Marguerite Duras a eu son amant chinois, j’ai eu mon Argentin. Bien sûr, j’ai pu expérimenter d’autres caresses internationales, mais un seul m’a vraiment marqué et continue de le faire. Nous l’appellerons Mini-Jake car il était (et est toujours) le sosie de mon fantasme absolu physiquement parlant, Jake Gyllenhaal, mais en version de poche.
Ce fut lui qui m’aborda, à ma grande surprise, sur un site de rencontres. Ses photos me paraissaient irréelles, je soupçonnais une plaisanterie d’un ami qui connaissait mon goût prononcé pour la perfection gyllenhaalienne. Aussi, lorsqu’il se montra en caméra, encore plus vidéogénique qu’il n’irradiait sur les photos, je faillis tomber de ma chaise. Ajoutez à cela un garçon cultivé, cinéphile (un point important pour moi) et une étrangeté dans la façon de s’exprimer, due à un accent espagnol prononcé. Il écrivait le français parfaitement, faisant un point d’honneur à utiliser l’imparfait du subjonctif à bon escient. Il avait juste pour défaut sa jeunesse (il m’annonçait 21 ans, alors qu’il en avait trois de moins), un caractère impossible (mais craquant) et le fait de repartir quelques mois plus tard en Argentine. Nous nous rencontrâmes tout de même autour d’un verre. Difficile pour moi d’échapper à son regard clair sous ses mèches sombres et à son sourire enjôleur. Mais je résistai. Au cinéma, un mois plus tard, je résistai encore à son corps si près du mien que j’avais envie d’enlacer sans savoir si c’était réciproque. Et quand il insista pour venir dîner chez moi, mon coeur se brisa lorsque je repoussai le plus possible ce moment pourtant désiré de toute ardeur. Mais je cédai. Il arriva chez moi avec son look improbable remettant les années 1970 à la mode, avec l’assurance d’un terrain conquis d’avance. Nous dînâmes et je sentis que nous nous rapprochions. Nos lèvres se touchèrent. “Nous y sommes”, me dit-il. La nuit qui suivit relève d’un rêve que je crois avoir inventé. Au matin, alors qu’il me crut endormi, il caressa mon dos et m’embrassa dans le cou, un geste qu’aucun compagnon précédent et suivant ne fit et ne fera. Et nous décidâmes de poursuivre ces étreintes, lors d’autres rendez-vous. Puis, je refusai d’assister à sa fête de départ pour Buenos Aires. Mini-Jake est parti, mais les souvenirs restent. D’autant que nous gardons contact.
Un an après, alors que je suis en couple depuis plusieurs mois, je sors du métro et crois apercevoir un sosie à moustaches de mon Argentin, devant un kiosque à journaux. Je m’inquiète pour ma santé mentale : suis-je donc si obsédé par cet amant du passé qui hante encore parfois mes nuits ? Mais je reçois un message de lui : “Je suis sur Paris pour quelques semaines, je vis juste en face de chez toi, nous voyons-nous ?” Je meurs d’envie de lui répondre, je brûle de traverser la rue. Mais je ne bouge pas et décline sa proposition. J’aime mon compagnon et une partie de moi refuse de tuer un souvenir idyllique par une nouvelle entrevue qui serait forcément moins intense, sans la fougue de la passion d’antan, de la découverte.
Mais quand je suis quitté, bien longtemps après, il ressurgit encore. “J’ai envie de venir sur Paris, mais toi, viens à Buenos Aires”. Je prends mes billets sitôt sa phrase achevée, j’ai bien trop peur de réfléchir et de changer d’avis. Plusieurs semaines et quelques heures d’avion plus tard, je me retrouve sur son palier. Mini-Jake ressemble encore plus à son aîné hollywoodien, avec sa barbe savamment négligée. Nous ne savons plus quoi nous dire, avons du mal à croire que nous nous revoyons vraiment. “Je suis désolé, mais j’ai un copain, désormais”, me dit-il avant de retrouver son compagnon, me laissant seul chez lui. Je suis à la fois triste et rassuré. Les souvenirs du passé resteront ainsi préservés et ne seront pas profanés par des amours de vacances exotiques.
