film pornographique lesbien sur lequel il s’était tripoté la veille, tout en draguant la voisine d’à côté.
Un autre encore, rencontré dans le métro, avec une jeune fille avec qui il se chamaillait comme on le ferait avec une amie ou une soeur. Nous avions vu la même pièce de théâtre et la commentâmes. Avant de nous apercevoir que nous étions presque voisins. Il me fit la bise en sortant de la rame, en me proposant qu’on se revoit un de ces quatre. Avant d’enlacer la dite jeune fille, de l’embrasser sur la bouche avec tendresse, tout en lui mettant une main aux fesses qui la fit glousser de plaisir. Ou encore dernièrement, au travail, un jeune trentenaire que je devais interviewer, chemise entrouverte jusqu’au nombril, une main sur mon épaule pendant tout l’entretien et tout heureux de me parler de sa femme et de ses deux petites filles…
Le problème, avec tous ces hétéros ambigus, c’est que désormais, je n’ose plus aborder qui que ce soit (si tant est que je parvienne à le faire, une autre histoire). De peur de faire fausse route, une fois de plus. Qu’une femme va surgir à tout instant et emporter l’objet de ma convoitise loin de moi. Alors je reste avec mes rêves et mes (dés)espoirs. Et me contente de les regarder de loin, du plus loin possible… En soupirant.
Retrouvez moi également sur Twitter : https://twitter.com/invertissements
- Par Lesoirquipenche |
- Commentaires (5) |
- 10 646 vues

Si l’on me permet de faire un peu la fine bouche, je dois dire que physiquement, le journaliste et animateur Yann Barthès, ne correspond pas vraiment à mes critères. Une tête disproportionnée sur un petit corps, une bouche très fine en forme de virgule horizontale… Pourtant, à mesure qu’on le regarde et qu’on l’écoute (son timbre de voix et son look étant plutôt agréables), son charme agit et alors, peu à peu, sans crier gare, on est conquis. Et c’est ce qui m’est (presque) arrivé, avec son (presque) sosie lors du premier semestre 2012.
Cher Absent,
Je suis hypocondriaque. A peine me parle-t-on d’une maladie (bien évidemment, souvent grave et mortelle) que j’ai l’impression d’en avoir tous les symptômes. Cela dit, l’âge et la sagesse aidant, j’ai tendance à ne plus (trop) consulter les nombreux sites d’apprentis médecins qui, au moindre bobo, vous diagnostiquent aussitôt un cancer incurable, car c’est ainsi que tonton Roger est décédé, en moins de trois semaines. Aussi, quand un ami m’a raconté qu’un de ses meilleurs potes venait d’apprendre qu’il était séropositif, je me suis senti au plus mal. Pour lui, mais aussi, égoïstement, pour moi. Où en étais-je donc de mon côté ? Il me fallait un test HIV là, maintenant, tout de suite. Pas de chance, on était dimanche.
On ne sait jamais à quoi s’attendre en rencontrant quelqu’un autour d’un verre après une conversation virtuelle. Ressemblera-t-il à ses photos ? Sera-t-il efféminé ? Aurons-nous, en face à face, autant d’atomes crochus qu’à l’écrit ou au téléphone ? Ce verre, décisif, conduit à trois choix possibles : une amitié potentielle à venir, un amour coup de foudre ou un rejet total (et donc un moment fort ennuyeux à passer ou à infliger à l’autre).
