Il y a quelques mois, un de mes amis (hétéro), toujours le coeur sur la main, me dit, tout heureux d’avoir enfin rencontré un autre gay que moi : “J’ai trouvé le garçon qu’il te faut, dès que tu le verras, tu ne pourras que craquer…” Les hétéros ont ça de touchant lorsqu’ils pensent que mettre en relation deux homosexuels dans la même pièce, amènera le même résultat que pour deux chiens qui se rencontrent : ils vont se renifler le cul en frétillant de la queue. (Mal)heureusement, ça ne fonctionne pas tout à fait comme ça…
Cela dit, j’étais assez excité par l’idée qu’enfin un de mes amis me présente quelqu’un. Cela ne m’était jamais arrivé et vu ce qui s’est passé (suspens, suspens), je ne pense pas que je renouvellerai cette expérience à l’avenir. Mon ami me précisa donc : “il a notre âge, ta taille, il est beau comme tout, très drôle, il est parfait pour toi !” Méfiant, je lui demandai comment un tel Apollon pouvait rester ainsi sur le marché des célibataires. Réponse : “Il a eu du mal à se remettre de sa dernière histoire et il a un petit problème aux yeux, il porte des lunettes”. Je me suis alors rendu compte que tous les garçons dont je suis tombé amoureux avaient le même “défaut” : une myopie qui leur donnait un très léger strabisme, conférant charme et mystère à leur regard. J’acceptai donc de rencontrer cet inconnu. Rendez-vous fut pris pour un dîner à quatre dans un restaurant : mon ami et sa compagne, l’Apollon et moi. J’en piaffais presque d’impatience.
Le jour J, les heures me paraissent trop longues au travail. De nature curieuse, j’imaginais tout et son contraire quant au déroulement de cette soirée et j’étais loin de me douter de ce qui m’attendait. J’arrivai donc au restaurant et je vis mon ami de dos et sa promise. Etant grand et musclé, il cachait l’Apollon de ma vue. Il s’écarta pour me saluer, découvrant alors sa trouvaille qu’il me destinait et c’est alors que je faillis tomber à la renverse : l’Apollon avait en fait 54 ans (j’en ai 33), mesurait 1m50 (soit 21 cm de moins que moi), souriant de tous ses chicots et surtout, arborant une splendide canne blanche et des lunettes de soleil (son “petit problème aux yeux”). Médusé, je crus à une blague, mais mon ami semblait très sérieux. “L’Apollon” s’empressa alors de vouloir me toucher pour me découvrir et faire ma connaissance, de ses jolis doigts déformés par l’arthrite. Je restai muet. “Déjà que je ne te vois pas, je ne t’entends pas beaucoup !” me dit-il. L’estomac noué, le dîner allait m’apparaître comme le plus long de ma vie.
“L’Apollon” s’ingénia alors à combler le vide de ma conversation, tandis qu’il essayait vainement de picorer dans son assiette avec sa fourchette, en racontant sa vie. “Rémi sans famille” et “Les Misérables” étaient à côté de petites bluettes dignes des téléfilms de M6 un dimanche après-midi. Je n’avais jamais entendu une telle succession de drames en si peu de temps. Le pompon arriva tout de même au milieu du repas. “Au fait, vous savez quoi les amis ? J’ai le mal du siècle !” Et nous trois de lui répondre de concert : “Ah bon, tu as mal au dos ?” C’eut été trop simple… “Non, j’ai le Sida !” Silence. Jusqu’au développement de tout ce que ce pauvre Apollon avait enduré depuis la déclaration de sa maladie. Personne ne finit son assiette. Quand Apollon se rendit aux toilettes, mon ami me regarda et me dit un simple : “Alors, tu en penses quoi ? Parfait, non ?” Je retins ma colère en lui demandant s’il se souvenait à quoi ressemblait mon ex. Il me répondit : “Ah, qu’est-ce qu’il était beau et gentil ! Mais tu sais, Apollon lui, est très beau de l’intérieur et c’est ça qui compte le plus…” Sa compagne éclata de rire, ignorant que ce dîner presque parfait avait pour fin d’entremettre cette rencontre. “Il y a quand même des limites à la beauté intérieure, non, mon chéri ?”
Je déclinai leur proposition d’aller danser dans le bar d’à côté pour rentrer chez moi, péniblement, marchant au ralenti. Bien sûr, je ne peux en vouloir à Apollon qui subit la vie déjà de manière si cruelle depuis sa naissance et à la gentillesse vraie. Ni même à mon ami qui ne voyait réellement pas où était l’erreur de casting. Je me suis senti très las, car malgré moi, j’attendais beaucoup de ce dîner. Trouver quelqu’un à la hauteur physique et spirituelle de mon ex s’avérait vraiment un chemin jonché d’embûches et de déceptions, inattendu et douloureux. Mon ego reçut ce à quoi on me destinait comme un uppercut, comme si, sans dénigrer les valeurs d’Apollon, je ne “méritais” pas quelqu’un de simplement bien pour moi. Et comme l’écrivait la grande romancière Justine Lévy dans “Rien de grave” : “Chaque histoire est le brouillon de la prochaine”. En attendant, qu’est-ce que je griffonne !
- Par Lesoirquipenche |
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Marguerite Duras a eu son amant chinois, j’ai eu mon Argentin. Bien sûr, j’ai pu expérimenter d’autres caresses internationales, mais un seul m’a vraiment marqué et continue de le faire. Nous l’appellerons Mini-Jake car il était (et est toujours) le sosie de mon fantasme absolu physiquement parlant, Jake Gyllenhaal, mais en version de poche.
S’il est déjà difficile de dénicher un interlocuteur intéressant sur les tchats, il est particulièrement pénible et désagréable, lorsque, au bout de plusieurs minutes (si ce n’est heures) de conversation avec un garçon plaisant (autant physiquement que moralement, du moins d’après ce qu’on peut entrevoir), ce dernier vous annonce tout de go : “Au fait, il faut que je te dise que je suis très amoureux de mon copain chéri d’amour à moi et nous serons juste des amis sans ambiguïté, ça ne te dérange pas, hein ?” Bien sûr que non, voyons ! Profitons-en même pour dîner tous les trois afin de faire plus ample connaissance ! Lundi en 8, ça vous irait ? La tromperie sur la marchandise des garçons en couple qui s’ennuient à la maison devrait être bannie d’Internet. Mais bon, il en faut pour tous les goûts paraît-il…
Me voici de retour de voyage, après avoir visité le Pérou et la Bolivie, au pas de charge et les épaules lourdées d’un sac bien trop grand. Et à chaque fois que je change de continent et/ou d’hémisphère, que je sois seul ou accompagné, les mêmes questions qui me taraudent. Pourquoi entreprendre une telle odyssée et dans quel but ? Découvrir de nouvelles cultures ? Oui, mais pas seulement. S’émerveiller de paysages que je ne verrai jamais en France ? Oui, assurément. S’imposer de nouvelles limites et s’apercevoir de quoi on est capable, finalement ? Oui, c’est certain.