Je n’ai pas revu mini-Jake depuis et ai à peine de ses nouvelles. Il ignore tout de l’importance qu’il a eu dans ma vie. Moi qui étais si mal dans ma peau, après une histoire d’amour douloureuse, qui doutais de mon physique et de ma personnalité, sa beauté, sa jeunesse, sa curiosité, son attirance à mon égard, m’ont redonné un semblant de vie et de confiance. Muchas gracias Mini-Jake, tu restes un fragment de ma mémoire sensorielle qui s’agite un peu lorsque j’admire ton double de cinéma. Et ça, ça n’a pas de prix.
- Par Lesoirquipenche |
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16 commentaires
Une question me taraude à la lecture de tes billets; t’arrive t-il de faire des rencontres en dehors d’Internet?
Parce que bon, Internet c’est sympathique (encore que très codifié et limité, je trouve),
mais le reste c’est pas mal aussi (par le boulot, les amis d’amis d’amis, les sorties, le hasard..)..
non?
C’est quelque chose à quoi je fais référence dans mon tout premier message… Je suis hors milieu, mes amis sont hétéros pour la plupart et je suis le seul gay de leur connaissance, je travaille dans un milieu où je me fais draguer uniquement par des femmes (et les hommes sont mariés et quinquagénaires), avec des horaires impossibles qui m’écartent de toute vie sociale par moments. Etant à la base timide et étant incapable d’aborder quelqu’un dans la rue, un café, en salle de sport ou le métro (et ne me faisant d’ailleurs pas aborder non plus), Internet est la bonne solution et m’a permis d’ailleurs d’avoir des histoires ayant duré 6 ans et demi et 2 ans et demi. Je ne demande que cela, rencontrer de manière “traditionnelle”, mais cela m’est malheureusement impossible…
Encore une fois, ce que tu dis est faux Imtasare (Dans ta réponse à Roy): c’est DIFFICILE mais pas IMPOSSIBLE de rencontrer quelqu’un de manière traditionnelle !
Internet est sans doute dans l’esprit de beaucoup comme une solution facile, puisqu’en effet on y rencontre que des gays, mais on ne peut absolument pas dire que c’est LA BONNE SOLUTION !!
La preuve en est que cette facilité de rencontre a permis l’explosion des rencontres futiles, juste “pour un coup”, et que la majorité des chatteurs ne cherchent que des plans culs, et pas de relation sérieuse. C’est donc aussi difficile, si ce n(est illusoire, de rencontrer quelqu’un de bien et pour la vie via un tchat !!
Encore une fois, tu ne comprends que ce que tu veux bien comprendre. J’ai dit que cela m’était impossible. A moi, moi et moi. Je ne fais pas une généralité! Encore heureux que d’autres personnes peuvent se rencontrer autrement que par Internet. Et encore une fois, je ne dis pas que le Net est LA seule solution. Elle est la seule pour moi… Ce blog tourne autour de mon nombril et n’a pas d’autres vocations. Et c’est toi qui fais des généralités en disant que les tchatteurs ne cherchent que du cul. Car j’ai plus rencontré de gens qui cherchent du sérieux ou des amis que des gens assoiffés de sexe. Après, ça dépend où toi tu traînes, toi le fidèle des fidèles
Bah ! disons que je comprends ce que je lis…
Tu décris ta situation, qui peut être celle d’autres et qui se rapproche beaucoup de ma situation telle qu’elle a toujours été pour être honnête, et tu conclus en disant “cela m’est impossible”.
En toute logique, quelqu’un qui se reconnait aussi dans cette situation devrait donc arriver à la même conclusion… sinon, c’est que ta conclusion est fausse.
Avec deux situations identiques, il ne peut pas y avoir une SEULE solution “pour toi” et une “pour d’autres”…
Cela n’a pas été impossible pour moi, cela ne l’est pas plus pour toi; c’est pourquoi je dis que c’est difficile, ça oui, mais pas impossible !
… Le problème tu vois c’est que je suis quelqu’un de très logique ^^
.
Sinon je te rassure je ne continues plus à poster de messages (de toute façon je ne vais plus te lire) – J’ai bien compris, que chacun se débrouille, les avis différents ne sont pas bien vus sur ce blog !
