Sans forcément le rechercher, mes histoires d’amour ont toujours concerné un garçon intellectuel. Non pas que je me sente moi-même issu de la cuisse de Jupiter, mais sans doute que ma personnalité un peu décalée et mon goût prononcé pour les mots, avaient su séduire ces prétendants issus de hautes études : polytechnicien, ingénieur informatique, ingénieur robotique, cadre dans la politique, ingénieur agro-alimentaire… Il n’y avait qu’un intrus, un cuisinier, qui dura deux semaines dans ma vie, qui s’était greffé dans cette liste imprévue de bac +5 (au minimum).
Un an après ma dernière rupture, alors que je traînais toujours une certaine mélancolie, un garçon m’aborda sur Internet. Il faisait une faute à chaque mot. Comme je suis très amoureux des lettres et de l’orthographe (je piaffais de joie quand on faisait des dictées à l’école), je suis en général fort réticent à l’idée de poursuivre avec un garçon dépourvu de grammaire. (J’avais même l’outrecuidance de penser qu’un mot d’amour écrit avec une faute avait moins de valeur que ce même mot rédigé correctement, alors que l’intention était similaire. J’ai changé sur ce point). Mais on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise : on pouvait très bien ne pas avoir fait de hautes études, mais être pourvu d’une grande culture (ainsi un vendeur de jeans qui lit du Zola a nettement plus d’intérêt pour moi qu’un docteur accro aux émissions de TF1). Et la culture, ça me titille tout autant que les mots. Mais revenons à notre jeune homme illettré et mignon. Il était coiffeur et me jurait ses grands dieux être tout ce qu’il y avait de plus viril, loin de tous les clichés de ses confrères péroxydés et superficiels. Nous nous rencontrâmes. Un premier rendez-vous rempli de charme, auquel suivit un second, un troisième, puis un week end qui me décida de me lancer dans cette nouvelle aventure sentimentale, même si je sentais un fossé entre nous. Mais il me plaisait et sa gentillesse compensait ses ignorances.
A son appartement, je trouvai autant de livres d’art contemporain que de revues de presse people (dont il était abonné). Ses amis étaient essentiellement gays ou lesbiennes et dans le milieu de la mode, milieu qui m’était totalement inconnu. Lors d’une de ces soirées, cependant, du genre où l’on parlait coiffures et chaussures (et où je restais mutique), on me fit découvrir “Video Games” de Lana del Rey et rien que pour ces cinq minutes de bonheur, je ne regrette en rien cette historiette.
Le fossé se creusa pourtant davantage lors d’une fête d’anniversaire d’un de ses amis, où je me retrouvai entouré de garçons et de filles âgés de dix ans de moins que moi, étudiants en arts, rentiers, peintres, confectionneurs de bandanas, danseuses sans contrat et autres personnages rêveurs et fantasques, habillés façon Lady Gaga. L’hôte de ces lieux avait choisi pour thème de sa soirée : “Mettez-vous en arc-de-cercle autour de moi et regardez-moi reproduire les chorégraphies de l’ensemble du répertoire de Beyoncé”. Déjà qu’une chanson de cette artiste m’égratigne gentiment les oreilles, au bout de trois heures de torture musicale (et visuelle), je frôlais l’épilepsie. Notre hôte, lui, était infatigable. Et quant à mon coiffeur, il se dandinait au diapason. Mais quand moi je lui proposai une soirée chez une amie, refus de mon compagnon de venir avec moi. Motif : “Il y aura trop d’hétéros et je ne saurai pas gérer”. Ah…
Le fossé, d’abord d’une largeur d’une motte de terre, devint de la taille du détroit de Gibraltar. Mais ce qui provoqua la fin irrévocable de notre relation fut le soir où, pour titiller un peu mon coiffeur, je lançai une petite boutade quant à son jean préféré qu’il portait tous les jours depuis le début de notre rencontre, soit depuis un mois. Une telle symbiose avec un jean pendant quatre semaines, c’est tout de même un peu long. A fortiori, quand on se dit amateur de mode. La réponse fut cinglante : “On peut tout critiquer, tout, sauf mes vêtements”. Le lendemain, je reçus un message sur mon répondeur m’annonçant que tout était fini entre nous, que nos différences étaient inconciliables (sic). Je protestai pour la forme, mais dans le fond, j’étais soulagé. J’avais donné tout ce que j’étais en mesure d’offrir en pareilles circonstances. Et constatai que charme et gentillesse ne faisaient pas tout. Oui, j’avais besoin de joutes verbales intellectuelles, j’avais besoin de regarder des films en VO, de faire des expositions et pas seulement de m’extasier devant la nouvelle robe de Sarah Jessica Parker ou d’applaudir devant deux mannequins lesbiennes qui s’embrassaient pour la première fois. Et toujours dans ces moments-là, votre ex vous manque, ressurgit dans votre esprit et ses défauts disparaissent pour ne laisser en vous qu’un goût amer de ce que l’on a perdu… Mais au moins, j’aurai découvert Lana del Rey.
- Par Lesoirquipenche |
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16 commentaires
J’aime vous lire et cet article est surement celui que je préfère.
La fin est des plus charmante et surtout le reflet complet d’une réalité.
Pourquoi le fantôme de l’amant perdu se réveille de notre inconscient pour nous innerver le cœur a nouveau. J’aurai aimé que vous développiez cette idée.
Sommes nous contraint de revivre une histoire éternelle qui se limite à la reproduction de celle que nous avons gravée sur le cœur. J’aime à croire que chaque histoire est différente. Alors pourquoi notre palpitant n’est capable de battre que pour ELLE. Elle, cette personne que nous avons connue et qui reste à jamais dans nos cellules grises (qui sont blanches, soit dite en pensant).
De tout temps et de tout lieu, merci d’écrire ce que vous avez sur le cœur. Parfois on se sens moins seul et surtout on comprend que l’on est pas si différents que ça. Un peu d’humilité et de réalisme, nous replace dans cet univers.
Merci à vous Lesoirquipenche.
Merci à vous pour ce très beau commentaire! Je comptais justement exploiter cette fin dans un prochain billet et dire que oui, finalement, quoi qu’il advienne, c’est toujours cet autre qu’on aime encore et toujours. Même s’il y a l’espoir et la curiosité du prochain… Patience, patience, je ne dévoile pas tout, sinon je n’aurais bientôt plus rien à raconter. Encore merci!
Ce qu’il y a de pire chez des personnes qui ont subi l’opprobre est de reproduire la ségrégation. Et l’idée qu’on n’est pas immuable et qu’on peut partager pour construire, z’avez essayé ? Certes, le jeune homme capiloculteur n’était pas non plus très disposé aux efforts, mais n’étais-tu pas parti avec des aprioris ?
Eh bien non, puisque que comme je l’ai écrit au début de l’article, j’avais mis de côté tous mes petits principes pour laisser une chance au destin. Donc je suis bien disposé à tout effort, surtout en amour. Ce garçon aurait été moins superficiel et disposé à faire autant d’efforts que moi, nous serions encore ensemble…
Très bel article et trés belle histoire, plaissante à lire
Lana del rey, qui fut aussi ma surprise musicale.. l`écouter et je me sent un petit oiseau survolant le monde
En commençant à lire ton récit, je me suis dit “Quelle prétention et quel mépris idiot par principe” car ne pas avoir fait des grandes études ne veut pas dire personne inintéressante. J’ai tout de même lu la suite car je suis curieux. Ton récit ne montre pas quelqu’un de particulièrement cultivé mais quelqu’un bourré de principes qui se croit supérieur intellectuellement. Ca me fait penser à Marilyn Monroe qui voulait fréquenter des écrivains pour s’enrichir intellectuellement. Ton récit est de plus caricatural : le coiffeur qui est étonnamment viril mais qui a bien entendu des amis eux efféminés. Toi tu n’es pas comme ça ! tu fréquentes du beau monde (avec probablement un fort pouvoir d’achat). Et les personnes regardant TF1, quelle horreur, ARTE étant forcément plus dans le “fashion” ! Je trouve que ton récit pue la bêtise BOBO. Descends un peu de ton piédestal.
Tu as probablement raison sur pas mal de points concernant “ton” coiffeur mais visiblement tu ne te regardes pas avant de critiquer les autres, ou peut-être te regardes tu trop le nombril. Es-tu si parfait que ça ?
Désolé de dire cela, mais tu t’arrêtes sur des futilités pour juger les gens, du moins si on se fie à ton récit. Peut-être es-tu plus intéressant que ce que tu racontes.
Ce qui me plait chez quelqu’un ce n’est pas son salaire, son métier ou ses amis, ni de savoir s’il aime se trémousser sur Beyoncé mais sa personnalité et son charme. Je préfère comme toi quelqu’un qui écrit correctement et avec qui on peut avoir une discussion sur autre chose que la dernière robe de telle chanteuse dans telle magazine people mais j’ai connu des coiffeurs (ou des gars exerçant petits métiers) qui étaient tout à fait intéressants et qui aimaient Madonna ou Lady Gaga. J’ai connu également des intellos avec qui on s’emmerdaient. Tout est une question de personnalité.