“A bon entendeur”
Il y a avis différents, que je respecte totalement et labourage de crâne ou prêche (que ce soit pour une paroisse ou une autre) et ça, j’ai un peu de mal. Libre à toi de ne plus me lire, chacun fait ce qu’il veut et encore heureux
Il parait
La preuve: moi c’est avec tes écrits que j’ai “un peu de mal”, cela décrit un univers bien trop loin de ce que je vis; du coup je ne trouve ça ni intéressant, ni même amusant… Je ne comprends visiblement pas tes états d’âmes ou tes difficultés (à rencontrer quelqu’un, à vivre “bien”,…) car je n’ai jamais eu ces problèmes, étant véritablement hors-milieu.
Continue donc bien à prêcher pour ta propre paroisse, ce milieu gay qui vous rend tous si heureux.
@Je_ne_suis_pas… : Tu deviens vraiment lourd, là !
Belle histoire… Très touchante !
Je pense qu’il faut prendre internet pour ce que c’est : un moyen de rencontre complémentaire, qui de toute façon finit par une rencontre “réelle” où tout se joue. Que l’on soit mis en relation avec un mec potentiel par un pote, que l’on drague au monoprix, dans une soirée ou son milieu socio-professionnel, le procédé est + ou – le même : attirance, jeu de séduction, magie(ou pas) entre les deux garçons, et disparition de cette magie devant un attribut “réel” qu’on avait pas vu(voix perchée, discours creux, serial baiseur …des raisons diverses pour chacun). Donc il y a toujours une “deuxième validation” de l’attirance dans les deux cas, internet ou réel.
Le seul truc différent avec internet est qu’on peut + vite savoir ce que l’autre cherche grâce à son profil, mais même si certains gars mentent sur le net, ça n’empêche pas ceux qu’on voit en live d’être des mythomanes aussi: bite affamée n’a point d’honneur. Donc perso je comprend pas trop l’intérêt de traiter internet comme étant foncièrement différents des autres moyens de rencontres, sauf si on se place d’un point de vue moral qui n’engage que soi, dans le genre “ça fait mieux socialement de se rencontrer dans une situation quotidienne”.
Maintenant, pour ma part je préfère les rencontres au quotidien car c’est immédiat et la fébrilité n’est pas trop différée.Mais ce qui m’attire vraiment, c’est l’inconnu, ne pas savoir d’avance si le mec est bi/gay ou si on lui plait, tout ce “jeu” de connivence qu’on perd un peu sur internet, parce qu’on sait déjà que tel est bi/gay ou qu’on lui plait(en effet, sur le net un râteau arrive à la 1ère réplique: “Pas intéressé/pas mon style”).
Oui je me souviens de ton premier post sur ce blog, et je comprends bien tes arguments (hors milieu, pas d’amis gays, beaucoup de boulot..), et je respecte tout à fait ce que tu dis, mais
je ne peux m’empêcher de trouver cela dommage qu’aucune rencontre pour toi (et pour bcp d’autres) ne soit possible en dehors d’Internet..
Je ne sais pas quel âge tu as, mais comment faisais tu il y a 10 ans (avant internet)?
A Roy: J’ai 33 ans et je peux dire que ma vie sentimentale à commencer avec Internet, quand je me suis mis en couple à l’âge de 22 ans… Sans Internet, je ne sais pas comment j’aurais vécu tout ça, sachant qu’à l’époque, je vivais dans une petite ville de province, avec des parents très/trop protecteurs.
Pour moi, ce n’est la rencontre qui compte, mais ce qu’on en fait ensuite…
A “Je ne suis pas…”: je crois vraiment que tu ne sais pas lire, c’est dommage, puisque tu sais écrire. Etant totalement hors milieu (je pense l’avoir écrit en long, en large et en travers), je ne prêche donc pas pour ce dernier. Et si tu n’aimes pas me lire (contredisant du coup tes premiers propos, mais on n’est plus à ça près), eh bien, je t’invite à ne pas me lire, tu te sentiras soulagé.
Je t’en veux(ok, pas vraiment). Je suis jaloux. Jake Gyllenhaal est trop sexy, donc trouver un sosie et sortir avec… Je suis jaloux XD
[...] vie faisant curieusement les choses, je reçus des nouvelles de Mini-Jake (lire L’Argentin). Il me proposa de le rejoindre à Buenos Aires. Ni une, ni deux, je me concoctai un petit voyage [...]