C’est dommage alors que tu commences la lecture de ce blog via ce post. Car tu aurais su alors que je mets évidemment beaucoup de provocation et de second degré dans mes écrits, comme je le précise dans mon tout premier post. Je me fiche totalement du pouvoir d’achat des gens, je ne regarde pas la télé (ni TF1, ni Arte), je ne me crois pas supérieur intellectuellement puisque je n’ai pas fait de si hautes études que mes compagnons. Mais la vie a fait que je n’ai côtoyé que des personnes brillantes, rencontrées d’ailleurs sur Internet. Si j’étais si parfait que cela, je ne serais pas en train d’écrire ce blog où je ne lésine pas non plus à pointer mes nombreux défauts. Il faut juste avoir une pointe de second degré, ce qui n’est, il est vrai, pas donné à tout le monde. Tout est une question de personnalité
Reste quand même, en filigrane de vos réponses dans le fil de commentaires ainsi que dans vos derniers articles, un parfum d’autosatisfaction qui ne dit pas son nom. Il va sans dire qu’on est persuadé que vous appréciez grandement votre propre compagnie. Cela reste agréable à lire, même si pour ma part petit malaise car je ne vous voyais pas comme quelqu’un d’affecté. On comprend la situation car on pourrait avoir de telles interrogations à votre place, mais la forme employée pour le dire traîne à suite quelque chose de suffisant, ce qui altère toute la sympathie qu’on pourrait avoir…
Il ne faut pas juger les gens selon leurs écrits… Forcément, sur un blog, j’impose un ton. J’essaye de parler dans un français correct, d’y insuffler de l’ironie, du cynisme parfois, mais je crois que les situations vécues ou les atermoiements que je laisse ne sont pas là pour me donner belle figure. Dans ma vie professionnelle, je suis oblige d’aller contre ma nature, luttant contre ma timidité maladive et paraissant sûr de moi et affirmant des idées très fortes à des personnes importantes. Quel effort ! Mais dans ma vie privée, il m’est plus difficile de demander ne serait-ce qu’une baguette de pain au boulanger. La timidité donne l’impression que les gens sont hautains ou méprisants. Mais si s’exprimer dans un français décent, ça veut être dans l’autosatisfaction, je ne peux rien faire pour vous. Et si j’aimais ma propre compagnie, je n’aurais pas vécu 9 ans en couple et ne serais pas en recherche de quelqu’un d’autre. Maintenant, j’ai vécu en solitaire et en autarcie toute mon enfance et adolescence, donc peut-être ceci explique-t-il cela. Et puis on ne peut pas plaire à tout le monde et encore heureux ! Internet permet anonymement d’exulter les choses qu’on ne peut dire à son entourage et je le dis de manière volontairement ironique afin d’y mettre de la distance et d’écrire des billets qui ne laissent pas forcément indifférents le lecteur. Et croyez-moi, ce n’est pas chose aisée !
Après avoir suivi, depuis plusieurs mois déjà, sur le mfic, tes commentaires que je trouve toujours fort intéressants, je découvre enfin ces billets et je dois avouer que ta prose est très plaisante à lire. Avec l’inévitable impression de me retrouver un peu çà et là dans tes dires. L’initiative me paraît très bonne et incitatrice pour le lecteur lambda que je suis. Bonne continuation.
Alors pourquoi gâché autant de talent pour une histoire de midinettes aussi superficielle ? Bridget Jones et le coiffeur!
Parce qu’il faut bien tenter quelque chose et qu’on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise et qu’il faut donner des chances aux gens…
Bonjour,
). Cela me ferait plaisir de faire connaissance avec toi, si ca te dit, tu sais ou m´écrire
je suis un jeune male de 27 ans qui aime beaucoup ton blog (et j´aime les blonds
nice page very happy with what youve done
Tu aurais dû te rappeler la sœur de Daria dans le dessin animé éponyme, Queenie, qui, bien que présidente du club de la mode, porte toujours le même t-shirt…
Étonnants, ces commentaires sur ton côté snob… Ben oui, quand on a un certain niveau d’études, certains centres d’intérêt, on s’entendra probablement mieux avec certaines personnes que d’autres. L’essentiel est de ne pas être sectaire (enfin quand même, une soirée Beyoncé, chapeau pour n’être pas parti tout de suite), mais dans cette histoire, c’est quand même le mec qui refuse d’assister à une soirée avec trop d’hétéros qui décroche le pompon !